• Tag Archives: Rue de l’Ecole de Médecine

Reims en ruines – Photos du blog « 14-18 en Images »

Nous avons été contacté il y a quelque temps par Daneck Mirbelle, collectionneur de photographies de la Grande Guerre qu’il publie dans son blog « 14-18 en Images, le blog de Daneck ». Voir ici => Photos14-18.blogspot.com

Il avait fait l’acquisition d’une série de photos de Reims faites entre 1916 et début 1917 pour certaines et fin 1918 – début 1919 pour d’autres, et ne savait pas où re-situer les vues. Nous avons pu en retrouver quelques unes mais il en reste que nous identifierons certainement par la suite, au gré de nos pérégrinations dans les cartes postales. Par contre, certains endroits ne seront jamais retrouvés suite aux bouleversements de la Reconstruction.

Rue Rockfeller (ancienne rue Libergier) et la cathédrale.

 

Place du Cardinal Luçon (communément appelée place du Parvis)

 

Rue de la Grosse-Ecritoire (voir ici sur Reims Avant)

 

Le Mont de Piété rue Eugène Desteuque, vu depuis la rue Saint-Symphorien. (Voir ici sur Reims Avant )

 

Rue de Vesle depuis la rue Saint-Jacques, actuelle rue Marx Dormoy. (Voir ici sur la Documentation de Reims Avant)

 

Maison natale de Colbert (Voir ici sur la Documentation de Reims Avant)

 

Rue de Courmeaux (Voir ici sur Reims Avant)

 

Rue du Carrouge ?

 

Rue Pol Neveux (ancienne rue de l’Ecole-de-Médecine) Voir ici sur Reims Avant

 

Rue Pol Neveux (ancienne rue de l’Ecole-de-Médecine)

 

Place Royale (Voir ici sur Reims Avant)

 

 

 

 

 

 

Rue Clovis, maison du notaire VILLET (Voir ici sur Reims Avant)

 

 

 

 

Les alentours de la ville, mais où ?

 

 

Share Button

Vendredi 9 avril 1915

L'Archevêché

Louis Guédet

Vendredi 9 avril 1915 

209ème et 207ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Nuit affreuse ! à 9h1/2 comme je venais de me coucher le bombardement intense a commencé et n’a fini que vers 4h du matin. Descendu à la cave où j’ai pu dormir. Vers 10h une bombe est tombée près de la maison, où ? nous ne savions. Ce matin, comme nous remontions vers 6h1/2 un coup de sonnette ! C’est Archambault qui venait nous demander les clefs de chez Monsieur Martinet au 50 de ma rue en face de notre maison. Une bombe traversant la maison du n°52 de mon beau-frère est venue éclater dans le vestibule du n°50 où devait coucher un cousin de M. Martinet arrivé de Paris hier soir. Le vestibule n’existe plus, les lits sont au fond de la cave et on ne voit pas le malheureux. Est-il tué ? ou fou de peur s’est-il évadé par un soupirail de la rue qui a été trouvé ouvert. Je fais prévenir Police et Pompiers.

Tout un quartier du faubourg de Laon vers la rue Danton est incendié, des maisons rue Gambetta et rue Chanzy depuis la rue de Venise jusqu’à l’ancien Grand Séminaire en face du Grand Hôtel, tout ce quartier serait incendié, démoli. Un partout. Du reste les obus ne cessaient de siffler et d’éclater. Quand notre martyr finira-t-il ?

10h1/2 matin  On vient de retrouver, en face de notre maison, le malheureux Henri Martinet, broyé, haché, dans le fond de la cave ou il a été projeté par la force de l’explosion de la bombe. Dès 8h du matin j’avais eu l’idée d’employer les 3 chiens de M. Martinet que je soigne pour les faire rechercher, mais les pompiers comme tous les hommes sûrs de leur supériorité m’avait envoyé promener, mais quand le capitaine des pompiers est arrivé je n’en fis qu’à ma tête et lâchait les chiens en les excitant un peu à chercher. Ils découvrirent les restes de ce malheureux affreusement broyé, sans tête. Cela n’avait pas duré 3 minutes ! Je ne m’étais pas trompé en me fiant sur l’instinct et le flair de ces pauvres bêtes. Je fais le nécessaire pour la mise en bière, et l’inhumation qui aura probablement lieu dimanche matin. J’ai prévenu par dépêche M. Martinet-Devraine du décès de son cousin en lui demandant des instructions s’il y avait lieu.

Nuit tragique, douloureuse, sans sommeil et matinée plus lugubre encore. Dieu ne m’aura rien épargné. En sortirai-je ? Y survivrai-je ? quel martyr !

5h1/2  l’enterrement de ce malheureux aura lieu demain samedi à 11h. Encore une journée triste pour moi.

Quand donc serai-je avec les miens et que le long martyr aura cessé !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

L’hôtel de ville offre, dans son ensemble, un aspect lamentable, à l’intérieur. Quand j’arrive, à 9 heures, fatigué de n’avoir pas dormi un instant, les hommes préposés au nettoyage travaillent activement à tout remettre en ordre, dans la mesure du possible, ainsi qu’après chaque explosion.

Au bureau, les plancher, les pupitres sont couverts de morceaux de vitres que l’on met en tas pour les ramasser. Dans l’impossibilité où nous nous trouvons, mon collègue cocher et moi de continuer à travailler à nos places, nous prenons le parti d’aller rejoindre à l’annexe de la « comptabilité », déjà installé dans le couloir fermé allant du vestibule d’entrée à la salle des appariteurs, MM. Cullier, Vigogne, Joly et Guérin, travaillant dans cet endroit sombre, depuis le 6 mars et obligés de s’y éclairer à la lampe à pétrole toute la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 9 – Nuit épouvantable. À 9h soir, commence le bombardement, d’une violence extrême – les plus gros calibres – nous tremblons pour la Cathédrale. Plusieurs obus tombent chez nous, un dans le jardin. On ne sait s’il est éclaté. D’autres dans l’appartement des Sœurs (aile sur la rue de l’École de Médecine) dont la façade sur la rue du Cardinal de Lorraine est éventrée, toutes les vitres de mon cabinet de travail sont brisées, ainsi que celles de l’antichambre où je couche. Les vitres ont été projetées en morceaux sur mon lit. J’étais d’abord allé à la cave, puis j’étais remonté me coucher. À peinte couché, le bombardement recommence ; on vient me prier de redescendre. À peine étais-je descendu, que les vitres furent mises en pièces et projetées sur mon lit et par terre. Bombardement jusqu’à h du matin. On parle de 30 tués. Dans la matinée, bombes ; item dans la soirée. Le Patronage de Saint-Thomas – où se faisaient les offices – est incendié. Le culte se fera dans la Chapelle de l’Orphelinat des Trois-Fontaines.

Visite à 9 h ½ du matin, du Général Franchet d’Esperey qui me demande à voir les éclats d’obus qui avait démoli l’angle de la conciergerie.

Je lui en montre un très gros. Il le regarde, et admire la pureté de l’acier (1).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) On peut admirer le point de vue strictement professionnel du général sur la nature de l’acier de l’éclat d’obus. (Note du Colonel Marc Neuville)



Hortense Juliette Breyer

Vendredi 9 Avril 1915.

Mon Charles, hier soir quand je me suis couchée les boches bombardaient, mais tu parles, quelle nuit ! Jusqu’à quatre heures du matin ils ont envoyé tout prêt de 2000 obus sur tous les quartiers. Combien de morts ? Aussi aussitôt levée, je me suis empressée de courir chez vous, voir s’ils avaient eu peur. Ils n’avaient pas dormi ni l’un ni l’autre. Je suis allée jusque la rue de Beine. Chez nous il n’y a rien. Il y en a eu une chez Mme Mitouart mais ils n’étaient pas là heureusement.

L’après-midi cette fois-ci, je suis allée jusqu’aux caves car on ne trouve plus de lait pour faire la bouillie de la sœurette et je savais que maman en avait. Ils étaient contents de me voir ; ils ne vivent pas de me savoir en danger. Maman a pleuré toute la nuit. A six heures, en me reconduisant sur le pas de la porte, il y avait de nouveaux bombardements et on se battait ferme sur Brimont. Elle a voulu me retenir, mais je sais que tes parents ne sont pas contents quand je reste aux caves. Ils ont peur et ne comprennent pas que je cherche à mettre à l’abri ma sœurette. Tant pis, il arrivera ce qui doit arriver.

Je vais me coucher ; je dormirai peut-être mieux. Bonne nuit mon Charles et à toi toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 9 avril

Nouveaux succès pour nous entre Meuse et Moselle. Nouveau bond en avant aux Eparge,où nous repoussons préalablement trois violentes contre-attaques et où nous comptons sur le terrain plus de 1000 cadavres allemands. Au bois de la Morville, plus au sud, nous détruisons complètement une compagnie ennemie. Au bois d’Ailly, nous prenons quelques tranchées. Au bois de Mortmare, nous nous installons dans les organisations défensives de l’ennemi, qui ne peut, malgré ses efforts, parvenir à nous en chasser.
D’après un résumé officiel, nous avons réalisé, au cour des quatre derniers jours, les progrès suivants : à l’est et au nord-est de Verdun, gain de un à trois kilomètres en profondeur sur un front de vingt kilomètres en longueur, occupation des hauteurs qui dominent l’Orne; sur les Hauts-de-Meuse, conquête de la position allemande des Eparges; près de Saint-Mihiel, prise de la partie sud-ouest du bois d’Ailly; dans la Woëvre méridionale, occupation de 3 kilomètres en profondeur sur un front de 7 à 8 kilomètres.
Les Autrichiens ont, une fois de plus, bombardé Belgrade sans résultat.
Le croiseur allemand Eitel Friedrich se fait interner aux États-Unis.
M.Venizelos déclare que, mécontent de l’attitude du roi à son égard, il va se retirer de la vie publique. Ses amis s’efforcent de le faire revenir sur cette décision.
Une violente manifestation interventionniste a eu lieu à Gênes.
Les Turc ont vainement dirigé une attaque contre le canal de Suez.

Share Button

23 novembre 1914

Louis Guédet

Lundi 23 novembre 1914

72ème et 70ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Ce matin à 7h1/2 Adèle m’appelle à la cave pour me dire que M. Jacques Charbonneaux m’attend pour me voir. Je m’habille à la hâte, je monte à la cuisine. Et là je trouve M. Jacques Charbonneaux avec Jacques Wagener, le chauffeur de Mareschal, et en quelques mots il m’apprend que mon cher Maurice est mort, tué hier soir, (coupé en 2 par un obus) vers 8h du soir, en face de chez  Monnereaux (à vérifier), avenue de Paris, comme il revenait de dîner à sa popote de la rue de Vesle, en rentrant avec ses collègues coucher à l’Hôpital Mencière. Maurice Mareschal, Salaire, Soudain, Guyon ces autres tués et le Docteur Barillet a le pied droit enlevé !!

Mon pauvre et cher Maurice ! Mon seul, mon vrai, mon premier ami !! mort ! tué !! Je suis atterré !! Quelle épreuve, Mon Dieu !! Mon Dieu, recevez-le en votre paradis. Protégez-nous. Protégez-moi et que je sorte sain et sauf de la tourmente, car voilà un nouveau devoir, sacré celui-là qui m’incombe, sa pauvre petite femme, ses 2 enfants !!

Mon Dieu ! Mon Dieu !! Mon Dieu !!

5h soir  J’ai vu une dernière fois mon cher Maurice. Il semblait dormir, sa figure était calme !! Quelle déchirure pour moi !! Oh ! sa pauvre Jeanne (Jeanne Mareschal, née Cousin, 1873-1929), ses pauvres enfants (René et Henry Mareschal) !!

On l’enterre demain mardi 24 novembre 1914, le service aura lieu à 9h1/2 à Ste Geneviève, et de là on le conduira au Cimetière de l’Ouest pour le transporter ensuite dans la journée au Cimetière du Nord. Encore une dure et cruelle journée pour moi ! Si c’était seulement la dernière avant la délivrance de Reims. Dieu ! Aura-t-il pitié de nous devant la mort de cette innocente victime !! Mon Dieu ! protégez-nous ! ayez pitié de nous, de nos misères ! Délivrez-nous de l’Ennemi. Qu’il s’éloigne tout de suite ! et n’ait plus le temps de nous faire du Mal. Dieu, vous devez bien cela à cette pauvre Ville de Reims ! Dieu ayez pitié de moi. Protégez-moi ! afin que je remplisse tous les devoirs dont mon cher Maurice m’avait chargé. Il m’a confié ses enfants ! Faites que j’en fasse des hommes, comme mes enfants ! Sauvez-moi ! Faites que je revoie bientôt mes chers aimés ! J’ai assez souffert pour que vous m’accordiez ce bonheur, ce grand bonheur de les revoir, moi sain et sauf et sains et saufs eux-mêmes : Femme, Enfants et Père ! J’ai confiance. Mon Dieu ! Vous ne pouvez me refuser ce grand bonheur !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Violent bombardement l’après-midi, de 13 h 1/4 à 14 h 1/2. Je dois retarder mon départ pour le bureau et lorsque je passe rue de Vesle, les obus tombent toujours. Au moment où j’approche de la permanence de la Croix-Rouge, sise au n°18 de cette rue, des pompiers y apportent, sur un brancard, une pauvre femme blessée, qu’ils viennent de ramasser auprès de la cathédrale. Triste tableau de la guerre, au milieu de la population civile.

A l’hôtel de ville, en arrivant, je croise un jeune employé du 1er bureau du secrétariat, qui me montre un morceau énorme du culot d’un 210, qu’il vient de ramasser rue de la Tirelire. Rue Thiers, boulevard de la République et dans le faubourg de Laon, des maisons touchées par ces gros projectiles ont encore été démolies. Des obus de tous genres sont tombés sur la gare, dans les promenades et du côté de Saint-Remi. Le soir, l’éclairage électrique, rétabli depuis quelques jours seulement dans les bureaux de la mairie, fait défaut, d’importants dégâts ayant été occasionnés également à l’usine d’électricité.

Tout le monde, à Reims, trouve la situation atrocement douloureuse, presque intenable, les ruines s’ajoutant tous les jours aux ruines.

Dans la famille, nous avons envisagé depuis hier, devant la recrudescence du bombardement dans le quartier, l’éventualité de l’écroulement de la maison de mon beau-père, où nous sommes à l’abri, afin de trouver, en ce cas le moyen offrant le plus de chances de sortir des décombres, si cela pouvait se faire. Nous croyons bon de continuer à nous grouper tous dans l’angle de la salle à manger contigu à la pièce voisine, de manière à garder la possibilité de produire sur le même point un plus gros effort, solution qu’à tort ou à raison nous croyons préférable à la descente à la cave. D’ailleurs, depuis que nous sommes rue du Jard, nous n’avons pas pu nous résoudra à aller nous y mettre en sécurité. L’expérience acquise à la suite de l’effondrement, le 20 septembre, de la nôtre, rue de la Grue 7, qui offrait indiscutablement d’autres garanties de solidité, quand nous nous y tenions à vingt-deux personnes encore la veille 19, nous ayant pleinement éclairés à ce sujet.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Collection : Véronique Valette


Cardinal Luçon

Lundi 23 – Matinée assez tranquille. 9 h matin, visite aux victimes d’hier puis à Mencière. Effroyable bombardement de 1 h à 2 h. Une bombe est tombée dans la chambre des Soeurs de la rue de l’Ecole de Médecine, où elle a tout brisé ; une autre dans la maison neuve de Mme de la Morinerie (mur mitoyen avec nous), une autre sur le Mont-de-Piété, qui nous joint. Un homme est tué près de la maison Peltreau Villeneuve, bombes sur la Cathédrale. Visite aux victimes tuées hier à Mencière.

Le même jour 23 et à la même heure, une bombe dans le jardin de M. Colas, une devant la porte de Mme Pommery, deux chez M. Chatin. Tout porte à croire qu’on visait hier l’Archevêché, pour punir la rectification faite au communiqué de M. Bethmanne Holweg. Jamais ils n’avaient tiré avec une pareille rage : un coup n’attendait pas l’autre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

126_001


Eugène Chausson

23/11 – Lundi.Temps gris qui semble couver la neige. Brouillard. La matinée fut assez calme du côté des Allemands. De notre part, nombreux coups de canon mais à midi 1/2, les Allemands commencent à nous envoyer bon nombre de bombes ce qui occasionne encore une panique momentanée ; les gens de la ville affluent encore à la Haubette. Cela dura un peu moins fort cependant jusqu’au soir et enfin on peut se coucher avec l’espoir de dormir tranquille après une aussi cruelle journée pendant laquelle la ville reçut environ 300 obus. Mais hélas, illusion, car aussitôt au lit, nos pièces commencent à tirer, ce à quoi, vers minuit les Allemands répondent en envoyant bon nombre d’obus sur la ville, occasionnant toujours des dégâts considérables et un nombre toujours trop élevé de victimes, rue Talleyrand, maison neuve, Gorget, Directeur des Docks Rémois et beaucoup d’autres semblables.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Victime civile ce jour à Reims

Share Button

Jeudi 5 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

5  NOVEMBRE ; jeudi –

8  heures 3/4 ; Vive canonnade ; des obus perdus viennent siffler et éclater dans nos parages Quelle horreur que ces éclats sauvages en pleine nuit. J’entends dans la rue les gens descendus en hâte des étages s’interpellant, se pressant de gagner la cave la plus proche…

Dieu, sauvez la France !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 5 novembre 1914

54ème et 52ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Tout a été calme, les journaux ont l’air (?) de dire qu’ils reculent. On ne s’en aperçoit guère ici !

Mon petit clerc Malet vient de passer pour me donner sa nouvelle adresse, attendu qu’une des bombes de l’aéroplane d’avant-hier est tombée sur sa maison 49, rue de Courcelles et l’a démolie. Leur appartement  n’a pas été trop abîmé ainsi que le mobilier, mais il a fallu déloger. Pas d’accident de personnes heureusement.

10h3/4 soir  Journée tranquille. Ai eu à déjeuner l’abbé Andrieux qui cherche à se faire enrôler comme aumônier militaire. Ecris pas mal de lettres. Dîné, puis monté dans ma chambre pour écrire à Marie-Louise et à ma chère femme. Il est 8h. Comme j’écrivais cette dernière, j’entendis une canonnade et une fusillade terrible vers 8h1/2. A 8h3/4 j’interromps ma lettre…  par un mais…   Je disais à ma pauvre femme : « J’entends du canon, j’arrête un instant, il est 8h3/4, mais… » Je vais voir à ma fenêtre d’où cela vient et ce que c’est, mais, à mon mais…  Un sifflement et un boum formidable à 10 mètres !! Je laisse ma lettre en plan, je prends mes clefs de cave, mon pardessus, j’allume une bougie, j’éteins l’électricité et je descends à la cave, à l’entrée de laquelle m’attend ma fidèle…   Adèle ! A 8h40 nous étions dans notre tanière. Le bombardement a duré de 8h3/4 à 9h3/4, 4 à 5 obus ont dû tomber fort près. Nous saurons cela demain. Nous remontons à 10h1/4. Je regarde dans la rue en fermant la porte d’entrée. Clair de lune ! Pas de décombres dans la rue, donc c’est plus loin, mais c’est une alerte qui a compté.

Je vais tâcher de dormir ! si les…  barbares le veulent…  le permettent !! Dieu quand verrons-nous la fin de cette vie misérable ?!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Il nous a fallu encore nous relever cette nuit à cause d’une canonnade toute proche, des nombreux sifflements et de l’arrivée, assez près, d’obus de différents calibres.

Ce matin, en allant au bureau, j’ai tenu à faire une tournée pour me rendre compte des dégâts causés au cours de la nuit. Il paraît évident que la cathédrale a été visée de nouveau ; de gros projectiles sont tombés rue du Cardinal-de-Lorraine, rue de l’École de Médecine (maison Abelé) ; sur la pharmacie de la place du Parvis, rue Libergier, rue Colbert et rue du Cadran-Saint-Pierre.

Dans Le Courrier de ce jour, on lit cet article :

Le crime de Reims – l’État de la cathédrale.

En réponse au chapitre métropolitain de Notre-Dame de Paris, M. L’abbé Landieux, curé de la cathédrale de Reims, donne les renseignements qui voici sur l’état de la cathédrale.

Il y a eu trois foyers d’incendie : l’échafaudage du portail, les combles de la grande nef et l’abside.

Au point de vue artistique, il y a des ruines irréparables. L’édifice a mieux résisté qu’on ne l’a cru. Notre cathédrale, avec ses deux trous, garde sa grande allure. Elle domine, fière et majestueuse, le monceau de ruines qu’est, de ce côté, le cintre de la ville ; des quartiers incendiés, avec le vieil archevêché et le palais des rois, dont il ne reste rien, que la chapelle.

Les pierres, cependant, sont assez profondément calcinées. Les toits et les charpentes n’existent plus : les voûtes ont résisté. Les clochez sont fondues. La tour sud n’a pas été atteinte ; les bourdons sont intacts : ils sonneront le Te Deum quand même à l’heure de la victoire.

La plupart des verrières sont détruites, soit pas les bombes, soit par le feu.

L’intérieur a relativement peu souffert ; nous avons pu sauver le Trésor.

Et maintenant, quand rentrerons-nous dans notre chère cathédrale ?

Si le bombardement sauvage qui nous accable depuis plus de trois semaines, même la nuit, cessait, on commencerait de suite les travaux de protection et nous pourrions, dans quelques mois peut-être, reprendre possession de l’abside. Mais quand serons-nous délivrée de cette infernale batterie de Berru, que rien ne peut réduire ? Il ne semble pas que ce soit demain.

Ces sacrifices, du moins, compteront devant Dieu, avec les larmes des mères et le sang de nos soldats, pour la rançon de la France.

A la suite des renseignements donnés sur l’origine de l’incendie, par M. l’Archiprêtre de Notre-Dame, on peut noter aujourd’hui, que parmi les divers documents photographiques très intéressants connus depuis le désastre, un instantané 9 x12, pris de la rue Libergier par M. l’abbé Dage, le 19 septembre 1914, fait voir nettement des foyers incendiaires à deux endroits, vers les 5e et 9e ou 10e étages de l’énorme échafaudage qui flanquait la tour nord de la cathédrale, en montant du sol jusqu’au dessus de la galerie des rois.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Nuit tranquille : matinée tranquille. Visite à M. le Curé de S. Maurice. J’irai le lundi 9 dire la messe de clôture de la Neuvaine, à 7 heures. Matinée tranquille. Réception de la lettre de M. Hertzog datée du 30 octobre.

de 9 à 10 h du soir, terrible bombardement, le plus effrayant de tous. Il atteint la maison Henri Abelé, Baucourt, une autre à gauche de la rue du Cardinal de Lorraine, jusqu’en face des Sœurs de l’Adoration Réparatrice. On visait sans doute la Cathédrale ; c’est peut-être la vérification de la menace de M. O. Bethmann Hollweg. Un obus dévaste notre Fourneau Économique, 15 rue Brûlée.

Écrit au Cardinal Gasquet et au Cardinal Gasparri par occasion. Réponse à l’Agence Havas, Bethmann Hollweg. Lettre du Grand Rabbin de Lille sur la Cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

La bataille a tenu éveillés, dans la nuit du 4 ou 5, les habitants des faubourgs, alors que le Centre de la ville n’a presque rien entendu.

C’est ainsi que nous avons pu reposer sans nous douter de rien.

En fin du déjeuner pris en compagnie de Mme Jacquesson, sont distribuées : 1° Lettre Henri (3 9bre) parlant des instructions qu’il se propose de passer à Jeanne concernant la somme (et l’emploi à en faire) dont elle aura à donner décharge à M. Delaigle, directeur de l’usine de Bétheniville, actuellement réfugié à Épernay.

Il dit aussi que sa santé ne le satisfait qu’à moitié, ce dont je prends tout de suite contrariété.

2° Lettre Jeanne (1er 9bre) sans nouvelle marquante.

À 16H je rencontre Arthur Pérard qui rentre de l’Yonne où il était parti le 31 août avec ses parents : son frère Jules est dans le Centre.

20H1/2 jusque 22H3/4 descente et séjour en cave imposés par le violent bombardement subi ; les obus font rage dans le quartier, ce que ne laissait que trop prévoir la reconnaissance aérienne faite dans l’après-midi par un avion allemand, et au cours de laquelle il avait plusieurs fois tracé le même cercle dans l’espace compris entre la gare et le théâtre.

À 23H nous montons coucher, sans espoir de repos tranquille.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Octave Forsant

Jeudi 5 novembre. — Je viens de faire une promenade noc­turne dans la ville. Le spectacle de Reims le soir vaut d’être décrit. Depuis les bombardements de septembre, il n’y a plus ni gaz ni électricité : on s’éclaire au pétrole. Mais comme nous sommes sur le front, l’autorité militaire a interdit depuis quelques jours tout éclairage des rues et même toute filtration de lumière par les portes ou les fenêtres des appartenons. Il parait qu’il y aurait encore des espions qui la nuit font des signaux optiques à l’ennemi. Si bien que cette ville, autrefois ruisselante de lumière le soir, est maintenant, à la chute du jour, plongée dans la plus noire obscurité. La circulation devient difficile, inquié­tante même. On marche à tâtons, se heurtant parfois les uns les autres ou buttant contre les poteaux du trolley des tramways. Cependant, de distance en distance, s’allument de petites lampes électriques qui brillent quelques secondes puis s’éteignent pour se rallumer un peu plus loin. On dirait une procession d’étoiles; c’est très pittoresque, mais beaucoup moins pratique, parce que ces lampes aveuglent le passant qui vient se heurter contre vous. La nuit, on s’enferme chez soi : défense de sortir de huit heures du soir à six heures du matin. On n’a pas idée combien cet isolement, cette claustra­tion forcée, douze heures sur vingt-quatre, est pénible, ni de quelle interminable longueur semblent les nuits !

Source 1 : Wikisource.org


Victimes civiles tuées ce jour :


Jeudi 5 novembre

Les Allemands, qui voulaient franchir l’Yser, battent réellement en retraite, malgré leur grand nombre : ils étaient, paraît-il, 500.000, mais auraient perdu 100.000 hommes… Sur les pentes au nord de l’Aisne, vers Vailly, nous avons regagné à peu près tout le terrain cédé.

Les troupes russes, qui poursuivaient à gauche de la Vistule, les Austro-Allemands vaincus ont repris Kielce et un grand nombre de localités en arrière, dans la direction de la frontière silésienne. Le quartier général allemand a été transporté à Gentoschau, près de cette frontière. Von Hindenburg n’est pas plus heureux en Prusse orientale, où se dessinne progressivement l’offensive de nos alliés.
La flotte allemande a fait son apparition sur la côte orientale anglaise, à Yarmouth, mais elle a dû se retirer devant l’arrivée de l’escadre anglaise, après avoir, il est vrai, coulé un sous-marin.
Les forces navales franco-anglaises ont bombardé l’entrée du détroit des Dardanelles où l’on croit qu’un fort aurait sauté. De leur côté, les troupes russes de Transcaucasie ont franchi la frontière de l’Arménie ottomane. Le cabinet de Constantinople est d’ailleurs loin d’être uni, et plusieurs ministres, dont le ministre des Finances Djavid bey, ont démissionné pour ne point se solidariser avec la politique insensée d’Enver bey.
La forteresse allemande de Kiao-Tcheou, sur le littoral chinois, est sur le point d’être anéantie par le bombardement qu’opèrent les Japonais. Un croiseur allemand a coulé dans le port.
Le cabinet italien est complètement formé. C’est M. Sonnino, déjà deux fois président du Conseil, qui prend le portefeuille des Affaires étrangères.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Vendredi 18 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

18 SEPTEMBRE – minuit – Je me réveille en sursaut… une canonnade lointaine, mais assez serrée me saisit et me décide à me lever et à me tenir prêt à toute éventualité. Il est trop évident que, de part et d’autre, l’action se serre, se serre… Je descends et vais m’installer sur mon fauteuil en bas ; j’achèverai là ma nuit.

Le carillon de Notre-Dame ne marche plus l’horloge non plus ; le chef sonneur Stengel a été blessé aux VI Cadrans. C’est le Grand Séminaire qui vient d’égrener minuit.

La nuit est si belle, si profonde ! Elle est majestueuse. Une jetée sobre d’étoiles sur l’infini en bleu sombre. Pourquoi couvre-t-elle des heures aussi tragiques? Il y a longtemps qu’à l’instar des jours de cet été, les nuits n’avaient été si belles… Étaient-elles jolies les journées d’Abondance, lors de la mobilisation générale ? Depuis mon arrivée, la montagne n’avait pas revêtu encore des lignes aussi élégantes, des couleurs aussi transparentes Mon Abondance ! coin béni des Alpes bienaimées, qui abrite ce que j’ai de plus cher au monde… Rapprochez-vous, montagnes bénies ; comme les bras d’une « aima mater », ne laissez pas arriver le bruit horrible des machines qui tuent, l’épouvante des journées de dévastation, la désolation effroyable des ruines fumantes qui s’entassent sur des ruines déjà entassées…

Mon Dieu, donnez le courage à ceux qui sont au combat, le courage à ceux qui souffrent, le courage à ceux qui meurent, le courage à ceux qui sont dans l’angoisse dans les attentes anxieuses, dans la cruelle incertitude.

Cette journée qui va venir sera-t-elle aussi cruelle que le jour qui vient de tomber? A tous, que votre bonté de Père donne la grâce du moment, la grâce proportionnée à l’épreuve, que sur tous s’étende votre miséricorde, votre bénignité, la consolation et l’apaisement.

Je suis entre Vos mains, mon Dieu ! Pardonnez-moi. Bénissez votre prêtre, votre ami… Bénissez-nous.

2 heures 25 matin ;

Je suis réveillé par la canonnade très rapprochée, le crépitement caractéristique des mitrailleuses. On se bat à proximité, dans la nuit… Je suis tout tremblant de mon réveil brutal d’une part et de l’horreur de la chose d’autre part… Nous sommes donc véritablement champ de bataille ? Confions-nous à Dieu.

Je me rends à la cathédrale.

4  heures ;

Arrivé sur le transept avant 3 heures, je suis dans l’attente de ce qui va se passer. Vont-ils continuer le bombardement d’hier ? Se sont-ils repliés ?

La canonnade était rude quand je suis arrivé ici. Tout s’est apaisé.

Et voici que les grondements viennent de reprendre, plus intenses avec, par instants, au moment où ma plume court, le crépitement des mitrailleuses. Il y a des corps à corps, un engagement sérieux dans la région. Et ce sont des grosses pièces qui tirent ; le grondement est terrible… on voit de rapides éclairs et la flamme des explosions.

Les incendies font rage tout autour – un rue de Nanteuil et un rue Cérès… la ferme des anglais donne encore des lueurs et chez Lelarge, c’est encore bien embrasé. Au loin, des incendies. Fallait-il donc voir ces horreurs de la guerre ailleurs que dans les images, dans l’œuvre des artistes?

La nuit est en ce moment si calme, sur la ville toute apaisée ou plutôt terrorisée, sans lumières !

Une chouette s’envole derrière moi ; une autre fait entendre un chuintement qui évoque le sinistre sifflement. J’ai une envie de dormir que je n’arrive pas à combattre ; je vais chercher un coin favorable – au fond de la grande nef, vers la façade, sur l’escalier près des réservoirs –

4 heures 1/2 soir ;

Dans la réserve, sur l’autel, après avoir refermé le tabernacle devant lequel avec M. le Curé, je viens de dire Matines et Landes pour demain…

La matinée a été effroyable ; où s’arrêtera cette progression?

Vers 9 heures, nous causions à plusieurs dans la sacristie ; un coup épouvantable sème la terreur… en même temps que les morceaux de vitres de tous les côtés ! Un deuxième coup ; nous fuyons dans la cathédrale. Un autre coup terrible ; les vitraux s’effondrent dans la nef sud… M. le Curé qui – héroïque comme il l’a été tous ces jours – s’inquiète des blessés, court après la clef de la tour Nord pour les y faire entrer. Pan ! un autre coup terrifiant qui tue un gendarme net dans la basse nef près du troisième pilier (à partir du portail) (la paille est restée rouge de sang) et un blessé sous les blocs énormes de la rosace du troisième vitrail et les gros fers qui le bâtissent – vitrail complètement vidé par ce coup.

Je me précipite avec M. le Curé. J’avais la clef de la tour. On fait monter les blessés… ceux qui peuvent se traîner du moins… et la plupart gémissent lamentablement, traînant qui, une jambe brisée, qui, un pied broyé. Alors, c’est l’heure horrible dans cette tour ; les bombes se succèdent sur la cathédrale et dans le voisinage immédiat. Les résonances sont fantastiques, lugubres. La colonne d’air qui est rendue toute vibrante dans la tour par le fait des explosions, ms donne l’impression que toute cette masse si homogène de pierres taillées frémit, tremble…

L’effroi est parmi les blessés ; l’infirmière protestante est terrorisée. L’aumônier catholique -(un vicaire du diocèse de Munster) dit le chapelet à ma demande. Les deux religieuses lui répondent avec les quelques catholiques qui sont dans le groupe. Ce sont des « Mein Gott, mein Gott !” » à n’en pas finir.

Et les coups se succédaient ! Oh ! que le temps est affreusement long en de semblables occurrences !

On se hasarde à descendre les quelques marche ! Nous étions à peine entrés dans la confiance qu’un peu de répit nous était accordé, qu’une bombe arrive devant la porte du chantier. M. le Curé, qui tournait le coin de 1’archevêché, a pu se garer,… mais on dit qu’il y a un blessé.

J’y vais ; nous ramenons un civil, un homme d’âge mur, frappé au côté et à la cuisse… On le rentre ; je coupe les vêtements ; on le panse… Un peu plus loin, dans la basse nef nord, un allemand se meurt auprès d’un autre atrocement atteint par les éclats entrés dans la cathédrale ; j’appelle l’Abbé Schimberg qui vient le soigner moralement. Sur les entrefaites, le Docteur Major a eu l’idée d’envoyer un parlementaire dire aux ennemis, à ses frères, que la cathédrale est atteinte et que les blessés allemands y sont en souffrance.

« Ich bitte als Parlementar abgeschickt zu werden, um dem deutschen Heere mitteilen zu können dass D00 deutsche verwundete in der Kathedrale liegen und diese im aller heftigssen artillerie feuer liegt. Ich hoffe damit eine weitere Zerstörnung der herrlichen Kathedrale und eine weitere Zerstörung der Stadt, zu werhindern ? Dr.Pfluszmeiste »[1]

Cette note ne put être portée ; la chose était impossible. J’ai appris d’un soldat français un peu plus tard que le major avait voulu envoyer vers ses frères un prisonnier prussien pour dire ce qu’il advenait de la cathédrale. Aucun n’a voulu partir. Moi-même, dans la tour, n’ai-je pas dû me fâcher pour obtenir que les premiers entrés montent plus haut pour faire de la place à leurs camarades et pour laisser un chemin au cas où une alerte nous obligerait, moi et M. le Curé, à descendre dans la cathédrale ? Ils n’osaient pas tellement était terrible le vent de mort qui soufflait… !

Un des lustres est tombé, coupé par la mitraille (le deuxième à partir du petit orgue) La cathédrale est semée de vitraux en mille pièces… des morceaux entiers d’architecture ont été projetés dans la cathédrale. La lampe qui brûle devant la Réserve a été broyée ; l’huile est épandue à terre. Oh ! le douloureux pèlerinage que j’ai fait ensuite par le chemin de ronde ! Mes yeux s’ouvraient les premiers sur ce désastre… ils auraient dû se fermer…

Hier matin, deux bombes avaient atteint le vaisseau, l’une… l’autre sur la galerie de l’abside, côté Nord, faisant des dégâts incommensurables ; la galerie est broyée ; deux chimères sont décapitées, une gargouille abattue. Et tous ces débris sont venus s’abattre sur les combles des basses nefs, crevant les plombs… Sous ces deux projectiles, les poutres énormes ont volé en éclats, déchiquetées et projetées à distance. Comment le feu n’a-t-il pas pris dans ce vieux bois?

Je mets de côté parmi de petits crochets dont je ramasse toute une famille, la tête d’un aigle décapité, le premier en partant du côté Nord de l’abside.

Je vais déjeuner rapidement et craintivement (au troisième étage) chez les demoiselles Mathieu et j’apprends en retrouvant M. le Curé (qui vient de voir un général) que le gros des forces allemandes est là devant Reims – 500.000 hommes – Nous en avons autant à leur opposer. La bataille décisive de la guerre est engagée sur nous. Reims est sacrifiée !

Et les allemands se sont très solidement fortifiés sur leur ligne de retraite. La lutte est dure, dure ; on ne recule pas, mais l’avance est très rude. C’est ce que venait de me dire par ailleurs un officier… lequel me laissait entendre des jours entiers à vivre dans cet horrible cauchemar. Car personne ne peut prévoir la tournure de ce duel… 0n a beau vouloir faire son devoir, la perspective est austère… !

Rencontré l’Abbé Heintz[2], en rentrant à la cathédrale vers 1 heure ¾ ; je le conduis vers M. le Curé  qui va annoncer à Mgr Neveux[3] la mort de 4 religieuses de l’Enfant Jésus…

Je quittais l’Abbé Heintz, que j’avais conduit chez moi boire une flute, et j’enfilais la rue de l’Ecole-de-Médecine quand un sifflement amène une bombe à proximité. Pan ! Je me couche… les éclats pleuvent… C’est Prieur qui a enregistré le projectile. Je me hâte vers la cathédrale… j’y rejoins à peine M. le Curé… nouvel éclat ; nous rentrons dans la tour nord avec les blessés. Deux, trois coups nouveaux ; encore notre pauvre cathédrale ! C’est affreux !

Nous sortons vers 3 heures 3/4 pour aller à la Réserve et où, après un long recueillement, j’ai demandé une absolution à M. le Curé. Je vais chercher mon bréviaire à la sacristie… une nouvelle bombe s’écrase tout près de la cathédrale. Oh ! l’Office récité ainsi dans de telles circonstances ! C’était l’Office de St. Janvier – Matines et Landes de demain – que d’allusions directes à nos misères !

8  heures 3/4 ;

Elle avait à demi-raison cette fille qui, à midi, gourmandait sa compagne ; « Je te dis que non ; Je te dis que l’après-midi, çà ne porte pas malheur, au contraire ! » Il s’agissait d’une vieille ineptie « le curé, çà porte malheur ».

Nous sommes allés avec M. le Curé au bureau du commandant de la Place, pour demander qu’enfin on pense aux blessés allemands ; des pauvres diables qui, depuis hier soir, n’ont à peu près rien pris !… Quand Je repasse par la cathédrale, on a enfin rapporté les quartiers de cheval que les Petites Sœurs de l’Assomption avaient bien voulu faire cuire, mais on attendait encore le pain.

10 heures 1/4 ;

Je vais me coucher, m’étendre sur le matelas que J’ai déposé dans ma salle-à-manger. J’ai très sommeil.

Le canon tonne toujours ; des troupiers sont passés, qui se sont battus route de Cernay. Le feu diminue et est circonscrit rue de l’Université (Fourmont, la Préfecture, M. Nouvion) Mais quel brasier !

[1] Je vous demande d’être envoyé en parlementaire pour informer l’armée allemande que vous avez blessé des blessés allemands dans la cathédrale, et que c’est dans le feu d’artillerie le plus violent. J’espère que cela détruira plus loin la magnifique cathédrale et détruira plus loin la ville? Dr.Pfluszmeiste
[2] Joseph-Jean Heintz, Prêtre du diocèse de Reims (1910-1933) https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph-Jean_Heintz
[3]
Ernest Neveux
(notes de Thierry Collet)

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : plein air

18 septembre 1914 ·

·

Le lendemain nous décidons de rentrer chez nous dans notre quartier Sainte-Anne, maintenant plus éloigné de la ligne de feu, dont l’existence se manifeste par une fusillade peu nourrie et quelques obus sur la ville.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Louis Guédet

Vendredi 18 septembre 1914

7ème jour de bataille et de bombardement

6h20 matin  A 2h10 du matin attaque de nuit vers le faubourg Cérès qui a durée jusque vers 4 heures. Impossible de dormir ou mal, on a la fièvre. A 5h1/2 on entend des sifflements d’obus, je m’habille et descend à la cave jusqu’à 6h. En ce moment le canon fait rage vers Brimont, peu de choses sur Cérès. Quand donc ce sera fini ! Je commence à n’avoir plus de courage ! Je vais tâcher de me coucher et de dormir un peu, car depuis 2h du matin je n’ai pour ainsi dire pas dormi. Mais les allemands me laisseront-ils tranquille ? Temps nuageux d’automne, le vent chaud du sud qui soufflait hier en tempête est tombé.

8h1/2  Je vais voir à déposer à la sûreté de ce qui reste de l’étude de mon pauvre ami Jolivet, et parer au plus pressé.

8h40  Une bombe éclate (derrière moi), place du Parvis comme j’entrais rue des 2 Anges.

Je suis allé m……..

10h20  Je réparerai ma plume coupée par un obus tout proche tout à l’heure.

Je suis donc descendu à 8h50 dans la cave avec mon équipement. 8h58 un obus tombe tout proche de la maison, c’est chez Coyart (à vérifier), contre Bellevoye, avec de gros dégâts. Le Roy bijoutier ainsi qu’au Petit-Paris et chez le coiffeur en face, un autre presque aussi près dans la rue du Cadran St Pierre en face des sœurs de la Charité et de Lapochée. Devantures en miettes. Dieu et la Vierge nous a encore protégé, 2 éraflures sur l’angle de pierre du bas de la fenêtre du cabinet de toilette. Soyez béni et remercié mon Dieu, et continuez à nous protéger ainsi que mes chers adorés, ma femme et mon pauvre Père !! Quand je suis dans cette cave je ne puis exprimer ce que je souffre en songeant à eux. C’est une obsession…  C’est terrible comme torture morale.

Nous remontons à 10h et quelques minutes, soit 1h de bombardement environ.

Je reprends ma plume interrompue par cet obus destructeur :

Je suis allé, disais-je, voir Bompas notre appariteur pour le prier de m’envoyer un clerc de chez Jolivet afin de prendre les mesures nécessaires pour garder les ruines de la maison du pauvre ami, de savoir s’il y a des minutes dans la cave, ou si tout est brûlé, où sont les testaments, etc… Je repasse devant cette pauvre maison qui fume encore. Le salon seul est à peu près intact, comme le mobilier de la salle à manger également sur la rue de la Belle Image, mais il ne reste plus rien de l’Étude, du premier étage et du vestibule et du petit salon. Il y a un agent de police qui garde.

Je vais au Palais de Justice voir le Procureur de la République lui dire ce que j’ai pris sur moi de faire. Il me reçoit très aimablement et approuve ce que j’ai fait. Comme Peltereau-Villeneuve est souffrant et incapable de s’occuper de quoi que ce soit, il me donne un mot pour lui, ci-dessous :

R.F. Parquet en la Cour d’assise de la Marne

et du Tribunal de 1ère Instance de Reims

                                                                              Reims, le 18 septembre 1914

                                                                              Le Procureur de la République près la cour d’assises etc…

                                                                              à M. le Président de la Chambre des notaires

j’ai l’honneur de vous prier de prendre toutes les mesures nécessaires pour la conservation des minutes de Maître Jolivet s’il en reste encore dans les caves de sa maison incendiée hier. Il y aurait intérêt à les transporter à la Chambre des Notaires.

Je vous serai obligé de me rendre compte de vos diligences et de l’état des minutes le plus tôt possible.

                                                                                              Le Procureur de la République

                                                                                              Louis Bossu

et de me prier de faire le nécessaire après entente avec lui. Je cours chez Peltereau-Villeneuve qui est dans sa cave, il a reçu hier deux obus, dégâts relativement insignifiants. Il accepte que je m’occupe de Jolivet et avouant lui-même qu’il est sans force et encore sous le coup de la terreur d’hier. Sa petite femme est encore toute tremblante et fort nerveuse, elle me supplie de venir les voir de temps en temps. Je lui promets car elle me fait pitié. Je traverse la place du Parvis et la rue du Trésor avec l’idée d’aller dire à Bompas ce qui a été entendu et à faire, quand au coin de la rue des 2 Anges, au moment où je me demandais à un clerc de chez M (non mentionné) nommé Fossier s’il connaissait les noms et adresses des clercs de Jolivet…  au moment où il me disait qu’il les ignorait…

Bing ! un obus près de la Cathédrale, débandade. Un habitant de la rue des Deux Anges, au 11 ou au 13, ancienne étude Minet, m’offre très obligeamment l’hospitalité dans sa cave. Je l’en remercie en lui disant que je préfère rentrer chez moi. J’enfile la rue des Élus, la rue des Chapelains et cela pétarade un peu partout, rue du Cadran St Pierre je passe devant les sœurs de la Charité et de Lapochée bien tranquilles, alors je rentre. A peine descendu dans ma cave les 2 obus saccageaient le coin de la rue de Talleyrand, Cadran St Pierre et Étape. A 5 minutes près « j’étais frit », comme dirait l’abbé Andrieux !

9h40  A 1h1/4 je vais m’entendre avec Bompas pour mettre à l’abri le mobilier (ce qui en reste) de Jolivet, et je donne l’ordre de boucher toutes les issues car il y a trois coffres-forts sous les décombres. Son clerc le contacte, mais il n’a indiqué que l’endroit à vider et m’a déclaré qu’il n’y avait aucune minute dans la cave et que par suite tout a brûlé, c’est le désastre ! Je fais monter une partie du mobilier à la Chambre des Notaires et le reste sous clef dans la salle à manger qui est encore assez préservée. Nous verrons plus tard, ainsi qu’à l’enlèvement des coffres-forts.

Je vais voir le Procureur, à qui je signale ce que j’ai appris et fait pour cette étude ; il me laisse carte blanche et m’a dit qu’il me couvrait ! En allant au Parquet j’ai relevé 1 obus qui a brisé un arc-boutant de la nef de la Cathédrale, 2 rue Robert de Coucy, 3 devant l’Avenir (le journal) au coin de la rue Libergier, 1 devant le Grand Hôtel qui a broyé la pharmacie Boncourt, 1 chez Daubresse, huissier, et chez le marchand d’antiquités il ne reste rien, rue Tronsson-Ducoudray.

Je vois le Procureur de la République, qui ne veut rien faire, il me parait (rayé) fort ennuyé d’être revenu ici, il a peur, malgré qu’il nie le contraire. Faux brave.

Un soldat du 17ème d’artillerie me dit que chaque fois qu’ils découvrent ou repèrent une batterie allemande elle est aussitôt muselée en 5 minutes.

  1. Millet-Philippot, 29, rue Ponsardin, m’apprends que notre secrétaire de la Chambre M. Varenne et sa femme ont été tués par un obus ce matin. La femme a été coupée en 2 et on n’a pas pu encore retrouver les jambes. Je donne les indications nécessaires pour que M. Millet pourvoie à ses obsèques.

Je veux aller voir mon beau-père quand à 3h1/2 j’entends éclater un obus près de l’Hôtel de Ville. Je suis place de la Caisse d’Épargne. Je rebrousse chemin vers la rue de la Renfermerie et reste à la maison et de là me prépare à descendre à la cave.

Quand un coup de sonnette. C’est M. Charles de Granrut de Loivre qui arrive harassé en me demandant à boire. Je le fais descendre avec nous à la cave et là je lui donne une bouteille de Mesnil 1906 Ch. Heidsieck avec de l’eau. Il mourrait de soif. Il me raconte qu’il arrive de Loivre dont il ne reste presque plus rien. Son château est occupé par les troupes françaises et est le pivot de tout notre front pour réduire le fort de Brimont, en sorte que sa pauvre propriété a été un vrai nid à bombes, il estime qu’il en a reçu au moins 200, ou 2000 (?) dans son parc depuis 3-4 jours. Ce parc est jonché de cadavres français, et le fossé qui borde le mur de son château sur la route qui conduit à la gare est rempli de cadavres. C’est effrayant à voir parait-il. Il estime qu’il a au moins pour 300 000 francs de dégâts, il affirme que depuis 6 jours le fort de Brimont a bien reçu 20 000 obus. Nous remontons de la cave et il me quitte quelques instants après demander l’hospitalité à Charles Heidsieck. Il est très énervé, il y a de quoi devant cette ruine, et il a passé quatre jours et nuits dans sa cave en entendant tous les obus qui lui passer par-dessus la tête. « C’est à rendre fou ! » me disait-il.

8h3/4 soir  Vers 6h je vais m’assurer si tout est bien fermé chez mon malheureux confrère Jolivet, et si tous mes ordres ont bien été exécutés. Bompas vient de tout terminer : le plus pressé est paré. Autant j’ai trouvé notre Procureur (rayé) en dessous de tout, autant chez ce brave Bompas, notre appariteur de la chambre de discipline des notaires de Reims j’ai trouvé de dévouement, de courage et de netteté dans l’exécution de mes ordres. Demain, il s’occupera de recruter des ouvriers chez Bouche, ou Dubois-Oudin pour enlever les coffres-forts et les déposer à la Chambre des Notaires. Je suis  sûr qu’il trouvera et que tout sera bien fait. Je m’assure aussi à la Police Centrale que l’on veillera à faire des rondes de nuit autour des ruines.

En rentrant chez moi je vois une immense lueur d’incendie. Les flammes s’élevaient à 20 mètres au dessus des maisons de la place des Marchés. Dans la direction de la rue de l’Université, en effet la sous-préfecture, les maisons Fourmon, Benoist et Cie rue des Cordeliers, l’ancien Lycée de filles transformé en ambulance ajoute-t-on brûlent. Une bombe incendiaire. Que nous donnera la nuit, Demain.

Oh que je suis las et que je souffre d’inquiétudes pour les miens. Je crois que je ne résisterai pas longtemps. Quel Enfer !! Et quel Martyr !! Mon Dieu, auriez-vous pitié de moi et de mes chers aimés, femme, enfants, Père !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Aujourd’hui, c’est à 2 h 1/2 du matin, que nous sommes arrachés brutalement à notre sommeil par les détonations épouvantables des grosses pièces et qu’il nous faut encore faire, avec les enfants, une descente immédiate à la cave ; elle est particulièrement pénible.

La famille des concierges, augmentée depuis hier de deux personnes, et les Robiolle, restés avec eux pour la nuit, viennent nous rejoindre tout de suite ; nous sommes réunis au nombre de quatorze et tous, nous éprouvons le besoin de dormir encore. Nous cherchons à prendre, les uns sur des chaises, d’autres allongés sur un tapis, des positions dans lesquelles nous pourrions nous assoupir et reposer quelques instants ; c’est impossible.

Nous causions des tristes événements de cette période terrible que nous vivons ; des ravages causés par le bombardement, pour ainsi dire ininterrompu depuis lundi 14 ; des véritables massacres qui en sont résultés ; des victimes que nous connaissions ; de la situation tragique de la ville de Reims, qu’on ne peut, nous semble-t-il laisser abîmer plus longtemps, ce qui nous donne l’espoir que la poursuite de l’ennemi, si malheureusement arrêtée, sera vraisemblablement reprise dès que possible.

Mme Guilloteaux, assise dans un fauteuil qu’on est allé lui chercher, afin de lui donner le moyen d’installer mieux la petite Gisèle, âgée d’une semaine à peine, qu’elle tient enveloppée dans un duvet, exhale ses plaintes, la pauvre femme, après chacune des explosions formidables que nous entendons. Elle répète ce qu’elle disait souvent hier et tous ces jours derniers :

« Eh, mon Dieu ! on n’arrivera donc point à les déloger de là ».

Le ton larmoyant de cette demande bien vague, faite à la cantonade, avec une prononciation ardennaise fortement accentuée, porterait à rire en toute autre circonstance ; on n’y pense pas. Nous comprenons trop bien les angoisses terribles de la bonne aïeule voulant protéger de tout danger, même du froid, le frêle petit être qu’elle garde précieusement sur ses genoux et personne ne lui répond aujourd’hui, parce que, sincèrement, on ne peut plus rien lui dire, car à la longue, nous finirions aussi par nous demander si on y parviendra, à « les » déloger.

Nous ne sommes pas initiés – loin de là – mais il est devenu évident que nos troupes ont trouvé le 13, au sortir de Reims venant de les fêter, une résistance opiniâtre qui semble devenir, de jour en jour, plus difficile à briser.

Le communiqué de 14 h 30, en date du 14, publié par nos journaux locaux le 16, nous a bien appris que les Allemands avaient organisé, en arrière de Reims, une position défensive sur laquelle ils n’ont pu tenir, mais celui du même jour – 23 h 15, disait : …Au centre, l’ennemi semble également vouloir résister sur les hauteurs du nord-ouest et au nord de Reims, etc. La deuxième dépêche de ce lundi dernier 14, n’était donc pas longtemps sans venir contredire la première. D’ailleurs, nous sommes bien placés – quelle dérision d’employer pareil terme ! – pour savoir que l’ennemi ne semble pas seulement vouloir résister, et pour avoir la certitude qu’il résiste vigoureusement. Nous ne nous sommes même aucunement aperçus d’un ralentissement du bombardement commencé le 14, dans la matinée ; il n’a fait, au contraire, qu’augmenter d’intensité.

Comment les Allemands sont-ils parvenus à s’accrocher aussi solidement aux hauteurs qui dominent notre ville, à si peu de distance ? Seraient-ils donc parvenus à opérer, à leur tour, une volte-face, un redressement qui serait, toutes proportions gardées peut-être, une réplique de celui qui fut si bien réussi par nos armées, il y a une quinzaine de jours, lorsqu’elles ont arrêté net la marche sur Paris ? Après les avoir vus traverser Reims dans une complète retraite, bien près de se transformer en déroute, nous aurions du mal de comprendre cela.

Il serait fort intéressant de connaître ce que pense de pareille situation l’autorité militaire, mais, bien entendu, nous ne savons absolument rien et ce n’en est pas plus rassurant.

Après avoir vu le flux de l’armée allemande et son reflux en des déploiements formidables, allons-nous être de nouveau envahis ? Malgré tout, je veux espérer que non !

Toutes ces pensées me traversent l’esprit, après chacune des lamentations de Mme Guilloteaux.

A 3 h 1/4, la canonnade paraissant cesser, je retourne au premier étage, m’étendre sur un lit, tout habillé et deux heures après, toute la famille est remontée. Quelques minutes seulement se passent ensuite. A 5 h 20, le sifflement de plus en plus fort d’un obus qui arrive, nous fait craindre, l’espace de quelques secondes, avant son explosion, qu’il soit pour nous. Il éclate tout près et nous oblige à réintégrer la cave que nous ne pouvons plus quitter, après un semblant d’accalmie, le bombardement vient de reprendre avec violence et il nous faut, cette fois encore, y passer toute la journée.

M. Robiolle avait quitté hier l’établissement des Bains et lavoir publics qu’il dirige, rue Ponsardin ; il désire savoir ce qui a pu se passer de ce côté, et s’en va, suivi de sa femme, se proposant de revenir aussitôt mais nous ne les revoyons pas. Les explosions continuelles des obus qui se sont mis littéralement à pleuvoir dans ces parages, peu de temps après leur départ, rend leur retour impossible.

Le boulevard de la Paix, dans toute sa longueur, de même que les boulevards Gerbert et Victor-Hugo sont complètement hachés. Les batteries d’artillerie du malheureux groupe que j’avais remarqué, bivouaquant là, depuis le 15, ont bien été repérées, malgré l’abri que pouvaient leur donner les gros arbres, qui, pour la plupart, sont ébranchés ou mis en pièces. Des hommes et nombre de chevaux sont tués en ces endroits. La caserne Colbert a été touchée plusieurs fois.

La cathédrale l’a été également.

Le soir, des obus incendiaires qui hier, avaient fait leur première apparition, sont encore envoyés sur la ville. Un incendie allumé par ces projectiles à la sous-préfecture, rue de l’Université, se propage aux maisons voisines jusqu’à la rue des Cordeliers, après avoir gagné la maison Fourmon, en angle, puis progresse ensuite jusqu’à la moitié de cette dernière rue.

L’usine Lelarge, boulevard Saint-Marceaux, est en feu depuis hier.

A la nuit de cette nouvelle et longue journée d’épouvante, nous sommes exténués.

Paul Hess, dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

ob_189fb8_038


Gaston Dorigny

Le canon tonne au loin, on dirait que nos troupes ont pris l’avantage à partir de dix heures du matin, on ne tire plus dans nos parages. Un calme relatif règne jusque vers quatre heures du soir, d’autre part les renseignements recueillis à diverses sources sont rassurants, on dit que les Allemands sont cernés et vont être contraints de quitter la région.

On reprend espoir pendant un instant, hélas, il faut en revenir.

Aussitôt quatre heures du soir un combat d’artillerie recommence, combat qui doit durer toute la nuit, que cela peut-il bien cacher ?

Gaston Dorigny

Victimes des bombardements à Reims ce jour là :


Samedi 18 septembre

Lutte de bombes et de grenades entre Angres et Souchez et dans le secteur de Neuville; tirs efficaces de nos batteries sur les ouvrages allemands.
Bombardement réciproque au sud d’Arras. Combat de mousqueterie, de tranchée à tranchée, dans la région de Roye.
Du confluent de la Vesle et de l’Aisne jusqu’au canal de l’Aisne à la Marne, canonnade très vigoureuse. Entre Aisne et Argonne, à la Fontaine-aux-Charmes et aux Courtes-Chausses, nos batteries ont endommagé sur plusieurs points les positions ennemies.
En Woëvre et sur le front de Lorraine, notre artillerie a également exécuté des tirs efficaces.
Les Allemands ont bombardé dans les Vosges, l’Hilsenfirst et la cote 425, au sud de Steinbach.
Nous avons opéré un tir de destruction sur l’usine électrique de Turckheim.
Les troupes de Hindenburg, au front oriental, ont réussi, au nord-est de Wilna, à franchir la Wilia. Elles ont abouti aussi à repousser nos alliés dans la région de Pinsk, mais les Russes ont brisé toutes les contre-attaques près de Derajno et dans le secteur de Galicie, où ils ont encore fait quelques centaines de prisonniers. Sur la Strypa, les combats se poursuivent, très violents. Les journaux de Berlin reconnaissent d’ailleurs la retraite des Austro-Allemands dans cette région.
Les alpins italiens ont recueilli quelques succès dans les montagnes de Carnie, à de hautes altitudes.

 

Share Button

Samedi 12 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

12 SEPTEMBRE – samedi – 9  heures ; je suis dans la cathédrale, dans une stalle près de l’orgue. C’est une révolution. On vide la nef et les bas-côtés de toutes les chaises. Il faut loger ici 3.000 prisonniers. Et la discussion n’a pas été admise. L’autorité ne voulait même pas permettre l’enterrement qu’on est en train de faire à l’autel du Cardinal. On va remplir de paille notre cathédrale… puis ce sera l’invasion impie dans le temple de Dieu. Ce choix de Notre-Dame est

Cependant, le canon tonne et tonne tout près. Il est évident que des combats serrés se livrent aux environs de Reims et tout près.

1 heure ; La canonnade est infernale… l’effroi se répand à nouveau parmi la population.

Rentrant chez moi tout à l’heure, j’ai assisté à la violation du domicile de M. Bocquillon, rue de l’Ecole-de-Médecine. 3 soldats acharnés après la porte de chêne, avec des marteaux, des pinces, la crosse de leur fusil. On les regardait… Sans pudeur aucune, ils broyent les panneaux, entrent et recommencent sur chacune des portes de l’intérieur. C’est affreux.

le Curé, sortant du Lion d’Or, me disait qu’on était en train de dresser une liste de 100 otages, cent personnalités rémoises qui répondront de l’ordre dans la ville. Ce système est atroce et injuste. L’acte d’un fou peut ainsi coûter la vie à des hommes parmi les plus respectables.

9 heures du soir ; Une Journée mémorable ; ce matin, la paille dans la cathédrale, le St. Sacrement évacué à la Mission et à l’adoration Réparatrice, puis les travaux d’isolement, un barrage de toile au niveau du grand autel pour que le culte puisse être continué… du moins pour qu’on ne perde pas possession de la cathédrale…

La canonnade se rapprochait… il s’agit d’une véritable bataille ; le duel d’artillerie est formidable. Je suis monté avec M. le Curé sur la terrasse de M.Saintsaulieu ; on voyait la fumée des batteries. Poirier m’a dit qu’ils avaient pu suivre toute la bataille ; les français étaient logés sur un quart de cercle immense, allant de Rilly-la-Montagne à St. Thierry. Sans répit, les canons ont toussé, les feux se rapprochant de plus en plus ; on ne peut nier que les coups résonnaient dans nos rues d’une façon formidable. A la nuit très tombée seulement, le canon s’est tu…

Mais voici le tragique de la Journée ; descendant de chez Sainsaulieu[1], Je vois, avec M. le Curé, un groupe important de civils encadrés par des soldats, enfiler la rue du Cloître derrière l’abside. Ce sont les otages, les 100 otages qu’on va « parquer » au grand séminaire, rue de l’Université, pour répondre de la sûreté des troupes allemandes quittant la ville. Je cours prendre une traverse et je rejoins le groupe rue Vauthier. J’entre avec eux ; une multitude me prient d’aller avertir leurs familles qu’ils ne rentreront peut-être pas ce soir, qu’on se tranquillise sur leur compte. Parmi eux, MM. Camus, Andrieux etc… Je les laisse installés dans la Salle des Exercices et je commence par la ville mon triste pèlerinage.

Oh ! ce Reims apeuré par le canon… Reims terré dans les caves (chez Lanson, Mme de Bary et toute la cohorte des femmes distinguées et emmitouflées !) dans l’attente de la bombe affreuse. Jamais je n’ai vu une grande ville déserte ainsi… Et la pluie qui se met à tomber, une pluie triste d’octobre… Les maisons n’osaient s’ouvrir sous un coup de sonnette. Des filles, réunies dans une blanchisserie me crient ; ”M. L’abbé, bénissez-nous en passant !”, me rappelant celle que M. le Curé a confessée pendant le bombardement du 4 Septembre et celle qui s’est précipitée chez moi en citant qu’elle ne voulait pas mourir sans la bénédiction de M. l’Abbé. Et les volets qui s’entrouvraient parmi des frissons de peur… et se reclaquaient… Un blessé allemand me demandait sa route.

A 7 heures, j’étais loin encore du terme de mes litanies… quand je rencontre un homme, rue de l’Étape, qui me dit ; « Vous savez leur dernière, M. L’Abbé? Ils ont enlevé les otages ! »

Ils ont enlevé les otages, les entraînant à pied vers Witry… La rage me prend.

Je dîne rapidement chez M. X. et en rentrant chez moi, par le parvis grouillant de teutons, il y a quelques heures, maintenant désert et rempli d’une horrible paille humide et d’infects débris… je rencontre M. Camus… un otage.. !

Alors? Alors… à un certain moment, il paraît que le général allemand est venu remercier les otages, le Maire, de la façon dont la ville s’était conduite pour la sortie des troupes… désirant que celles qui restaient à Reims – celle des blesses.. ! – soient bien traitées. Par paquets, ils sont rentrés.

Et une immense lueur emplit tout l’horizon vers Bétheny. Poirier me dit que depuis les hauteurs de leur observatoire Pommery, ils ont vu le feu ravageant plusieurs points. Celui qui règne en ce moment est au Petit-Bétheny… le parc à fourrages… mais encore la lueur est formidable.

Il est 10 heures ; la pluie tombe à torrents. Les troupes ont dû coucher sur leurs positions. Et je crois qu’au petit jour le combat recommencera.

Dieu protège la France ; demain sera notre délivrance !

11 heures ; Je rentre d’un tour très rapide dans une ville archi-déserte, sous la pluie. Le pas lourd d’un allemand, baïonnette au canon, qui descend la rue de Vesle en fumant sa cigarette. Ma soutane relevée sous la pèlerine lui donne à penser ; « Halt ! » d’une voix rude. J’arrête ; il approche, me tâte les poches… D’où je viens ? Je sors mon insigne de la Croix Rouge, aussitôt, il me tend la main, s’excuse, s’éloigne. C’est curieux, leur culte pour la Croix Rouge. Il faut croire que l’insigne répond chez eux à des réalités de dévouement… Ce soldat a été brave, alors que les Français sont aux portes ; il m’aborde, inconnu, en pleine ville déserte…

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Sainsaulieu (note Thierry Collet)

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Samedi 12 septembre 1914

7h1/2 matin  Je recopie les quelques lignes que j’ai écrite dans la chambre n°21 de l’Hôtel du Lion d’Or comme otage.

8h20 vendredi soir  J’arrive au Lion d’Or. Je cause avec un petit caporal qui a été à St Étienne (Loire) dans les rubans : à toi Brimbonais ! (André Benoiston) du reste il connait la maison Benoiston, qui me vise mon nouveau sauf-conduit pour Reims et les environs. Le caporal nous présente le Commandant Lindig, car depuis 1h on a déposé le Springmann pour nous rendre le Lindig !! Peu m’importe !

On nous conduit ensuite à nos chambres au 1er étage sur la place de la Cathédrale, en face du bas-côté droit. Le n°24 échoit à Rohart et Lejeune, le n°21 à Fréville et à moi. Il parait que les 22 et 23 sont occupés par le Prince Henri de Prusse, frère cadet du Kaiser. Nous voilà donc les voisins ou plutôt les gardiens ? d’une Altesse... (Voir le croquis des chambres de l’Hôtel du Lion d’Or). Fréville n’en est pas plus fier ! Rohart fit dans ses culottes !!

Bref enchanté d’avoir Fréville comme compagnon de chambre.

Pendant que j’écris ces quelques mots et que je fais ce croquis Fréville se couche et moi je vais en faire autant. Il est 8h1/2, bonsoir.

Du bruit toute la nuit. Allées et venues sur la place devant l’Hôtel du Lion d’Or. Automobiles arrivant, partant. Vers deux heures du matin je me réveille à tout ce bruit, plus loin vers la rue de Vesle le roulement sourd que nous entendons depuis 4 nuits. Toujours des équipages et des convois avec de l’artillerie. J’entends sonner 2h puis à 2h1/2 je me rendors. A 4h nouveau réveil, mêmes bruits. En plus de cela Fréville ronfle comme…   un trombone à coulisse ou un saxophone. Je ne le conseille pas d’être son voisin de lit ou même de chambre !! Quelle musique !! Il y  en a pour tous les goûts !! Sauf pour le mien. J’aimerais mieux le silence.

A 6h10 sonnante je m’éveille, Fréville me cause et nous nous habillons, sans nous presser, nous ne serons libres qu’à 7h du matin.

A 6h50 nous quittons notre chambre. Rohart n’a pas dormi…  je pense sans doute qu’il a eu le trac. Lejeune ne dit rien. C’est…  un modeste…  mais il n’était pas fier. Fréville à repris sa blague, la nuit fatale est passée ! Il a eu aussi peur. Moi pas ! oh ! pas du tout, sans le bruit j’aurais dormi comme dans mon lit. Pourquoi aurai-je eu peur ??

Je repasse par la cathédrale, une sentinelle garde la porte extérieurement et intérieurement. Je ressors sur la place, elle se vide de ses équipages et de ses troupes. Je rentre à la maison que je trouve…  bien…  vide…

11h matin  Impossible de tenir en place. Je sors et je rencontre mon voisin M. Legrand qui m’apprend que les allemands ont fait évacuer les habitants de Tinqueux dans le cas où on se battrait. Les Français ou les Anglais seraient donc bien près de là. Il tenait cela de M. Trousset, de Tinqueux, qui est venu lui demander l’hospitalité.

Toutes les troupes allemandes refoulent sur Courlancy.

Pris le tramway Place Royale, la rue de l’Université est bouchée, encombrée jusqu’au Lycée de blessés allemands de toutes sortes en troupeaux. Je saute du tramway place Godinot et je vois Gobert « du Courrier », courant avec Messieurs Jules Gosset, Français et un autre Monsieur. Nous entendons des coups de canons, rares. J’apprends que le curé de Ludes M. l’abbé Delozanne serait arrêté avec un autre prêtre sous le prétexte qu’ils auraient excité la population à se défendre. Il parait que le pauvre curé de Ludes pleurait à chaudes larmes. On est allé de l’archevêché demander pourquoi ils étaient arrêtés. On leur a fait la réponse que je cite plus haut en ajoutant : « Ceci regarde la Cour Martiale ».

Je reviens avec Gobert vers la Cathédrale, nous entrons, on déménageait toutes les chaises de la Grande Nef et on y déchargeait de la paille (ceci explique les sentinelles de ce matin). L’abbé Andrieux me dit qu’ils ont exigé la cathédrale, bien que d’autres locaux, usines, écoles, etc… soient disponibles. On va laisser inoccupé uniquement la partie entourée de grilles du Grand Autel et les chapelles du pourtour. 3 000 blessés sont à y caser.

Nous refilons sur l’Hôtel de Ville. Peu ou pas de nouvelles, sauf, (je l’ai échappé belle) que cette nuit un habitant de l’avenue de Paris aurait tiré sur les allemands qui l’ont arrêté (heureusement), et ont brûlé la maison du voisin : les allemands s’étaient trompés de numéro. Ce matin cet imbécile a été fusillé.

On voit des incendies un peu partout autour de Reims. On dit, que ne dit-on pas, que les français et les anglais seraient à Mont-Notre-Dame près de Bazoches, à Billy, au Mont-Saint-Pierre, tout près de Reims, à la Colonne de 1814, d’autres disent qu’ils sont à Berry-au-Bac. Cela ce ne sont que des on-dit. Je dis l’exact plus haut.

Au tournant de la rue du Cloître et de la rue Robert de Coucy, Gobert et moi nous apercevons une auto venant à toute vitesse de l’Hôtel de Ville, dans laquelle se trouvaient M. Eugène Gosset, M. Rousseau adjoint, M. Raïssac et M. Langlet se dirigeant vers l’Hôtel du Lion d’Or, la « Commandantur ». Ils étaient escortés par des soldats dans une autre auto, baïonnette au canon. Ils étaient appelés là pour donner une liste de futurs otages, pris non seulement parmi la bourgeoisie, mais aussi parmi les ouvriers dont les allemands ne paraissent pas très sûrs, surtout avec la bêtise de cette nuit.

Pendant que j’écris ces lignes plusieurs coups de canon par salve (1, 2, 3, 4, 5) successives tonnent.

Nous devrions être tranquilles, car le drapeau blanc est toujours hissé sur la Cathédrale et sur la Mairie. Une remarque : le drapeau tricolore flotte toujours à l’Hôtel de Ville. Les prussiens n’ont pas songé à le faire amener. Il est 11h20.

Le fils Renard, des Déchets, signalait à la Mairie la conduite scandaleuse de Villain, père, greffier du Tribunal civil de Reims, s’installant encore hier soir au Café du Palais avec deux grues dont la Petite Lison ? qui serait sa maitresse attitrée. Et cela pendant l’occupation Prussienne et quand il a sous les verrous son fils. Celui qui a assassiné Jaurès. Il manque absolument de sens moral, c’est un être abject !

Toujours quelques coups de canon : 1 ou 2, 3/4 à d’assez longs intervalles. Les premiers venaient du côté de l’avenue de Paris, maintenant ils paraissent venir du côté de la Porte Dieu-Lumière. Allons-nous recevoir encore des horions ? et être entre le marteau et l’enclume !

Les soldats allemands vont et viennent dans les rues comme s’il n’y avait rien.

Non, cela vient bien du côté de Tinqueux, rien du côté Dieu-Lumière.

Après les obus allemands du 4, les obus français du 12… ce serait complet.

11h40  La canonnade s’anime…

12h10  Je dis à Adèle de me faire à manger…  elle a oublié l’heure, elle est toute effarée, se frictionne les mains avec fébrilité, pas de déjeuner…  je la secoue…  je ne veux pas descendre à la cave le ventre creux s’il le faut. Je mets la table à la diable…  Une nappe s’il vous plait ! Boudin, je mange tout : veau piqué, pommes frites. Pendant tout ce temps, j’entends des coups de canon, de la fusillade du côté de Bezannes et ensuite côté de Tinqueux.

12h40  J’entends très bien les coups de fusils vers Tinqueux et les obus siffler, un tout autre sifflement que celui du 4, plus creux si je puis dire ainsi.

12h45  La pauvre Adèle ne veut pas manger. Les obus qui arrivent du côté Pont de Soissons, St Charles, Tinqueux sifflent à chaque coups, avec un sifflement semblable à un déchirement d’une                toile. Plus flou que le 4, moins aigu, moins ssion ssion ou ou !! comme diraient André et Momo.

Je distingue parfaitement le coup partant et arrivant, et si je connaissais la vitesse, je pourrais dire la distance à laquelle ils tirent. Je suis toujours à table, mon café refroidit. Pan ! pan ! deux coups. Allons, il faut que je monte voir au 2ème si je verrai quelque chose.

Ah ! si je n’étais pas père de famille, je serais déjà du côté ou ça pette (canon). Çà tourne toujours de gauche à droite par rapport à notre salle à manger où je suis à ma place ordinaire : en regardant vers le jardin dis-je, les coups progressent depuis 11h40, de gauche à droite, de la Maison Blanche, Bezannes vers Tinqueux, Maco, Champigny, Merfy, Chenay, St Thierry. En ce moment, 12h54 juste, la fusillade marche toujours vers une propagation sud-nord, vers le coin de mon jardin, côté des acacias. Çà tape – Pan ! repan – pan – repan (envoi et reçu). Certainement c’est près de Tinqueux, car quand les allemands tiraient sur nous le 4, les coups d’envoi étaient beaucoup moins près.

1h55 soir  Les mitrailleuses crépitent en face de moi qui écris sur la table de ce bon Robert ! La toile se déchire et il pleut !!!

Depuis 1h le canon tonne vers l’ouest et la bataille fait rage, on prend Reims. Les mitrailleuses font rage. Je disais plus haut ce qui s’est passé de 12h54 à 13h55. La fusillade ralentit. La canonnade aussi.

La bataille qui s’est livrée depuis 1h a eu lieu du côté droite française, gauche allemande. Voici la ligne d’après la carte (ça donnait comme canonnade…).

Lignes françaises : rive gauche Vesle française. Hauteurs de : Ville-Dommange, Jouy, Pargny, Coulommes, Vrigny, Gueux, Rosnay, Courcelles, Sapicourt où je voyais très bien le Château Lüling.

Lignes allemandes : rive droite Vesle. Hauteurs : Tinqueux, Champigny, Maco, Merfy (St Thierry, Pouillon ??), Chenay, Trigny, Butte de Prouilly, Prouilly.

Flambent ! et je voyais très bien les coups accusés : Pargny ou Coulommes, Rosnay 3 obus. Lignes allemandes : les marais de Vesle, Trigny, Chenay. Je voyais très bien les shrapnels éclater en l’air, au-dessus de la plaine de Vesle. Et la canonnade continue, et les mitrailleuses tirent sur nous face au fond du jardin sud-ouest, en ligne droite de la fenêtre où je suis, Rosnay, Courcelles, Sapicourt. Et les mitrailleuses jouent toujours leur air funèbre !!

2h10 soir  Cela s’accentue sur Reims côté Tinqueux, La Haubette et les mitrailleuses, çà se rapproche. Côté Chenay, Trigny, c’est loin.

J’ouvre une parenthèse, au moment où j’avais été sur la terrasse du Petit Paris voir les feux qui à la fin ne formaient plus qu’une fumée. Dans la plaine entre rive gauche et rive droite de la Vesle, je vis un peloton de malheureux citoyens encadrés baïonnette au canon par les prussiens, enlevés comme otages. Par la pluie battante on ne voyait que leurs parapluies à ces pauvres gens. Cahen et Fribourg sont du lot, chacun son tour, hier soir c’était moi. Dieu soit béni, je reverrai les miens, j’en suis sûr. La Vierge nous protège trop pour que je n’en sois pas sûr, ce sont chaque moment miracles sur miracles.

2h1/4   Et toujours les mitrailleuses et le canon. Je suis les coups, si seulement je pouvais être sur un toit élevé ce serait fort intéressant.

Mon pauvre Roby tu ne te doutais guère que ton encrier et ta table et ton encre remplis il y a…  allons que je regarde sur le calendrier…  il y a samedi 2 semaines presque heure pour heure puisque je t’ai reconduis à St Martin à 2h56, et qu’il est 2h24 exactement. Votre pendule retarde mes petits Grands Jean et Robert car elle sonne à l’instant 2h, je vais l’avancer et la remonter pour qu’elle n’oublie pas de sonner l’heure française ! l’heure de la délivrance. La captivité aura été courte, Dieu soit béni.

C’est fait ! la pendule est remise à l’heure elle est remontée ! Les mitrailleuses font rage du côté Ormes, Thillois d’après la carte et il y a une mitrailleuse allemande qui m’agace du côté de Ste Geneviève, Porte de Paris, La Haubette, ce qu’elle m’agace toujours la même !! Pan ! pan ! pan ! pan ! pan ! pan et des coups de fusil. Je remarque que chaque décharge de mitrailleuse dure 7 secondes, avec des intervalles… (en blanc). Plus rien du côté rive droite. Oh ! cela retonne et les obus rechantent, ou n’est-ce pas plutôt des schrapnels, car ce bruit est bien différent de celui des obus du 4 septembre 1914.

2h29  Je me suis mis dans la chambre des Grands, car de là j’entends parfaitement tous les coups et la canonnade et la fusillade. (Zut, arriverai-je à ne pas me tromper dans l’orthographe de canonnant, 2 n mon cher !! Pardon de la parenthèse). Pendant cette parenthèse, çà pétarade, çà fusille et çà tonne ! Mon Dieu ! Cela ne peut m’effrayer, si seulement je pouvais aller voir, mais je suis Père de 5 enfants, sans cela ! que je serais là-bas aux premières loges. J’ai manqué ma vocation, j’aurais du être militaire !!

Je jette mon regard sur le théâtre. 2, 3 ou 4 camions qui hésitent au théâtre entre côté Paris et côté Berlin, c’est ce dernier qui l’emporte. Bataille d’infanterie en ce moment,  à ma gauche toujours ma sale bête de mitrailleuse,  si j’y étais ça ne durerait pas longtemps.

2h40  Quelques coups de fusils, la mitrailleuse marche par saccade (par coups saccadés veux-je dire). Un coup de canon de temps en temps, si seulement je pouvais distinguer les coups de canons français de ceux des allemands !! Je marquerais les coups ! Ma satanée mitrailleuse (à ma gauche) tire coups par coups par 2 coups. Boum à droite, le Brutal retonne !! oh ! oh ! mon cher amour de mitrailleuse, je crois que tu vas cesser cette fois ta chanson. Non, elle recommence, la Rosse !!

Je crois que je vais aller chercher mon drapeau !

2h3/4  Oh ! ça reprends côté St Brice, le canon, à gauche des tirailleurs tirent, comme à la cible, coup à coup !!

Je n’entends plus ma vieille connaissance ! La sale bête, elle reprend… Zut ! Je la laisse tranquille.

2h55  Je remonte à ma fenêtre (la chambre d’Augustine). Ça tonne toujours sur ma droite, côté Cormicy ! coups de canon, et à gauche les coups de fusils, et ma sacrée mitrailleuse ! qui est du côté droit, St Thierry ou Maco, c’était  l’écho qui m’envoyait sa musique à gauche.

Bref, nous avançons et ils…  reculent en attendant la bataille de Corbeny ou de Berry-au-Bac.

3h  Crépitation de fusillade, passée du côté français. Quelques coups de canons français. Je commence à les distinguer. Nos coups de canon à nous sont secs, un peu plus forts qu’un coup de fusil, et on entend un bruissement  sion  sion  on !  Tandis que les canons prussiens tonnent lourds comme eux. Oh ! en ce moment crépitement général sans un arrêt, c’est un roulement continu de coups de fusils. Je signale ce crépitement par des traits télégraphiques ………. ……. …….. ….. ……… …….  …… ……… arrêt, reprise !…  Tout le tremblement ! en amont (3h04) quelques secondes mais ils reculent !! Quelques coups de fusils en sourdine ! Oh ! ça recommence, les feux de salve ! C’est une bataille et une vraie !

J’entends ma vieille connaissance, du côté de St Brice.

6h05 soir  N’y tenant plus, vers 3h1/4, et voulant voir, comme je savais que des couvreurs travaillaient chez M. Rogelet rue de Talleyrand, j’y vais, et le concierge me dit : « Mais on voit très bien de la toiture de M. Georget, et les couvreurs, et les couvreurs de chez nous peuvent très bien vous y conduire… »

Bref avec un brave couvreur et avec une échelle nous descendons chez M. Georget, nous grimpons dans les combles et de là sur le toit lui-même, couvert en zinc. On s’assied et là je suis aux premières loges…

La ligne de combat est bien celle que je supposais. Nos troupes tiennent tout le faîte des côtes de Montchenot à Sapicourt, St Brice et probablement plus loin car je ne peux voir plus loin. Les Allemands, les hauteurs de St Thierry à Trigny, Prouilly et plus loin. Bref c’est le passage de la Vesle qui se dispute et se disputera depuis 11h du matin jusqu’à maintenant. Le canon fait rage.

Du côté rive droite : Tinqueux, Chenay, Maco, Merfy (?) flambent et plus loin sans doute Prouilly, Trigny, Chalons-sur-Vesle.

Du côté rive gauche, Bezannes, Ormes, Thillois, Rosnay, Janvry, Gueux, Vrigny, Pargny, (Coulommes ?), Les Mesneux ensuite, par une courte attaque qui se dessine vers 4h1/2. Alors flambent  Sacy, Villers-aux-Nœuds, Écueil, Champfleury, peut-être Trois-Puits. Ville-Dommange ne paraît rien avoir.

Je descends à 5h de mon observatoire et la bataille reprend, terrible, jusqu’à maintenant encore.

En bas, dans la rue, les allemands paraissent se replier vers l’est, en ce moment l’infanterie passe, et le canon se rapproche fort, allons-nous être obligés de descendre à la cave (6h20).

Je lis une affiche verte : 80 otages sont réunis au Grand séminaire, menacés d’être pendus si nous bougeons. Mon pauvre Beau-père est encore pris avec le Maire. Reçu les 2 cartes ci-jointes (voir annexes). Que va-t-il lui arriver ? Je tremble pour lui et nous ? Est-ce qu’ils vont brûler Reims ? Ils sont capables de tout. Que Dieu nous protège !

Mon Dieu que je suis heureux que ma pauvre femme et mes chers petits ne soient pas là, ils seraient morts de frayeur !

Voilà 7h1/2 de bataille, et que je ne cesse d’entendre le canon et la fusillade ! C’est comme le tonnerre, sans discontinuer.

6h25  Plus rien, allons-nous avoir la Paix avec tout ce bruit ?

6h50  Le canon tonne toujours au même endroit, mais par intermittence. Pluie battante depuis 1 heure. Nos pauvres blessés !! Les pauvres environs de Reims, brûlés, saccagés !! Adieu les belles propriétés : Messieurs les rémois et Mesdames les rémoises qui avez surtout pensé à vous amuser, à jouir !! Le feu purifie tout.

6h51  2 coups de canon ! on ne voit plus clair – 5 coups – 3 coups –

6h53/6h54  1 + 1 = 2 coups (je me dis : ce sont les derniers) 8 heures de bataille sans discontinuer.

Je descends dîner !! 7h1/4 encore le canon, 4 coups, plus 1, plus 1, le dernier jusqu’à présent, et j’espère de la nuit.

7h55  Il pleut à torrent. Pauvres chers blessés, les nôtres, car les leurs oh ! non ! ma charité ne peut aller jusqu’à les plaindre. Il faut laisser passer la justice divine et je crois qu’elle passe partout, oui elle passe, est passée aujourd’hui ! Que de choses aurai-je à rapprocher !!! On en faisait la fête, il y a des ruines et du sang, à nos portes, à vue de jumelles !! Singulier spectacle ! auquel j’ai assisté depuis 3h1/4 ou 3h1/2 jusqu’à 5h, je ne pouvais m’en détacher. Sur le ciel sombre, nuageux, orageux, presque tout se dessinait très bien, à part le moment où les incendies obscurcissaient l’horizon, fumées de toutes sortes, de tous points ! Éclatement de shrapnels explosant en l’air comme des feux d’artifices, des feux de Mort ! Non, c’est un spectacle inoubliable !

8h10 soir  Parenthèse, riez !! : Adèle m’arrive comme une folle ! « Monsieur tout brûle !! » avec ses bras elle désigne tous les points cardinaux !! « Venez voir dans ma chambre ! » et des soupirs à faire culbuter les tours de la cathédrale ! Je monte, en effet le ciel est rouge côté Nord-Est. Ce doit être l’aviation ou Bétheny qui brûle le G.P.C. de ces bandits en attendant les autres sans doute demain ! C’est dans leur sang ! Il faut qu’ils voient rouge toujours !! Le jour : du sang ! la nuit : la lueur rouge des incendies !!

Fermez la parenthèse et reprenons où nous en étions 12 lignes plus haut s’il vous plait, et comptez si vous voulez !

9h  Toujours même lueur vers Bétheny qui baisse et reprend. Le gardien de l’Indépendant dit que c’est le Parc à Fourrage du Petit-Bétheny et non l’aviation. Je crois qu’il a raison par l’orientation en me souvenant quand les aéroplanes baissaient de ce côté plus à gauche. Quelle pluie diluvienne !!

10h  L’incendie du parc à fourrage continue. De la chambre de Marie-Louise par contre, côté ouest le jardin est éclairé d’une lueur blafarde et une odeur de fumée vous prend à la gorge. Ce sont les incendies des villages environnants, car le vent vient de l’ouest.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dès 4 heures du matin, le canon recommence à tonner à proximité de la ville ; on entend encore mieux qu’hier la fusillade et les mitrailleuses.

La canonnade s’accentue de plus en plus ; nous nous rendons compte qu’un terrible duel, entre les pièces de différents calibres, est engagé depuis le petit jour.

Les rafales de coups de canon paraissant d’instant en instant moins éloignées, j’ai la curiosité de m’assurer, à plusieurs moments de la journée, si nous ne nous faisons pas illusion à ce sujet. Non, car j’ai pu voir parfaitement, à l’aide d’une jumelle, du haut des magasins de l’établissement, les nuages de fumée de l’artillerie, dans la direction des Mesneux et constater qu’ils se rapprochaient.

Quelquefois, les détonations deviennent si violentes que toutes les vitres tremblent aux fenêtres de notre appartement ; certains coups font vibrer la maison tout entière. Il paraît, d’ailleurs, que les Allemands sont près de la Maison-Blanche et que les troupes françaises viennent de la montagne de Reims.

Dans le courant de la matinée, vers 11 heures, on est venu de la maison Minelle, dire aux ouvriers occupés à la pose des vitres, dans nos magasins du mont-de-piété, de rentrer chez eux.

Reims est désert. Chacun attend chez soi les événements.

– Le journal Le Courrier de la Champagne de ce jour, samedi 12 septembre 1914, avant tout article, a imprimé en lettres majuscules ce qui suit, sans titre, dans sa première colonne :

« Quelles que soient les impressions intimes que peuvent éveiller les nouvelles, vraies ou fausses, qui circulent à tout instant, il est nécessaire que la population reste absolument calme et réservée ; il y va de sa dignité comme de sa sécurité.

Les événements présentent souvent des alternatives diverses, tant que des solutions définitives ne sont pas intervenues.

La ville de Reims, ouverte aux mouvements de troupes et désireuse de rester en dehors de toute action militaire, doit se montrer correcte et déférente vis-à-vis des autorités et des troupes allemandes, hospitalière et bienveillante pour les blessés, comme elle l’a été jusqu’ici. »

En deuxième page, il rappelle aux habitants qu’

il est formellement interdit de stationner et de former, sans aucun prétexte, des attroupements sur la voie publique, notamment dans les grandes artères et sur les places publiques, où les troupes sont appelées à circuler ou à cantonner.

Dans un court article, faisant suite à son entrefilet d’hier, il dit encore, sous ce titre :

« A propos des moteurs du champ d’aviation

Nous pouvons ajouter à notre information d’hier, qu’au moment de quitter leurs hangars, nos aviateurs ont retiré des moteurs une pièce importante, ce qui en empêche le fonctionnement. C’est ainsi, du reste, que l’on procède pour les pièces d’artillerie que l’on est obligé de laisser entre les mains des ennemis ; on en retire les culasses pour les rendre inutilisables. »

Il nous apprend, en outre, que le troisième fils du Kaiser, Prince Auguste-Guillaume, se trouve à Reims depuis deux jours, qu’il est descendu au Grand-Hôtel, où il occupe, au premier étage, la chambre n° 23 et qu’en raison de sa présence, les abords de l’hôtel sont sévèrement interdits à la circulation.

– Vers 15 heures, un nouveau roulement de voitures se fait entendre. De nos fenêtres, sur la rue de la Grue, nous voyons remonter la rue Cérès par une longue file d’autos, caissons, etc. ; elle est suivie de cavaliers puis de fantassins et d’artillerie, enfin d’un mélange assez confus des armes, donnant cette fois l’impression d’une retraite précipitée.

Une demi-heure auparavant, six soldats d’infanterie étaient arrivés chez une voisine d’en face, Mme Erard et cela m’avait donné à penser, tout de suite, que mon tour d’héberger des Allemands n’allait pas tarder. Jusqu’à présent, j’étais plutôt surpris de n’en avoir pas eu à recevoir, soit pour les voir effectuer des réquisitions dans nos magasins, soit pour les loger. Je me crois donc obligé de demeurer chez moi, à attendre, lorsqu’un coup de sonnette au n° 12, encore chez la même voisine, m’attire à la fenêtre.

Je reconnais, tandis qu’il attend qu’on ouvre, un cycliste militaire qui avait amené là, tout à l’heure, les fantassins et qui revient sans doute les chercher, puisque tous sortent presque aussitôt. Ces soldats discutent un moment sous nos fenêtres, le temps de remettre leur sac au dos, et s’en vont. Il devient évident que cela ne va décidément plus pour l’armée allemande. Je vais dont être sûrement exonéré de logement et, du coup, je ne puis que me réjouir du contretemps survenu si vite pour troubler la quiétude de ces hommes.

Les troupes diverses continuent à passer, rue Cérès, l’infanterie chantant sans enthousiasme, comme elle chantait le 4, en faisant son entrée dans Reims et je m’aperçois que nos quasi-voisins d’une demi-heure à peine, ont été prévenus rapidement d’avoir à suivre les derniers éléments de la colonne qui part, cette fois, presque en cohue.

A distance, nous avons remarqué, dans le défilé, encadré de nombreux soldats baïonnette au canon, un groupe très important de civils, la plupart marchant avec leur parapluie ouvert, en raison du mauvais temps, ce qui nous a empêchés de les reconnaître. Nous sommes fortement intrigués, nous demandant quels sont ces hommes et où on les conduit, mais nous apprenons plus tard qu’il s’agissait des otages.

Les autorités militaires allemandes, après s’être assurées, dans la matinée, à la mairie, des personnes du maire, M. le Dr Langlet et de M. Bergue qui lui servait d’interprète, qu’elles conduisirent immédiatement au Lion d’Or ; de celles de Mgr Neveux et de M. l’abbé Camu, qui s’étaient présentés à la Kommandantur, en vue d’intervenir au sujet de l’arrestation arbitraire de deux prêtres du diocèse, avaient demandé l’élaboration rapide d’une liste de cent noms, à choisir dans tous les milieux sociaux et dans tous les partis politiques. Cette liste avait été établie avec l’aide de MM. Eug. Gosset, président de la chambre de commerce, Rousseau, adjoint au maire et Raïssac, secrétaire en chef de la mairie – pas assez vite, au gré des Allemands – car le temps pressait, et avant même qu’elle ne fût complètement terminée, ces messieurs furent obligés d’aller chercher les futurs otages à leur domicile, escortés de soldats en armes.

Une proclamation, portant la liste des otages désignés, avait été rédigée et traduite en français, pour être imprimée aussitôt et placardée. Elle disait ceci :

« Proclamation

Dans le cas où un combat serait livré aujourd’hui ou très prochainement aux environs de Reims ou dans la ville même, les habitants sont avisés qu’ils devront se tenir absolument calmes et n’essayer en aucune manière de prendre part à la bataille. Ils ne doivent tenter d’attaquer ni des soldats isolés ni des détachements de l’armée allemande. Il est formellement interdit d’élever des barricades ou de dépaver les rues, de façon à ne pas gêner les mouvements des troupes, en un mot de n’entreprendre quoi que ce soit qui puisse être d’une façon quelconque nuisible à l’armée allemande.

Afin d’assurer suffisamment la sécurité des troupes, et afin de répondre du calme de la population de Reims, les personnes nommées ci-après ont été prises en otages par le commandement général de l’armée allemande. Ces otages seront pendus à la moindre tentative de désordre. De même, la ville sera entièrement ou partiellement brûlée et les habitants pendus si une infraction quelconque est commise aux prescriptions précédentes.

Par contre, si la ville se situe absolument tranquille et calme, les otages et les habitants seront pris sous la sauvegarde de l’armée allemande.

Par ordre de l’autorité allemande,
Le maire, Dr Langlet.
Reims, le 12 septembre 1914″

La deuxième partie de cette proclamation était en italiques et le passage « ces otages seront pendus », avait amené des protestations de la part du maire et de ceux de nos concitoyens collaborant à la rédaction ou à sa traduction. Ils avaient demandé, paraît-il, que conformément aux lois de la guerre, cette expression fût remplacée par « seront fusillés » – mais satisfaction ne leur avait pas été donnée. La dite proclamation était suivie de la liste des noms de quatre-vingt-un des habitants de Reims ; elle se terminait, après le dernier nom, de celui de M. l’abbé Maitrehut, par ces mots « et quelques autres ».

En même temps que la publication de cette liste, un nouvel appel à la population rémoise était également affiché. Voici son texte :

« Appel à la population rémoise Chers concitoyens,

Aujourd’hui et les jours suivants, plusieurs d’entre vous, notables et ouvriers, seront retenus comme otages pour garantir vis-à-vis de l’autorité allemande le calme et le bon ordre que vos représentants ont promis en votre nom.

Il y va de leur sécurité, de la sauvegarde de la ville et de vos propres intérêts que vous ne fassiez rien qui puisse démentir ces engagements et compromettre l’avenir.

Ayez conscience de votre responsabilité et facilitez notre tâche.

Hommes, femmes, enfants, restez le plus possible dans vos demeures, évitez toute discussion.

Nous comptons que vous serez à la hauteur de la situation. Tout attroupement est absolument interdit et sera aussitôt dispersé.

Les adjoints : L. Rousseau, Dr Jacquin, Em. Charbonneaux,  J. de Bruignac  »
Le maire :  J.B. Langlet

Un certain nombre de ceux dont les noms avaient été portés éventuellement sur la liste des otages, n’ayant pas été trouvés à leur domicile, furent remplacés d’urgence par d’autres habitants désignés pour les suppléer et c’étaient ces malheureux, retenus au dernier moment, que nous venions de voir emmener.

Ils ne savaient s’ils partaient pour longtemps, lorsque arrivés à peu près à un kilomètre au delà du passage à niveau de Witry, sur la route de Rethel, l’officier qui les surveillait leur fit faire halte pour se ranger au bord de la route, puis s’adressant au maire, il dit quelques mots parmi lesquels ils retinrent surtout ceux-ci :

« Il n’y a pas eu de désordre à Reims ; vous êtes tous libres. Vous pouvez rentrer chez vous. »

On peut imaginer la joie qu’éprouvèrent instantanément ces pauvres gens qui ne pensaient pas recouvrer sitôt leur liberté. Aussi, quelque-uns d’entre eux voulant en jouir immédiatement, tentèrent-ils de rompre tout de suite le contact en s’égaillant dans les champs, malgré la pluie, mais des soldats lancés à leurs trousses, leur firent rebrousser chemin par la route, que les troupes suivaient encore et qu’ils reprirent en sens inverse pour rentrer à Reims. Les plus âgés étaient exténués. Le Dr Langlet, très fatigué, devait être soutenu par les deux bras.

Les Rémois, otages de fait, avaient eu de terribles angoisses au cours de cette longue journée. Leurs noms ne correspondant plus exactement avec ceux portés sur la liste faisant suite à la proclamation affichée dans l’après-midi, furent cités dans les numéros du Courrier de la Champagne, des 13, 14 & 15 septembre 1914. D’après ses indications et sauf omissions qui seraient infiniment regrettables, le cortège emmené par les Allemands était composé de : M. le Dr Langlet, maire, Mgr Neveux, M. l’abbé Camu, M. l’abbé Andrieux, MM. Mennesson-Dupont, Demaison, Bataille, Lapchin père, Guernier, Pérot, Ducrot, Menu, P. Jolly, Weiland, Mathieu, Bernard-Cahen, Lorin, Cahen Edouart, Fribourg, Fournier, Pétrement, G. Bonnet, Mars-Antony, Patoux, Osouf, R. de la Morinerie, M. Farre, R. de Bary, F. Kunkelmann, Lethwaitte, Cabanis, Lemaire, Em. Wenz, Ternier, Guerlin-Martin, Pingot, Dallemand, Putz, Latarget, Benoist, Lavoine, Stever, Bouy, Suffert, Darcq, Foureaux, Reuteler, Peltier, Sarrazin débittant, Colignon, Monimart père, Coty, Charlier, Cabay, Brimont, Plichon, Catoire, Lacomblin, Robin, Dorget, Moulet, Triquenaux, Huct, Adam, Savar, Gaillard, Wilmet, Muzin, Legrand, Etienne, Boudin, Abelé, Léon Collet, de Jivigny, Drancourt, Vanier, Gaudefroy-Sichard, Kanengieser, Gomont, Vor Morteau, Benj. Mennesson, Raimbeau, Rémia ou Remier, Saint-Aubin, Touyard, Martin.

Enfin, ce samedi 12 septembre 1914 vécu au milieu d’une atmosphère de bataille toute proche, susceptible peut-être de reprendre et de continuer dans nos murs si l’ennemi n’a pas complètement abandonné Reims, se termine, pour nous dans une grande inquiétude.

Depuis le commencement de la nuit, le ciel s’est empourpré de lueurs qui s’étendent et rougeoient de plus en plus, malgré la pluie diluvienne.

Les Allemands auraient-ils mis le feu à la ville, après avoir, vers 19 h incendié les magasins à fourrage du Petit-Bétheny, qu’ils avaient arrosés d’essence ?

Malgré le désir d’avoir quelques nouvelles, j’ai évité de circuler aujourd’hui – et ce soir, à la maison, nous sommes plongés dans une incertitude complète.

Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Gaston Dorigny

Aussitôt 8 heures du matin on entend le bruit sourd du canon. Ce bruit se rapproche régulièrement et les troupes allemandes reculent après avoir, au moyen de plus de cent automobiles, emporté leurs blessés. On avait fait mettre pour eux de la paille plein la cathédrale mais ils n’ont pas eu le temps de l’occuper, devant se replier avec précipitation. A noter le passage dans l’avenue de Laon d’un convoi d’au moins 300 prisonniers français, dont plusieurs du 332e emmenés vers la Neuvillette par des allemands baïonnette au canon.

La canonnade qui ne cesse de faire rage se rapproche sans cesse et ne se termine qu’à six heures ½ du soir – Reims s’endort à la lueur des incendies allumés par les Allemands dans trois endroits différents et principalement au parc à fourrage qui est entièrement détruit.

C’est après une bataille de dix heures sans arrêt que la population peut essayer de se reposer.

Gaston Deorigny

Paul Dupuy

Encore grand va-et-vient dans la nuit du 11 et 12.

Dans la soirée d’hier on a tiré, avenue de Paris, sur les Allemands, ce qui a failli nous amener de terribles représailles ; mais le coupable ayant été saisi et fusillé, et sa maison brûlée, il y a tout lieu, ce matin, d’espérer que l’incident est terminé.

Ceci incite le commandant d’armes à exiger de la Municipalité une liste d’otages éventuels comportant des noms de toutes les classes de la société, et principalement d’ouvriers, car c’est dans l’un de ces derniers qu’il voit le coupable de l’attentat de la veille.

C’est à ce titre d’otage que Mr Guédet, accompagné de M.M. Fréville, Lejeune et Rohart, a passé la dernière nuit au Lion d’Or ; ces notables encadraient la chambre dans laquelle reposait le prince Henri de Prusse, cousin de l’Empereur.

Dès 8 heures une canonnade lointaine commence à gronder ; elle ne doit durer que jusque 19H15 allant toujours en progressant et finissant à tonner sans une minute d’interruption à partir de 11 heures. Les mitrailleuses sont aussi de la partie, et comme c’est tout à l’entour immédiat de Reims que se livre cette bataille, la situation n’est vraiment pas gaie pour ceux qui ne peuvent que se terrer chez eux dans l’ignorance de la conclusion du combat.

Les rues ne sont parcourues que par les troupes et services allemands qui exécutent en bon ordre, en chantant même, leur mouvement rétrograde.

À 17H un automobiliste du service municipal vient afficher en face du 23 une proclamation, sur papier vert, menaçant de pendaison pour les individus et d’incendie pour le quartier toute entrave qui serait apportée par les civils aux évolutions des troupes.

Avec les lueurs de deux incendies aperçues à 21 heures, ce sont les seules nouvelles que nous ait apportées cette lugubre journée.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Juliette Breyer

C’est aujourd’hui samedi. Toute la journée on a entendu très fort le canon. Il se rapproche. D’anciens disent qu’il va y avoir une bataille dans Reims.

M. Viot me conseille de me rendre chez Pommery avec mes parents. Lui y a conduit sa femme. Je suis longue à me décider mais je pense à André : il faut que je le mette à l’abri, surtout si ce n’est que pour une journée. Ton papa me le conseille aussi.

Il est deux heures après-midi. Je prends quelques conserves et je m’en vais. En passant devant le 22e, quelques Allemands sont assis sur le pas de porte. Un garde civil qui est avec eux pour leur servir d’interprète et qui d’habitude travaille chez Mignot m’aperçoit. Il traverse la route et me fait signe d’arrêter.

« Vous avez fermé votre magasin, me dit-il, vous avez eu raison, mais n’ayez crainte,  nous serons bientôt libres. Voyez là-bas sur la cathédrale, il y a un quart d’heure l’état-major allemand y était encore à surveiller le combat. Il n’y est plus, c’est parce que les leurs battent en retraite. D’ailleurs un chef avec qui j’étais tout à l’heure me l’a dit. Nous nous sommes laissés prendre au piège, tant pis pour nous. Mais il faut que je vous quitte car on nous regarde ».

J’avance et j’arrive chez maman. Ils m’attendent. Nous partons. Arrivés à Passini, deux Prussiens descendent en vélo. L’un d’eux s’arrête mais il s’exprime en allemand. ; nous ne comprenons pas. Enfin il sort un carnet de sa poche et c’est inscrit Nogent l’Abbesse. Ainsi c’est la route de Nogent qu’il demande. Nous n’avons pas le temps de lui répondre : un convoi de munitions sans doute monte la route de Chalons et celui qui est en tête vient de rappeler les deux cyclistes. La route, ils la connaissent mieux que nous. En dix jours ils ont eu le temps de connaître les alentours.

Nous rentrons chez Pommery. On s’installe le mieux possible dans le fond du cellier Jeanne d’Arc et nous attendons les évènements. Les Prussiens qui étaient à la maison sont partis aussi. Mon dieu, que tout cela est long.

La canonnade continue toujours. A six heures on a fermé toutes les portes et défense de sortir. Alors nous voilà forcés de passer la nuit là. On nous arrange le mieux possible et à contrecœur nous nous couchons. Encore bon que j’avais pris des affaires chaudes à André.

Enfin aussitôt le jour on vient nous apprendre que l’on a vu des chasseurs à pied dans Sainte-Anne. Alors tout le monde s’en va joyeux et on n’entend plus que « Vivent les Français ».

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

ob_021dda_003

Dimanche 12 septembre

Activité d’artillerie en Artois (Neuville, Roclincourt, sud d’Arras), et au sud de la Somme, aux environs de Roye.
Entre Somme et Oise, lutte de mines (Fay). Nous avons bombardé les tranchées et travaux ennemis.
Sur le canal de l’Aisne à la Marne, les Allemands ont tenté, à deux reprises, un coup de main, près de Sapigneul. Ils ont été repoussés.
Combats à coups de bombes et de pétards en Argonne, à Saint-Hubert et aux Courtes-Chausses.
Canonnade à l’est des Eparges et en Lorraine (Arracourt, Parroy, Leintrey, régions de la Loutre et de la Vezouse).
L’Allemagne a adressé aux États-Unis une réponse qui constitue une sorte de défi au sujet de l’Arabic. Elle prétend que l’Arabic avait voulu attaquer le sous-marin qui l’a torpillé.
Les Russes contiennent victorieusement l’ennemi sur tout le front de la Drina au Sereth. Ils ont même repris l’offensive sur quelques points et capturé 5000 Autrichiens en Galicie.
Le gouvernement russe négocie avec le parti progressiste de la Douma au sujet des remaniements d’ordre constitutionnel à opérer.
Une fois de plus, mais sans fournir une preuve sérieuse, la presse allemande donne l’accord turco-bulgare comme conclu.
Le cargo-boat Aude a été torpillé en Méditerranée. Il n’y a pas eu de pertes de vies humaines.

Share Button

La Guerre 14-18 – …tué de même !

La Guerre 14-18 - ...tué de même ! Cette carte a été écrite peu après la guerre, mais mérite quand même qu’on s’y intéresse.
Le recto bien sûr, nous montre « encore une fois » le martyre de la ville.
Et le verso, est d’une lecture assez « croustillante ».

Les anciens (et les moins anciens) sont les premiers à critiquer l’orthographe de nos « jeunes »… et argumentent qu’avant, on savait écrire correctement, avec en poche le certificat d’étude.
Partant du principe que « nul n’est prophète en son pays », je retranscris donc ici cette correspondance, « dans son jus » et émaillée de ses « fôtes » d’orthographe qui lui donnent toute sa couleur et son cachet !

Cher Copain,
je tent voi ces quelques mots pour te dire que je suis toujour en bonne santée. J’espère que tué de même.
Je te dirait que jai été fété le 14 juillet à Amiens.
Nous avons tirait 70 cout de canon.
Encore du 220 (?) demain.
Si tu vas à la Cantine du 102 demande au Cantinier si il se con né un permutant pour aller au 17 Artillerie, tu me le dira.
Je termine en te serran cordaillem
ent la main.
Un Ami qui pense toujour à toi.
Albert H.

ob_fee8f7_thuillier-015-ruines-rue-ecole-de-medecine-1200

« Tué de même » ? je pense qu’il s’agit du contre-coup de la guerre encore proche… et en ce qui concerne les « 70 cout de canon », on imagine bien qu’un tel nombre de tirs, soit très onéreux.
Mais ne nous moquons pas… ça peut arriver à tout le monde… ou presque ! c’était juste un peu concentré.

ob_b3bff1_rue-pol-neveux-1200

Cette rue de l’École de Médecine à Reims, est devenue en 1941 la Rue Pol Neveux.
Fini les maisons sur la droite, ce sont maintenant les jardins de la Bibliothèque Carnegie.

ob_c81ff8_rue-pol-neveux-montage-1200

Et une dernière vue de cette rue de l’École de Médecine, centrée sur la voie et la cathédrale… et un cycliste qui slalome entre les décombres…

ob_cc3a4b_nd-reims-rue-ecole-medecine
Share Button