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Jeudi 4 octobre 2017

Louis Guédet

Jeudi 4 octobre 1917

1119ème et 1117ème jours de bataille et de bombardement

2h après-midi  Seconde lettre de Jean nous annonçant qu’il va bien et qu’il s’est rétabli plus vite qu’il n’osait l’espérer. Il a vu Robert et se sont expliqués tout cet imbroglio. Robert ne savait rien non plus et était bien tranquille sur le sort de Jean. Jean nous explique son intoxication du 24, et le 25, ne voyant plus clair, son obligation de se faire évacuer à l’échelon fut décidée. Il va bien et nous annonce que toute cette aventure lui vaut une 2ème citation, et il nous confirme la citation de Robert avec Croix de Guerre qui est officielle. Ils partent au repos. Dieu soit loué !!

En même temps lettre du Commandant Barot qui a téléphoné au Corps de Jean et nous apprend ce que nous savons. Je lui écris pour le remercier encore, ainsi que je l’avais déjà fait hier.

Bref les Gosses marchent bien, trop bien ! Jean 2 citations en un mois de temps, la première faits de Guerre du 19 – 20 août, et la 2ème du 24 septembre 1917. Et Robert, 1ère citation et la Croix de Guerre !! Ce qu’ils doivent être heureux, les chers Petits !! Et Robert surtout, il ne doit pas tenir en place !! Et leur cri du cœur, Jean : 2 jours + 2 jours de plus de permission (2 jours par citation) et Robert a 2 jours de plus : « Chouette alors ! » s’écrie-t-il ! Les chers petits ne voient que cela, ils ne pensent pas à leur Gloire, à leurs Lauriers si chèrement cueillis.

Leurs batteries ont perdues plus des 2/3 de leurs effectifs. Jean dit qu’on a été obligé de lui envoyer 12 Chasseurs à cheval avec chevaux pour leur permettre de pouvoir enlever leur matériel, tellement ils étaient décimés.

Causé hier avec le Capitaine Bruyère, du 6ème Chasseur à cheval au début de la Guerre, actuellement affecté à la Cie d’élite du 166ème d’Infanterie qui cantonne en ce moment ici. Il me disait que le 12 septembre 1914 au soir il avait traversé Reims et avait poussé avec ses cavaliers jusqu’aux bords de la Suippe vers Orainville, Condé-sur-Suippe, Guignicourt, etc…  et que si les allemands étaient revenus sur leurs pas jusqu’aux portes de Reims, c’était de la faute de Franchet d’Espèrey, leur commandant de la Vème Armée, qui n’avait pas voulu pousser ses troupes au-delà de Reims, voulant faire son entrée triomphale (?) à Reims le 13 au matin…  mais il était trop tard, les allemands s’étaient ressaisis et ils sont encore à nos portes ! Franchet d’Espèrey devrait être fusillé. Et ce que me disait ce capitaine Bruyère me confirme bien ce que nous savions déjà à Reims, c’est que Reims aurait pu être dégagé dès le 12 septembre 1914. Des généraux comme cela sont des criminels ! Pantins galonnés ! rien de plus. J’espère bien que la Guerre finie on mettra ce galonnard en jugement !!… C’est pour cela que tous ces oiseaux le clament toujours : « Reims n’est pas intéressant !! » J’te crois, comme les assassins, ils voudraient bien que le cadavre disparaisse !! Mais nous vivons et nous sommes là pour les clouer au pilori.

J’étais heureux d’avoir la confirmation de ce point d’Histoire, par une bouche étrangère et impartiale. C’est un témoignage précieux.

Ce capitaine me confirmait l’état d’esprit de la troupe, il est convaincu qu’il y aura une ruée socialiste terrible après les hostilités. Il me confirmait que les soldats étaient très excités contre la riche bourgeoisie qui s’est embusquée jusqu’à la gauche, et il est convaincu que les représailles contre ces froussards seront terrible…  Ce sera justice !

Il croit la paix prochaine, sans que nous allions en Allemagne, qui avec cette conjecture nous accordera tout ce que nous lui demandons, c’est-à-dire la Rive gauche du Rhin avec l’Alsace et la Loraine, et les réparations !… Sauf à elle à chercher à nous dominer par la suite sur le terrain économique… Ce serait bien malheureux en tout cas. J’espère mieux que cela, et un miracle est toujours possible !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 octobre 1917 – Démonstration d’artillerie commencée à 19 h 1/12 qui se prolonge jusqu’à 21 h 1/2. Riposte boche, sous la forme de quel­ques obus asphyxiants.

— Depuis l’offensive manquée d’avril dernier, les déména­gements avaient repris, avec une activité qui se continue encore.

Afin de les faciliter, l’autorité militaire a créé un service d’éva­cuation spécial, sous les ordres du sous-lieutenant Migny, dont les bureaux installés précédemment 3, rue de Courlancy, se trouvent actuellement, 70 rue Libergier.

En suivant l’ordre des inscriptions, les équipes de se service, qui compte de 60 à 70 soldats-déménageurs, vont à domicile, en­lever les mobiliers préalablement préparés et emballés, pour les transporter gratuitement par camions automobiles, à la gare de Saint-Charles, où il est formé, chaque nuit, un train de vingt-cinq à trente wagons.

Les fourgons affectés aux déménagements, sont presque les seules voitures que l’on voit circuler dans les rues depuis long­temps, et il est infiniment triste de voir se vider ainsi une ville de l’importance de Reims.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 4 – + 14°. Nuit tranquille jusqu’à 4 h. du matin. A 4 h. combat pendant 30 ou 45 minutes. Visite à l’Ambulance du Chalet de Chigny, où l’on me fait voir cinq grands blessés qui reviennent du combat de ce matin. C’était une attaque allemande à La Pompelle. De notre côté, 2 tués et plu­sieurs blessés parmi lesquels le Capitaine de Montfrey qui a la colonne vertébrale brisée (c’est le neveu d’une Ursuline de Trévoux). On n’espère presque pas le sauver. Déjeuner aux Rozais, chez Mme Pommery. Visite à l’ouvroir de Rilly. De 2 h. à 3 h ; bombardement en règle du boulevard de la Paix, au Port sec Saint-André et Saint Jean-Baptiste de la Salle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 4 octobre

A l’est de Reims, nos batteries ont efficacement contrebattu l’artillerie ennemie et fait avorter une attaque en préparation dans les tranchées adverses.
A l’ouest de la ferme Navarin, nos détachements ont pénétré dans les lignes ennemies, fait sauter plusieurs abris et ramenés des prisonniers. Une autre incursion dans la région du Casque nous a donné de bons résultats.
Sur le front de Verdun, la nuit a été marquée par une violente lutte d’artillerie sur les deux rives de la Meuse, particulièrement dans la région au nord de la cote 344 où ont eu lieu de vifs engagements de patrouilles.
Nos avions ont bombardé la gare de Fribourg, les usines de Volklingen et d’Offenbach, les gares de Brieulles, Longuyon, Metz-woippy, Arnaville, Mezières-les-Metz, Thionville, Sarrebourg. 7000 kilos de projectiles ont été lancés.
En représailles du bombardement de Bar-le-Duc, deux de nos appareils ont jeté plusieurs bombes sur la ville de Baden.
Sur le front britannique, canonnade dans la région d’Ypres.
Les Italiens ont repoussé une offensive autrichienne sur le San Gabriele. Une compagnie d’assaut ennemie a été détruite et un bataillon dispersé.
Les Allemands se sont livrés à une série d’attaques aériennes sur le littoral russe de la Baltique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 24 septembre 1917

Louis Guédet

Lundi 24 septembre 1917

1109ème et 1107ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Nuit relativement calme, mais le canon n’a pas cessé de tonner à intervalles irréguliers toute la nuit. Mal dormi en somme. Ce matin une levée de scellés et inventaire, rue Libergier, 52, maison Roussillon (à vérifier), pour Thiénot, et 2 inventaires quartier Fléchambault pour Bigot. Ma journée sera occupée.

6h soir  Rien de bien saillant. Des mots de ma chère femme avec jointes 2 lettres de Jean et Robert qui peuvent être relevés de jour en jour. Jean m’annonce qu’il quitterait bientôt sa batterie, il ne sait pas pourquoi, comment, et pour aller où… Fait ma levée de scellés ce matin, été retenir un camion militaire pour transporter les livres de mon vieil ami Bossu. C’est chose entendue pour le samedi 27 octobre prochain 7h matin. Je lui écris pour l’en prévenir.

Rencontré abbé Compas, Divoir, Camu. Causé un instant. Vu ensuite Touyard au Palais pour le prévenir du déménagement Bossu. Rentré chez moi où j’avais de l’ouvrage, écrit quelques lettres, et puis vers 5h des bombes se mettent à siffler au-dessus de moi. Je suis tout impressionné, et presque tremblant. Cela va cependant plus loin, mais depuis ma dernière secousse je ne suis plus rassuré… Mon cœur se serre et je souffre réellement. J’ai hâte que cela cesse, et aussi d’aller un peu à St Martin me reposer, me remettre. Je ne suis plus fort, un rien m’émotionne et m’abat.

7h1/2 soir  Le canon n’a pas cessé de tonner, soit du côté des nôtres, soit des obus allemands et relativement assez près. Leur sifflement m’a tenu en éveil tout le temps de mon dîner, et j’ai mangé en hâte et fini mon dessert debout, mon masque sous le bras, prêt à descendre en cave si cela se rapprochait par trop. Ma vieille Lise est assez émotionnée, aussi je lui dis de venir s’asseoir auprès de moi. Nous serons moins seuls. On ne peut se faire à cette musique ! Et quand donc ce sera-t-il fini ?! Au contraire je crois qu’on s’en impressionne plus qu’au commencement !! On n’est plus fort, on ne résiste plus autant, on est affaibli par 38 mois de martyre. Et mon Dieu ! malgré moi, dès que le calme est le silence se fait, dès que la rafale est passée, on se reprend, on revit, on ressent un sentiment de sécurité, de bien-être, qu’on ne peut analyser, décrire… Quelles singulières impressions aurais-je ressenti durant cette période terrible, quels sentiments aurais-je ressenti, que de pensées vous assaillent durant ces moments tragiques où l’on est suspendu au…  souffle de l’obus qui vous arrive !! Quelle sensations, quelle métronisation presque, on a comme un sentiment de lévitation ! on se sent soulevé du sol. Pour où aller, Mon Dieu ?!… Retomber dans ces angoisses… Je ne comprends pas que durant ces secondes d’attente…  de mort entre le 1er sifflement lointain perçu (même le coup du départ avant), et l’éclatement de l’obus, je ne comprends pas que notre cœur ne s’arrête tout net, et que nous ne mourrions pas immédiatement. Pardon d’analyser ainsi notre pauvre existence, mais je voudrais non pas faire ressentir à ceux qui me liront ces notes, les liront peut-être plus tard au calme et en toute sécurité…  mais faire comprendre, saisir mes sensations, mes impressions… !!……………………………………………… indescriptibles, inanalysables, insensationnelles pour qui ne les a pas vécues.

Heures, minutes, instants terribles, entre la vie et la mort toujours suspendue sur votre tête. Heures inoubliables, mais combien lugubres, tristes, désolantes… Tout vibre en vous, tout s’extériorise, s’éthérise presque. Vous vivez un monde en un millionième de seconde !! et tout cela au détriment de votre pauvre carcasse, qui se tasse, se plie, se courbe, se désagrège déjà avant la pulvérisation de la tombe. L’âme seule survit sur cette pauvre ruine, avec sa volonté, son vouloir de faire son devoir jusqu’au bout, jusqu’à la délivrance, jusqu’à la victoire finale !

8h soir  Dois-je me coucher ? Dois-je attendre encore si une nouvelle bourrasque se déchaine ? Que faire ? Après tout on est tué aussi bien dans son lit qu’à sa table de travail. Donc Bonsoir ! à toute la compagnie ! comme on dit si savoureusement dans ma chère Champagne Pouilleuse !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Lundi 24 – + 10°. Nuit assez bruyante autour de Reims : canons, mi­trailleuses, fusils très fréquemment entre tranchées adverses. Visite de M. Dage et de Mme Pommery. Aéroplanes allemands et français : tir contre eux. 6 h. 45 canons français très voisins de nous. Tir répété ; riposte alle­mande. Pendant le souper, obus sur le Lycée, rue Chanzy.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

CPA : collection Bosco Djoukanovitch


Lundi 24 septembre

Les Allemands ont attaqué de nouveau après un violent bombardement, nos positions de la région de Maisons-de-Champagne. Nos feux ont brisé l’attaque avant qu’elle est pu aborder nos lignes. La lutte d’artillerie a été vive dans la région des Monts. Un coup de main ennemi vers le mont Haut, n’a donné aucun résultat. Nous avons pénétré dans les lignes allemandes au sud de Vaudesincourt et opéré des destructions importantes.
En Woëvre, une tentative allemande sur nos tranchées, entre Fay et Regnéville, a également échoué. Nous avons fait des prisonniers.
Les troupes britanniques ont exécuté avec succès un coup de main au nord-est de Gouzeaucourt. Elles ont infligé de sérieuses pertes à l’ennemi.
Canonnade dans le secteur d’Ypres.
En Macédoine, la lutte d’artillerie se poursuit sur le Vardar. Des coups de main des Bulgares ont été repoussés, notamment dans le secteur italien. Un détachement français a accompli un raid heureux en contact avec les contingents albanais d’Essad pacha, dans la vallée de Skumbi. Il a fait 442 prisonniers.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Vendredi 5 janvier 1917

Cardinal Luçon

Vendredi 5 – + 2°. Nuit tranquille. Via Crucis in Cathedrali. A 8 h. – 9 h. Bombes sifflantes au loin sur les batteries. Aéroplanes français, très bas. Visite de Mme Pommery et de la Princesse de Polignac. Lettre à Mgr l’Évêque de Saint-Claude, en remerciement d’une offrande. (Recueil, p. 45).


Vendredi 5 janvier

Entre l’Oise et l’Aisne, nous avons dispersé une reconnaissance ennemie au nord de Fontenoy et fait des prisonniers.
Lutte d’artillerie assez violente dans le secteur à l’ouest de la route Souain-Somme-Py et dans les régions de Douaumont et de la côte du Poivre. Canonnade habituelle sur le reste du front.
Un avion allemand a lance deux bombes sur Compiègne : une femme a été blessée.
Les patrouilles belges ont été actives à l’est de Pervyse.
Vive lutte d’artillerie vers Ramscapelle, Dixmude et Hetsas.
Les troupes britanniques ont exécuté un coup de main heureux contre les tranchées allemandes, au nord-est d’Arras. Elles ont pénétré aussi dans les lignes ennemies en deux points de la région de Wytschaete. Un détachement ennemi, à la suite d’un violent bombardement, a tenté d’approcher les positions anglaises à l’est d’Armentières. Il a été rejeté.
Canonnade dans le val d’Astico, sur le front italien.
Les Russes ont fait 600 prisonniers austro-allemands sur le front roumain, à Botochu, mais ils ont dû reculer vers Braïla devant des forces supérieures en nombre.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

fontenoy

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23 novembre 1914

Louis Guédet

Lundi 23 novembre 1914

72ème et 70ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Ce matin à 7h1/2 Adèle m’appelle à la cave pour me dire que M. Jacques Charbonneaux m’attend pour me voir. Je m’habille à la hâte, je monte à la cuisine. Et là je trouve M. Jacques Charbonneaux avec Jacques Wagener, le chauffeur de Mareschal, et en quelques mots il m’apprend que mon cher Maurice est mort, tué hier soir, (coupé en 2 par un obus) vers 8h du soir, en face de chez  Monnereaux (à vérifier), avenue de Paris, comme il revenait de dîner à sa popote de la rue de Vesle, en rentrant avec ses collègues coucher à l’Hôpital Mencière. Maurice Mareschal, Salaire, Soudain, Guyon ces autres tués et le Docteur Barillet a le pied droit enlevé !!

Mon pauvre et cher Maurice ! Mon seul, mon vrai, mon premier ami !! mort ! tué !! Je suis atterré !! Quelle épreuve, Mon Dieu !! Mon Dieu, recevez-le en votre paradis. Protégez-nous. Protégez-moi et que je sorte sain et sauf de la tourmente, car voilà un nouveau devoir, sacré celui-là qui m’incombe, sa pauvre petite femme, ses 2 enfants !!

Mon Dieu ! Mon Dieu !! Mon Dieu !!

5h soir  J’ai vu une dernière fois mon cher Maurice. Il semblait dormir, sa figure était calme !! Quelle déchirure pour moi !! Oh ! sa pauvre Jeanne (Jeanne Mareschal, née Cousin, 1873-1929), ses pauvres enfants (René et Henry Mareschal) !!

On l’enterre demain mardi 24 novembre 1914, le service aura lieu à 9h1/2 à Ste Geneviève, et de là on le conduira au Cimetière de l’Ouest pour le transporter ensuite dans la journée au Cimetière du Nord. Encore une dure et cruelle journée pour moi ! Si c’était seulement la dernière avant la délivrance de Reims. Dieu ! Aura-t-il pitié de nous devant la mort de cette innocente victime !! Mon Dieu ! protégez-nous ! ayez pitié de nous, de nos misères ! Délivrez-nous de l’Ennemi. Qu’il s’éloigne tout de suite ! et n’ait plus le temps de nous faire du Mal. Dieu, vous devez bien cela à cette pauvre Ville de Reims ! Dieu ayez pitié de moi. Protégez-moi ! afin que je remplisse tous les devoirs dont mon cher Maurice m’avait chargé. Il m’a confié ses enfants ! Faites que j’en fasse des hommes, comme mes enfants ! Sauvez-moi ! Faites que je revoie bientôt mes chers aimés ! J’ai assez souffert pour que vous m’accordiez ce bonheur, ce grand bonheur de les revoir, moi sain et sauf et sains et saufs eux-mêmes : Femme, Enfants et Père ! J’ai confiance. Mon Dieu ! Vous ne pouvez me refuser ce grand bonheur !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Violent bombardement l’après-midi, de 13 h 1/4 à 14 h 1/2. Je dois retarder mon départ pour le bureau et lorsque je passe rue de Vesle, les obus tombent toujours. Au moment où j’approche de la permanence de la Croix-Rouge, sise au n°18 de cette rue, des pompiers y apportent, sur un brancard, une pauvre femme blessée, qu’ils viennent de ramasser auprès de la cathédrale. Triste tableau de la guerre, au milieu de la population civile.

A l’hôtel de ville, en arrivant, je croise un jeune employé du 1er bureau du secrétariat, qui me montre un morceau énorme du culot d’un 210, qu’il vient de ramasser rue de la Tirelire. Rue Thiers, boulevard de la République et dans le faubourg de Laon, des maisons touchées par ces gros projectiles ont encore été démolies. Des obus de tous genres sont tombés sur la gare, dans les promenades et du côté de Saint-Remi. Le soir, l’éclairage électrique, rétabli depuis quelques jours seulement dans les bureaux de la mairie, fait défaut, d’importants dégâts ayant été occasionnés également à l’usine d’électricité.

Tout le monde, à Reims, trouve la situation atrocement douloureuse, presque intenable, les ruines s’ajoutant tous les jours aux ruines.

Dans la famille, nous avons envisagé depuis hier, devant la recrudescence du bombardement dans le quartier, l’éventualité de l’écroulement de la maison de mon beau-père, où nous sommes à l’abri, afin de trouver, en ce cas le moyen offrant le plus de chances de sortir des décombres, si cela pouvait se faire. Nous croyons bon de continuer à nous grouper tous dans l’angle de la salle à manger contigu à la pièce voisine, de manière à garder la possibilité de produire sur le même point un plus gros effort, solution qu’à tort ou à raison nous croyons préférable à la descente à la cave. D’ailleurs, depuis que nous sommes rue du Jard, nous n’avons pas pu nous résoudra à aller nous y mettre en sécurité. L’expérience acquise à la suite de l’effondrement, le 20 septembre, de la nôtre, rue de la Grue 7, qui offrait indiscutablement d’autres garanties de solidité, quand nous nous y tenions à vingt-deux personnes encore la veille 19, nous ayant pleinement éclairés à ce sujet.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Collection : Véronique Valette


Cardinal Luçon

Lundi 23 – Matinée assez tranquille. 9 h matin, visite aux victimes d’hier puis à Mencière. Effroyable bombardement de 1 h à 2 h. Une bombe est tombée dans la chambre des Soeurs de la rue de l’Ecole de Médecine, où elle a tout brisé ; une autre dans la maison neuve de Mme de la Morinerie (mur mitoyen avec nous), une autre sur le Mont-de-Piété, qui nous joint. Un homme est tué près de la maison Peltreau Villeneuve, bombes sur la Cathédrale. Visite aux victimes tuées hier à Mencière.

Le même jour 23 et à la même heure, une bombe dans le jardin de M. Colas, une devant la porte de Mme Pommery, deux chez M. Chatin. Tout porte à croire qu’on visait hier l’Archevêché, pour punir la rectification faite au communiqué de M. Bethmanne Holweg. Jamais ils n’avaient tiré avec une pareille rage : un coup n’attendait pas l’autre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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Eugène Chausson

23/11 – Lundi.Temps gris qui semble couver la neige. Brouillard. La matinée fut assez calme du côté des Allemands. De notre part, nombreux coups de canon mais à midi 1/2, les Allemands commencent à nous envoyer bon nombre de bombes ce qui occasionne encore une panique momentanée ; les gens de la ville affluent encore à la Haubette. Cela dura un peu moins fort cependant jusqu’au soir et enfin on peut se coucher avec l’espoir de dormir tranquille après une aussi cruelle journée pendant laquelle la ville reçut environ 300 obus. Mais hélas, illusion, car aussitôt au lit, nos pièces commencent à tirer, ce à quoi, vers minuit les Allemands répondent en envoyant bon nombre d’obus sur la ville, occasionnant toujours des dégâts considérables et un nombre toujours trop élevé de victimes, rue Talleyrand, maison neuve, Gorget, Directeur des Docks Rémois et beaucoup d’autres semblables.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Victime civile ce jour à Reims

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