• Tag Archives: Maurice Mareschal

Mardi 11 septembre 1917

Paul Hess

11 septembre 1917 -Depuis quatre à cinq nuits, les Rémois sont surpris du calme qui leur permet de se reposer complètement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 11 – + 12°. Nuit tranquille à Reims. Combat de 2 h. à 4 h. Vers l’est ou le nord-est à . Beau temps. De 9 à 11 h. quelques coups de canons français, des obus allemands sifflent au loin sur la ville. A 1 h. violente attaque française, sur Cernay. 1 obus le soir à 10 h. chez M. Maurice Mareschal.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Canon du 25e RA pointe sur Cernay à partir de l’usine des Anglais

Share Button

Le violoncelle des tranchées

l’un des plus célèbres violoncellistes des temps modernes, Maurice Maréchal

Sur le site de Le Monde :

Emmanuelle Bertrand joue sur le violoncelle de guerre

Le 21 septembre 1914, l’agent de liaison Maurice Maréchal, dont le régiment était cantonné à Hermonville dans la Marne, enfourchait son vélo pour porter un message à Reims. En route, le célèbre violoncelliste s’arrêta dans le village de Chenay. A l’invitation du général Mangin, il y revint en 1917, avec son violoncelle – le bien-nommé « Poilu » –, que deux camarades menuisiers dans le civil lui fabriquèrent en juin 1915 à partir de bois de caisse de munitions allemandes et de morceaux de porte de chêne  : voir la suite…

Share Button

Mercredi 22 novembre 1916

Louis Guédet

Mercredi 22 novembre 1916

802ème et 800ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2 soir  Temps de brume mais beau. Pas de bruit. Des avions (7/8) français au-dessus de la Ville cet après-midi. Allocations militaires et Caisse d’Épargne ce matin. Vu le Maire, causé des légalisations, il ne veut pas entendre parler d’envoyer à Épernay les légalisations des actes de l’État-civil, aussi il m’a promis d’appuyer la demande du Procureur de la République auprès du Procureur Général pour qu’on me délègue le service des légalisations à Reims.

Ce matin messe anniversaire pour Maurice Mareschal, que de tristes souvenirs pour moi. Cet après-midi été au cimetière du Nord, bien ravagé par les derniers bombardements…  que de fosses, de caveaux ouverts !! C’est lugubre, macabre.

Fini de signer et de parapher tous nos registres pour 1917 des contributions indirectes. 7542 paragraphes et signatures données depuis hier. J’en ai le poignet ankylosé. Heureusement que ce n’est que tous les ans que cette cérémonie a lieu. Voilà une journée encore bien remplie, mais je ne sais ce que j’ai. Je deviens vraiment craintif au moindre bruit dès que je circule en ville dans des quartiers où je vais rarement. Sans doute la non-accoutumance. Je ne puis croire que je vais avoir peur !! Ce serait ridicule.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 22 – Nuit tranquille. + 4° ; beau temps. Matinée silencieuse ; Visite à l’ambulance 17. 5 aéros français. Visite à M. le Curé de Ste-Geneviève, malade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 22 novembre

Activité d’artillerie dans les régions de Saillisel et de Douaumont. Nos avions de bombardement ont lancé une centaine d’obus sur les bivouacs ennemis, en arrière du front de la Somme. Au cours de la semaine écoulée, l’aviation belge a été très active. Le champ d’aviation de Ghistelles et les cantonnements ennemis ont été efficacement bombardés. Les avions de chasse de nos alliés ont livré vingt-cinq combats au cours desquels plusieurs appareils ennemis ont été vus piquant verticalement. Un des pilotes belges, attaqué par quatre fokkers, les a mis en fuite et a pu regagner ses lignes. Au nord de Monastir, les arrière-gardes ennemies, appuyées par une forte artillerie, sont vivement pressées par les troupes alliées. A l’ouest, les troupes italiennes ont repoussé de violentes contre-attaques ennemies partant de la région montagneuse du Muza. Sur la rive orientale du lac Prespa, nous avons occupé le village de Krano. Les Italiens, sur le Carso, ont repoussé une nouvelle attaque. Les Austro-Allemands s’approchent de Craïova, en Valachie. Les Russes ont livré de rudes combats sur le Stokhod et dans les Carpates boisées. L’Espagne a protesté formellement à Berlin contre les déportations belges. L’empereur d’Autriche François-Joseph est mort. C’est l’archiduc Charles-François-Joseph qui lui succède. Le nouvel empereur est âgé de 30 ans et n’a aucun passé politique. Le ministre des Affaires étrangères d’Allemagne, von Jagow, a démissionné. Il est remplacé par M.Zimmermann, sous-secrétaire d’Etat au même office.

Source : La guerre au jour le jour

306_001

Share Button

Samedi 6 novembre 1915

Louis Guédet

Samedi 6 novembre 1915

420ème et 418ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Journée calme, froide et couverte. Fort occupé. Déjeuné aux Galeries Rémoises avec Tricot, Curt, Bourelle, Mmes Donneux, Lemoine et l’économe. Toujours aussi charmants.

Vu le curé de la Cathédrale pour la messe de Mareschal le 22 courant, je fais paraitre un avis (messe pour l’anniversaire de la mort de Maurice). En revenant rencontré un nouveau régiment, le 340ème, avec drapeau et musique, bourguignotte en tête, qui descendait la rue Libergier pour relever un des régiments de la 52ème Division qui quitte Reims, pourquoi ? on ne sait. La rumeur publique attribue ce départ soit au Cardinal Luçon ou au maire M. Langlet qui aurait demandé ce changement à cause de la conduite des officiers !!!???…

J’estime que c’est la suite de l’affaire du mardi 19 octobre 1915 à l’attaque des Marquises où aucun officier n’était dans les tranchées. Qu’allons-nous avoir ?  Je ne sais, mais je crois que nous ne pouvons avoir pire que ceux qui partent, qui étaient détestés de tout le monde, surtout comme officiers.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

6 novembre  – Dans Le Courrier, nous pouvons lire ce court article :

Le sourire.

Un bon vieil ami du journal, qui a quitté Reims où ne le retenait aucun devoir impérieux, marquait l’autre jour un peu de surprise de la façon dont nous avons rendu compte de cer­tains bombardements.

Il s’étonnait de « voir traiter un sujet aussi sérieux dans un style aussi badin ».

N’est-ce point le cas de lui répondre par le mot célèbre de Figaro : « Il y a des choses dont il faut se hâter de rire pour ne pas être obligé d’en pleurer ».

Eh oui ! les Rémois ont parfois le sourire, après les bom­bardements, lorsqu’ils ne causent que des dégâts matériels.

Où en seraient nos concitoyens, après treize mois de l’existence angoissante qu’ils mènent, s’ils ne s’égayaient pas de temps en temps, en prose et en vers, du principal fait-divers de la chronique urbaine.

Les gazettes rédigées par les troupiers du front ne passent pas pour engendrer la mélancolie. Pourquoi ce qui est permis aux soldats serait-il interdit aux civils ?

Le jour où les canons boches tueraient complètement la saine gaîté française dans notre ville, ce serait autrement grave, pour le moral et la force de résistance de la population, que le fait d’avoir creusé quelques trous de plus dans les chaus­sées et les maisons.

Oui, cela fait voir que l’on ne saurait comprendre au de­hors, comment nous vivons actuellement à Reims, dans des alternatives d’épouvantele plus souvent —- et quelquefois de belle humeur.

Les premiers obus ont été suivis de beaucoup d’autres — par milliers ; les derniers arrivés n’ont pas fait oublier les premiers et cependant, nous ne sommes pas continuellement sous la seule pensée des bombardements parce que nous avons le ferme espoir de voir survenir l’événement devant amener la fin des misères passées ou présentes, et cela permet tout de même de plaisanter à l’occasion.

— La 52e division de réserve quitte Reims et ses abords. Cette division, arrivée dès septembre 1914 — le 17 ou 18 — se composait des 245, 291, 320, 347 et 348e d’infanterie, du 49e bataillon de chasseurs à pied et du 58e parti depuis en Serbie, de batteries d’artillerie des 17e, 29e et 42e.

Les régiments s’en vont, depuis hier, à tour de rôle. Ils sont remplacés par ceux de la 30e division, formée en grande partie de soldats originaires du midi.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 6 – Nuit tranquille, sauf quelques gros coups de canons. Dans la matinée de 9 h. à 10 h. gros coups de canons, bombes allemandes contre nos batteries. Circulaires des autorités militaires, contre les recommanda­tions en dehors de la filière hiérarchique. Reçu coupe-papier fait avec un obus, du Lieutenant Millac, apporté par un brave petit soldat. Mgr Luzzani vient dîner. A 4 h. 1/2 aéroplanes français volant très bas.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

ob_18cff5_044-001

Samedi 6 novembre

Actions d’artillerie en Artois, particulièrement dans le secteur de Loos. Violents combats en Champagne. Deux attaques allemandes, appuyées par des jets de liquide enflammés, ont été brisées devant la Courtine. Au cours d’attaques ultérieures, l’ennemi a pu pousser quelques éléments dans notre tranchée de première ligne à la cote 109. Partout ailleurs il a été tenu en échec. Une de nos mines à détruit un blockhaus allemand à la Chapelotte (Vosges). En Alsace, nos avions ont bombardé, à Dornach, une usine de gaz suffocants. En Serbie, nos troupes ont enlevé les ponts de la Cerna, près de Krivolak, et refoulé toutes les tentatives bulgares. Près de Rabrovo, elles se sont emparées de deux villages; elle ont attaqué les crêtes frontières. Les combats entre Russes et Allemands continuent autour de Dwinsk, à l’avantage de nos alliés. Le roi de Grèce a nommé aide de camp attaché à sa personne le ministre le la Guerre renversé par le parti venizeliste. On croit qu’il rappellera M. Zaïmis au pouvoir et dissoudra le Parlement. L’agitation interventionniste prend de nouveaux développements en Roumanie. La Chambre allemande refuse de convoquer le Reichstag.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Vendredi 17 septembre 1915

Louis Guédet

Vendredi 17 septembre 1915

370ème et 368ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Nuit calme, journée calme, température lourde et orageuse. Ce matin audience de justice de Paix, conseil de famille des enfants de mon pauvre ami Mareschal, conciliation, etc…  jusqu’à 11h3/4. Eu à déjeuner Marcel Heidsieck, causé longuement. Terminé mon après-midi à faire mon courrier. Voilà ma journée. Pas de nouvelles de ma femme. J’espère en avoir demain. Peu de canon au lointain, on « ragote » toujours sur la marche en avant qui, comme Marlborough, ne vient jamais. Je crains bien que nous n’en ayons encore pour l’hiver et le printemps prochain. Ce n’est guère encourageant.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

17 septembre – Fait un tour en ville, de 13 h à 14 h et rencontré en tout et pour tout deux personnes ; les rues sont désertes, les magasins fermés. Il y a lieu de supposer que bien des gens sont terrorisés à l’avance, dans l’attente du « grand coup » dont on parle sans cesse.

  • Certains Rémois s’émeuvent et tous s’étonnent que des travaux de défense de la ville soient seulement exécutés à cette époque. Des tranchées sont creusées aux arènes du sud et du côté de la butte Saint-Nicaise ; des réseaux de fils de fer interdisent tout accès direct du faubourg vers le cimetière, dont les murs viennent d’être crénelés, des chevaux de frise ont été posés et un seul pas­sage existe maintenant pour sortir de la rue Dieu-Lumière. Le boulevard Henri-Vasnier est fermé par une barricade, à hauteur de la maison Pommery.

On trouve pour le moins anormales, plutôt inexplicables, ces mesures de protection bien tardives, venant seulement après une année pendant laquelle les Poilus ont réussi à maintenir les Alle­mands devant Reims, mais notre point de vue de civils — forcé­ment limité — nous permet-il de voir exactement les choses, dans l’ignorance où nous sommes des raisons d’ordre militaire qui ont motivé ces dispositions nouvelles.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

ob_232b0b_bosco-djoukanovitch61

Cardinal Luçon

Vendredi 17 – Nuit et matinée tranquilles. 3 h. bombes. Via Crucis in Cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 17 septembre

Tirs efficaces de notre artillerie lourde en Belgique, dans le secteur de Nieuport.
Autour d’Arras (Roclincourt, Neuville), action énergique de nos batteries en riposte au bombardement ennemi.
Lutte de mines à Frise (Somme), canonnade autour de Roye et de Lassigny, et autour de Sapigneul, sur le canal de l’Aisne à la Marne, ainsi qu’au nord du camp de Châlons.
Bombardement réciproque entre Aisne et Argonne. Lutte de bombes et canonnade à Saint-Hubert et au bois Le Prêtre, où les Allemands usent surtout de leurs lance-mines.
En Lorraine (vallées de la Seille et de la Loutre), nous effectuons des tirs de destruction sur les retranchements allemands.
Les Italiens ont arrêté toute une série d’attaques autrichiennes dans le Trentin et en Carnie.
Les Russes, reculant pas à pas vers Wilna, ont poursuivi leurs avantages sur le secteur sud du front oriental, où le chiffre des prisonniers faits quotidiennement par eux demeure très élevé.
Les Anglais avouent la perte d’un sous-marin aux Dardanelles.
La Douma russe a été prorogée au mois de novembre.
Les ministres de la Quadruple Entente ont remis une nouvelle note à la Bulgarie, afin de déterminer son intervention aux côtés des Alliés.

 

Share Button

Lundi 12 septembre 1915

Louis Guédet

Dimanche 12 septembre 1915

365ème et 363ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  La nuit a été calme ainsi que la journée. Canon lointain, toujours vers la même direction, Aubérive, Souain mais moins fort. Ce matin fini mon courrier en retard. Cet après-midi depuis 1h1/2 j’ai passé mon temps à examiner les 197 procès-verbaux des affaires de simple police que j’aurai à juger mardi 14. Dans tout cela il y a 97 procès pour chiens divaguant  sans collier. Les ordres sont sévères, on a surpris de l’espionnage fait au moyen de chiens autour de Reims. Cela ne m’étonne qu’à demi, il y a tant et tant de « cabots » qui trainent par les rues ! C’est à croire qu’il y en a plus que de chrétiens ici ! et nous ne sommes plus guère que 22000 âmes ! Je viens de faire le tour du jardin de Maurice Mareschal où je me suis réfugié, je n’y avais pas encore mis les pieds depuis que je suis ici (8 septembre 1915). Je suis rentré, trop de souvenirs d’antan m’obsédaient et me broyaient le cœur.

Je m’ennuie. J’espère à être exténué de travail, ainsi je pourrai oublier…   …oublier…   …que je vis, que j’existe !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Lundi 12 – Nuit tranquille, sauf quelques coups de canons, comme les nuits précédentes. Journée tranquille, sauf quelques canonnades.

Vêpres à Sainte-Geneviève. Clôture de la neuvaine et procession de la Chasse de la sainte patronne.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 12 septembre

Activité d’artillerie en Artois (Neuville, Roclincourt, sud d’Arras), et au sud de la Somme, aux environs de Roye.
Entre Somme et Oise, lutte de mines (Fay). Nous avons bombardé les tranchées et travaux ennemis.
Sur le canal de l’Aisne à la Marne, les Allemands ont tenté, à deux reprises, un coup de main, près de Sapigneul. Ils ont été repoussés.
Combats à coups de bombes et de pétards en Argonne, à Saint-Hubert et aux Courtes-Chausses.
Canonnade à l’est des Eparges et en Lorraine (Arracourt, Parroy, Leintrey, régions de la Loutre et de la Vezouse).
L’Allemagne a adressé aux États-Unis une réponse qui constitue une sorte de défi au sujet de l’Arabic. Elle prétend que l’Arabic avait voulu attaquer le sous-marin qui l’a torpillé.
Les Russes contiennent victorieusement l’ennemi sur tout le front de la Drina au Sereth. Ils ont même repris l’offensive sur quelques points et capturé 5000 Autrichiens en Galicie.
Le gouvernement russe négocie avec le parti progressiste de la Douma au sujet des remaniements d’ordre constitutionnel à opérer.
Une fois de plus, mais sans fournir une preuve sérieuse, la presse allemande donne l’accord turco-bulgare comme conclu.
Le cargo-boat Aude a été torpillé en Méditerranée. Il n’y a pas eu de pertes de vies h
umaines.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

ob_8ba2d9_k08

Share Button

Mardi 24 août 1915

Louis Guédet

Mardi 24 août 1915

346ème et 344ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Calme sur toute la ligne. Fais pas mal de courses. Audience ce matin de 9h à midi, conseil de famille, conciliations. Prestation de serment de Dondaine, notaire à Beine, seul suppléant d’avoué à Reims pour la Guerre, comme commis greffier de paix, me voilà réorganisé, cela durera-t-il ? Aurai-je de nouvelles défections ?

Mon déménagement est commencé, les minutes, dossiers, registres sont en sûreté 52, rue des Capucins chez mon pauvre ami Maurice Mareschal. Je m’y réfugierai à mon retour le 8 septembre 1915. Puissé-je y être enfin tranquille et à l’abri des obus !! Je vais donc quitter, le jour de ma fête St Louis 25 août 1915, cette maison maudite de la rue de Talleyrand 37. Où j’y aurais tant souffert depuis 1 an, seul, isolé, abandonné de tout et de tous. Quel calvaire. Je vais donc la quitter seul, sans un mot d’adieu, de pitié, de compassion, de bonté de qui que ce soit. Je vais la quitter pauvre, avec mes épaves, mes ruines, comme Job. Je suis sans un toit, sans un ami, sans un parent… (la suite est rayée) pour ni (rayé) soutenir dans mon (rayé)  ne m’a fait aucune allusion, ne parait pas (rayé) là sans un (rayé) que lui (rayé) qui est aussi (rayé) que lui !! J’espère cependant (rayé). Il n’est pas permis d’être plus (rayé).

C’est donc la dernière journée que je m’abrite ici, ce sera donc été la dernière nuit que je vais tâcher de me reposer, oublier pendant quelques heures ma misère, mes tortures morales, mes soucis de toutes sortes !! Cette nuit sera-t-elle calme ? Le tonnerre de la Guerre, les obus me laisseront-ils reposer en paix, au calme, cette dernière nuit dans mes pauvres ruines ???…  J’y ai tellement souffert, qu’il serait juste que cette dernière nuit soit au moins tranquille, et que St Louis et N.D. (Notre-Dame) me protègeront définitivement, et que l’aube du 25 une ère nouvelle se lève pour moi, toute de bonheur, de paix, de réussite, de prospérité, de succès, d’honneur pour ma femme et nos enfants, mon pauvre vieux Père et…  pour moi !! Et que mes vieux jours ne soient plus qu’une suite ininterrompue de toutes satisfactions bien méritées, bien gagnées, je crois…  Et qu’enfin on voit bien qu’après l’épreuve la récompense arrive toujours, inéluctablement.

Je pars le 25 – St Louis – Je rentre le 8 septembre, Notre-Dame !! Sera-ce pour la Délivrance, la Paix, le Bonheur de revoir un foyer, tous réunis !! Je le souhaite ! Je n’ose plus dire je l’espère !! J’ai tant souffert ici !! Adieu Maison ruinée, adieu Ombres de toutes sortes !! J’ai bien, bien souffert ici, adieu.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille ; matinée item. Visite du R. Père Philippe, Rédemptoriste ; lu la lettre du Cardinal Mercier. Vœux de fête du clergé, interprétés par M. Compant.

Visite à la Visitation ; quelques bombes ; 3 aéros français évoluent au-dessus de la ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 24 août

Activité des deux artilleries dans l’Artois (Souchez-Neuville-Roclincourt) avec luttes de grenades et de bombes.
L’ennemi bombarde Arras, Montdidier et Reims. Nous avons riposté avec efficacité par notre tir sur les tranchées ennemies.
Canonnade entre Somme et Oise et entre Oise et Aisne. Lutte de grenades et de pétards en Champagne, sur le front Perthes-Beauséjour: une de nos mines, par son explosion, détruit une tranchée avancée de l’ennemi, près de Ville-sur-Tourbe.
Luttes de grenades en Argonne, à Fontaine-Madame et dans le bois de Bolante.
Après une préparation sérieuse, nous avons pris quelques tranchées dans les Vosges, au Linge et au Barrenkopf.
Nos avions ont bombardé les gares de Lens, Hénin-Liétard et Loos et la voie ferrée de Douai à Lille.
Les Allemands ont subi un véritable désastre naval dans le golfe de Riga. Au cours de leurs opérations des derniers jours, ils ont perdu, tant par le feu des navires russes que par l’action d’un sous-marin anglais, un dreadnought, deux croiseurs et huit torpilleurs. Une tentative de débarquement qu’ils ont faite à Riga a été repoussée avec des pertes pour eux.
Deux de nos torpilleurs ont coulé un destroyer allemand au large d’Ostende. Nous n’avons subi aucune perte.
M. Venizélos a complètement constitué son c
abinet.

Source : La guerre au jour le jour


 

Collection : Patrick Nerisson

Collection : Patrick Nerisson

Share Button

Mardi 24 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

24 NOVEMBRE – mardi –

1  heure du matin ; Le bombardement continue. Déjà, à 10 heures 1/2, les sifflements et les éclatements se succédaient sans interruption. Il en passe tellement, et il en tombe dans un voisinage si immédiat, que je me lève et descends à la salie-à-manger.

J’entends une section de soldats qui reviennent des tranchées. 1 heure et demie ; les obus sifflent.

Je ravive le feu de la salle-à-manger ; je vais me reposer dans le fauteuil.

2  heures ; Ce sont de très grosses marmites qui passent… elles s’empressent, les ardentes porteuses de destruction et de mort, vers leur but ; leurs effiloches d’acier entrent dans la nuit épaisse comme dans la claire lumière du jour ; elles font dans l’air une déchirure bien plus large que leur odieux petit corps…

6 heures matin ; La nuit s’est poursuivie dans le même style. Ils ont joué le même morceau tout le temps. J’entends la « Coda” en ce moment.

Certains avaient prétendu que les allemands répondraient à chaque coup de nos canons, en réalité, on entend cette nuit admirablement les départs… Les batteries étaient- elles plus rapprochées ou le temps s’y prêtait-il? Que sais-je’

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mardi 24 novembre 1914

73ème et 71ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Après-midi d’hier épouvantable, de 1h à 5h du soir bombardement partout, et cette nuit de 10h à 5h du matin. Ruines sur ruines. Je crois que je deviendrai fou. Je suis anéanti. Ce matin, enterrement de mon cher ami Maurice Mareschal à 9h1/2 dans l’usine Cama (bouchonnerie), à La Haubette et transport du corps dans la chapelle du Cimetière de l’Ouest en attendant le transfert dans le caveau du Cimetière du Nord. Les 4 cercueils ont été laissés là en attendant. Discours du Docteur Lardennois très bon, de trois élus, du Docteur Langlet comme Maire de la Ville de Reims, d’un délégué des pompiers pour Salaire, de M. Georget, Président du Tribunal de Commerce pour Maurice et d’un Médecin Militaire en chef, Commandeur de la Légion d’Honneur, médaille de 1870, très élevés, très dignes et avec le mot chrétien à la fin de « Au Revoir !! »

Je n’ai plus de courage, je suis anéanti.

5h soir  A 4h j’ai été au Cimetière du Nord assister à la descente du corps de mon pauvre Maurice dans le caveau de sa famille ! Je viens d’écrire à Mme Mareschal. Je suis anéanti, brisé, broyé. Je n’en puis plus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

La nuit passée a été épouvantable ; le bombardement commencé à 10 h du soir, n’a cessé qu’à 5 h 1/4 ce matin. Les obus arrivaient par rafales de trois, quatre, cinq et six, simultanément.

Un gros calibre – probablement 210 – est tombé sur l’hôtel de ville, à l’angle des rues des Consuls et de la Grosse-Écritoire. Son explosion a projeté des blocs de pierre de taille sur le trottoir de cette dernière rue et causé des dégâts considérables du haut en bas de l’édifice, jusqu’au rez-de-chaussée où se trouve le bureau des contributions.

Ce nouvel accès de sauvagerie des Allemands sur notre ville déjà si martyrisée, donne à craindre qu’elle soit définitivement sacrifiée avant qu’on ne tente quelque chose pour la délivrer.

– M. Villain, faisant fonction de chef de la comptabilité, à la mairie, nous fait ses adieux, M. Cullier, mobilisé comme GVC et pour qui l’administration municipale a demandé à l’autorité militaire le maintien dans ses fonctions civiles, ayant été placé à la disposition du maire et reprenant ce jour son poste de chef du bureau.

M. E. Cullier était rentré à Reims depuis plusieurs semaine ; il avait fait déjà quelques apparitions à l’hôtel de ville.

La sympathie qui lui es t témoignée d’abord par M. Raïssac, secrétaire en chef, par ses collègues des différents services, heureux de le retrouver à sa place et de lui serrer la main, par M. Vigogne, puis par M. Cochet, excellent camarade, revenu lui-même au bureau depuis la veille, à la suite d’une mise en sursis, me révèle la réelle affection qui l’entourait. Ces démonstrations spontanées d’amitié sincère, me paraissent de bon augure et j’estime n’avoir qu’à me féliciter d’être affecté au bureau de la comptabilité.

Ce bureau est par conséquent ainsi constitué comme personnel : M. Cullier, chef et MM. Vigogne, Cochet et Hess. Peu de jours après, M.A. Guérin, employé auxiliaire, est désigné pour y prendre place.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 24 – De 10 h à 3 h, bombes continuellement sur la ville. Une 3ème bombe tombe sur la maison dans la chambre au-dessus de la salle à manger, vers 10-11 h. à 9h 1/2 enterrement des 4 hommes tués par l’obus du dimanche soir 8 h. (M. Maréchal, Conseiller de Fabrique de la Cathédrale en était un), rue de la Porte de Paris. Je devais assister à la messe et donne l’absoute. Au dernier moment le Commandant de Place interdit la cérémonie par mesure de prudence. Journée et nuit tranquilles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

24 – Mardi – Temps comme hier. Le début de la journée est assez calme quoique cependant nos pièces tirent toujours ce qui semble tout indiqué que les autres répondront sans nul doute.

A 10 h 1/2 matin, Départ de l’ambulance de la Bouchonnerie, le convoi funéraire des trois officiers et du Capitaine des pompiers, spectacle émouvant et triste en même temps ; le convoi passe derrière notre maison, devant le parc et se dirige sur le cimetière de l’ouest, route de Bezannes (1).

Nuit assez tranquille quelques coups de canon seulement. Bon nombre des taxis chargés de * sont arrivés cet après-midi à Reims

(1) J’ai omis de dire que le convoi était conduit par l’archevêque.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Collection : Véronique Valette

Collection : Véronique Valette


Hortense Juliette Breyer

Mardi 24 Novembre 1914.

Cette fois-ci, mon Lou, je crois que je n’irai plus chez nous. Il est encore arrivé un malheur dans le quartier. J’en suis navrée : la pauvre mère Genteur a été tuée par un obus, ainsi que son petit garçon, vers trois heures de l’après-midi. Et dire qu’elle m’avait encore payé le café le matin même. Je n’en reviens pas. Elle était si bonne pour moi. C‘est elle qui soignait Black et chaque fois que j’étais chez nous et que ça bombardait, elle me faisait aller chez elle. La pauvre petite remise est en miette. C’est en arrivant ce matin chez nous que j’ai su cela.

J’étais avec Régina et en tournant le coin de la rue de Beine, Mme Decouleur (de la rue de Strasbourg) me dit : « Ah ma pauvre Mme Charles ! Si vous voyiez votre maison toute ouverte et la pauvre Mme Genteur et son petit garçon, tués ». Je n’avais plus assez de jambes pour courir. En effet les volets et les fenêtres étaient grands ouverts et les rideaux volaient. Mais c’était la secousse car la bombe était tombée chez Mme Genteur. Son petit garçon est mort sur le coup, tandis qu’elle est morte peu après.

J’étais navrée et je cours refermer tout. Au même moment voilà le bombardement qui reprend. Régina m’appelle car elle a peur des bombes et je t’assure que ce sont des vraies marmites qu’ils envoient. Elle ne vit plus ; elle tourne dans la boutique comme une souris prise au piège. C’est vrai qu’ils n’arrêtent pas. En voici une qui est tombée tout prés. C’est chez le boulanger où nous allions chercher nos petits gâteaux le dimanche, en face de la succursale. Ainsi une grosse maison comme cela, elle est démolie complètement. Il n’y avait personne dedans heureusement.

Nous nous sauvons et nous rencontrons M. Dreyer qui, sachant que nous étions chez nous, venait voir s’il nous était arrivé quelque chose. Mais que le quartier est triste ! Quand tu reviendras, tu seras saisi. Je ne sais pas si je reviendrai encore chez nous. La mort de Mme Genteur m’a découragée. Je ne vois plus que tristesse autour de moi.

On m’apprend que Charles Speltz aurait été tué au début de la guerre, dans les Vosges. D’autre part Vincent Andreux, et lui c’est sur, car elle a eu la note officielle, est enterré près de Verdun. Gustave Marchand, et combien d’autres …

Mais toi, mon Charles, je suis toujours incertaine. De toi je rêve toujours et chose bizarre, je te vois et tu as chaque fois une figure sans expression. On croirait dans mes rêves que tu ne me reconnais pas. C’est ma tête sans doute qui travaille trop. Je m’en rappellerai mais quand tu reviendras, quelles gâteries je vais te faire. Je m’emploierai ma vie entière à te rendre heureux et si quelque fois je t’ai fait de la peine, je me promets de ne jamais plus t’en faire.

Ton coco aussi t’aimera. Si tu voyais comme il est beau, et ton papa vient le voir souvent. Il en est fou et André a une si belle petite manière pour lui dire « Bonjour pépère Breyer ». C’est qu’il cause bien et si peu qu’il dise, c’est toujours franc.

Encore une triste journée de passée. Combien d’autres encore avant que ce ne soit fini ? Maudite guerre. Le jour de l’An approche et nous en sommes toujours au même point. Il me semble pourtant que si j’avais de tes nouvelles, le temps me paraîtrait moins long. Mais je veux reprendre courage.

Je te quitte mon Charles. Je t’aime. A bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

Share Button