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Vendredi 1 juin 1917

Louis Guédet

Vendredi 1er juin 1917

993ème et 991ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Nuit calme. Beau temps, splendide soleil en journée, journée d’été…  Quand l’horizon politique mondial devient de plus en plus sombre. La Révolution gronde, gronde contre la Bourgeoisie ploutocrate, égoïste, veule, insolente. De Paris les nouvelles que je reçois sont caractéristiques. On sent qu’on en a assez des galonnards, des riches bourgeois embusqués, des lâches qui se sont tous défilés quand nos enfants se faisaient crever la peau pour ces salauds-là…  l’heure de la justice va-t-elle enfin sonner ?…

A Paris la Révolution gronde et sourde en ce moment, et ici il faut entendre et soldats et population, ce qu’ils disent contre la bonne…  d’État-major…

Le bas de la page a été découpé.

A part cela Stockholm !! (La conférence de Stockholm fut la troisième et dernière conférence socialiste contre la première guerre mondiale, elle se déroula du 5 au 12 septembre 1917) Qu’est-ce que nos « Députards » ont pu décider aujourd’hui, ou cette question devait être discutée. Les traitres à la Patrie iront-ils ou non à Stockholm ? auront-ils ou non leurs passeports pour y aller !!… Leurs passeports pour aller trahir la France ?!!… et quand je songe qu’à nous…  on nous refuse un passeport…  pour aller chez nous en France !! Passons !!

Vu Dondaine ce matin, réglé pas mal d’affaires avec lui (substitution, actes, justice de Paix, etc…) ce qui m’a pris presque toute une matinée avec les certificats de vie pour le trimestre de juin, un vieux notaire est encore bon et utile à quelque chose dans Reims martyr. Il doit venir déjeuner avec moi demain à 11h avant de retourner à Aÿ.

Après-midi courrier, Poste, causé très longuement avec Beauvais, Directeur de l’École Professionnelle. Il me montre un article du « Naïf », cet alcoolique de Bienvenu qui rédige le Petit Rémois où celui-ci attaque fielleusement le comité de répartition des secours pour les enfants avec les 24 000 F recueillis par Lenoir, et me demande mon avis sur cet article, s’il y a lieu d’y répondre. Très nettement je lui conseille de n’en rien faire. Laisser passer l’affaire, et attendre s’il revient à la charge…, alors on pourrait voir. Il était du reste de cet avis. Ce Comité de distribution est composé d’Union sacrée, Camu curé de la Cathédrale, Chezel, Langlet, Charbonneaux, de Bruignac, Beauvais, des institutrices libres et laïques, etc…  Donc « Naïf » tombe mal…

Causé de la situation actuelle, politique, révolutionnaire, militaire, socialiste, etc…  etc…  nous avons le même sentiment, nous sommes à un mauvais tournant et de plus, nous, nous sommes sous les bombes. Il me demande quelques renseignements sur une succession, et je le quitte pour aller au greffe et prendre un journal. Je rentre ici, fais mon courrier…  en retard !!…

9h soir  Le calme !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

1er juin 1917 – Le calme de la journée d’hier m’a incité à risquer une longue promenade matinale et c’est du côté du boulevard Jamin que je m’étais dirigé avant de rentrer au bureau. Au cours de ma tournée, je n’ai pas vu grand monde mais le hasard m’a fait rencontrer d’an­ciennes connaissances : Michel, le gendarme de Reims retraité, qui a repris du service en s’engageant pour la durée de la guerre, près de qui je me suis trouvé tout à coup en présence rue du Champ-de-Mars, où il surveillait le déménagement de son mobilier, puis l’ami Fridblatt, croisé rue du Cardinal-Gousset alors que je sortais de l’église Saint-André, en ruines.

Avec l’un et l’autre, j’ai pu causer assez longuement de bien des choses.

— Dans le courant de l’après-midi, une personne fait une déclaration de décès à la mairie, rue de Mars 6.

La table sur laquelle travaillent les deux employés de l’état-civil, constituant actuellement tout le personnel de service, est installée, dans la cave, auprès de celle du bureau de la comptabi­lité — la nôtre.

D’ordinaire, nous ne prêtons guère l’oreille à ce qui se dit à côté, mais un nom prononcé « Fridblatt » et l’âge indiqué attirant mon attention, je me permets de demander :

« Pardon, vous déclarez un décès, veuillez m’excuser, mais il ne s’agit pas, je pense, de M. Fridblatt, le menuisier qui s’occupe des déménagements ?

– Malheureusement, Monsieur, me répond-on, c’est bien de lui ; il vient d’être tué rue Warnier, chez M. Rosey avocat, où il était occupé avec M. Sainsaulieu à enlever des livres de la bibliothèque, pour en faire l’envoi. »

J’avais revu le matin, pour la dernière fois, cet excellent ami, père de quatre jeunes enfants.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Vendredi 1er – + 13°. Via Crucis in Cathedrali. Vu les deux statues de rois renversées dans le chantier par les obus sur la face. On dit qu’avant-hier, par conséquent le 30 mai, les Allemands ont lancé des ballonnets invi­tant la population civile à évacuer, parce qu’ils allaient bombarder la for­teresse(1) de Reims. A 1 h., bombes sifflent. Item 2 h. 40.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Les Allemands se sont obstinés pendant ot le conflit à vouloir considérer Reims comme une ville-forteresse, ce qui leur servait de prétexte pour pouvoir bombarder cette ville ouverte.

Vendredi 1er juin

Actions d’artillerie au sud de Saint-Quentin et sur le chemin des Dames, au nord de Jouy, vers Cerny et Hurtebise, où ont eu lieu également de nombreuses rencontres de patrouilles.
En Champagne, l’ennemi a tenté, sur plusieurs points de notre front, de vives attaques précédées de bombardements violents par obus toxiques et de gros calibres. Au nord-ouest d’Auberive et sur le mont Blond, toutes les tentatives ont été arrêtées par nos feux. L’effort des Allemands s’est porté particulièrement sur nos positions du Téton, du Casque et du mont Haut, qu’ils ont attaquées à quatre reprises différentes avec un extrême acharnement. La lutte qui a commencé à 2 heures du matin, s’est prolongée jusqu’au jour. Brisées par nos feux ou refoulées à la baïonnette, les vagues d’assaut ennemies ont dû chaque fois refluer en désordre vers leurs tranchées de départ, après avoir subi des pertes élevées. Sur un seul point du front attaqué, au nord-est du mont Haut, des fractions ennemis ont pris pied dans quelques éléments avancés. Nous avons capturé des prisonniers.
Les Anglais ont repoussé un raid allemand au sud d’Armentières et fait un certain nombre de prisonniers. Activité d’artillerie sur la rive droite de la Scarpe.

Source : La Guerre 1914-1918 au jour le jour

 

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Mercredi 23 août 1916

Louis Guédet

Mercredi 23 août 1916

711ème et 709ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps gris clair d’automne, lourd et chaud. Heureusement que les nuits sont fraîches. Le calme, sauf vers 11h du matin quelques obus faubourg de Laon tandis que j’étais à l’Hôtel de Ville présider des Allocations militaires qui m’ont tenu jusqu’à midi 1/2. J’y étais depuis 9h1/2 et depuis 9h j’étais à la Caisse d’Épargne de service (et samedi). Je suis obligé de me dédoubler. Déjeuné à la hâte et parti à 1h pour un inventaire pour Jolivet sur la route de Pargny, « à la Carcanerie » (mot du patois régional, lieu où on abat les chevaux hors service), voyage de boucher (voyage apparemment pénible), tous les clients n’étant pas venus, ce sera pour demain probablement. Il y a des gens qui ne se gênent pas. Vu là un maréchal des logis du 25ème d’artillerie (le régiment de Jean) qui me disait qu’il y avait 10% de tués dans leur arme contre 90% dans l’Infanterie à égalité de risques…

En rentrant ici été à la Ville pour m’entendre avec le Maire et le secrétaire général afin de m’assurer d’un greffier pour les litiges des réquisitions militaires. Faupin,  m’ayant signifié qu’il avait donné l’ordre à son clerc Landréat qui me servait de greffier de Paix des 2ème, 3ème et 4ème cantons et m’assurait le service des réquisitions, de se refuser à construire ce service…  En toute éventualité je me suis assuré de quelqu’un à l’Hôtel de Ville. Valot greffier des prudhommes et de simple police, probablement. De là passé prévenir le parquet.

Reçu lettre du Président du Tribunal Hù qui en a parlé au Parquet Général : on vient de mettre en demeure Jésus, greffier des 2ème et 4ème cantons, qui pour se sauver des bombes n’avait pas trouvé mieux que de s’engager et de se…  faire embarquer dans un bureau militaire de l‘intérieur !! Çà ce n’est pas banal, s’engager pour se sauver des bombes !! à avoir à assurer son service. Je vais avoir incessamment mon adjoint militaire…  bref tout le monde m’aidant, j’arriverai envers et contre tous à mener la justice de Paix, malgré tous les pleutres qui sont jaloux de me voir conduire des services écrasants et qui seraient enchantés de me voir n’aboutir à rien…  J’y succomberai probablement…  mais en tout cas j’aurais le droit de leur clouer le bec si jamais ils veulent me discréditer…  J’aurai le droit de leur dire leur fait…  qu’ils sont des lâches.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 août 1916 – Bombardement dans la matinée, vers 10 h, quartier du Champ-de-Mars.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 23 – Projections allemandes. Dons et circulaire pour Prisonniers de guerre. Vers 9 h. 1/2 et 9 à 11 h. sifflent. Visite au Fourneau Économique de Porte Paris. Bombes à l’Hôtel-Dieu, rue Gambetta. Visite du Général Mazel de Jonchery, 5e Armée ; du Colonel Papillon-Bourrot, du P. d’Herlugon Jésuite avec le Père auteur au sujet des Otages. Lettre du Cardinal Gasparri répondant à une lettre de moi au sujet des otages (Recueil,).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 23 août

Lutte d’artillerie sur les deux rives de la Somme et à Verdun (région de Fleury).
Grâce à un coup de main heureux, près de Maurepas, nous avons fait quelques prisonniers. Nous avons repoussé des attaques à la grenade sur un de nos ouvrages dans le bois de Vaux-Chapitre.
Les Anglais ont marqué une avance sensible, sur un front de 800 mètres, dans le voisinage de Pozières, s’établissant à la croisée des chemins en bordure de la ferme de Moquet. Ils ont ensuite progressé sur la droite de la route Pozières-Miraumont. Ils ont gagné 100 mètres de tranchées entre Martinpuich et Bazentin et ont fait un coup de main heureux au sud de Guillemont, ramenant une mitrailleuse. Au saillant de Leipzig, ils ont accentué leurs gains et ont porté leurs positions à un kilomètre de Thiepval. Ils ont capturé 164 ennemis.
Sur le front d’Orient, la lutte est acharnée. Les Franco-Anglais ont bombardé les positions bulgares du lac Doiran et occupe les contreforts méridionaux des monts Belès. Sur la droite du Vardar, les troupes françaises se sont installées sur une ligne de hauteurs près de Ljumnica; l’armée serbe a progressé entre Cerna et Moglenica. L’infanterie a partout atteint ses objectifs.
Aux deux ailes, à l’ouest de Sérès, et sur le lac d’Ostrovo, l’ennemi a refoulé nos détachements avancés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Mardi 16 mai 1916

Louis Guédet

Mardi 16 mai 1916

612ème et 610ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps. Canonnade toute la nuit. Journée tranquille. Reçu de bonnes nouvelles de Jean par sa mère. Allées et venues, courses, heurté à une foule de mauvaise volonté de la part du Comptoir d’Escompte de Paris, du Crédit Lyonnais, de la maison Walbaum roulage, je n’ai jamais vu pareille mauvaise foi, attitude désagréable, insolente même. Ils paraissent se faire un malin plaisir de molester les gens. Après la Guerre, je ne sais si ces maisons seront bien vues ici.

Voici qu’ils nous bombardent, pourvu que cela ne dure pas. Tout à l’heure un aéroplane est descendu fort bas et que portant les cocardes tricolores, il avait une singulière forme, serait-ce un avion allemand maquillé, cela s’est déjà vu, et il tournait beaucoup autour de notre quartier. Gare ! et cependant, nous ne sommes plus guère de force à subir de gros arrosages, on est si fatigué, si las. C’est si pénible, si dur.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

16 mai 1916 – Bombardement, toujours vers la rue du Champs-de-Mars, à 18 h 1/2.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mardi 16 – Nuit tranquille sauf gros coups de canon vers 4 h. + 10° ; Beau soleil. Réunion du Comité des Œuvres de guerre. Visite de M. Abelé et de M. Sainsaulieu pour la Cathédrale. Aéroplane. Visite du Lieutenant Colonel Edouard Rollin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 16 mai

Au sud de la Somme, près Vermandovillers, un coup de main nous a permis de nettoyer d’ennemis une tranchée allemande de première ligne.
En Champagne, violent bombardement par les Allemands de la région dite du Mesnil-Maisons-de-Champagne. L’ennemi a tenté plusieurs attaques simultanées à faible effectif sur divers points du front. Toutes ces attaques, arrêtées par des tirs de barrage ou repoussées par nos contre-attaques, sont restées infructueuses. Une incursion dans un ouvrage allemand, à l’ouest du mont Têtu, nous a permis de ramener une quinzaine de prisonniers.
Dans la région de Verdun, bombardement de nos premières et de nos deuxièmes lignes à l’ouest de la Meuse.
Sur les Hauts-de-Meuse, nous avons réussi un coup de main, que notre artillerie avait préparée. Nos patrouilles ont nettoyé les tranchées ennemies sur un front de 200 mètres et ramené des prisonniers.
Nous canonnons des détachements ennemis au sud-ouest de Thiaucourt.
Violente lutte d’artillerie dans le secteur de Dixmude sur le front belge. Une incursion ennemie est refoulée.
Un zeppelin a été abattu en mer du Nord.
Les Allemands reprennent le bombardement de notre front de Salonique.
Les Russes remportent un succès en Mésopotamie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Mercredi 10 mai 1916

Louis Guédet

Mercredi 10 mai 1916

606ème et 604ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps, le calme. Allocations militaires le matin, peu de choses. Après-midi été jusque Cormontreuil par le canal et revenu par la « Villageoise » (ancien quartier situé entre la Vesle et le quartier des Châtillons) et la rue Ledru-Rollin. Je suis fatigué et en rentrant une alerte, un agent est venu relancer la pauvre Lise qui par entêtement n’a jamais voulu faire de déclaration d’étrangère (Lorraine annexée). J’ai été obligé d’aller au Commissariat Central pour arranger la chose. Mais la pauvre fille est abrutie de cela, elle ne cesse de me dire : Pourvu qu’on ne m’enlève pas !… C’est bien du dérangement qu’elle aurait pu m’éviter.

Nouvelles de Jean par ma chère femme : il va bien, monte à cheval et fait de la voltige, on ne les fait pas traîner. Pauvre Petit…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

10 mai 1916 – Bombardement ainsi que ces jours derniers, vers les rues du Champ-de-Mars, de la Justice et la Petite Vitesse, à partir de 19 h. Un obus incendiaire met le feu à la réserve de la quincaillerie Girardot, boulevard Jules-César ; elle est entièrement détruite.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Boulevard Jules Cesar, Maison Girardot


Cardinal Luçon

Mercredi 10 – Voyage de Paris à Lyon en arrivant à 5 h. 1/2 du soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 10 mai

Entre Oise et Aisne, nous avons repoussé un coup de main dirigé sur un de nos ouvrages au sud d’Antrèches.
En Champagne, notre artillerie a exécuté des tirs sur les tranchées et batteries allemandes au nord de Ville-sur-Tourbe et sur les voies de communication de l’ennemi dans la région Somme-Py.
En Argonne, dans la région de Bolante, nous avons enlevé deux petit postes dont les défenseurs ont été tués, et nous avons occupé en avant de ces postes plusieurs entonnoirs.
Sur la rive gauche de la Meuse, trois tentatives allemandes sur les tranchées de la cote 304 ont été repoussées.
Sur la rive droite du fleuve, nos contre-attaques nous ont permis de chasser l’ennemi de quelques éléments de notre première ligne qu’il tenait encore.
Nos batteries ont pris sous leur feu des convois de ravitaillement et des détachements ennemis sur la route d’Essey à Bayonville.
Lutte d’artillerie sur le front belge.
Les troupes du Congo belge ont à nouveau progressé sur le territoire de l’Afrique orientale allemande.
MM. Viviani et Albert Thomas ont été reçus par le tsar.
Le président Wilson a répondu à la note allemande : il prend acte des promesses du chancelier, mais refuse de traiter la question du blocus britannique avec le cabinet de Berlin.
Le gouvernement américain a décidé de renforcer ses effectifs à la frontière mexicaine.
Les Italiens ont progressé dans le massif de Tofana (Trentin)

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 2 mars 1916

Rue Lesage

Louis Guédet

Jeudi 2 mars 1916

537ème et 535ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Je remonte de la cave où je suis descendu à 7h50. Une bombe était venue tomber à 20 mètres d’ici rue Boulard chez Houbart Frères (à vérifier), n°18. Dégâts, commencement d’incendie, peu de chose heureusement. Comme je descendais à la cave il en est tombé une 2ème encore tout près, mais je ne sais où. La canonnade toujours depuis 6h1/2 du reste. Ils en ont envoyé un peu partout. Est-ce que les mauvais jours reviendraient ? Mon Dieu ! Je ne pourrais y résister. Je n’en n’ai plus la force. A 11h ils avaient déjà arrosé un peu partout et il en était tombé déjà une (bombe) rue Brûlée, en face de la chapelle de la rue du Couchant. Vont-ils nous laisser tranquille cette nuit ? Une bataille a lieu devant Cernay, on l’entend.

Suite du 2 mars 1916

Mon Dieu, pourvu que nous n’ayons plus rien. Je me croyais plus fort que cela.

10h soir  Nous sommes revenus aux mauvais jours. J’avais à peine terminé ces lignes que vers 8h1/4, au moment où je commençais à dîner, un obus m’arrive. Je baisse le dos instinctivement, puis avec un bruit formidable il éclate chez M. Benoist (usine des Capucins) un tas de gravas et de vitres brisées retombent un peu partout. Le temps de prendre quelques papiers (minutes, dossiers), ma pelisse et mon chapeau, je descends, à moitié de l’escalier encore un plus près. « Je crois que çà y est ! » non rien.

Je descends dans la cave où nous nous retrouvons tous les 4 réunis, Jacques, Lise, Adèle et moi, plus 9 voisins ou voisines que je ne connais pas qui étaient arrivés à la première heure et qui étaient restés en cave pendant que nous étions remontés pour dîner…  Çà tape fort autour de nous. Enfin à 9h1/2 nous remontons tous les voisins s’en vont chez eux et nous mangeons… (Je mourrai de faim) tout en ayant l’oreille au guet (aux aguets). J’ai fini mon maigre dîner, des choux, pommes de terre carottes et un bout de porc gras et maigre, un peu de fromage et 2 cuillères de confiture de fraises. Pauvres fraises ! Elles ont été cueillies et cuites en juillet 1914 !! Que c’est loin déjà !!…  Nous sommes tous un peu bouleversés. La vie de fous recommence ! C’est extraordinaire ce qu’on pense, ce qui nous passe par la tête durant ces moments-là ! On est rompu après de ces secousses, c’est comme si j’avais charrié toute la journée ! Il pleut à torrent. Je vais tâcher de dormir, pourvu que nous ne soyons pas réveillés encore cette nuit. Que Dieu nous protège et nous laisse prendre un peu de repos…  Triste anniversaire ! Il y a 1 an c’était le jour de mon incendie. J’avais déjà souffert beaucoup plus. Et cependant on ne s’y fait pas.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 mars 1916 – Sifflements nombreux dans la matinée.

A partir de 11 heures, nos pièces ripostent très vigoureusement ; elles tirent jusqu’à 14 h et l’après-midi redevient calme ; mais à 18 h les sifflements recommencent. Notre artillerie entre à nouveau en action, à tel point que venant de quitter l’hôtel de ville, je suis éclairé, le long de mon chemin par les lueurs ininterrompues des départs, aussi bien que par les fusées qui se succèdent en l’air et les projecteurs.

Alors que je me trouve place de la République, les détonations sont devenues assourdissantes ; s’il pleuvait, cela donnerait l’illusion complète d’un orage (165 plus violents. En ce passage toujours très dangereux, un lourd attelage de trois chevaux, que son conducteur presse tant qu’il peut, me gêne considérablement, pour essayer de discerner les arrivées au milieu de l’infernal tapage, auquel se mêle, là, tout près, avec les forts craquements du chariot sous son chargement, le bruit des fers frappant alternativement le pavé. Fallait-il que j’arrive juste à ce moment. Dois-je essayer de dépasser les chevaux attelés en flèche ? Non, car si j’y parviens, le véhicule me suivra a trop faible distance. A regret, je ralentis quand il faudrait au contraire presser le pas, préférant malgré tout le laisser prendre de l’avance et s’éloigner dans l’avenue de Laon et… je gagne enfin la rue Lesage. Peu de temps après que j’y suis engagé, deux obus viennent éclater de l’autre côté des voies du chemin de fer, rues de la Justice et du Champ-de-Mars ; j’entends retomber des matériaux après leurs explosions. D’autres projectiles tombent sans arrêt sur le Port-Sec et ses environs.

En rentrant place Amélie-Doublié, je trouve les voisines de ma sœur et elle-même, occupées à préparer tranquillement leur dîner, comme d’habitude, alors que je m’attendais à les voir sous le coup de l’émotion bien compréhensible des arrivées peu éloignées. Quoique fort surpris, j’aime mieux n’en rien laisser paraitre ; aussi, nous prenons notre repas ensemble et nous nous installons ensuite autour du feu, ainsi que chaque soir pendant que l’arrosage assez copieux continue, que les sifflements se font toujours entendre, mêlés du bruit d’explosions dans les parages.

Le calme ne se rétablit qu’à 21 heures, et, après cette sérieuse séance, nous faisons une excellente nuit.

En somme, journée et surtout soirée très mouvementées pour tout Reims.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage

Rue Lesage


Cardinal Luçon

Jeudi 2 – Nuit tranquille ; + 4 ; soleil. Aéroplane à 8 h. allemand va observer les canons qui ont tiré hier soir. Pendant toute la matinée conversation à coup de canons entre les batteries. Bombes sifflantes à plusieurs reprises, mais sans doute sur les batteries : rue Clovis, rue du Jard, rue Brûlée, devant la porte de la Chapelle du Couchant, Faubourg de Laon. Visite à l’ambulance Cama (ou je ne fus pas reçu). Visite à l’ambulance russe, génie au Fourneau Économique. 5 h. Canons français en rafales; riposte allemande jusqu’à 9 h. soir. Bombardement sur la ville ; prière du soir interrompue par les bombes sifflantes tombant près de nous. Après, nuit tranquille, sauf quelques coups a longs intervalles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 2 mars

En Belgique, action d’artillerie au sud de Boesinghe. A l’est de Reims, un détachement allemand qui tentait d’aborder notre front, s’est enfui sous notre feu en laissant des morts. Près de Verdun, le bombardement ennemi a continué sur la rive gauche de la Meuse (de Malancourt à Forges), sur la rive droite, vers Vaux et Damloup, et en Woëvre (Fresnes). A l’ouest de Pont-à-Mousson, nous bouleversons les organisations allemandes du bois le Prêtre et bombardons vers Thiaucourt. En Alsace, notre artillerie est active sur la Fecht et la Doller. Les russes progressent près de Dvinsk. Les colonels Egli et de Wattenwyll ont été acquittés par le tribunal de guerre de Zurich.

 

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