• Tag Archives: M. Jolivet

Mardi 6 mars 1917

Louis Guédet

Mardi 6 mars 1917

906ème et 904ème jours de bataille et de bombardement

5h3/4 soir  Beau temps, du soleil, la neige finit de fondre. Ce matin inventaire 22, rue des Murs. La femme qui a les clefs nous fait attendre pendant 1h, elle en prend pour son rhume. Je fais la prisée dictée à Dondaine que je laisse au dépouillement des papiers, car c’est pour l’Étude Jolivet. Dans les susdits papiers je trouve une lettre du greffier de Paix d’Épernay qui, au lieu de me prier d’apposer les scellés ici, écrit à cette femme de chercher s’il y a des valeurs ou autres papiers intéressants ! C’est assez piquant ! Si les héritiers savaient cela je crois que le susdit greffier passerait un vilain quart d’heure. Je rentre chez moi puis cours chez Landréat pour me faire un procès-verbal de prestation de serment d’Harel, notaire à Reims comme suppléant. Je déjeune en coup de vent, répond à quelques lettres et je file à mon audience de simple police à 1h1/2. Prestation de serment de Harel, puis l’audience habituelle. Je fais citer pour notre prochaine audience du 3 avril 1917 un capitaine de gendarmerie Bocquet, 151ème Division à Pargny, qui comme un imbécile qu’il est a fait dresser procès-verbal à un garçon boucher qui frappait les jambes (le sabot disent les témoins) d’un taureau qu’on menait à l’abattoir par un maréchal des logis de gendarmerie, par application de la loi de Grammont. Tous les témoignages disent qu’il n’a pas brutalisé l’animal. Nous allons voir ce que dira ce galonné digne acolyte de cette brute de Girardot.

Fin d’audience, je dresse et fais signer une réquisition de notification à mariage pour un aspirant qui est dans les tranchées en ce moment, vers le Linguet.

Couru faire quelques courses et rentré fourbu faire ma valise. Pourvu que je n’ai pas de retard demain. Je verrai tout mon Tribunal à Épernay, aussi je coucherai forcément. Je tâcherai de partir à 5h du matin jeudi pour St Martin. Je suis heureux de voir mon ancien Procureur Bossu et aussi les miens. Je suis fourbu et très énervé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

6 mars 1917 – Beau temps. Nombreuses visites d’aéros boches toute la jour­née et tir en l’air, de l’artillerie, presque continuel.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mardi 6 – Vers 5 h. très violent combat. Nuit tranquille. 0°. Neige cou­vre encore la terre. Aéroplane, tir contre lui. A 11 h. 1/2, un de nos obus éclate si près d’un avion allemand que j’ai cru qu’il l’avait atteint ; et en effet à partir de ce moment, il a décrit une courbe descendante pour retour­ner vers les lignes allemandes, comme pour atterrir. Visite à l’hospice Rœderer. De 7 h. à 9 h., canonnade lourde, lointaine au Sud-Est. Toute la nuit, violente canonnade à l’Est et au Sud-Est de Reims.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

roederer


Mardi 6 mars

Nos reconnaissances ont réussi plusieurs coups de main, notamment au nord-ouest de Tracy-le-Val et au bois d’Avocourt. Vers Troyon, dans la région de Reims et à la cote 304, nous avons arrêté des tentatives de coups de main ennemies.

Sur la rive droite de la Meuse, le bombardement dirigé par l’ennemi sur la région du bois des Caurières a redoublé d’intensité et a été suivi d’une violente attaque sur un front de 3 kilomètres, entre la ferme des Chambrettes et Bezonvaux. Entre le bois des Caurières et Bezonvaux, les efforts répétés des Allemands ont échoué sous nos tirs de barrage et de mitrailleuses. L’ennemi avait pu prendre pied dans nos éléments avancés au nord du bois des Caurières, mais il a été rejeté ensuite d’une partie de ces éléments.

A l’ouest de Pont-à-Mousson, une tentative allemande sur une de nos tranchées au nord de Flirey a complètement échoué sous nos feux. Nos tirs de destruction ont bouleversé les travaux de l’adversaire dans le secteur de la forêt de Bezanges.

Nous avons abattu deux avions allemands, l’un près d’Autrecourt (Meuse), l’autre vers Mampeel (Oise); Un troisième a été descendu en Alsace.

Succès italien dans le Haut-Tyrol.

Echec turc en Perse.

La session du Sénat américain s’est close sans que la loi de neutralité armée ait été votée. C’est le résultat de l’obstruction de quelques sénateurs. 83 membres de l’assemblée sur 96 ont exprimé à M. Wilson leur volonté de s’associer au projet.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Dimanche 4 mars 1917

Saint-Thierry en 1907

Louis Guédet

Dimanche 4 mars 1917

904ème et 902ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Gelée forte. Il fait froid avec une vraie bise. Est-ce que nous allons recommencer une série de froids sibériens !! Messe de 8h1/2 de paroisse. Rentré travailler « d’arrache-pied » pour déblayer pour le mercredi 7. Écrit au Président Hù que j’acceptais de déjeuner avec lui, au Procureur de la République que j’avais l’intention de m’absenter 8 jours et que je passerai à Épernay le 7 pour me tenir à sa disposition, à mon cher ancien Procureur Bossu pour lui dire que je le saluais avec toute ma joie. Retenu chambre à L’Europe (cet hôtel était situé au 21, rue Porte-Lucas à Épernay, il est fermé et ce sont aujourd’hui des commerces, mais le fronton de l’entrée porte toujours le nom « L’Europe »). Prévenu Manon (Étude Jolivet) et M. Archambault (Étude Lefebvre d’Aÿ) que je venais à Épernay s’ils avaient à me dire quelque chose.

Sur ces entrefaites mon courrier arrive. Lettres nombreuses, de ma chère femme qui me rassure un peu sur le départ de Robert, et une lettre de Jean (réduite), carte de visite de M. Bossu m’annonçant qu’Herbaux a transmis sa proposition pour mon ruban, et il me conseille de me faire « pousser » !! Je lui réponds à mon cher Procureur que n’ayant jamais fait de politique je ne connais personne qui puisse me recommander, et que du reste cela me répugne ! Recommander les autres et les faire pistonner, çà va, mais pour moi ? Je ne pourrais pas, je ne saurais, je n’oserais pas. En tout cas nous causerons de tout cela ensemble mercredi après-midi. Il m’ajoute qu’il a vu son successeur M. de Courtisigny, à qui il a dit que j’étais un « Héros »…  Pauvre héros ! bien désemparé et puis qu’a-t-il fait…  son devoir ! alors je ne vois pas où est l’Héroïsme ! du citoyen Infernal Tabellion en Infernal Juge de Paix de Guerre de Reims !!

Lettre du Vice-Président Bouvier me  chargeant comme juge de Paix de « laver la tête » à ce pauvre Minet, huissier, qui a fait une gaffe, en menaçant une femme émigrée de Reims pour son loyer !! Le pauvre garçon est bien courageux, mais il est maladroit. Enfin j’arrangerai cela.

Après-midi porté mes lettres à la Poste et poussé jusqu’à St Remy voir le brave doyen Goblet qui avait à me parler, assisté aux Vêpres. En entrant à St Remy, attrapé un photographe militaire amateur qui cependant avait une autorisation de prendre des photographies, et dans la conversation il me dit : « J’ai même le droit de verbaliser contre ceux qui photographient sans permis !! » J’attrape la balle au bond et lui réplique : « Eh ! bien, vous ne risquez rien de verbaliser contre tous vos « Pierrot » d’officiers qui photographient à Kodak que veux-tu à notre nez !! mais vous vous en gardez bien !! Nous en avons assez de vous et de vos abus !! » Il est resté figé !!

En revenant à la maison, rencontré rue Chanzy le R.P. (rayé) ancien professeur (rayé), il me parla du faire-part de la mort de M. Benoiston, ou les princes de sang étaient énumérés : M. Marcel Bataille, officier gestionnaire, au front, M. André Benoiston, automobiliste militaire, au front, etc…  etc…  et avec son fin sourire il m’ajouta : « C’est grotesque ! Vous, vous n’auriez pas fait cette énormité… !…  Mais hélas lui et son Père sont grisés de leur fortune et croient qu’ils sont des êtres supérieurs (rayé) il avait senti le (rayé) envers (rayé) si je ne me trompais pas en flagellant et en méprisant cette prétention d’être exposé au feu…  à 40 kilomètres du vrai front !!

Il me disait qu’au moment du (rayé) il lui avait dit franchement ce qu’il pensait de lui, qu’il avait disséqué et qu’il lui avait montré le danger qu’il courait (rayé) qu’ils n’ont pas (rayé) mais (rayé) largement (rayé).

En le quittant je songeais à ce que (rayé) et me demandais avec (rayé) de tous ces (rayé) peureux et lâches si nous ne reverrions pas une réédition de la « Terreur Blanche » (troubles et massacres par les royalistes après la seconde abdication de Napoléon 1er, le Maréchal Brune en fut l’une des victimes) si magistralement dépeinte par Henry Houssaye (écrivain, journaliste, historien, auteur de « 1815, La seconde abdication. La terreur blanche », éditée en 1905 (1848-1911)). Dans ces embusqués là, et ces trembleurs du « Front » de « l’arrière-derrière » ne chercheraient pas à faire cette « Terreur Blanche » contre ceux qui ont été se faire tuer pour eux et ont fait leur devoir, comme l’ont fait tous les « musqués » royalistes qui vivaient aux crocs de Louis XVIII et sa « traîne », c’est possible ! Ce serait malheureux, et surtout injuste et nécessairement nous reverrions la réaction d’une nouvelle dictature qui balaierait tous ces pantins comme poussières et feuilles mortes en novembre !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 4 – 0°. Nuit assez tranquille entre batteries jusque vers 11 h. Mitrailleuses du 3e zouaves (1); Général Duplessy, Colonel Philippe. Reçu visite du Colonel du 60e (qui va avec le 44e7). Canon 287 Faubourg de Laon ; Colonel de Piré, parent de Mgr Bonfïls, avec son aumônier que j’ai vu à Courcelles. Aéroplanes allemands : tir contre eux ; 5 h. bombes sif­flantes. Mgr Neveux est allé à Thil, a visité le gourbi du Colonel, les tran­chées, vers le bois du Chauffour, a aperçu Loivre, et est venu à Saint-Thierry, invité par le Colonel. Retraite du mois. Les Allemands ont voulu prendre un petit poste ; l’ont pris ; mais n’ont pu le garder. Canons de Beth­léem ont tiré. Le soldat qui tirait était de Maulevrier.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le 3e Régiment des zouaves est le régiment de Constantine. Son drapeau sera décoré de la Légion d’Honneur et de la Médaille militaire et, entre les deux guerres, il sera commandé par le Colonel Juin, futur Maréchal de France

Saint-Thierry en 1907

Saint-Thierry en 1907


Dimanche 4 mars

Lutte d’artillerie assez active entre Oise et Aisne dans la région sud de Nouvron et en Alsace dans le secteur de Burnhaupt.

Faible canonnade sur le front belge. Les Anglais ont accompli une nouvelle progression au nord de Puisieux, au nord et à l’est de Gommécourt. En dépit de la résistance opiniâtre de l’ennemi, ils ont avancé leur ligne de 400 mètres en moyenne sur un front de 8 kilomètres environ.

Ils ont enrayé par leurs tirs de barrage et leurs feux d’infanterie une contre-attaque sur leurs positions avancées au nord-est de Gommécourt. Ils ont réoccupé intégralement une tranchée qui avait été d’abord évacuée par leurs troupes. Deux de leurs postes ont été attaqués au nord-ouest de Roye. Quelques hommes ont disparu. Une forte patrouille qui tentait d’aborder les lignes à l’est de Givenchy-les-la Bassée a été arrêtée par les feux d’infanterie de nos alliés.

L’Allemagne a avoué, dans une note officieuse, ses intrigues au Mexique.

Le président Wilson a reçu des assurances d’un certain nombre de républiques sud-américaines.

Le maréchal Conrad de Hoetzennorf, chef d’état-major général de l’armée austro-hongroise, a été remplacé en sa fonction par le général Von Arz.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Mercredi 17 janvier 1917

Louis Guédet

Au mercredi 17 janvier 1917 858ème et 856ème jours de bataille et de bombardement

Rentré tout à l’heure par la neige. Elle tient et les chevaux pour me ramener de Pargny avaient du mal à avancer. Passé 5 jours à Paris, fort fatigants, étant pris par quantité de monde. Dîné ou déjeuné chez les Guelliot, Français, Thomas, Jolivet, assisté au mariage de Marcel Heidsieck, dont j’ai signé le contrat avec Me Panhard, notaire à Paris 4, rue Rougemont, ce dernier charmant avec moi, par extraordinaire partagé les bureaux avec moi, chose que les notaires de Paris ne font jamais. Beaucoup de veuves à ce mariage. La famille Heidsieck très affectueuse avec moi. Le Dr Guelliot m’a conté les souffrances de Joseph Krug, qui avec 5 de ses camarades prisonniers, et officiers comme lui, ont été enfermés pendant 6 mois dans une casemate sans lumière, avec juste un soupirail pour aérer, couchant sans couverture sur le plancher, n’ayant jamais une goutte d’eau pour se laver !

L’officier qui lui avait dit cela, évadé d’Allemagne récemment, lui a aussi conté que Krug et lui avaient vu Garros, l’aviateur, promené dans le camp torse nu et une corde au cou, tiré par un soldat allemand, hué, souffleté par la meute allemande qui lui crachait au visage, et le couvrait d’immondices ! Et dire que nous prenons tant de précautions avec nos prisonniers.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

17 janvier 1917 – Depuis le vendredi 12, on entend, au loin, une très forte canonnade.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 17 – Nuit tranquille en ville. Canonnade sourde au loin. Neige abondante, 0,15 cm – 2°. Visite de M. Péchenard, frère de M. le Doyen d’Attigny qui nous donne quelques détails sur les Allemands. Au repos, peu nourris, affalés ; rappelés en lignes, pleins d’énergie et mieux nourris. A Attigny, ils logent au presbytère. Son frère et lui se parlent peu. En septembre 1915, ils ont bien cru, à la Bataille de Champagne, reculer. Ils avaient (ceux de l’arrière) reçu ordre de faire leurs bagages et de se tenir prêts à partir*. A 4 h. du matin, contre-ordre : « Débouclez vos malles ; nous tenons » (Nous, c’est-à-dire les Allemands).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
* Comme il l’avait déjà fait le 25 décembre 1916, le Cardinal fait allusion au baptême de Clovis et au baptistère. Qu’a-t-il écrit à Monsieur Lavisse sur celui-ci ? Il serait intéressant de rappeler sa thèse, antérieure à toutes les fouilles et à leurs interprétations.

Mercredi 17 janvier

La lutte d’artillerie s’est poursuivie assez vive dans la région de la Somme, ainsi que sur le front nord-est de Verdun et en Lorraine.
Un coup de main exécuté par nous, sur les tranchées ennemies à l’est de Vic-sur-Aisne a pleinement réussi.
Sur le front belge, légère activité d’artillerie dans les régions de Dixmude et de Steenstraete, assez intense vers Hetsas.
Sur le front italien, dans le Haut-Cordevole, l’ennemi a fait exploser une mine très puissante sous la position de Cengia-Martini, mais nos alliés, par leurs travaux de contre-mine ont rendu cette explosion sans effet de leur côté. Au contraire, la galerie creusée par les Autrichiens s’est écroulée, entraînant des pertes sensibles parmi leurs troupes. La neige tombe abondamment dans la zone montagneuse du Trentin.
Violents combats en Roumanie, au sud-est de pralea, au sud du confluent de la Kassina et du Trotus.
Les Russo-Roumains se sont avancés de deux kilomètres au sud de Pralea. Ils ont rejeté deux attaques ennemies. On combat autour de Vedeni.
Le gouvernement suisse a rappelé une partie de ses troupes. Trois de ses divisions sur six sont désormais mobilisées.
La Grèce a cédé une fois de plus aux réclamations de L’Entente dont elle déclare accepter les clauses sans aucune restriction. Elle libérera tout de suite les venizelistes.
L’amiral américain Dewey, le héros de la bataille navale de Manille, est mort.
Les gouvernements alliés ont remis à la Suisse et aux royaumes scandinaves des réponses aux notes par lesquelles ces états s’associaient à la récente démarche de M. Wilson.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

vic-sur-aisne

Share Button

Jeudi 5 octobre 1916

Louis Guédet

Jeudi 5 octobre 1916

754ème et 752ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Temps gris qui s’est élevé dans l’après-midi. Le matin, été à La Haubette pour ouvrir un testament mystique (testament écrit en secret, transmis au notaire clos, cacheté et scellé) Faille (Marie Lidivine Faille, décédée le 23 septembre 1916 à Reims) chez le Président Hù pour Jolivet. Sur les 7 témoins convoqués, il s’en est trouvé un qui a répondu à…  l’appel…  ce qui n’est pas ordinaire par le temps qui court, il y a encore des témoins qui tiennent !! Le Président a procédé à l’ouverture dudit testament qui par ses cachets de cire était collé à une autre enveloppe dont la souscription était du côté dudit cachet. Nous croyions tous que ces 2 enveloppes étaient des testaments de la défunte, mais non !! l’un était bien le testament de la susdite, mais l’autre n’était purement et simplement que le testament de Léon Polliart (à vérifier). Les 2 testaments s’étaient collés par les cachets du testament de Mme Faille lors de l’incendie de ce pauvre ami Jolivet, qui dans son coffre dans le brasier avait fait fondre les cachets de cire et collé le tout. Le Président a donc rendu le testament Polliart que je vais tâcher de faire parvenir à Jolivet à Paris. Encore un incident de bombardement assez curieux pour nous notaires.

Rentré vers 11h1/2, et sur mon chemin rencontré un maréchal des logis de Gendarmerie qui, souriant, m’a causé de mon audience du 3. Ils sont (les gendarmes) enchantés, parait-il, que j’ai fait « Knock out » le Capitaine Girardot. Les pauvres Pandores ont compris que ce n’était pas contre eux (c’est le principal) que j’ai « tonné ». Çà va bien. Voilà les gendarmes devenus mes amis. « Tapez dessus et ils…  deviennent aussi doux comme des agneaux… » Méditez cela !!

A 2h réquisitions militaires jusqu’à 5h. Durant ce temps tirs sur un avion allemand, et encore un 75 qui est venu tomber sur le passage Poterlet (passage qui se trouvait au niveau du 26, rue de Vesle, et qui donnait dans le passage St Jacques). Bombardés par les allemands, bombardés par les français. Nous ne risquons que d’être bombardés.

Rentré à la maison fatigué et avec du retard qu’il faut que je rattrape.

Lettre de Madeleine. Robert enrhumé et fort fatigué, le pauvre petit, qui n’est pas fort. Pourvu qu’on ne l’éreinte pas et me le renvoie pas, malade sans espoir… !! Surmené avec des soucis. Quelle Vie…  que j’ai donc… !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

5 octobre 1916 – A 16 h, un aéro allemand passe au-dessus de la ville, se dirigeant vers le sud-ouest. Des arrivées d’obus se font entendre ensuite.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

26

108


Cardinal Luçon

Jeudi 5 – Nuit tranquille, sauf quelques gros coups de canons. Projection. + 14°.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Jeudi 5 octobre

Au nord de la Somme, nous avons complété la conquête de puissantes lignes de tranchées allemandes situées entre Morval et le bois de Saint-Pierre-Vaast; nous avons fait environ 200 prisonniers dont 10 officiers.

Les Anglais ont chassé l’ennemi d’Eaucourt-l’Abbaye. Le village est entièrement en leur possession.

Les forces serbes, françaises et russes de Macédoine poursuivent victorieusement leur avance. Elles ont atteint la ligne Petaleno, sur le versant occidental du Kajmackalan, la boucle de la Cerna, Kesali, et Negocani. Leur aile gauche tient Pitoderi, au pied du mont Cicevo.

Les Roumains ont fait 800 prisonniers près de Fogaras, en Transsylvanie et plus d’un millier en Dobroudja.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Fogaras

Share Button

Mercredi 23 août 1916

Louis Guédet

Mercredi 23 août 1916

711ème et 709ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps gris clair d’automne, lourd et chaud. Heureusement que les nuits sont fraîches. Le calme, sauf vers 11h du matin quelques obus faubourg de Laon tandis que j’étais à l’Hôtel de Ville présider des Allocations militaires qui m’ont tenu jusqu’à midi 1/2. J’y étais depuis 9h1/2 et depuis 9h j’étais à la Caisse d’Épargne de service (et samedi). Je suis obligé de me dédoubler. Déjeuné à la hâte et parti à 1h pour un inventaire pour Jolivet sur la route de Pargny, « à la Carcanerie » (mot du patois régional, lieu où on abat les chevaux hors service), voyage de boucher (voyage apparemment pénible), tous les clients n’étant pas venus, ce sera pour demain probablement. Il y a des gens qui ne se gênent pas. Vu là un maréchal des logis du 25ème d’artillerie (le régiment de Jean) qui me disait qu’il y avait 10% de tués dans leur arme contre 90% dans l’Infanterie à égalité de risques…

En rentrant ici été à la Ville pour m’entendre avec le Maire et le secrétaire général afin de m’assurer d’un greffier pour les litiges des réquisitions militaires. Faupin,  m’ayant signifié qu’il avait donné l’ordre à son clerc Landréat qui me servait de greffier de Paix des 2ème, 3ème et 4ème cantons et m’assurait le service des réquisitions, de se refuser à construire ce service…  En toute éventualité je me suis assuré de quelqu’un à l’Hôtel de Ville. Valot greffier des prudhommes et de simple police, probablement. De là passé prévenir le parquet.

Reçu lettre du Président du Tribunal Hù qui en a parlé au Parquet Général : on vient de mettre en demeure Jésus, greffier des 2ème et 4ème cantons, qui pour se sauver des bombes n’avait pas trouvé mieux que de s’engager et de se…  faire embarquer dans un bureau militaire de l‘intérieur !! Çà ce n’est pas banal, s’engager pour se sauver des bombes !! à avoir à assurer son service. Je vais avoir incessamment mon adjoint militaire…  bref tout le monde m’aidant, j’arriverai envers et contre tous à mener la justice de Paix, malgré tous les pleutres qui sont jaloux de me voir conduire des services écrasants et qui seraient enchantés de me voir n’aboutir à rien…  J’y succomberai probablement…  mais en tout cas j’aurais le droit de leur clouer le bec si jamais ils veulent me discréditer…  J’aurai le droit de leur dire leur fait…  qu’ils sont des lâches.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 août 1916 – Bombardement dans la matinée, vers 10 h, quartier du Champ-de-Mars.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 23 – Projections allemandes. Dons et circulaire pour Prisonniers de guerre. Vers 9 h. 1/2 et 9 à 11 h. sifflent. Visite au Fourneau Économique de Porte Paris. Bombes à l’Hôtel-Dieu, rue Gambetta. Visite du Général Mazel de Jonchery, 5e Armée ; du Colonel Papillon-Bourrot, du P. d’Herlugon Jésuite avec le Père auteur au sujet des Otages. Lettre du Cardinal Gasparri répondant à une lettre de moi au sujet des otages (Recueil,).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 23 août

Lutte d’artillerie sur les deux rives de la Somme et à Verdun (région de Fleury).
Grâce à un coup de main heureux, près de Maurepas, nous avons fait quelques prisonniers. Nous avons repoussé des attaques à la grenade sur un de nos ouvrages dans le bois de Vaux-Chapitre.
Les Anglais ont marqué une avance sensible, sur un front de 800 mètres, dans le voisinage de Pozières, s’établissant à la croisée des chemins en bordure de la ferme de Moquet. Ils ont ensuite progressé sur la droite de la route Pozières-Miraumont. Ils ont gagné 100 mètres de tranchées entre Martinpuich et Bazentin et ont fait un coup de main heureux au sud de Guillemont, ramenant une mitrailleuse. Au saillant de Leipzig, ils ont accentué leurs gains et ont porté leurs positions à un kilomètre de Thiepval. Ils ont capturé 164 ennemis.
Sur le front d’Orient, la lutte est acharnée. Les Franco-Anglais ont bombardé les positions bulgares du lac Doiran et occupe les contreforts méridionaux des monts Belès. Sur la droite du Vardar, les troupes françaises se sont installées sur une ligne de hauteurs près de Ljumnica; l’armée serbe a progressé entre Cerna et Moglenica. L’infanterie a partout atteint ses objectifs.
Aux deux ailes, à l’ouest de Sérès, et sur le lac d’Ostrovo, l’ennemi a refoulé nos détachements avancés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


141_001

Share Button

Lundi 24 juillet 1916

Louis Guédet

Lundi 24 juillet 1916

681ème et 679ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps orageux le jour très chaud, mais on a de la brise. Silence et calme. Ce matin enterrement de la belle-sœur de Jacques. Fait quelques courses le matin, sorti également l’après-midi, rentré absolument rompu. Je ne suis plus guère fort. Rien de saillant à noter. Rencontré M. de Bruignac qui est maintenant beaucoup plus aimable avec moi. Causé de différentes choses, il allait à la Mairie. Pas de nouvelles de chez moi. Pourvu qu’il ne soit rien arrivé. Et voilà ma journée. Quelle triste vie et morne vie.

Reçu lettre des de Vroïl qui sont à Vichy, de Jolivet qui est renvoyé du front à Contrexéville pour soigner ses douleurs. Contrexéville !! Que de souvenirs ce nom remue en moi. Que de charmants moments y ai-je passé avec mon pauvre cher ami disparu Maurice Mareschal sous le toit duquel je suis actuellement réfugié, moi le « Sans-foyer » ! Ces saisons passées ensemble en juin là-bas étaient pour nous de vraies vacances de collégiens ! Que tout cela est loin ! Et tout cela ne reviendra plus, ne revivra plus !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 24 – Passage des Sœurs de l’Archevêché de Reims (se rendant à… pour leur retraite). Visite de Madame Auger, de M du Dresnay.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 24 juillet

Sur le front de la Somme, lutte d’artillerie. Au sud de Soyécourt, une attaque, dirigée contre nos nouvelles positions, a échoué sous nos feux.
Sur la rive droite de la Meuse, bombardement du secteur de Fleury. Combats à coups de grenades aux abords de la chapelle Sainte-Fine.
Aux Eparges, une tentative allemande contre nos tranchées a été repoussée par nos feux de mitrailleuses.
Nos avions ont bombardé la gare de Vigneulles, la gare de Thionville où trois incendies se sont déclarés ; les gares d’Arnaville, de Loos et de Saint-Erme, et, de nouveau, la gare et les établissements militaires de Thionville. 115 obus au total ont été lancés.
Douze de nos avions ont bombardé les établissements militaires de Mulheim (rive droite du Rhin) : la gare et les casernes ont été atteintes. Au retour, il y a eu lutte entre nos avions et une escadrille ennemie. Quatre appareils allemands ont été abattus, deux des nôtres ont dû atterrir.
Une pièce ennemie à longue portée a tiré des obus de gros calibre dans la région de Belfort.
Les Anglais livrent bataille de Pozières à Guillemont ; les défenses avancées de l’ennemi ont été prises près de Pozières, où les Allemands se défendent avec acharnement. Nos alliés ont fait de nombreux prisonniers. Le quartier nord de Longueval et les abords de Guillemont ont changé plusieurs fois de mains.
Les Russes ont fait 27.000 prisonniers sur la Lipa depuis le 16. Ils ont capturé 500 Autrichiens dans les Carpathes et pris la ville de Fol sur la mer Noire. M. Sasonof cède le portefeuille russe des Affaires étrangères à, M. Sturmer.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Saint-Erme

Share Button

Jeudi 13 avril 1916

Louis Guédet

Jeudi 13 avril 1916

579ème et 577ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Nuit tranquille, vent de tempête, pluie battante et froide. Reçu la visite d’un fils de M. Paul Henriot, sous-lieutenant au 82ème d’artillerie lourde, 3ème groupe, en ce moment cantonné ici chez Mme Pierre de la Morinerie, rue Werlé 7 et 9, pour une clef de garage d’une maison leur appartenant, dans laquelle se trouve l’auto de leur locataire, M. Thaon, officier tué au commencement de la Guerre. Nous causons de la situation de notre ville et de la conduite des officiers à l’endroit des Rémois, il la qualifiait de verte façon, disant que c’était honteux ! Entre autres choses il me dit que quand des officiers viennent à la Direction demander des billets de logement et de cantonnement on leur répond : « Comment ? Vous êtes encore là ? C’est inutile ! Quand on veut se loger on n’a qu’à choisir un immeuble qui parait devoir faire votre affaire et on enfonce les portes !! » Voilà la mentalité de ces galonnards-là !! C’est honteux !! Et le pillage !!…

6h soir  Été cet après-midi rue du faubourg Cérès (rue Jean-Jaurès depuis 1921) pour un inventaire pour Jolivet, de là poussé jusqu’à la brasserie Veith, boulevard Henri Vasnier, 4, pour causer avec M. et Mme Veith (Frédéric Veith (1844-1924) et Thérèse Veith (1866-1928)) de leurs intérêts qu’ils ont l’intention de le confier ! Il doit me remettre son testament ces jours-ci. Ceux-ci sont réfugiés dans leurs germoirs avec leurs ouvriers et bien à l’abri du bombardement. Durant que j’y étais cela bombardait pas mal, et ils sont aux premières loges, près de l’asile de nuit et des caves Pommery ! Je suis revenu par la rue du Barbâtre et le rue de Venise. Il y a pas mal de nouveaux dégâts. Le temps a l’air de vouloir se mettre au beau.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Jeudi 13 – Nuit assez bruyante autour de Reims, mais tranquille en ville ; + 7°. Vers 8 h. 1/2 bombes sifflent tombant sur batteries. Item à 2 h. Lettre d’Amiens. Réunion provinciale fixée au 26 avril ; écrit pour cela à Beau­vais. Écrit au Card. Gasparri pour envoi d’argent à nos prêtres des Arden­nes par le Vatican et Mgr de Mauras.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Juliette Breyer

Jeudi 13 Avril 1916. La bataille autour de Verdun s’étend et devient plus violente. Les boches ne gagnent pas malgré leurs gaz et leurs jets enflammés. Ils ne peuvent arriver à rompre notre front, mais que de pauvres soldats qui tombent ! C’est affreux une guerre pareille. Qui aurait pensé qu’il existerait de telles cruautés ? Te rappelles-tu ma chipette, il y a trois ans quand j’étais pour avoir André ? Etions nous heureux ! Je ne travaillais pas, je t’attendais ; Que de bonheur nous avions !

C’est que notre coco va avoir trois ans. Que dois-tu penser ? Tu dois le représenter fort et intelligent. Et notre fifille, 15 mois aujourd’hui et c’est ton portrait frappant. Oh si tu nous revenais, que notre vie serait belle ! J’espère toujours, mais le temps est long…

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 13 avril

Sur la rive gauche de la Meuse, les Allemands ont lancé une attaque avec emploi de liquides enflammés sur nos positions du bois des Caurettes entre le Mort-Homme et Cumières ; ils ont été refoulés.
Sur la rive droite, l’activité d’artillerie a été grande entre Douaumont et Vaux, mais l’ennemi n’a pas renouvelé ses attaques. On confirme qu’il a subi de très grosses pertes dans ce secteur, pendant les journées précédentes.
Sur le front britannique, combat de grenades à l’est de Saint-Eloi avec des alternatives diverses. Grande activité d’artillerie en face de Wytschaete. Un taube a été descendu.
Les Italiens ont appelé un certain nombre de contingents de diverses classes.
L’Autriche n’arrive pas à boucler son emprunt.
L’Allemagne a fait remettre sa réponse au cabinet de Washington, au sujet du Sussex.
Des manifestations de femmes affamées ont eu lieu à Athènes devant le Parlement.
L’Allemagne a institué le recensement du sucre.
Les parlementaires français ont visité les chantiers de la Clyde (Écosse).


866_001

 

 

 

Share Button

Vendredi 7 avril 1916

Louis Guédet

Vendredi 7 avril 1916

573ème et 571ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Temps gris. Le calme, audience civile ce matin et cet après-midi continuation d’un inventaire pour Jolivet. Dans la ville il y a un vrai vent de panique contre lequel il faut réellement réagir de toutes ses forces pour ne pas être entraîné dans le…  tourbillon. Cela devient affolant et énervant surtout. En rentrant ce soir, je me demande si j’allais moi aussi notaire…  peau !! A la Banque de France où je passais pour voir les braves gardiens, ceux-ci m’ont dit et signifié qu’il fallait vider tous les coffres-forts dont j’avais l’accès…  presto subito !!… (Soudainement et rapidement) Ils sont tous fous ! La moindre mitrailleuse et qu’on essaye derrière un créneau…  met tout ce monde-là dans ses…  sabots ! Vraiment, il ne faudrait pas que cet air-là que l’on respire, continue…  car je crois que tout le monde se sauverait…  on est vraiment sur ses nerfs… !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

7-8 avril 1916 – Au milieu de la nuit, à minuit et demi, des sifflements et des explosions commencent à se faire entendre assez près, car des éclats retombent sur les toits de la place Amélie-Doublié.

Vingt obus sont ainsi envoyés, en trois fois, comme réponse à quelques départs de nos pièces.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 7 – Nuit tranquille, sauf quelques bordées. Donné Mandement n°… sur le Pape. Discours pour l’abbé Choimet. Via Crucis in cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 7 avril

En Argonne, un coup de main sur une tranchée ennemie, près de la route de Saint-Hubert, nous a permis de faire subir des pertes sensibles à l’adversaire et de ramener une vingtaine de prisonniers.
A l’ouest de la Meuse, les Allemands après un bombardement d’une extrême violence entre Avocourt et Béthincourt, ont déclenché une série d’attaques à très gros effectifs.
Toutes leurs tentatives contre le village de Béthincourt ont été brisées par nos feux. Au centre, après des échecs répétés et de sanglants sacrifices, ils ont pris pied dans le village d’Hautcourt, que nous tenons sous le feu de nos positions.
De notre côté, nous avons enlevé près du réduit d’Avocourt, une large portion de terrain dite le bois Carré et fait des prisonniers.
A la côte du Poivre, l’ennemi n’a pu sortir de ses tranchées. Au sud-ouest du fort de Douaumont, nos troupes ont progressé sur un front de 500 mètres et une profondeur de plus de 200.
Activité de notre artillerie en Lorraine (est de Lunéville).
Un cinquième raid de zeppelins a eu lien sur l’Angleterre.
Le chancelier allemand a fait son exposé au Reichstag. Il déclare que le maintien du statu quo est impossible en Pologne et en Belgique, et rejette une fois de plus les responsabilités de la guerre sur les alliés.


179_001

Share Button

Jeudi 16 septembre 1915

Louis Guédet

Jeudi 16 septembre 1915

369ème et 367ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Nuit de canon. Journée calme, avec canon du côté de Godat, Sapigneul (Le Godat, Sapigneul sont des villages disparus, non reconstruis après la guerre), Cormicy, Berry-au-Bac. Temps lourd et pluvieux. Jolivet est venu me surprendre à 8h1/2 du matin. Habillé rapidement je file chez lui, ou plutôt chez ce qu’il reste de chez lui. Il paraissait fort ému en voyant tout cela. Descendu à la cave et mis 3h pour ouvrir, forcer son coffre-fort. Tout l’intérieur était intact. Cela a été un soulagement pour moi et…   pour lui.

Déjeuné rapidement. Vu le Procureur de la République (ensemble) qui paraissait heureux de voir Jolivet.

Parlé du séquestre Louis de Bary et vu à tâcher d’arriver à rendre les valeurs de cette Maison pour pouvoir payer les droits de mutation par décès dus à l’Enregistrement. En partant mon bon ami se mit à dire : « Oh ! le Procureur de la République, vous pouvez être sûr que beaucoup auront la Croix de Guerre qui ne l’auront pas méritée autant que Guédet. » Alors M. Bossu de répondre : « Oui certes, mais nous ferons rougir M. Guédet ce qui voudra tout autant et je ne doute pas que cela ira tout seul…  Enfin nous verrons.

Reconduit Jolivet jusqu’en face de la propriété  (illisible, à vérifier) 9, avenue d’Épernay où se trouve le poste d’arrêt pour le Loring Jappés (à vérifier). Nous nous sommes quittés fort émus tous les deux. Nous reverrons-nous ??!! Bavardé avec le gendarme de garde, et rentré chez moi.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Jeudi 16 – Du 13 septembre soir, au 26 matin, nous avons entendu une violente canonnade ininterrompue, dans la direction de Berry-au- Bac.

  • Depuis une huitaine de jours, il n’est question, à Reims, que d’un « grand coup » en préparation sur le front.

Personne ne paraît savoir exactement de quoi il s’agira — mais on entend, à ce sujet, beaucoup de discussions dans le vague et bien des commentaires, qui semblent plus abracadabrants que sensés.

Toutefois, il est à noter que certains indices ou des mouve­ments qui ne nous sont pas passés inaperçus, font présumer une reprise d’activité dans nos environs.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 16 – Nuit tranquille à partir de 11 h. 1/2. Visite à l’Enfant-Jésus, à M. le Supérieur du Grand Séminaire. Visite de M. le Comte d’Arjazon et deux autres personnes. Il est près du général de Castelnau(1) qui communie tous les jours. Visite du Commandant Billard (12-17 sine die).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Général de Curière de Castelnau, à l’inverse du général Joffre, franc-maçon d’ailleurs très modéré, représente à l’État-major l’officier général de tradition catholique. Ancien combattant de 1871, il est en 1914 à la tête de la II e armée, perd la bataille de Mohrange mais sauve Nancy, Il défend Amiens avant de commander en 1915 le groupe d’armées du centre à la bataille de Champagne. En 1916 il est chef d’État Major de Joffre. Après avoir été témoin en Russie en 1917 de l’effondrement de l’armée russe, il commande le groupe d’armées de l’Est qui aurait dû attaquer en Lorraine le 14 novembre 1918. Il entre à Colmar le 22 novembre. Il avait perdu trois fils au cours du conflit.


Jeudi 16 septembre

Les luttes d’artillerie se sont poursuivies avec intensité au nord et au sud d’Arras, ainsi que dans la région de Roye.
Lutte à coups de bombes et de grenades sur le plateau de Quennevières, dans la région de Lihons, et au bois de Saint-Mard.
Sur le canal de l’Aisne à la Marne, l’activité des deux artilleries s’est concentrée sur le front de Berry-au-Bac à la Neuville, où l’ennemi attaque la tête de pont de Sapigneul. Canonnade un peu ralentie au nord du camp de Châlons.
Lutte de mines dans l’Argonne. Une batterie ennemie a été détruite sur les Hauts-de-Meuse. Actions d’artillerie en forêt d’Apremont, au bois Le Prêtre et dans la région de Saint-Dié.
La poussée allemande continue, plus ou moins retardée, sur le front oriental, dans la région de la Dvina. Mais plus au sud, les ennemis ont été à peu près partout refoulés, particulièrement près de Wisnewietz et en Galicie. Au total, ils ont perdu 12000 hommes en un jour, et leurs pertes en prisonniers, dans les deux dernières semaines, ont atteint 40000.
Les Italiens ont repoussé des attaques autrichiennes en Carnie et sur l’Isonzo. Ils ont forcé à la fuite une escadrille d’avions qui venait sur Ud
ine.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

ob_8935c2_ob-f25677-pont-sapigneul

Share Button

Mercredi 15 septembre 1915

Louis Guédet

Mercredi 15 septembre 1915

368ème et 366ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Toute la nuit le canon a grondé devant Reims et vers Aubérive. Sans résultat, sans doute, comme toujours. Faire tuer des hommes un peu épars voilà la mission de nos illustres stratèges devant Reims, c’est honteux. Ce matin il pleut avec quelques éclaircies. Journée maussade qui se prépare.

Je vais à mes allocations tout à l’heure. Je repasserai rue de Talleyrand pour préparer de voir pour Jolivet demain. Je suis un peu gêné et honteux de recevoir ce brave Jolivet ici dans le bureau de mon pauvre ami, mais je ne puis faire autrement. Je m’étais cependant promis de ne recevoir personne ici tant que j’y serais réfugié, par respect pour la mémoire de Maurice. Qu’il me le pardonne !

6h1/2 soir  nuit presque blanche à cause de la canonnade devant Reims. Pluie lourde et chaude, qui passe dans la matinée. Journée calme malgré le canon lointain cette fois. Présidé les commissions d’allocations militaires à l’Hôtel de Ville, grande salle du conseil municipal, comme toujours. Cet après-midi vu Marcel Heidsieck, fils de mon ami Charles Heidsieck, venu en passant pour passer une révision de réforme provisoire à Châlons-sur-Marne. Causé longuement. Il me contait que parait-il, à Charleville toutes les usines avaient été vidées de leurs matériels et machines par les allemands. L’usine de sa grand-mère Jacquemart est démontée. S’il est encore là vendredi il dit venir partager mon déjeuner.

Voilà ma journée ainsi passée et terminée par un tour rue de Vesle jusqu’au pont tournant du canal, longé le point où sont coulées les péniches abandonnées par leurs propriétaires et remonté la rue Boulard pour rentrer dans mon refuge d’hospitalité. Peu de monde dans les rues bien entendu. Demain journée qui sera sans doute bien remplie avec Jolivet pour l’aider dans tout ce qu’il aura à faire durant sa courte apparition.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Mercredi 15 – Nuit tranquille ; mais canonnade courte et violente au loin.

Item toute la matinée. Visite de M. Piel de Chercheville qui est entre Craonne et Berry-au-Bac.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 15 septembre

Lutte d’artillerie toujours vive sur le front d’Artois, au sud de la Somme (Tilloloy, le Cessier, Beuvraignes); dans le secteur de Nouvron, sur le canal de l’Aisne à la Marne vers Sapigneul et le Godat; en Champagne, au nord du camp de Châlons et sur la lisière occidentale de l’Argonne.
Au bois de Mortmare, nous avons fait cesser le feu des mitrailleuses ennemies et exécuté des tirs efficaces sur des saillants de la ligne allemande.
Canonnade encore en forêt d’Apremont, au nord de Flirey et près d’Emberménil.
Un raid de zeppelins sur l’Angleterre est demeuré infructueux. L’amiral sir Scott a été chargé de la défense de Londres contre les aéronefs.
Les Italiens ont largement progressé dans le bassin de Plezzo, sur l’Isonzo. Ils ont repoussé une attaque près de Plava.
Les Russes ont rejeté toute une série d’offensives allemandes dans les secteurs septentrionaux de leur front. Ils ont culbuté les Austro-Allemands sur le Sereth.
Le docteur Dumba, ambassadeur d’Autriche à Wahington, dont M. Wilson a demandé le rappel, s’embarquera, dit-il, prochainement pour l’Eu
rope.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button