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Vendredi 25 janvier 1918

Avenue de Laon

Louis Guédet

25 janvier 1918

Les premières phrases ont été recopiées par Madeleine.

Raïssac, secrétaire général de la Mairie est malade, transporté à l’Hôpital. Il a été le « cerveau » et l’intelligence de la Ville depuis la Guerre. Je vais le voir avec Houlon. Nous descendons dans les caves où nous trouvons Raïssac, toujours souriant, et j’irai le revoir dans cette cave « catacombale ». En remontant je serre la main à un sauveteur de Reims, rescapé du bombardement de la rue Jeanne d’Arc d’il y a 8 jours. Nous causons avec le Docteur de Bovis (René de Bovis, professeur à l’École de Médecine de Reims (1866-1941)) qui me déclare très nettement que Raïssac doit être évacué sous peu pour une intervention chirurgicale qu’on ne peut lui faire ici sous les bombes, ce sont des calculs qui ont déchiré l’intérieur de la vessie, et ont produit cette hémorragie urinale. Il en a pour un mois, puis 3/4 mois de convalescence. Il compte sur moi pour faire entendre raison à Raïssac qui ne veut pas quitter Reims et sa chère Mairie ! Enfin on arrivera à le décider. C’est un malheur pour notre administration municipale. Reims n’a pas de chance.

En quittant la place St Maurice je file sur Courlancy voir mon vieil expéditionnaire et lui donner mes ordres et du travail. Je rentre par la rue de Vesle. Journal et commence à causer à droite et à gauche, puis rentré à la chute du jour. Les jours rallongent ! Je travaille d’arrache-pied. Je crois que tout mon retard sera abattu demain ou après. Tant mieux. Je pourrais envisager un voyage à St Martin vers les premiers jours de février, les 5 – 6 – 7 après mes 3 audiences de Réquisitions militaires des 28 – 31 janvier – 4 février. Grande activité d’avions durant cette belle journée, la première depuis le commencement de 1918. Coucher de soleil radieux. C’est déjà le printemps. Je couche toujours au sous-sol. On est moins isolé et mes 2 compagnes de misère m’en sont reconnaissantes. Les pauvres femmes, qui restent quand même, et pourquoi ! Cela ne se raisonne pas ! Pourquoi moi-même restais-je ici ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

25-26 janvier 1918 – Bombardement, assez sérieux pour ce dernier jour, vers l’ave­nue de Laon.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Avenue de Laon

Avenue de Laon


Cardinal Luçon

Vendredi 25 – + 4°. Temps sans nuages. Via Cruels in Cathedrali à 8 h. Nuit tranquille. 8 h. bombes vers le nord : Port Sec ? Donné à la Stamperia Lettre au Clergé. Avions : tir contre eux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 25 janvier

Un coup de main nous a permis de faire des prisoniers à l’est d’Auberive.
Actions d’artillerie assez vives dans 1a région de Maisons-de-Champagne et dans le secteur d’Avocourt.
Fonck a abattu son vingtième appareil ennemi.
Sur le front italien, nos alliés ont envoyé des groupes explorer avec profit les lignes adverses, entre les pentes sud-est du mont Spinoncia et la rive droite de la Piave.
Ils ont capturé du matériel divers dans la vallée de l’Onic. Par un coup de main bien réussi, au sud de Quero, un détachement français a ramené des prisonniers et une mitrailleuse.
Entre Nervesa et le Ponte della Priula, les patrouilles italiennes ont maintenu à distance celles de l’adversaire. Tout le long du front ont eut lieu des échanges de tirs d’artillerie, par moments plus intenses dans les vallées de l’Adige et de la Brenta et sur quelques secteurs des deux rives de la Piave.
Le comte Czernin, ministre des Affaires étrangères d’Autriche-Hongrie, a prononcé un important discours, en réponse à M. Wilson à la commission de la Délégation autrichienne, et le comte Hertling, chancelier allemand, a, de son côté, prononcé un discours à la commission principale du Reichstag.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 9 décembre 1917

Paul Hess

Dimanche 9 décembre 1917 – Violent bombardement, dès 6 h 1/2, sur Pommery et le Port-Sec.

Démonstration de notre artillerie, le soir, de 17 h 1/2 à 18 h.

On parle beaucoup, en ville, de renforts allemands que les événements de Russie auraient permis d’amener sur le front de Reims. Le Matin du 7, mentionnait ces déplacements et certains concitoyens commencent à redouter une attaque importante sur notre ville.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 9 – Nuit tranquille, sauf quelques obus sifflants à rares inter­valles. Visite du Docteur Père Jésuite de Verdun, avec son cousin Neuville(1), de la Porte-Paris, sur le lit duquel j’ai vu le corps du Général Battesti, mort en 1914. Bombes sifflent presque continuellement de 1 h. à 3 h. Vers 5 h. à 5 h 45, violente canonnade française. Éclairs à l’est et au nord-ouest. A 5 h. 45, bombes allemandes sifflent.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Dominique Neuville, propriétaire de l’usine de teintures et apprêts de la Porte Paris.

 

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Jeudi 4 octobre 2017

Louis Guédet

Jeudi 4 octobre 1917

1119ème et 1117ème jours de bataille et de bombardement

2h après-midi  Seconde lettre de Jean nous annonçant qu’il va bien et qu’il s’est rétabli plus vite qu’il n’osait l’espérer. Il a vu Robert et se sont expliqués tout cet imbroglio. Robert ne savait rien non plus et était bien tranquille sur le sort de Jean. Jean nous explique son intoxication du 24, et le 25, ne voyant plus clair, son obligation de se faire évacuer à l’échelon fut décidée. Il va bien et nous annonce que toute cette aventure lui vaut une 2ème citation, et il nous confirme la citation de Robert avec Croix de Guerre qui est officielle. Ils partent au repos. Dieu soit loué !!

En même temps lettre du Commandant Barot qui a téléphoné au Corps de Jean et nous apprend ce que nous savons. Je lui écris pour le remercier encore, ainsi que je l’avais déjà fait hier.

Bref les Gosses marchent bien, trop bien ! Jean 2 citations en un mois de temps, la première faits de Guerre du 19 – 20 août, et la 2ème du 24 septembre 1917. Et Robert, 1ère citation et la Croix de Guerre !! Ce qu’ils doivent être heureux, les chers Petits !! Et Robert surtout, il ne doit pas tenir en place !! Et leur cri du cœur, Jean : 2 jours + 2 jours de plus de permission (2 jours par citation) et Robert a 2 jours de plus : « Chouette alors ! » s’écrie-t-il ! Les chers petits ne voient que cela, ils ne pensent pas à leur Gloire, à leurs Lauriers si chèrement cueillis.

Leurs batteries ont perdues plus des 2/3 de leurs effectifs. Jean dit qu’on a été obligé de lui envoyer 12 Chasseurs à cheval avec chevaux pour leur permettre de pouvoir enlever leur matériel, tellement ils étaient décimés.

Causé hier avec le Capitaine Bruyère, du 6ème Chasseur à cheval au début de la Guerre, actuellement affecté à la Cie d’élite du 166ème d’Infanterie qui cantonne en ce moment ici. Il me disait que le 12 septembre 1914 au soir il avait traversé Reims et avait poussé avec ses cavaliers jusqu’aux bords de la Suippe vers Orainville, Condé-sur-Suippe, Guignicourt, etc…  et que si les allemands étaient revenus sur leurs pas jusqu’aux portes de Reims, c’était de la faute de Franchet d’Espèrey, leur commandant de la Vème Armée, qui n’avait pas voulu pousser ses troupes au-delà de Reims, voulant faire son entrée triomphale (?) à Reims le 13 au matin…  mais il était trop tard, les allemands s’étaient ressaisis et ils sont encore à nos portes ! Franchet d’Espèrey devrait être fusillé. Et ce que me disait ce capitaine Bruyère me confirme bien ce que nous savions déjà à Reims, c’est que Reims aurait pu être dégagé dès le 12 septembre 1914. Des généraux comme cela sont des criminels ! Pantins galonnés ! rien de plus. J’espère bien que la Guerre finie on mettra ce galonnard en jugement !!… C’est pour cela que tous ces oiseaux le clament toujours : « Reims n’est pas intéressant !! » J’te crois, comme les assassins, ils voudraient bien que le cadavre disparaisse !! Mais nous vivons et nous sommes là pour les clouer au pilori.

J’étais heureux d’avoir la confirmation de ce point d’Histoire, par une bouche étrangère et impartiale. C’est un témoignage précieux.

Ce capitaine me confirmait l’état d’esprit de la troupe, il est convaincu qu’il y aura une ruée socialiste terrible après les hostilités. Il me confirmait que les soldats étaient très excités contre la riche bourgeoisie qui s’est embusquée jusqu’à la gauche, et il est convaincu que les représailles contre ces froussards seront terrible…  Ce sera justice !

Il croit la paix prochaine, sans que nous allions en Allemagne, qui avec cette conjecture nous accordera tout ce que nous lui demandons, c’est-à-dire la Rive gauche du Rhin avec l’Alsace et la Loraine, et les réparations !… Sauf à elle à chercher à nous dominer par la suite sur le terrain économique… Ce serait bien malheureux en tout cas. J’espère mieux que cela, et un miracle est toujours possible !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 octobre 1917 – Démonstration d’artillerie commencée à 19 h 1/12 qui se prolonge jusqu’à 21 h 1/2. Riposte boche, sous la forme de quel­ques obus asphyxiants.

— Depuis l’offensive manquée d’avril dernier, les déména­gements avaient repris, avec une activité qui se continue encore.

Afin de les faciliter, l’autorité militaire a créé un service d’éva­cuation spécial, sous les ordres du sous-lieutenant Migny, dont les bureaux installés précédemment 3, rue de Courlancy, se trouvent actuellement, 70 rue Libergier.

En suivant l’ordre des inscriptions, les équipes de se service, qui compte de 60 à 70 soldats-déménageurs, vont à domicile, en­lever les mobiliers préalablement préparés et emballés, pour les transporter gratuitement par camions automobiles, à la gare de Saint-Charles, où il est formé, chaque nuit, un train de vingt-cinq à trente wagons.

Les fourgons affectés aux déménagements, sont presque les seules voitures que l’on voit circuler dans les rues depuis long­temps, et il est infiniment triste de voir se vider ainsi une ville de l’importance de Reims.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 4 – + 14°. Nuit tranquille jusqu’à 4 h. du matin. A 4 h. combat pendant 30 ou 45 minutes. Visite à l’Ambulance du Chalet de Chigny, où l’on me fait voir cinq grands blessés qui reviennent du combat de ce matin. C’était une attaque allemande à La Pompelle. De notre côté, 2 tués et plu­sieurs blessés parmi lesquels le Capitaine de Montfrey qui a la colonne vertébrale brisée (c’est le neveu d’une Ursuline de Trévoux). On n’espère presque pas le sauver. Déjeuner aux Rozais, chez Mme Pommery. Visite à l’ouvroir de Rilly. De 2 h. à 3 h ; bombardement en règle du boulevard de la Paix, au Port sec Saint-André et Saint Jean-Baptiste de la Salle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 4 octobre

A l’est de Reims, nos batteries ont efficacement contrebattu l’artillerie ennemie et fait avorter une attaque en préparation dans les tranchées adverses.
A l’ouest de la ferme Navarin, nos détachements ont pénétré dans les lignes ennemies, fait sauter plusieurs abris et ramenés des prisonniers. Une autre incursion dans la région du Casque nous a donné de bons résultats.
Sur le front de Verdun, la nuit a été marquée par une violente lutte d’artillerie sur les deux rives de la Meuse, particulièrement dans la région au nord de la cote 344 où ont eu lieu de vifs engagements de patrouilles.
Nos avions ont bombardé la gare de Fribourg, les usines de Volklingen et d’Offenbach, les gares de Brieulles, Longuyon, Metz-woippy, Arnaville, Mezières-les-Metz, Thionville, Sarrebourg. 7000 kilos de projectiles ont été lancés.
En représailles du bombardement de Bar-le-Duc, deux de nos appareils ont jeté plusieurs bombes sur la ville de Baden.
Sur le front britannique, canonnade dans la région d’Ypres.
Les Italiens ont repoussé une offensive autrichienne sur le San Gabriele. Une compagnie d’assaut ennemie a été détruite et un bataillon dispersé.
Les Allemands se sont livrés à une série d’attaques aériennes sur le littoral russe de la Baltique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 15 novembre 1916

Louis Guédet

Mercredi 15 novembre 1916

795ème et 793ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps magnifique. On s’est battu toute la nuit, et nos batteries n’ont cessé de tonner toute l’après-midi, c’était un vrai vacarme. Les allemands répondaient peu, quelques obus sur la ville, bien entendu. Déjeuné chez mon vieil et charmant ami Charles Heidsieck si bon pour moi. Il a reçu 2 bombes les 27 et 31, éclatant sur son refuge, pas mal de dégâts. Causé de choses et d’autres, ses affaires vont bien. Il a su s’assurer des agents de Mumm en Amérique, c’est un succès. Goulden serait passé au conseil de Guerre mardi dernier 7 novembre. Le Verdict sera rendu incessamment. En faisant mes courses à l’Hôtel de Ville j’ai rencontré Honoré, le pompier, qui fait la police secrète pour l’État-major de la Ve armée directement. Il m’a demandé des renseignements sur Henri Lanson (1852-1938), négociant en vins de Champagne, boulevard Lundy, sur son esprit, sa mentalité, son patriotisme, etc…  il me demandait cela parce qu’il était chargé de faire une enquête sur lui parce qu’il entretenait une correspondance commerciale (?) (rayé) avec Bâle. Honoré avait l’air de dire que c’était une seconde affaire Goulden ! Je lui ai dit très nettement que Lanson était à l’abri de tout soupçon sur ce point

Vu M. et Mme Becker, et causé longuement. Madame Becker si courageuse depuis les hostilités. Son fils dont elle n’a pas de nouvelles est tué ou disparu (décédé le 22 août 1914 à Paimpont en Lorraine). On a parlé de Jean et de son admission à Fontainebleau, et très aimablement elle me propose de le recommander à sa fille, Mme Bayle, qu’elle doit voir à Fontainebleau, 17, rue Carnot et où elle dit partir demain. Son mari est capitaine, ancien professeur à l’École, et elle le recommandera à tous les officiers professeurs camarades de son mari, ainsi qu’au capitaine Vauthier, professeur et père d’un camarade de Jean, qui lui-même fait partie de cette promotion. J’ai accepté avec reconnaissance. Ma pauvre Madeleine sera heureuse en apprenant cela et Jean aussi dont j’ai reproché la timidité.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

15 novembre 1915 – Pendant toute la journée, activité sérieuse de notre artillerie, dont le tir est visiblement réglé par les avions.

— Le soir, à 19 h, commence brusquement une canonnade effrayante, comme celles entendues déjà lors des démonstrations. On suppose qu’il s’agit d’une attaque allemande ; c’est du côté de Courcy-Brimont que nos pièces tirent ensemble, en rafales et sans discontinuer, pendant une demi-heure. Le vacarme est assourdissant.

Vers 20 h, le calme se rétablit peu à peu, puis la batterie du Port-sec qui s’est mise à tirer seule, lorsque les autres commençaient à se taire, prolonge la séance encore pendant vingt minutes environ. Ensuite, c’est le silence pour la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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 Cardinal Luçon

Mercredi 15 – Nuit tranquille en ville ; autour de Reims nuit bruyante, tirs fréquents de mitrailleuses, et je pense aussi de grenades et torpilles, toute la nuit. + 2° ; beau soleil. Visite de M. le Curé de Trigny. Rentrée à Reims de M…. Aéroplanes toute la journée ; tirs contre eux. Aéros allemands et français. Bordées de gros canons français de 2 à 3 h. Bombes sifflent à plusieurs reprises de 3 à 4 h. Journée des plus bruyantes de la part surtout des Français.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 15 novembre

Au sud de la Somme, l’artillerie ennemie, énergiquement contrebattue par la nôtre, a bombardé avec violence la région de Pressoir et le secteur Biaches-la-Maisonnette. En Argonne, nous avons occupé, au Four-de-Paris, un entonnoir provoqué par l’explosion d’une mine allemande. Sur le front de Verdun, canonnade intermittente, plus active dans les régions de Douaumont et de Vaux. Les Anglais, progressant toujours, ont pris le village de Beaucourt-sur-Ancre. Le nombre des prisonniers qu’ils ont faits dépasse de beaucoup 5000 et d’autres sont encore annoncés. Ils ont gagné du terrain à l’est de la butte de Warlencourt, au cours d’une action locale, faisant 80 prisonniers. Les troupes franco-serhes ont pris en tout sur la Cerna 1.447 ennemis dont 20 officiers. Elles ont capturé 25 canons, dont 8 lourds. Les Roumains ont quelque peu reculé dans la vallée de l’Olt. Leur flottille a canonné la rive du Danube en Dobroudja, à 6 kilomètres au nord de Cernavoda. Un torpilleur norvégien a canonné un steamer allemand qui portait, au mépris des règlements, un appareil de T.S.F, et qui s’était aventuré dans les eaux territoriales de Norvège. La Douma s’est réunie; le président, Radzianko, a écarté comme humiliante toute idée de paix séparée entre la Russie et les empires du centre. Le groupe polonais a formulé une protestation solennelle contre la germanisation de la Pologne. Le gouvernement anglais, dans une déclaration aux Communes, dit de nouveau que M. Venizelos est reconnu comme pouvoir de fait, mais que le gouvernement de Salonique n’a pris aucune allure anti-dynastique. M. Poincaré a reçu à l’Élysée le nouvel ambassadeur d’Italie, le marquis Salvago Raggi. Le baron Burian est parti pour Berlin où il doit conférer avec le chancelier allemand. Le général Porro, chef d’état-major de l’armée italienne, est arrivé à Paris. Les pourparlers entre l’Amérique et le Mexique subissent à nouveau un temps d’arrêt. L’Angleterre va procéder à toute une série de mesures tendant à assurer des économies. En même temps, elle envisage le moyen d’augmenter ses effectifs, et elle annonce son intention de poursuivre énergiquement la campagne d’hiver.

Source : La guerre au jour le jour

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Samedi 15 avril 1916

Paul Hess

15 avril 1916 – Journée mouvementée. Bombardement sur les casernes Neufchâtel et le Port-sec, pendant une partie de la matinée et de l’après-midi, avec ripostes de nos pièces.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 15 – Nuit très bruyante, surtout jusque vers 11 h. Combat non loin de Reims. Visite de Mme Bérenger dont le mari, tué ici le 15 sept. 1915 est enterré à Reims, et dont le fils a été tué à Florent, il y a 15 jours. A 10 h. canonnade entre batteries. Bombardement entre batteries vers 9 h. et 1 h. 1/2. Visite de M. Goloubew (?) ; du Capitaine des pompiers de Paris(1), de M. Millac. M. le prince Goloubew est directeur de l’ambulance russe à Reims.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le régiment des sapeurs-pompiers de la Ville de Paris (à statut militaire) avait envoyé à Reims un détachement pour apporter de l’aide aux sapeurs-pompiers de Reims (à statut civil) dont la majeure partie était mobilisée.

Samedi 15 avril

Entre Oise et Aisne, activité de notre artillerie sur les organisations ennemies de Moulin-sous-Touvent et de Nampcel.
A l’ouest de la Meuse, l’ennemi bombarde sans discontinuer nos positions du Mort-Homme et de Cumières.
A l’est de la Meuse et en Woëvre, activité moyenne d’artillerie; aucune action d’infanterie n’a été déclanchée.
Une de nos pièces à longue portée a tiré sur la gare de Novéant-sur-Moselle et sur le pont de Corny, au nord de Pont-à-Mousson. Un incendie s’est déclaré dans les bâtiments de la gare.
Un arrangement commercial a été signé entre l’Allemagne et la Roumanie. Ainsi se trouve close la phase de tension qui régnait depuis plusieurs mois entre les deux pays. On affirme, du côté roumain, que cet accord ne signifie nullement un changement de politique générale; le cabinet de Bucarest l’aurait conclu, d’une part, pour assurer la vente des produits agricoles du pays et, de l’autre, pour lui permettre de se procurer les articles fabriqués indispensables.
Le général Sarrail a été décoré à Salonique, des mains du général Mahon, de l’ordre anglais de Saint-Michel et Saint-George.
Les Russes ont repoussé une attaque allemande près d’Ikskul et une autre près du Narotch.
L’ennemi a contre-attaqué vainement les Italiens sur diverses parties du front et spécialement près du lac de Garde

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Jeudi 2 mars 1916

Rue Lesage

Louis Guédet

Jeudi 2 mars 1916

537ème et 535ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Je remonte de la cave où je suis descendu à 7h50. Une bombe était venue tomber à 20 mètres d’ici rue Boulard chez Houbart Frères (à vérifier), n°18. Dégâts, commencement d’incendie, peu de chose heureusement. Comme je descendais à la cave il en est tombé une 2ème encore tout près, mais je ne sais où. La canonnade toujours depuis 6h1/2 du reste. Ils en ont envoyé un peu partout. Est-ce que les mauvais jours reviendraient ? Mon Dieu ! Je ne pourrais y résister. Je n’en n’ai plus la force. A 11h ils avaient déjà arrosé un peu partout et il en était tombé déjà une (bombe) rue Brûlée, en face de la chapelle de la rue du Couchant. Vont-ils nous laisser tranquille cette nuit ? Une bataille a lieu devant Cernay, on l’entend.

Suite du 2 mars 1916

Mon Dieu, pourvu que nous n’ayons plus rien. Je me croyais plus fort que cela.

10h soir  Nous sommes revenus aux mauvais jours. J’avais à peine terminé ces lignes que vers 8h1/4, au moment où je commençais à dîner, un obus m’arrive. Je baisse le dos instinctivement, puis avec un bruit formidable il éclate chez M. Benoist (usine des Capucins) un tas de gravas et de vitres brisées retombent un peu partout. Le temps de prendre quelques papiers (minutes, dossiers), ma pelisse et mon chapeau, je descends, à moitié de l’escalier encore un plus près. « Je crois que çà y est ! » non rien.

Je descends dans la cave où nous nous retrouvons tous les 4 réunis, Jacques, Lise, Adèle et moi, plus 9 voisins ou voisines que je ne connais pas qui étaient arrivés à la première heure et qui étaient restés en cave pendant que nous étions remontés pour dîner…  Çà tape fort autour de nous. Enfin à 9h1/2 nous remontons tous les voisins s’en vont chez eux et nous mangeons… (Je mourrai de faim) tout en ayant l’oreille au guet (aux aguets). J’ai fini mon maigre dîner, des choux, pommes de terre carottes et un bout de porc gras et maigre, un peu de fromage et 2 cuillères de confiture de fraises. Pauvres fraises ! Elles ont été cueillies et cuites en juillet 1914 !! Que c’est loin déjà !!…  Nous sommes tous un peu bouleversés. La vie de fous recommence ! C’est extraordinaire ce qu’on pense, ce qui nous passe par la tête durant ces moments-là ! On est rompu après de ces secousses, c’est comme si j’avais charrié toute la journée ! Il pleut à torrent. Je vais tâcher de dormir, pourvu que nous ne soyons pas réveillés encore cette nuit. Que Dieu nous protège et nous laisse prendre un peu de repos…  Triste anniversaire ! Il y a 1 an c’était le jour de mon incendie. J’avais déjà souffert beaucoup plus. Et cependant on ne s’y fait pas.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 mars 1916 – Sifflements nombreux dans la matinée.

A partir de 11 heures, nos pièces ripostent très vigoureusement ; elles tirent jusqu’à 14 h et l’après-midi redevient calme ; mais à 18 h les sifflements recommencent. Notre artillerie entre à nouveau en action, à tel point que venant de quitter l’hôtel de ville, je suis éclairé, le long de mon chemin par les lueurs ininterrompues des départs, aussi bien que par les fusées qui se succèdent en l’air et les projecteurs.

Alors que je me trouve place de la République, les détonations sont devenues assourdissantes ; s’il pleuvait, cela donnerait l’illusion complète d’un orage (165 plus violents. En ce passage toujours très dangereux, un lourd attelage de trois chevaux, que son conducteur presse tant qu’il peut, me gêne considérablement, pour essayer de discerner les arrivées au milieu de l’infernal tapage, auquel se mêle, là, tout près, avec les forts craquements du chariot sous son chargement, le bruit des fers frappant alternativement le pavé. Fallait-il que j’arrive juste à ce moment. Dois-je essayer de dépasser les chevaux attelés en flèche ? Non, car si j’y parviens, le véhicule me suivra a trop faible distance. A regret, je ralentis quand il faudrait au contraire presser le pas, préférant malgré tout le laisser prendre de l’avance et s’éloigner dans l’avenue de Laon et… je gagne enfin la rue Lesage. Peu de temps après que j’y suis engagé, deux obus viennent éclater de l’autre côté des voies du chemin de fer, rues de la Justice et du Champ-de-Mars ; j’entends retomber des matériaux après leurs explosions. D’autres projectiles tombent sans arrêt sur le Port-Sec et ses environs.

En rentrant place Amélie-Doublié, je trouve les voisines de ma sœur et elle-même, occupées à préparer tranquillement leur dîner, comme d’habitude, alors que je m’attendais à les voir sous le coup de l’émotion bien compréhensible des arrivées peu éloignées. Quoique fort surpris, j’aime mieux n’en rien laisser paraitre ; aussi, nous prenons notre repas ensemble et nous nous installons ensuite autour du feu, ainsi que chaque soir pendant que l’arrosage assez copieux continue, que les sifflements se font toujours entendre, mêlés du bruit d’explosions dans les parages.

Le calme ne se rétablit qu’à 21 heures, et, après cette sérieuse séance, nous faisons une excellente nuit.

En somme, journée et surtout soirée très mouvementées pour tout Reims.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage

Rue Lesage


Cardinal Luçon

Jeudi 2 – Nuit tranquille ; + 4 ; soleil. Aéroplane à 8 h. allemand va observer les canons qui ont tiré hier soir. Pendant toute la matinée conversation à coup de canons entre les batteries. Bombes sifflantes à plusieurs reprises, mais sans doute sur les batteries : rue Clovis, rue du Jard, rue Brûlée, devant la porte de la Chapelle du Couchant, Faubourg de Laon. Visite à l’ambulance Cama (ou je ne fus pas reçu). Visite à l’ambulance russe, génie au Fourneau Économique. 5 h. Canons français en rafales; riposte allemande jusqu’à 9 h. soir. Bombardement sur la ville ; prière du soir interrompue par les bombes sifflantes tombant près de nous. Après, nuit tranquille, sauf quelques coups a longs intervalles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 2 mars

En Belgique, action d’artillerie au sud de Boesinghe. A l’est de Reims, un détachement allemand qui tentait d’aborder notre front, s’est enfui sous notre feu en laissant des morts. Près de Verdun, le bombardement ennemi a continué sur la rive gauche de la Meuse (de Malancourt à Forges), sur la rive droite, vers Vaux et Damloup, et en Woëvre (Fresnes). A l’ouest de Pont-à-Mousson, nous bouleversons les organisations allemandes du bois le Prêtre et bombardons vers Thiaucourt. En Alsace, notre artillerie est active sur la Fecht et la Doller. Les russes progressent près de Dvinsk. Les colonels Egli et de Wattenwyll ont été acquittés par le tribunal de guerre de Zurich.

 

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Lundi 14 février 1916

Louis Guédet

Lundi 14 février 1916

520ème et 518ème jours de bataille et de bombardement

6h3/4  Tempête la nuit. Bataille et canonnade violente vers Souain. Bombardement intense sur Reims, Cérès, Laon. Porte de Paris de midi à 1h…  Hier les 4 obus lancés ont fait 5 victimes Porte de Paris. Journée pluvieuse, chaude, du vent, brumeuse triste, comme nos cœurs, on est si las. Reçu lettre fort triste de ma chère pauvre femme. Quelle souffrance ajoutée pour moi à toutes les autres. Vais-je succomber, si ce n’était nos aimés. La mort serait une délivrance.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

l4 février 1916 – Canonnade violente et ininterrompue le matin, dans la direction de Berry-au-Bac. De midi à 14 h, bombardement serré sur le Port-Sec.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi l4 – Nuit bruyante un peu au loin. 4 h. 1/2 du matin, très violente canonnade ou combat et duel violent. 7 h. 1/2 item. + 8. Bombardement continu de 11 h. 1/2 à 2 h. Visite aux Petites Sœurs des Pauvres ; des éclats sont tombés chez elles aujourd’hui ; elles sont bien inquiètes, et avaient besoin de réconfort. Tempête de pluie et de vent.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 14 février

Les Allemands ont opéré une série d’attaques en Artois, de la cote 140 au chemin de Neuville-la Folie. Une première attaque a échoué à l’ouest de la cote 140. Trois autres, survenues après un violent bombardement, ont été arrêtées par notre feu. Au cours d’une cinquième, les Allemands avaient réussi à pénétrer dans une de nos tranchées de première ligne, mais ils en ont été chassés immédiatement, en subissant des pertes sensibles.
Nos batteries ont abattu un avion près de Givenchy.
Une attaque allemande a échoué au sud de Frise.
A l’est de l’Oise, nous avons bombardé les positions ennemies.
Artillerie allemande active de Soissons à Reims. Nous brisons des attaques d’infanterie en préparation.
Nous avons capturé des soldats ennemis en Champagne ; l’ennemi a toutefois pris pied dans quelques tranchées avancées à l’est de la route Tahure-Somme-py.
En Haute-Alsace, à l’est de Seppois, nous enrayons une attaque.
Les aviateurs belges ont attaqué avec succès l’aérodrome de Ghistelle.
Le croiseur français Amiral-Charner a été coulé sur la côte de Syrie.
L’Italie prohibe tout commerce avec l’Allemagne.
M. Briand a visité le front de l’Isonzo, puis est reparti pour Paris.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


La gare de Reims

 

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