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Mercredi 28 mars 1917

Louis Guédet

Au mercredi 28 mars 1917 928ème et 926ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Nous sommes tout de même partis à 8h avec une voiture de la Cie, par un soleil splendide. A partir de Montchenot, route au pas jusqu’à Épernay à cause de l’artillerie de toute sorte que nous avons côtoyée et croisée (crapouillots, 75, 105, 150, 370, tracteurs et autres), à Épernay, déjeuné au buffet, et ensuite attendu le train. 2 – 3 passent, combles ! enfin le 4ème nous est permis, c’est celui qui aurait dû passer à Épernay à 10h ! Il était 4h1/2 du soir !! Une brouette qui nous dépose enfin à Paris à 8h1/2. Plus de voitures, métro heureusement.

Le lendemain dimanche, messe à St Sulpice, et à Passy 22 boulevard Flandrin, chez M. et Mme Boulingre (Paul Boulingre (1868-1921) et son épouse Laure Minelle (1866-1929), leur fille Suzanne épousera en 1923 Robert Guédet), où je trouve tout mon monde : Mme Minelle et Pierre et Jacques Simon. (J’avais rencontré à la gare d’Épernay Maurice Simon qui rentrait à Aÿ où il est son cantonnement). Causé toute la matinée, déjeuné chez Narcisse Thomas où je trouve son fils, lieutenant au 36ème d’Infanterie mitrailleur. D’après ce que celui-ci me dit il doit revenir vers Reims fin avril pour le grand coup. Nous verrons…  Du reste il doit me prévenir. Dîné le soir avec Mt Jolivet qui m’apprend que (rayé) quand on lui (rayé) ?? Enfin il y a (rayé) qui arrive (rayé)! Vu cet après-midi de dimanche 100, rue des Martyrs, Madame Lorquin-Gillot, une vieille cliente, retour du Thurel (Aisne), où elle avait été surprise par l’Invasion allemande. Tout ce qu’elle m’a dit confirme tout ce qu’on a pu écrire sur les agissements des allemands : pillages organisés, sévérité, dureté, sévices, menaces, fusillades, etc…

Elle me disait des choses assez surprenantes que je me réserve de communiquer au Procureur de la République…  sur la mentalité de ces allemands, notamment :

On a affiché dès les premiers jours de l’occupation, et à titre permanent aux 4 coins du village, (elle en sait quelque chose, puisqu’on l’a obligé à coller en remplacement une de ces affiches) cet avertissement : « Le droit de propriété n’existe plus dans les régions envahies !! »

Dans une de ses conversations avec la « Kommandantur » et un médecin supérieur : « Vous serez enfin gouvernés, et vous serez heureux d’être avec nous et sous notre gouvernement du reste. » – « Nous avons besoin de vous pour exploiter et mettre en pratique ce que votre intelligence de latins découvre, crée et imagine ! »

Toujours la même chanson. C’est comme un « leitmotive » incrusté dans ces cervelles de brutes teutonnes ! Ils parlaient de la même façon durant l’occupation de Reims, nous en avions les oreilles battues et rabattues !…

Lundi passé la matinée en courses, rendez-vous avec les Simon, après-midi déjeuné chez les Boulingre-Minelle. Où j’apprends (rayé), mais le (rayé). Vu ensuite Mme Mareschal (née Jeanne Cousin (1873-1929)) que j’avais déjà vu la veille à l’Hôtel avec son fils René et les Paul Cousin. Le soir, dîné chez les Français. Manqué une correspondance nord-sud de la rue St Didier 30, Boissière à Pantin, filé à Raspail, et à pied parcouru tout le boulevard pour rentrer à l’Hôtel, 49, boulevard Raspail, fourbu (Hôtel Lutetia). Le lendemain matin levé à 5h, parti au train de 6h55. Retard, bref, manqué la correspondance du C.B.R. à Dormans de 20 minutes. L’autorité militaire ayant décidé de ne pas attendre le 1er train de Paris, et de faire partir le train de 11h49 sur Pargny-Reims à peu près vide. Enfin, après démarches de ma part pour les Rémois en panne auprès de nos Dieux Militaires, on daigne faire un train bis qui nous amène à Pargny à 7h1/2 soir. Pas de voiture, si une seule où nous nous encaquons à 7 !! A chaque instant j’avais la sensation que notre guimbarde allait crever et nous semer sur la route. Enfin j’arrive moulu, rompu, fourbu à 8h3/4 du soir. Trouvé un monceau de lettres, ouvertes avant de me coucher…

Ce matin déblayé, répondu à la majeure partie. Reçu lettre de mon pauvre enfant Robert qui était il y a quelques jours au Mesnil-sur-Oger où il me réclamait. Je joue de malheur avec cet enfant, je ne puis le voir avant son départ au front. Jean m’écrit aussi, et il compte sortir dans les 150 premiers…  de Fontainebleau. Il est 6ème de sa brigade sur 30. Le verrai-je avant son départ au front qui aura lieu milieu avril ?? Après-midi première séance de Commission d’appel d’allocations militaires de l’arrondissement, avec M. Benoist, M. Georget étant souffrant ?…  du bombardement ??…  à Paris !!! Jamais M. Benoist n’avait vu autant de monde ! 30 intéressés, déblayés facilement les premiers et ensuite les 40 dossiers restant. J’ai la main forte. Çà va bien…  et çà ira. J’ai pris le dessus de suite. Albert Benoist était surpris de ma maîtrise et de ma mise…  au point…  me voilà à jour avec ces affaires, çà va bien. Bref, peu de travail et surtout moins de séances. Une tous les mois devrait suffire…  Demain matin je mettrai au point ces dossiers qui seront remis à la Sous-Préfecture le soir même.

Demain Réquisitions militaires à 2h1/2. Madame Lorquin me disait qu’elle n’avait pas mangé de viande depuis 16 mois, et que la première côtelette que sa sœur Mme Gentil lui avait servie lui avait semblée délicieuse… !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 mars 1917 – Journée fortement mouvementée.

Dans la matinée, des obus tombent encore à la Haubette. Deux soldats y sont tués, ainsi qu’un charretier et son cheval, chez M. Fievet. Ce malheureux charretier procédait au chargement de trois stères de bois pour lesquels j’avais eu à délivrer un bon de livraison, la veille, à son patron, M. H. rue Carnot.

Le troisième canton, surtout, est cruellement éprouvé ce jour ; la rue Goïot, ses alentours, les environs de la brasserie Veith offrent, paraît-il, un spectacle lamentable. L’asile de nuit est en partie détruit. Il est tombé plusieurs centaines d’obus de ce côté de la ville.

— Le soir, en revenant du bureau, place Amélie-Doublié, je puis compter, tout en montant la rue Lesage, cinq saucisses bo­ches, encore occupées à observer.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

La brasserie Veith


Cardinal Luçon

Mercredi 28 – Nuit bruyante entre les deux artilleries, mais non sur la ville. 0°. Beau soleil, vent nord. Matinée aéroplane : tir contre eux. Duel assez actif entre batteries ; bombes sifflantes sur les nôtres. Des éclats nom­breux sont tombés dans le jardin ; j’en ai entendu un siffler à mes oreilles et tomber dans le jardin (obus autrichiens éclatant dans l’air, fusant (1)), très violent bombardement dans l’après-midi. Brasserie Veith détruite, Asile de nuit dévasté.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Mortier autrichien de 305 mm Skoda

Mercredi 28 mars

Entre Somme et Oise, l’artillerie ennemie violemment contrebattue par la nôtre a bombardé nos positions sur le front Roupy-Essigny-Benay. Toutes les tentatives d’attaques des Allemands ont été arrêtées net par nos feux.

Au sud de l’Oise, nos troupes ont poursuivi leur progression. Elles ont d’abord enlevé au cours d’une brillante opération Coucy-le-Château, puis toute la basse forêt de Coucy, ainsi que les villages de Petit-Parisis, de Verneuil, de Coucy-la-Ville ont été occupés par elles. Nos éléments avancés ont atteint, en quelques points, les lisières ouest de la forêt de Saint-Gobain et la haute forêt de Coucy. Nos pertes ont été légères dans l’ensemble.

Au nord de Soissons, nous avons enlevé une ferme au nord-ouest de Margival, puis réalisé des progrès au delà de Neuville-sur-Margival et de Leuilly.

En Argonne, nous avons réussi deux coups de main dans les secteurs du Four-de-Paris et de Bolante.

Canonnade violente sur les deux rives de la Meuse au nord de Verdun.

Les Anglais ont occupé les villages de Longavesnes, Liéramont et Equancourt; ils ont fait des prisonniers. Ils ont infligé un échec à l’ennemi près de Beaumetz-lès-Cambrai.

Les Russes ont reculé sur la Chava au sud-est de Baranovitchi.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 14 février 1917

Louis Guédet

Mercredi 14 février 1917

886ème et 884ème jours de bataille et de bombardement

8h1/4 soir  Toujours des températures aussi rigoureuses, mais avec propension au dégel. A 11h du soir la nuit dernière la bataille recommence la « bacchanale » de la soirée, et à 2h la danse commence sur la ville. Les représailles obligatoires, sifflements, éclatements, tonitruances, etc…  Il fait un froid terrible. J’ouvre un œil, puis 2, car le bruit de ferraille se corse, et il faut être prêt à toute éventualité et aux aguets…  je somnole…  réveillé par un sifflement ou un éclatement trop indiscret, bref je me rendors vers 4h1/2…

Je vais à 9h aux allocations militaires à l’Hôtel de Ville, et là j’apprends que le boulevard Lundy, la maison de Mme Boisseau (au numéro 18), M. Walbaum, rue de Bétheny Georget, Rozey ou proche, ont été pas mal flagellés, on compte 144 bombes lancées sur la Ville pour la punir de l’attaque des nôtres vers le Linguet, où avec cette débauche de projectiles amis et ennemis on a capturé 18 prisonniers !!…  Je ne confierai jamais nos finances à nos illustres galonnards des États-majors qui nous gouvernent ici, car la livre de prisonniers boches à cette profusion de projectiles dépensés reviendrait chère !! Et demain les communiqués vanteront nos succès devant Reims !!…  mais surtout se taisent sur les nouvelles ruines accumulées !! mais nous sommes si peu intéressants !! Témoins les affiches apposées ces jours-ci où on nous menace d’expulsion si dans notre correspondance nous révélons les secrets des opérations militaires à Reims ou dans les environs !!  Du reste nos galonnards sont très inquiets de cette loi interdisant les pâtisseries les mardis et mercredis. Aussi ont-ils demandé à Madame Degermann s’ils pourraient cependant boire un léger verre de Malaga à défaut de petits gâteaux !! Bref, j’ai répondu à la susdite Madame Degermann que si on donnait procès je condamnerais, car dans la coulisse une assiette de gâteaux serait probablement dissimulée…  Donc…

Mais une autre bien bonne qui a énormément amusé Grandremy (Paul Grandremy (1862-1938)), du Courrier de la Champagne, à qui je la faisais remarquer cet après-midi en causant justement de la réflexion casuiste de Mme Degermann. C’était l’affiche à la main apposée sur la devanture rigidement fermée du pâtissier Olza, rue de Vesle, en face du Théâtre :

Mardi et Mercredi fermeture   (!!!)
__________

Pour les renseignements on peut entrer   (!!!)
__________

Que dites-vous de celle-là ??…  Oui nous sommes fermés, mais vous pouvez entrer tout de même !! et on vous trouvera des petits gâteaux !!

C’est la réflexion que je m’étais faite ce matin à 9h en allant à l’Hôtel de Ville, quand justement je voyais s’engouffrer (après avoir exploré du regard les environs pour voir s’il y avait un gendarme ou un agent de police qui le regardait) un vieux Monsieur qui…  venait…  demander des…  renseignements !! On sait ce que parler veut dire.

Eh bien Messieurs les Pâtissiers…  ne venez jamais devant ma barre, car votre juge de Paix sera impitoyable pour vous, puisqu’il ne pourra sévir contre les consommateurs (erreur de la loi qui aurait dû également sévir des mêmes pénalités contre ceux-ci !), et « vous n’y couperez pas », au maximum à la première contravention, et en cas de récidive la Prison !…  comme c’est mon droit et mon devoir.

Été faire 1, rue de Contrai une sommation respectueuse (??) (consentement parental pour le mariage des enfants du moins de 25 ans, loi abolie en 1933) pour un mariage par procuration, reçu un seau d’eau et injures à la clef !! En voilà encore une institution due à nos Gouvernements idiots, ces mariages par procuration, ou mariages à terme… comme les essais de 3/6/9… années ( ?) Oh ! non, mois seulement et si ce n’est pas en semaines !!

Ce soir en rentrant écrit pas mal de lettres, de Vroïl, Schoen, Schulz, Duval, etc…  etc…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

14 février 1917 – Le communiqué de ce jour, nous apprend que l’artillerie aurait envoyé hier, environ vingt mille projectiles, pour l’exécution du coup de main devant Reims.

Cela faisait du bruit, en effet. Oui, pour un tintamarre, c’était un beau tintamarre.

Au bureau, une réflexion drôle de Guérin, nous fait rire, car il ne manque pas cette occasion de blaguer, à propos des vingt-trois prisonniers, en exprimant gravement l’avis que, dans ces conditions, « le Boche sur pied » doit revenir cher, la livre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 14 – Nuit extraordinairement agitée. Violents combats surtout jusqu’à 2 h. On dit qu’il y aurait eu 100 Allemands tués ; 23 prisonniers. Église Saint-André très endommagée. Commence la Messe sans avoir besoin de bougies. – 4° de froid.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Saint-André


Mercredi 14 février

Canonnade entre Oise et Aisne. Une forte patrouille allemande, dispersée par notre feu, a subi des pertes dans le secteur d’Aspach (Alsace).

Les Anglais ont rejeté un raid au sud de Pys. Au cours d’un coup de main opéré avec succès à l’est de Souchez, nos alliés se sont avancés de plusieurs centaines de mètres dans les lignes allemandes. Les défenses ennemies ont subi d’importants dégâts. Deux détachements anglais ont également pénétré dans les tranchées allemandes au nord-est de Neuville-Saint-Vaast, au nord de Loos et à l’est d’Ypres.

La situation des Turcs est devenue très critique à Kut-el-Amara.

Les opérations sont devenues plus actives en Macédoine, spécialement sur la Strouma et dans la région de Dorian.

Wilson a déjoué une dernière tentative du chancelier. Celui-ci essayait d’une suprême négociation : M. Wilson a demandé qu’avant tout, les dernières instructions données aux sous-marins fussent retirées.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 7 février 1917

Louis Guédet

Mercredi 7 février 1917

879ème et 877ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Toujours beau temps, fortes gelées mais un peu adoucies, mouvement de lune sans doute. Caisse d’Épargne ce matin. Courses après-midi, peu ou pas de courrier. Discuté avec Houlon sur une question de renvoi de pensionnaire boursière, emportée de la Maison de Retraite. Cas facile à la constatation que la boursière est tout à fait distincte de la pensionnaire. Je crois que j’y suis arrivé, et en tout cas qu’il faut que lui et Guichard suivent mon conseil de prudence. Mettre au pied du mur la surdité. Vu M. Georget un instant. Il se plaint fortement du Tribunal qui ne travaille pas plus à Épernay qu’il ne travaillait à Reims, et avec les bombes en moins cependant !! Singulier Tribunal et encore plus singuliers magistrats que nous avons-là !! C’est triste !…  En tout cas Georget n’est pas content. Je suis à jour. Je m’en désintéresse donc. Je me sens fort fatigué, épuisé même. Je crois que je tomberai. Et puis sans encouragement, sans soutien, sans amis, seul, abandonné de tous. C’est bien triste, bien pénible. Quelle vie de martyr j’aurais menée, sans espoir, sans consolation, sans espoir de voir même un beau jour…

Le feuillet 426 a été supprimé.

(Rayé). Mon brave (rayé) paraissait enchanté de ma (rayé). Il me contait qu’il avait (rayé) en septembre 1916 du concierge de (rayé) en face, qui un soir avait vu (rayé) comme (rayé) sur une (rayé). Il parait que c’était (rayé). Bref, il faut que cela finisse. J’ai heureusement rencontré (rayé) qui de son côté va faire un rapport à l’Armée. Et j’espère qu’on supprimera et le (rayé) de la (rayé) et (rayé) avec (rayé) lieu de la (rayé) comme accessoire.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 7 – – 7°. Nuit tranquille en ville ; mais toute la nuit canonnades et mitraillades, intermittentes mais fréquentes. Canonnades, mitraillades près de Reims entre batteries. Bombes sifflantes à 2 h. Visite du Photographe de l’Armée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 7 février

Vives luttes d’artillerie, en Belgique, dans le secteur du canal de  sur la rive droite de la Meuse, entre Louvemont et les Chambrettes, ainsi qu’en Lorraine, dans la région Emberménil-Reillon.

Deux coups de main ennemis ont échoué sous nos feux à la droite de la Meuse, l’un à l’est de Louvemont, l’autre aux Eparges.

En Lorraine, l’ennemi a attaqué une de nos tranchées vers la digue de Parroy, au nord-ouest de la forêt. Une fraction allemande, qui avait pénétré jusqu’à notre première ligne, en a été immédiatement rejetée par notre contre-attaque.

Dans la région d’Ancerviller, nous avons capturé une patrouille allemande.

En Alsace, dans la région d’Aspach, au nord-ouest d’Altkirch, après une préparation d’artillerie, nos reconnaissances ont pénétré en trois points différents dans les positions allemandes. Après avoir bouleversé les ouvrages de l’adversaire et détruit ses abris, nos troupes sont rentrées sans avoir subi de pertes.

L’Espagne a expédié sa réponse à la note allemande concernant le blocus. Le Brésil a également envoyé sa réponse.

La presse d’outre-Rhin continue à dire que la guerre avec l’Amérique ne lui inspire aucune crainte.

Les Anglais ont occupé 1000 mètres de tranchées ennemies sur le front de la Somme, dans la région de Grandcourt. Ils ont fait 48 prisonniers. Ils ont déployé une grande activité d’artillerie dans le secteur d’Ypres.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Paschendaele

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Lundi 22 janvier 1917

Louis Guédet

Lundi 22 janvier 1917

863ème et 861ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Ce matin la neige tombe fine et drue et parait vouloir tenir. Il fait froid. Je fais quelques courses au Greffe et vais à l’Hôtel de Ville, à la Chambre des notaires, c’est énorme le temps que l’on perd et ces allées et venues. Vers 11h la température s’adoucit, la neige nouvelle fond. Vers 2h1/2, après mes lettres écrites, je retourne à l’Hôtel de Ville voir aux allocations s’il n’y a rien d’important pour mercredi. Nous en aurons pour une demi-heure, 3/4 d’heure. Causé avec Houlon. Rencontré Charbonneaux qui me dit ses impressions sur les membres du Conseil de Guerre d’Orléans dans l’affaire Goulden. Tous ces officiers paraissaient s’en moquer, et leur opinion faite avant d’entendre qui que ce soit. Le président Colonel Gille a plutôt dédaigné les témoins, déchargé le Maire, Émile Charbonneaux, Raoul de Bary, Georget, que les écoutant pas, même considérant le Dr Langlet comme une personne négligeable. Il ne comptait pas plus qu’un boucher ou un charcutier qui serait venu déposer… Ce Colonel en a eu une bonne avec Goulden, comme celui-ci lui déclarait que sa succursale de Vienne est française : « Si votre maison de Vienne est française, dit le colonel Gille, vous me concéderez donc que votre maison de Reims est allemande !! »

Et voilà la logique de ces gens.

Bref Émile Charbonneaux est revenu avec une triste opinion de nos conseils de Guerre et surtout de ses membres !! Dire que j’en suis fâché ? Non ! Cela montre à nos riches négociants qu’ils ne sont pas des dieux, ni des aigles hors des limites de Reims. Cela ne peut que leur faire du bien.

Rentré à la maison, il fait plutôt doux. Je suis fatigué, je ne suis plus guère fort. Vais-je tomber ? Je vais, je marche en automate, mais que cette existence m’est lourde. Repassé à l’archevêché, rue du Cardinal de lorraine. Vu l’abbé Lecomte, secrétaire et vicaire Général, causé et survenant Mgr Neveux qui rentrait avec le Cardinal de faire quelques visites, notamment chez moi. Je me suis excusé. Causé assez longuement ensemble du procureur, de notre triste existence, etc…  Mgr Neveux a été plutôt cordial avec moi. J’irai dans quelques jours leur rendre visite. L’abbé Lecomte toujours affectueux avec moi. Vu aussi Lesage, parlé de mon état de santé, c’est le surmenage, et il me conseille de me reposer 1h dans la journée, et de surveiller mes insomnies, il m’a donné du bromure. Je suis bien las, bien triste.

Nos canons ont pas mal tiré cet après-midi et les allemands nous ont envoyé de gros obus vers le champ de foire, des avions, il y a bien longtemps que nous n’en n’avions vus. Le ciel était un peu éclairé et élevé, c’était fatal.

Rentrant ce soir de chez Ravaud à nuit close, les rues étaient sinistres, bordées de leurs maisons, ruinées ou non, sous leurs manteaux de neige, pas un bruit, le silence d’une tombe, quelques rares passants marchant d’un pas hâtif, furtif vers leurs logis, de crainte de réveiller un obus toujours possible. Cela émotionne, et serre le cœur. On aurait presque peur dans cette nuit sans lumière au milieu des ruines. Une seule note un peu humaine, je ne puis dire gaie, rompt de temps à autre ce lugubre silence que nos pas feutrés sur la neige semblent grandir, ce sont les voiturettes de nos laitières tintinnabulant, trimbalant ou brinquebalant, cahotant tandis que les femmes jasent entre elles ou devisent entre elles sans s’inquiéter du bruit du canon, des mitrailleuses qui claquent ou des minenwerfers ou crapouillots. Cependant que de fois je les ai maudites avec leur ferraille qui m’empêchait d’entendre les obus siffler, ou l’éclatement du schrapnel lançant sa gerbe de balles à quelques pas de nous !!! Ces femmes ont été héroïques, par tous les temps et par quelque bombardement que ce soit, au risque d’être tuées elles ont toujours fait leur distribution aux ménagères qui les attendaient patiemment sur le pas de leurs portes ou au coin des rues par groupes de 3/4 si les voiturettes ne passaient pas dans leur rue. Oui, elles ont été héroïques sans emphase, tout en jacassant, plaisantant même lorsqu’un obus sifflait un peu trop près, elles se blottissaient contre leurs voiturettes, comme si celles-ci pouvaient les protéger !! et l’obus éclaté les voilà à rire de leur peur !! Que de fois m’ont elles répondu quand je leur recommandais la prudence : « Que voulez-vous, M. le juge, on ne peut tout de même pas laisser ces pauvres femmes et ces p’tiots sans lait, et puis toutes (les bombes) ne tuent pas… » Il est vrai qu’aucune n’a été touchée depuis 30 mois !!…

Ces rentrées tardives me remémorent les scènes que j’ai lues naguère sur les tristesses et les épouvantes du choléra en 1852, ou 1831, mais au lieu des voiturettes des laitières, c’étaient les charrettes et les tombereaux dont les sonnettes appelaient en hâte leur chargement funèbre !

La ville sous son linceul de neige sommeille et le grand silence des canons la gueule ouverte s’appesantit sur elle, tandis que je me hâte vers le toit hospitalier que l’on a bien voulu m’accorder. C’est lugubre, angoissant, tragique. Les réflecteurs sillonnent le ciel, les fusils crépitent, les mitrailleuses déchirent, le canon gronde et grogne…  et les arrivées vous secouent, et tous les soirs, c’est à peu près toujours la même chose, et cela…  depuis bientôt trente mois !…  Non ! Vous ne saurez jamais ce que nous avons souffert…  ce que j’ai souffert. En verrai-je la fin ?

Si par le passé (dans l’avenir…) ces notes sont lues et même divulguées, tous auront cette impression continue de lassitude, de passivité, de tristesse, et d’aucuns diront peut-être que nous étions bien peu courageux, et ne comprendront même pas que nous soyons restés. Eh bien ! que ceux-là vivent les jours et les jours, les semaines et les semaines, les mois et les mois, les années et les années (comme celles) que nous avons vécues, passées, écoutées au son des palpitations de notre cœur angoissé, broyé, serré, saignant de douleur et de souffrance, et ils me comprendront !!  Chaque palpitation, chaque seconde de mon cœur a vécu un Drame. Le comprendrez-vous ? Vous qui me lirez, peut-être dans 100 ans, dans 50 ans, dans 10 ans, demain même ??!!!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 22 – Température : 0° ; Neige ; nuit tranquille en ville ; au loin canonnade. Aéroplanes français et allemands ; tir violent contre eux par canons et mitraillades. Violente canonnade entre batteries adverses. Chute de neige peu abondante dans la matinée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 22 janvier

Dans la région de Lassigny, une tentative allemande sur une de nos tranchées, vers Cauny-sur-Matz, a été aisément repoussée. L’ennemi a laissé des prisonniers entre nos mains.
Sur la rive droite de la Meuse, activité intermittente des deux artilleries.
Combats de patrouilles dans le bois des Caurières.
Sur le front italien, canonnades sans attaques.
Les Russes ont opéré un bombardement prolongé dans la région de Kovel.
Sur le front roumain, aucun événement n’est signalé.
Le tsar a adressé un rescrit au nouveau président du Conseil, prince Galitzine, pour affirmer sa volonté de poursuivre la guerre jusqu’à la victoire décisive et recommander une collaboration bienveillante entre le gouvernement et les assemblées. Il insiste aussi sur la nécessité de remédier à la crise alimentaire.
La Turquie proteste contre la note de l’Entente à M. Wilson, en invoquant le principe des nationalités.
La présence d’un corsaire allemand dans les eaux de l’Atlantique irrite non seulement les États-Unis, mais encore le Brésil.
Un laboratoire de munitions a sauté à , près de Berlin. Il y a des morts et des blessés.
Les Alliés ont signifié à la Grèce qu’elle avait jusqu’au 4 février pour transférer ses troupes du continent en Morée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Spandau

 

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Dimanche 21 janvier 1917

Rue Lesage

Louis Guédet

Dimanche 21 janvier 1917

862ème et 860ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Toujours le même temps, froid mais paraissant fléchir, la neige fond un peu. Il fait froid quand même. Ciel gris, vole la neige, vole toujours au-dessus de nos têtes ! Silence sur toute la ligne, c’est vraiment impressionnant ! Que se prépare-t-il ? Ce n’est pas sans m’inquiéter ! On jase, ragote, rapporte un tas de nouvelles plus ou moins vraies ! à force on n’y prête plus attention, on annonçait la prise de Soissons ! Des troupes formidables se rassemblent autour de Reims, on va évacuer…  tout cela est énervant, quoique je n’y crois pas je ne suis pas sans être impressionné. Dans la rue je suis arrêté 20 fois pour me demander ce qui peut être exact sur ces faux bruits. Je rassurer le mieux que je puis…  mais beaucoup restent incrédules. Les faux bruits sont toujours plus crus que les vraies nouvelles.

On cause toujours beaucoup de l’affaire Goulden ! En général on dit qu’il a de la chance de s’en être tiré avec la seule amende ! En tout cas tout a été bien préparé, machiné et de Truchsess a servit de « tête de turc ». Il en sera quitte pour émarger d’un x % sur les bénéfices de la Maison Heidsieck-Monopole et tout le monde sera content.

Non. Auguste Goulden n’a pas ignoré la loi du 4 avril 1915 ! A telle enseigne qu’à ce moment-là il m’a causé de sa société et de Brinck (à vérifier) son associé allemand, me demandant s’il y avait un moyen de le supprimer, et je le vois encore sur le péristyle de l’escalier de l’Hôtel de Ville causant avec moi. Et comme ma réponse était négative, et que je lui conseillais d’aller voir le Procureur de la République pour lui exposer son affaire en toute simplicité, il me répondit avec sa morgue habituelle de riche négociant : « Je ne vais pas voir ces gens-là !! » Je lui répondis : « Vous avez tort, réfléchissez ! » Et quand Dondaine, nommé séquestre est allé au siège de la société rue de Sedan pour prendre les renseignements avec le Commissaire de Police du 2ème canton, j’étais encore là : « Réponse négative ! Refus ! » – « Nous n’avons pas d’ordres !! » Toujours la porte fermée…

Tout cela ne pouvait qu’indisposer le Parquet !! auprès duquel j’ai défendu de mon mieux Auguste Goulden qui ne le saura jamais, et si le rapport de M. Bossu a été moins violent et moins dur, c’est grâce à cela, et à mes instances. Le Procureur me l’a avoué après. J’avais tout de même ébranlé sa conviction que Goulden était un pro-Boches. Mais il était très remonté contre lui au début : Je le vois encore brandissant son ordre de saisie des vins achetés par Guillaume II à la Maison Heidsieck-Monopole, et me disant : « Je saisis Guillaume en attendant la torpille que je prépare à Goulden, qui, vous avez beau dire M. Guédet, est un allemand ! » Je protestais…  je défendais ce pauvre Auguste Goulden, j’allais même jusqu’à plaider du manque d’intelligence de sa part : « Soit de la bêtise si vous voulez, M. le Procureur, mais allemand non ! » Enfin l’avenir nous dira le reste. Tout le monde complote en Champagne. (Rayé) …intéressante.

Que voulez-vous donc aussi, que le Dr Langlet, Émile Charbonneaux, Raoul de Bary, Georget disent et déposent au sujet de Goulden !! Ils ne pouvaient pas le charger et mon Dieu dire le fond de leur vraie pensée !!…

Enfin l’affaire est jugée. Il échappe à la prison, tant mieux pour lui, et surtout pour sa charmante jeune femme et son enfant. Mais l’opinion restera toujours fort incrédule sur son innocence !…  et le premier verdict sera toujours pour beaucoup le seul reconnu juste, le vrai.

Une bien bonne que Croquet mon greffier militaire pour les réquisitions me comptait hier. Il me disait qu’il n’était pas sûr que le sous-Intendant Payen viendrait à l’audience de jeudi prochain, parce qu’on avait défendu aux automobiles militaires de circuler à cause de la neige, et donc la crainte d’accidents !! Alors Payen cherchait un civil ayant automobile qui pourrait l’amener ici jeudi !! C’est le comble !!…  et bien militaire.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 21 janvier 1917 – Par un beau temps sec et un calme relatif assez engageant, l’idée me vient de tenter une promenade matinale en direction du Petit-Bétheny, sans savoir quel pourra en être le terminus, puisque c’est la première fois que j’essaierai de me rendre compte jusqu’où les habitants de Reims sont autorisés à circuler de ce côté. Je m’aperçois, en suivant la rue de Bétheny que la limite de circulation est fixée à hauteur de l’établissement des Petites Sœurs des Pauvres, la zone militaire commençant à cet endroit.

Ne pouvant aller au-delà, j’effectue mon retour par la rue de Sébastopol, le faubourg Cérès et la rue Jacquart que je n’ai qu’à longer jusqu’au bout pour rentrer place Amélie-Doublié par la rue Lesage.

Tandis que je m’approche du pont Huet et que les sifflements se font entendre maintenant et de mieux en mieux, je vois parfaitement les explosions des obus se succédant les uns aux autres, rue de Brimontel, à droite, vers le dépôt des machines de la Cie de l’Est. C’est là, que « ça » tombe aujourd’hui sans arrêt.

La pensée me vient seulement, en apercevant nos pièces en batterie à la gare du CBR, puisqu’elles se sont mises à claquer au moment de mon passage devant elles — ce qui m’a fait comprendre une fois de plus, qu’à si peu de distance et lorsqu’on ne s’y attend pas, il faut bien se tenir au départ d’un 75 — que je me trouve peut-être par ici, dans une zone interdite. Je l’ignore totalement, n’ayant vu personne depuis le faubourg Cérès, et, d’ailleurs, je suis trop près du but maintenant ; je continue donc en traversant les voies du chemin de fer sur le pont Huet, pour regagner mon domicile provisoire, dans le quartier, par la partie haute de la rue Lesage, où il n’y a plus guère que des cantonnements.

Et tout en terminant ma tournée, je pense que les canonniers qui m’ont révélé leur présence doivent s’amuser, de temps en temps, quand ils voient venir quelque passant à qui ils ne peuvent faire une surprise ; il est vrai que l’occasion doit être très rare dans ces parages.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage


Cardinal Luçon

Dimanche 21 – – 2°. Nuit tranquille ; journée tranquille en ville ; au loin canonnade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 21 janvier

Dans la région du sud de Lassigny, la lutte d’artillerie a continué avec une certaine violence. Un coup de main ennemi, dirigé sur une de nos tranchées, a échoué.
Au nord-ouest de Soissons, une incursion dans les lignes adverses du secteur de Vingré, nous a permis de ramener des prisonniers.
En Alsace, rencontre de patrouilles dans le secteur de Burnhaupt. Une forte reconnaissance allemande qui tentait d’aborder nos lignes dans la région au sud-ouest d’Altkirch a été repoussée par nos feux. Canonnade intermittente sur le reste du front.
Sur le front belge, bombardement réciproque dans le secteur de Ramscapelle. Les pièces belges ont contre-battu les batteries allemandes dans la région de Dixmude, où de violents duels d’artillerie out eu lieu au cours de la journée. Vives actions d’artillerie de campagne et de tranchée vers Steenstraete et Hetsas.
Sur le front d’Orient, canonnade dans la région de Magarevo-Tirnova, sur le Vardar et vers Djoran.
Les Russes ont exécuté un raid heureux dans la zone de Sparavina. Rencontres de patrouilles au sud de Vetrenik et sur la Strouma, vers Hornoudos.
Les Russo-Roumains ont cédé du terrain aux Austro-Allemands à l’un des passages du Sereth.
Canonnade sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 19 janvier 1917

Louis Guédet

Vendredi 19 janvier 1917

Le froid persiste et la neige aussi, avec verglas. Je suis assez grippé. Pas sorti ce matin, travaillé. Après-midi, été assister à l’ouverture d’un coffre-fort, le 55ème !!!

Depuis le retour de Paris, le texte a été recopié par Madeleine. Il manque le feuillet 408.

La ville parait être un tombeau.

Au sujet d’Heidsieck-Monopole 4 journaux parlent du jugement du conseil de Guerre d’Orléans, devant lequel le procès en révision d’Auguste Goulden avait été renvoyé. L’Écho de Paris résume les griefs et les dépositions, etc…  résultat condamnation sur le 3ème et dernier chef, seulement pour défaut de déclaration de créances et conventions existant avec l’Ennemi, à 20 000 F le maximum. On ajoute que le défaut de déclaration vient de ce que le fondé de pouvoir M. de Truchsess n’aurait pas fait le nécessaire comme c’était son devoir, etc…  Oui ! mais c’est tout le contraire qui a eu lieu, chaque fois que le Procureur de la République a envoyé quelqu’un pour faire prendre des renseignements, on a toujours répondu par ces mots : « Impossible, nous n’avons pas reçu d’ordres ! » Réponse faite par Ballon de Truchsess lui-même, le fondé de Pouvoir. Bref je reviendrai sur cette histoire scandaleuse après que j’en aurai causé à Dondaine, qui comme moi a été au courant de ce qui s’est passé.

En tout cas l’Écho de Paris ne parait pas très convaincu de l’innocence d’Auguste Goulden, et de la justesse du verdict !!!  et moi aussi. Tout cela, mystères, compromissions, combinaisons (Charbonneaux, Langlet, Raoul de Bary, Georget, appelés à la rescousse, et tous assez embêtés de cela du reste)… (rayé)

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 19 – – 3°. Nuit tranquille à Reims. Neige et gelée, temps couvert. Je n’ai pas pu ouvrir la porte de la palissade de la Cathédrale, à cause sans doute que la serrure était collée par la glace au chambranle. Via Crucis in Cathedrali à 2 h. Étrennes. Forte canonnade réciproque entre batteries adverses dans la matinée. Canons allemands faisant un bruit énorme.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 19 janvier

Duels d’artillerie assez sérieux dans les Vosges, en Lorraine, et dans la région de Soissons. Calme sur le reste du front.
Sur le front belge, canonnade dans les secteurs de , de Dixmude et d’Hetsas. Lutte à coups de bombes vers Steenstraete. Les Anglais ont réalisé de nouveaux progrès au nord de Beaucourt-sur-Ancre, à la suite de l’opération qu’ils avaient exécutée dans ce secteur. Ils ont bombardé les positions ennemies à l’est du bois Grenier et de Ploeghteert. L’artillerie allemande a montré de l’activité au sud de Sailly-Saillisel et à l’est de Béthune.
Les Russes, au sud de Smorgon, ont pénétré dans les retranchements allemands; en même temps, ils faisaient jouer trois galeries-mines. Dans la région à l’ouest de Semerinka, leur artillerie a détruit les abris ennemis. Sur la Bistrytsa, les éclaireurs ennemis ont été repoussés et ont abandonné des armes et des munitions.
Dans les Carpathes boisées, les Austro-Allemands ont subi un échec au sud du mont Puévi.
Sur le front roumain, échec de l’ennemi au sud de l’Oltuz et au sud de Monastirka. Succès roumain au sud-ouest de Proléa : nos alliés ont capturé de nombreux prisonniers et 7 mitrailleuses.
Le général Chouvaïef, ministre de la Guerre russe a démissionné; il est remplacé par le général Bielaef.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 17 août 1916

Louis Guédet

Jeudi 17 août 1916

705ème et 703ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps couvert, lourd, de la pluie orageuse vers 9h1/2. Rien de saillant. Le calme. Reçu pas mal de monde ce matin. Georget (Directeur des Docks Rémois (1852-1927)) pour réquisitions militaires, Potoine (Edmond Potoine, négociant en charbons (1865-1919)), 2 gendarmes pour enquêter sur l’opportunité de me donner un adjoint à mon greffier pour assurer le service de ces susdites réquisitions. Cette après-midi fait quelques courses, rencontré l’abbé Frézet, curé de St Jacques et son vicaire l’abbé Debout. Causé assez longuement sur les événements et surtout sur la tenue et l’attitude et la conduite de nos officiers de l’arrière. Ils m’ont appris que les postes téléphoniques avaient prévenu le parc d’aviation que les avions allemands survolaient Reims dimanche dernier, 13, jour de l’incendie de l’Hôtel-Dieu, mais que ces Messieurs n’avaient pas daigné se déranger. Voilà comment l’Hôtel-Dieu a été laissé incendier et comment tous ces pécores-là protègent notre ville. Ils préfèrent faire la Noce. Reçu lettre de ma pauvre femme qui s’inquiète de Jean qui est très fatigué et elle craint (rayé) qu’il ne se nourrisse pas suffisamment. Encore une inquiétude à ajouter à toutes les autres, quand donc en verrai-je la fin !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

17 août 1916 – Bombardement, vers 20 h. Les éclats des six ou sept premiers obus, faisant explosion en direction du Port-sec, arrivent jusque sur la place Amélie-Doublié — puis le tir s’allonge beaucoup.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Jeudi 17 – Nuit tranquille ; journée de même. Visite à l’ambulance… Reçu visite du Lieutenant-Colonel Villier (Donné Mandement sur vœu national) (non).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 17 août

Sur le front de la Somme, grande activité de notre artillerie, au nord de la rivière et dans la région au sud de Belloy, d’Estrées et au nord de Lihons.
Au nord de l’Aisne, un détachement ennemi a pénétré, après un vif bombardement, dans un petit saillant de notre ligne au nord-ouest de Beaulne : il en a été chassé par notre contre-attaque.
Sur la rive droite de la Meuse, une série d’actions de détail nous a permis d’enlever des éléments de tranchées allemandes sur un front de 300 mètres et une profondeur de 100. Les contre-attaques ennemies ont été enrayées par nos feux de barrage.
Progrès russes sur le Sereth. Sur la Zlota-Lipa, nos alliés se sont approchés de son affluent, la Stani-Tesemouve et ont passé sur la rive occidentale. Dans la région du Dniester, ils ont pris le village de Toustobaba, qui était entouré de rangées ininterrompues de tranchées avec de nombreux boyaux de communication.
Les Anglais ont réoccupé la presque totalité des tranchées où l’ennemi s’était installé au nord-ouest de Pozières. Ils ont pénétré dans les tranchées allemandes près de la ferme du Mouquet. Un coup de main dirigé par eux au sud d’Armentières, a provoqué dans les lignes ennemies un désordre que leur artillerie a mis à profit.
Le général Cadorna a fait de nouveaux Progrès dans le Calso et à l’ouest de Gorizia. Il a capturé 1700 Autrichiens.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 4 mai 1916

Louis Guédet

Jeudi 4 mai 1916

600ème et 598ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2  Temps orageux, lourd, fatiguant, beaucoup d’avions. Toujours occupé. Sorti un peu l’après-midi, rencontré au Palais le procureur et Georget des Docks (Victor Georget, 1852-1927, fondateur en 1888 des Docks Rémois, avec pour enseigne Le Familistère). Causé longuement des événements et de la mentalité des Rémois de l’arrière. Nous sommes d’accord : on ne nous pardonnera jamais d’être restés. Lettre de Madeleine qui n’en n’a pas encore reçu de Jean. Elle est fort triste et moi aussi. Le temps orageux que nous avons est fort fatiguant.

8h  A 6h3/4 voilà les bombes, et des grosses, assez près. Je commence déjà nos préparatifs d’exode dans la cave. Les registres d’étude, les dossiers et les minutes courantes, etc…  Que de fois les aurai-je tenus, préparés, descendus, remontés !!! Parfois, en les prenant pour les donner à mes braves serviteurs compagnons d’infortune Jacques et Adèle – Lise ne fait que nous regarder – pour les descendre, la tentation me vient de laisser tout là !! Tant pis qu’ils soient brûlés, broyés, écrasés, pulvérisés, mais que je n’ai plus ce souci, cette obsession de les mettre en sûreté !!! Ce serait fini, je n’y penserais plus !! Oui ! mais le Devoir ! la Responsabilité purement morale me ressaisi et je re-traîne mon boulet !!

Été à 5h voir le bon Père Virion (au collège St Joseph), qui est toujours surprenant de calme et de bonhommie. Il m’a montré le trou de la bombe du 2 avril tombée dans la Cour d’Honneur de leur collège de la rue de Venise, 35 – 37, en face de la statue de St Joseph qui est au rond-point côté chapelle ouest en opposition avec celle de la Vierge, est. Le pauvre St Joseph a lui aussi écopé, il a un pied de moins, un trou ou 2 dans sa robe et un au cœur. C’est digne d’une victoire de la Kultur Allemande ! En tout cas le brave St Joseph n’en n’a pas pour cela lâché son Enfant Jésus qu’il soutient de son bras avec son air toujours placide et componctueux.

La soirée est lourde, orageuse. Je souffre vraiment de la chaleur. Pauvre Jean, pauvre enfant, pourvu que là-bas à Rennes il n’ait pas cette température déprimante et lourde.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 mai 1916 – Bombardement sur le centre, commencé à 18 h 1/2.

La rue des Élus, la rue Cérès, la place des Marchés, la rue Courmeaux sont éprouvées. Dans cette dernière rue, la maison à l’angle gauche de la rue Saint-Crépin, où était installée une succur­sale des Établissements Économiques, gérée par M. et Mme Frissart, est défoncée par un obus.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Jeudi 4 – Nuit tranquille ; journée assez tranquille en ville, sauf conver­sation bruyante par gueule du canon, à coups de grenades ou torpilles. 5 h. Trois aéroplanes français. Visite du lieutenant Millac me proposant une visite aux tranchées. Visite de M. l’abbé Queutelot, de M. de Vitray. 6 h. 3/4. 7 h. Bombes sur la ville, rue des Marchés, rue de Tinqueux, etc. Mort du Cardinal Sevin, à 6 h. 45 du matin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 4 mai

En Argonne, après un vif bombardement avec des obus lacrymogènes, l’ennemi a tenté une attaque sur nos tranchées entre la Harazée et le Four-de-Paris. Il a été repoussé et fortement éprouvé par nos feux.
Bombardement violent du secteur d’Avocourt.
Nos troupes, par un brillant assaut, ont enlevé les positions allemandes au nord-ouest du Mort-Homme. Nous avons fait 100 prisonniers et capturé quatre mitrailleuses.
On signale de graves désordres à Dublin, trois des chefs de la révolte irlandaise ont été fusillés. Les cours martiales fonctionnent à Dublin. M. Birrell, secrétaire d’État pour l’Irlande, a démissionné. La Chambre des Communes a voté en première lecture le bill sur la conscription pour les hommes mariés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Dimanche 13 février 1916

Louis Guédet

Dimanche 13 février 1916

519ème et 517ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Journée assez calme, froide, pluvieuse, de saison. Trois grosses marmites sont passées au-dessus de la maison à 10 minutes d’intervalle à 1h comme je déjeunais. C’est tout. Travaillé d’arrache-pied pour rattraper mon retard. Ma correspondance est à jour. Il me faut attaquer maintenant le résumé de mon voyage et mettre tout au point, avec la vie coutumière, les dérangements, les audiences, etc… Pas de nouvelles des miens. Écrit à M. Georget à l’occasion de la mort de mon jeune confrère Montaudon (Albert Montaudon, notaire à Reims, né en 1880, tué à l’ennemi le 27 janvier1916 à Neuville-Saint-Vaast(62)). C’était un brave cœur, un bon confrère. Vu Dondaine, mon dévoué confrère de Beine qui m’est d’un bien grand secours comme avoué suppléant,  greffier de Paix et clerc de l’Étude Jolivet. Si je ne me trompe, c’est un garçon de valeur et qui fera son chemin. C’est (ce sera) une bonne recrue pour notre corporation.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 13 février 1916 – Quelques projectiles sifflent dans la matinée.

—- Vers 13 h 1/4, quatre ou cinq obus tombent à la Haubette ; il y a des blessés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche l3 – Nuit tranquille dans l’ensemble sauf violente canonnade à certains moments ; + 3 ; Bombes sifflantes sur la ville, et à Sainte-Clotilde à 8 h. 1/2. Violente canonnade française à 9 h. De midi à l h., toutes les 10 minutes, grosses bombes sur la ville, Pont de chemin de fer à l’embranchement de la route d’Épernay ; abattoir, Pont de Muire. Nuit bruyante un peu au loin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Dimanche 13 Février 1916.

Je crois que le bombardement va reprendre comme auparavant. Aujourd’hui dimanche j’étais partie à 6 heures du matin pour aller dire bonjour à la marraine et à Jean-Pierre. Ils s’ennuyaient après moi. En sortant de chez eux je suis allée dire bonjour à M. Cristé et à Mme Mitouard. Au moment de repartir le bombardement commençait sur le quartier Cernay et la batterie Walbaum.

J’ai attendu un moment mais voyant que cela n’arrêtait pas je me suis décidée à revenir. Je t’assure que je n’ai pas été longtemps. Si je venais à être tuée, pense donc, mes deux pauvres tout petits ! Enfin je suis rentrée sans mal mais ils ont bombardé une partie de la journée. Ils ont fait des victimes jusqu’au pont d’Épernay. Les demoiselles Malaizé qui étaient réfugiées porte de Paris ont été blessées toutes deux. C’est un vrai cauchemar.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Dimanche 13 février

En Belgique, après une préparation d’artillerie assez violente, les Allemands ont plusieurs fois tenté de franchir le canal de l’Yser, près de Steenstraete et d’Hetsas. Ces tentatives ont échoué sous le feu combiné de notre artillerie et de nos mitrailleuses.
En Champagne, vive canonnade près de la butte du Mesnil et de Navarin. Dans la région de Navarin, après un bombardement de plusieurs heures, l’ennemi a pu pénétrer dans un petit saillant de notre ligne. Au nord-est de la butte du Mesnil, où nous avions pris environ 300 mètres de tranchées, les Allemands ont procédé à une contre-attaque. Ils ont été repoussés, puis nous avons progressé de nouveau, en faisant des prisonniers.
Lutte de mines à notre avantage en Argonne (Four de Paris).
Dans les Vosges (nord de Wissembach, est de Saint-Dié), nous avons, par nos feux d’infanterie, brisé une attaque.
Une note officielle italienne annonce que L’Italie participera prochainement à une conférence des alliés tenue à Paris.
Une troupe anglaise a été assaillie par les Arabes en Mésopotamie.
M. Sasonof déclare que la guerre ne peut plus durer longtemps.

 

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