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Dimanche 21 janvier 1917

Rue Lesage

Louis Guédet

Dimanche 21 janvier 1917

862ème et 860ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Toujours le même temps, froid mais paraissant fléchir, la neige fond un peu. Il fait froid quand même. Ciel gris, vole la neige, vole toujours au-dessus de nos têtes ! Silence sur toute la ligne, c’est vraiment impressionnant ! Que se prépare-t-il ? Ce n’est pas sans m’inquiéter ! On jase, ragote, rapporte un tas de nouvelles plus ou moins vraies ! à force on n’y prête plus attention, on annonçait la prise de Soissons ! Des troupes formidables se rassemblent autour de Reims, on va évacuer…  tout cela est énervant, quoique je n’y crois pas je ne suis pas sans être impressionné. Dans la rue je suis arrêté 20 fois pour me demander ce qui peut être exact sur ces faux bruits. Je rassurer le mieux que je puis…  mais beaucoup restent incrédules. Les faux bruits sont toujours plus crus que les vraies nouvelles.

On cause toujours beaucoup de l’affaire Goulden ! En général on dit qu’il a de la chance de s’en être tiré avec la seule amende ! En tout cas tout a été bien préparé, machiné et de Truchsess a servit de « tête de turc ». Il en sera quitte pour émarger d’un x % sur les bénéfices de la Maison Heidsieck-Monopole et tout le monde sera content.

Non. Auguste Goulden n’a pas ignoré la loi du 4 avril 1915 ! A telle enseigne qu’à ce moment-là il m’a causé de sa société et de Brinck (à vérifier) son associé allemand, me demandant s’il y avait un moyen de le supprimer, et je le vois encore sur le péristyle de l’escalier de l’Hôtel de Ville causant avec moi. Et comme ma réponse était négative, et que je lui conseillais d’aller voir le Procureur de la République pour lui exposer son affaire en toute simplicité, il me répondit avec sa morgue habituelle de riche négociant : « Je ne vais pas voir ces gens-là !! » Je lui répondis : « Vous avez tort, réfléchissez ! » Et quand Dondaine, nommé séquestre est allé au siège de la société rue de Sedan pour prendre les renseignements avec le Commissaire de Police du 2ème canton, j’étais encore là : « Réponse négative ! Refus ! » – « Nous n’avons pas d’ordres !! » Toujours la porte fermée…

Tout cela ne pouvait qu’indisposer le Parquet !! auprès duquel j’ai défendu de mon mieux Auguste Goulden qui ne le saura jamais, et si le rapport de M. Bossu a été moins violent et moins dur, c’est grâce à cela, et à mes instances. Le Procureur me l’a avoué après. J’avais tout de même ébranlé sa conviction que Goulden était un pro-Boches. Mais il était très remonté contre lui au début : Je le vois encore brandissant son ordre de saisie des vins achetés par Guillaume II à la Maison Heidsieck-Monopole, et me disant : « Je saisis Guillaume en attendant la torpille que je prépare à Goulden, qui, vous avez beau dire M. Guédet, est un allemand ! » Je protestais…  je défendais ce pauvre Auguste Goulden, j’allais même jusqu’à plaider du manque d’intelligence de sa part : « Soit de la bêtise si vous voulez, M. le Procureur, mais allemand non ! » Enfin l’avenir nous dira le reste. Tout le monde complote en Champagne. (Rayé) …intéressante.

Que voulez-vous donc aussi, que le Dr Langlet, Émile Charbonneaux, Raoul de Bary, Georget disent et déposent au sujet de Goulden !! Ils ne pouvaient pas le charger et mon Dieu dire le fond de leur vraie pensée !!…

Enfin l’affaire est jugée. Il échappe à la prison, tant mieux pour lui, et surtout pour sa charmante jeune femme et son enfant. Mais l’opinion restera toujours fort incrédule sur son innocence !…  et le premier verdict sera toujours pour beaucoup le seul reconnu juste, le vrai.

Une bien bonne que Croquet mon greffier militaire pour les réquisitions me comptait hier. Il me disait qu’il n’était pas sûr que le sous-Intendant Payen viendrait à l’audience de jeudi prochain, parce qu’on avait défendu aux automobiles militaires de circuler à cause de la neige, et donc la crainte d’accidents !! Alors Payen cherchait un civil ayant automobile qui pourrait l’amener ici jeudi !! C’est le comble !!…  et bien militaire.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 21 janvier 1917 – Par un beau temps sec et un calme relatif assez engageant, l’idée me vient de tenter une promenade matinale en direction du Petit-Bétheny, sans savoir quel pourra en être le terminus, puisque c’est la première fois que j’essaierai de me rendre compte jusqu’où les habitants de Reims sont autorisés à circuler de ce côté. Je m’aperçois, en suivant la rue de Bétheny que la limite de circulation est fixée à hauteur de l’établissement des Petites Sœurs des Pauvres, la zone militaire commençant à cet endroit.

Ne pouvant aller au-delà, j’effectue mon retour par la rue de Sébastopol, le faubourg Cérès et la rue Jacquart que je n’ai qu’à longer jusqu’au bout pour rentrer place Amélie-Doublié par la rue Lesage.

Tandis que je m’approche du pont Huet et que les sifflements se font entendre maintenant et de mieux en mieux, je vois parfaitement les explosions des obus se succédant les uns aux autres, rue de Brimontel, à droite, vers le dépôt des machines de la Cie de l’Est. C’est là, que « ça » tombe aujourd’hui sans arrêt.

La pensée me vient seulement, en apercevant nos pièces en batterie à la gare du CBR, puisqu’elles se sont mises à claquer au moment de mon passage devant elles — ce qui m’a fait comprendre une fois de plus, qu’à si peu de distance et lorsqu’on ne s’y attend pas, il faut bien se tenir au départ d’un 75 — que je me trouve peut-être par ici, dans une zone interdite. Je l’ignore totalement, n’ayant vu personne depuis le faubourg Cérès, et, d’ailleurs, je suis trop près du but maintenant ; je continue donc en traversant les voies du chemin de fer sur le pont Huet, pour regagner mon domicile provisoire, dans le quartier, par la partie haute de la rue Lesage, où il n’y a plus guère que des cantonnements.

Et tout en terminant ma tournée, je pense que les canonniers qui m’ont révélé leur présence doivent s’amuser, de temps en temps, quand ils voient venir quelque passant à qui ils ne peuvent faire une surprise ; il est vrai que l’occasion doit être très rare dans ces parages.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage


Cardinal Luçon

Dimanche 21 – – 2°. Nuit tranquille ; journée tranquille en ville ; au loin canonnade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 21 janvier

Dans la région du sud de Lassigny, la lutte d’artillerie a continué avec une certaine violence. Un coup de main ennemi, dirigé sur une de nos tranchées, a échoué.
Au nord-ouest de Soissons, une incursion dans les lignes adverses du secteur de Vingré, nous a permis de ramener des prisonniers.
En Alsace, rencontre de patrouilles dans le secteur de Burnhaupt. Une forte reconnaissance allemande qui tentait d’aborder nos lignes dans la région au sud-ouest d’Altkirch a été repoussée par nos feux. Canonnade intermittente sur le reste du front.
Sur le front belge, bombardement réciproque dans le secteur de Ramscapelle. Les pièces belges ont contre-battu les batteries allemandes dans la région de Dixmude, où de violents duels d’artillerie out eu lieu au cours de la journée. Vives actions d’artillerie de campagne et de tranchée vers Steenstraete et Hetsas.
Sur le front d’Orient, canonnade dans la région de Magarevo-Tirnova, sur le Vardar et vers Djoran.
Les Russes ont exécuté un raid heureux dans la zone de Sparavina. Rencontres de patrouilles au sud de Vetrenik et sur la Strouma, vers Hornoudos.
Les Russo-Roumains ont cédé du terrain aux Austro-Allemands à l’un des passages du Sereth.
Canonnade sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 8 août 1915

Louis Guédet

Dimanche 8 août 1915

330ème et 328ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Nuit assez tranquille, le temps à l’air de se remettre au beau. Je suis malade. Je ne sais ce que j’ai mais pas d’appétit et lassitude telle que je suis resté au lit jusqu’à maintenant. Je fais un effort pour me lever et écrire ces quelques lignes. L’ennui, la lassitude, le découragement, tout enfin. L’épreuve est trop longue et trop dure.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

La nouvelle que j’attendais impatiemment, d’une naissance augmentant ma famille, venant de ma parvenir, je fais l’impossible pour partir immédiatement à Épernay, car j’ai naturellement hâte d’aller embrasser notre petite Antoinette Jeanne, née le 4 et passer quelques instants, si courts soient-ils, auprès de sa mère et de ses frères et sœur.

Arrivé le 8, vers midi, par Dormans, je suis de retour le 9, à 19h 1/2, après être descendu du CBR à Pargny.

Voyage beaucoup trop court, que j’espère être à même de recommencer bientôt avec un séjour plus prolongé, cette fois.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Dimanche 8 – Nuit tranquille, canonnade sourde, très lointaine toute la nuit. Canon toute la journée vers Brimont. Quelques bombes sur la ville. Visite à Villedommange, aux prêtres-soldats, au presbytère et à tous les fidèles, à l’église avec M. Camu. Rencontre en route du Colonel Colas. Entré chez M. le curé des Mesneux et chez M. l’abbé Philippart.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Et pendant ce temps là, les poilus pendant une permission à Château-Thierry: Photographie : Louis Corré - Source : Gérard Corré

Et pendant ce temps là, les poilus pendant une permission à Château-Thierry: Photographie : Louis Corré – Source : Gérard Corré


Dimanche 8 août

Actions d’artillerie en Artois, autour de Souchez et de Roclincourt; entre Somme et Oise, entre Oise et Aisne, au plateau de Nouvion.
En Argonne, combat à la côte 213. Les Allemands sont deux fois repoussés; ils sont également chassés d’une tranchée où ils avaient pris pied.
Dans la forêt d’Apremont, bombardement intense.
Dans les Vosges, l’ennemi canonne le Linge et le Schratzmaennele. Sur ce dernier point, il a prononcé une attaque que nos tirs de barrage ont arrêtée. Une autre offensive a été rejetée à la baïonnette.
Les Italiens avancent autour de Goritz, que les Autrichiens évacuent progressivement.
Les Russes continuent à se battre avec vaillance autour de Varsovie.
On annonce que les Allemands envoient des quantités de troupes vers le front occidental.
L’Italie a adressé une nouvelle demande d’explications à la Tu
rquie.

Source : La guerre au jour le jour

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Jeudi 28 janvier 1915

Paul Hess

Bombardement.

Vers 11 heures, trois camionneurs de la maison Plumet, occupés à la préparation d’un wagon de caisses de champagne à expédier, sont tués dans la cour du CBR, rue Jacquart.

Ce sont MM. Michel Kariger, 67 ans ; Ernest Guidet, 55 ans et Victor Dautel, 52 ans.

– à 17 h, les obus sifflent encore, envoyés de très près ainsi que cela a été constaté maintes fois depuis quelques temps, les coups de départs s’entendant aussi bien que les explosions des projectiles.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Gare du CBR, rue Jacquart

Gare du CBR, rue Jacquart


Cardinal Luçon

Jeudi 28 – Nuit tranquille pour la ville à partir de 10 h. Canonnade toute la journée. Bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

28 – jeudi – Beau temps, gelée. Violente canonnade de nos grosses pièces dès le matin. Le vent venant du nord-est, quand les coups partent les maisons de la Haubette tremblent sur leur base. A 2 h du soir le calme est un peu rétabli. Mais pas pour longtemps sans doute.

Trois hommes tués gare du CBR : Karger, Guidet et Dautel du routage (?) (et deux chevaux).

La nuit fut des plus terribles comme canonnade et bombardements. De 5 h 1/2 à 8 h 20 du soir 100 obus sur le 4ème canton.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Jeudi 28 janvier

Le combat s’est ralenti en Flandre, où un avion allemand a été abattu par les Belges.
L’affaire du 25 a coûté à l’ennemi un bataillon et demi. Celle de la Bassée, qui fut un gros échec pour lui, et où l’armée anglaise s’est vaillamment comportée, lui a coûté deux bataillons. Un coup de main, qu’il a tenté près de Tracy-le-Val, entre Oise et Aisne, n’a donné aucun résultat. L’infanterie allemande a attaqué sur le plateau de Craonne, mais elle a été repoussée avec des pertes très notables, 1000 cadavres étant restés sur le terrain. Elle n’a pu prendre pied que sur un point, à la Creute, des éboulements ayant enfermé deux de nos compagnies dans une ancienne carrière. Quatre assauts allemands ont été brisés dans l’Argonne.
Les Russes ont accompli des progrès sérieux en Prusse orientale où ils ont réussi à tourner la région fortifiée des lacs de Mazurie.
Le conseil fédéral allemand a été obligé d’avouer la disette croissante qui règne dans l’empire. Il a prononcé le séquestre pour tous les stocks de blé, de seigle, d’orge et de farine.
Des émeutes se sont produites en Transylvanie, où la haine des Hongrois grandit de jour en jour.
Trois corps d’armée turcs marcheraient contre l’Égypte : une escarmouche a eu lieu entre leur avant-garde et une patrouille anglo-égyptienne, à l’est du canal de Suez. Les troupes anglo-indiennes ont eu un succès dans le Chatt-el-Arab, près du golfe Persique.

 

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Mercredi 7 octobre

Abbé Rémi Thinot

7  OCTOBRE – mercredi-

Nuit calme ; peu dormi sur mon matelas.

1 heure ; Depuis une demi-heure, les obus sifflent à nouveau. Ils passent, sauvages, au-dessus de chez moi et vont éclater vers la rue de Vesle, la rue Libergier. Combien de désolation encore et de ruines. Combien de vies atteintes peut-être? Combien d’effroi. Mon Dieu, gardez au cœur de tous la confiance et la paix quand même… !

Hier matin, à 7 heures 1/2, une bombe est tombée chez M. Jadart. Le pauvre M. Jadart venait de quitter sa maison, partant pour Dormans. « Il n’en pouvait plus.. ! »

8  heures soir ; Encore une .Journée semée de terreurs. Des bombes de tous les côtés… La population est énervée… à bout de souffle. Avec cela, les nouvelles ne sont pas le « rêve ». Nous en avons pour bien longtemps encore.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

 Louis Guédet

Mercredi 7 octobre 1914

26ème et 24ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Nuit tranquille, il fait un soleil splendide, mais ils nous envoient encore des obus. Quand cela cessera-t-il ? Je n’ose plus l’espérer. Je suis dans un état de nervosité, d’impressionnabilité que si cela continue encore quelques jours je tomberai, je succomberai.

La demi-page suivante a été coupée aux ciseaux.

… Ils en ont tué pas mal…  mais à quoi bon, ils sont tant et tant.

Ce soir les nouvelles sont moins bonnes et alors la panique reprend parmi la population, si cela continue la Ville sera vidée et désertée, et alors, gare à la populace. Nous avons cependant déjà assez de misères comme cela sans que des troubles se mettent de la partie. Je ne puis croire que Dieu ne mette sa main là et arrête l’ennemi, fasse cesser nos peines, et nous donne de suite la Victoire, et qu’enfin nous puissions respirer au calme absolu. Nos épreuves sont suffisantes. Qu’il nous délivre !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Me conformant aux avis publiés par affiches et dans les journaux, je fais aujourd’hui au Bureau militaire de la mairie, la déclaration de ma situation au point de vue du recrutement.

Le bombardement continue.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Nuit du 6 au 7 assez tranquille, mais avec des bombes de temps en temps. Matinée : bombes, canon. Après-midi : bombes. Nuit du 7 au 8 assez tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Gaston Dorigny

A 8 heures du matin nous nous rendons à la gare du C.B.R. pour prendre le train pour Dormans. Plusieurs trains passent complets devant nous sans s’arrêter. Nous sommes obligés d’embarquer rue Jacquart.

L’affluence des partants est telle qu’on doit former des trains avec des wagons à charbon dans lesquels nous prenons place debout.

A peine à quelques kilomètres de Reims, nous apercevons un incendie à droite de la cathédrale. A Romigny (Marne) où le ravitaillement est campé un aéroplane allemand a jeté des bombes.

Tout au long des chemins on rencontre des tranchées qui on servi à la bataille de la Marne.

A midi ¼ nous arrivons à Dormans exténués. Là une foule énorme attend le départ du train pour Paris. A 2 heures ½ du soir nous montons dans le train où faute de place nous devons nous installer dans le fourgon jusqu’à Château Thierry où nous pouvons enfin trouver une place assise.

Nous arrivons à Paris à 8 heures du soir après un voyage mouvementé de 12 heures.

Nous sommes maintenant en sécurité après avoir supporté pendant 24 jours un bombardement continuel. Mais qui maintenant nous donnera des nouvelles de notre pauvre Reims et de ceux que nous y avons laissés ?

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Les jours suivants nous apprenons par des évacués de Reims que le bombardement continue. Pour la première fois les journaux de Paris, sans donner de détails rétrospectifs, disent que le bombardement de Reims continue.

Fin du journal de Gaston Dorigny

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Claude Balais

Et c’est ainsi que prit fin la vie rémoise de ma mère, alors âgée de 5 ans, et de ses parents. Dès lors les familles Noll, Dorigny, Thierry & Truxler, qui s’entendaient pourtant si bien selon ce que j’ai appris par la suite, se trouvèrent disloquées.

A Paris, mon grand-père pu faire une belle carrière dans la banque.

Seul le frère de ma grand-mère le célèbre sculpteur Alexandre Noll s’installa en Ile de France, mais les liaisons entre banlieues à l’époque n’étaient aisées.

Enfin les nouveaux désastres de la guerre mondiale qui éclata en 1939 achevèrent d’éloigner les alsaciens de leurs familles françaises.

Mon grand-père décédait en 1944, j’avais alors 8 ans.

J’aimais mon grand-père Gaston, peut-être était il mon seul refuge lorsque j’étais en détresse. Cela m’arrivait souvent (comme je serai amené à en parler plus tard), notamment lors d’une violente altercation entre mon propre père et son beau-père dont j’ai été malheureusement le témoin, enfant de 8 ans, terrorisé.

Je me souviens d’un homme méticuleux et posé. Il m’apprenait à tailler les crayons avec soin. Par ailleurs, vraisemblablement marqué par la mise en évidence à cette époque des travaux de Louis Pasteur (1822-1895) consacrés aux maladies infectieuses il insistait pour que je me lave les mains comme lui : Long savonnage remontant jusqu’à mi-coude. Pourquoi aucun souvenir de tels conseils, d’éducation tout simplement, de nature semblable venant de mes propres parents n’ont jamais existés dans ma mémoire ?

Il semblait aimer que je l’accompagne lorsqu’il allait, seul, au cinéma du centre ville de Clamart. Ma grande joie était le passage au café où il commandait « Une absinthe et une grenadine pour le petit »

Personne n’a jamais su ma tristesse lorsqu’il est mort.

Claude Balais, petit-fils de Gaston Dorigny

 Paul Dupuy

7 8bre : Date de l’annonce pour nous d’un deuil de toujours, car c’est à 10H1/2 que M. le Curé de Saint-André, avec des précautions oratoires et un tact dont je lui sais gré, mais qui ne laissaient que trop deviner sa conclusion, vient me faire part de la mort de notre cher André.

Prostration d’abord et sanglots ensuite ne me permettent pas d’entendre ses paroles de consolation, et c’est bien péniblement que, sous sa dictée, je parviens à copier le communiqué officiel de la Mairie, ainsi conçu :

« Avis de décès du Sous-lieutenant Perardel André, du 132’ Régt d’Infanterie, survenu le 7 7bre 1914 à 2H du matin à l’Hôpital de l’École supérieure des filles, à Bar-le-Duc (N°309).
Il avait été blessé le 5 7bre »

A père qui survient et à qui la présence de M. Bacquillon et ma désolation ne font que trop pressentir la triste vérité, un mot dit tout, et c’est dans un accablement sans nom que nous reconduisons notre sinistre messager.

Maudite soit la guerre qui fauche brutalement de si chères existences, et enlève à l’affection des leurs des êtres tendrement aimés !

Pleurons et prions, et que Dieu nous aide.

C’est la veille à 17H qu’un brigadier de police s’était présenté 8 rue Jacquard, porteur du pli fatal, et Mme Jacquesson, surmontant son anéantissement, avait dû en donner reçu.
Une pensée de commisération pour nous, approuvée par M. le Curé de St-André, lui en fit retarder la communication et c’est ainsi que s’écoula pour nous, dans l’ignorance de notre malheur, une nuit qu’elle passa en prières et dans les larmes.

Peu après nous, et par le même organe, Mr et Mme Legros apprirent la terrible nouvelle ; ces amis nous arrivent à 14H, profondément émus et décidés à profiter pour la dernière fois de l’hospitalité de nuit que nous leur offrons depuis quelque temps. Par le C.B.R. ils partent, en effet, le lendemain matin à Dormans pour de là gagner Paris et y séjourner.

À 14H1/2, c’est Marie Lallement qui vient nous surprendre après avoir déjeuné à la clinique Mencière où elle s’était rendue tout d’abord, espérant y trouver Félicien qui, par extraordinaire, est venu rendre son repas rue de Talleyrand.
Après avoir mêlé ses pleurs aux nôtres, elle expose le but de son déplacement qui est de nous communiquer la résolution prise par nos exilés des Mesneux et de Sacy de partir. Le surlendemain, les uns en voiture, les autres à pieds, pour gagner Épernay, et aller plus loin s’il le faut.

Elle a, en outre, consigne d’abriter en cave certains objets spécialement désignés et de remporter vivres et vêtements divers.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

 Juliette Breyer

Mercredi 7 Octobre 1914.

Ah mon Charles. J’ai une lettre, mais datée du 14 septembre. Je suis heureuse et je tremble en même temps car je vois que tu as couru un grand danger. Je vois, pauvre Lou, que tu es exposé tous les jours et je suis fière de toi.

Je m’empresse de courir chez vous pour leur lire. Ils sont contents. Je te dirai qu’ils ne sont plus à Sainte-Anne, on n’est pas libre chez les autres. Et que je te raconte : je n’ai plus besoin d’aller à la Poste pour avoir tes lettres. M. Dreyer est soldat à Reims, ambulancier, et tous les jours il va chercher les lettres du quartier. Il les met sous la porte car tout le monde est parti. Il n’y a plus personne.

Mais j’ai eu des nouvelles. C’est toute une joie pour moi et je m’empresserai de venir tous les matins voir s’il y en a d’autres.

Bons baiser. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

Mercredi 7 octobre

Le front s’étend de plus en plus à l’aile gauche de nos armées. De la cavalerie allemande, précédant d’autres éléments, apparaît en force autour de Lille, Tourcoing, Armentières. Notre situation n’a pas changé autour d’Arras et sur la rive droite de la Somme. Entre cette rivière et l’Oise, il y a eu des avances et des reculs. L’ennemi a été repoussé près de Lassigny. Au nord de Soissons, nous avons progressé avec la coopération anglaise, comme d’ailleurs à Berry-au-Bac et sur les Hauts-de-Meuse.
Les attaques allemandes ont échoué, contre les forces belges, sur la Nèthe et la Ruppel en aval d’Anvers.
Les armées russes marchent à nouveau par deux lignes sur Allenstein dans la Prusse orientale. Là le général en chef allemand, von Hindenburg a été remplacé.
Les soldats anglais de l’infanterie de marine ont pris la colonie allemande du Marshall en Océanie.
Le gouvernement bulgare a décidé de congédier une des deux classes actuellement sous les drapeaux.

 

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Mercredi 30 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

30 SEPTEMBRE – mercredi –

6  heures matin ;

Toute la nuit, la bataille s’est développée1 au front de Reims, les « 120 » longs faisaient dans la nuit un bruit formidable. Décidément, on ne se bat plus que la nuit.

6  heures soir ;

La bataille reprend ce soir comme les jours précédents, au-delà du faubourg de Laon, mais tous les jours un peu plus tôt…

Je suis allé prendre quelques photos au château de la Marquise de Polignac. Au fond, les dégâts ne sont pas énormes ; les obus avaient à faire à forte partie ; la construction est solide !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : texte

30 septembre 1914 ·

Fin septembre ; à Reims, le ravitaillement est difficile, les trains n’arrivent plus en gare, de toutes façons….
Les besoins de l’armée priment tout. Nous apprenons que des cuisines militaires installées dans la ferme de Murigny distribuent des repas chauds aux civils.
Malgré la distance, j’y vais à plusieurs reprises avec des voisins, cela nous permet d’attendre une amélioration dans l’arrivée des vivres.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Mercredi 30 septembre 1914

19ème et 17ème jours de bataille et de bombardement

7h matin  Ce matin à 4h les mitrailleuses crépitent, on se bat jusqu’à 5h. Coups de canons intermittents en ce moment. J’achève ma lettre pour mes aimés et vais la porter à la Pharmacie de Paris. Puisse-telle leur parvenir. A 9h j’irai voir les dégâts de la Cathédrale avec l’abbé Andrieux.

11h  Je suis allé à 9h porter ma 1ère lettre à la Pharmacie, ensuite la seconde à la Gare. En revenant je rencontre l’abbé Abelé qui arrivait de Châlons, et va à la clinique Mencière ou est Maurice Mareschal, il me donne des nouvelles de Touzet qui se porte très bien et est à Châlons, il sera ici demain ou après. Je cours au 164 rue des Capucins chez son beau-père M. Pion (à vérifier), ou je trouve Madame Touzet et toute sa famille, leur annonce cette bonne nouvelle. Ils sont enchantés. Je rencontre M. Hébert qui me dit qu’on a établi un service postal rue Libergier 32, à l’École des Filles. Je remonte, vois mon boulanger Metzger rue des Capucins 34, qui est fort fâché contre Goulet-Turpin qui se serait fait délivrer sur réquisition 100 sacs de farine, tandis qu’aux autres boulangers on leur refuse cette farine tant qu’ils n’auront pas écoulé les 80 000 boules que Paris a envoyé à Reims. Reims paiera donc toujours pour Paris.

Je vais à 9h exactement trouver l’abbé Andrieux et nous entrons dans notre pauvre Cathédrale ! Des débris de toutes sortes, poutres à demi-consumées, vitraux épars brisés, fondus, plomb fondu et réduit en poussière, en grenaille. Les chapelles du pourtour de l’abside n’ont pas trop soufferts, la nef non plus. Dans le chœur le trône du cardinal est à demi-consumé. La Jeanne d’Arc de M. Abelé est enfumée seulement. Les stalles de Chanoines, du côté de l’Évangile, sont entièrement brûlées, celles de l’Épitre ainsi que le petit orgue sont sauvés. L’horloge à personnages, près des Grandes Orgues, ainsi que ces dernières, paraissent intactes. Les deux chaires, celle de la nef et celle du cardinal qui vient de l’ancienne église St Pierre, les deux je crois sont sauvées. Un ou deux grands lustres sont à terre, les autres sont restés suspendus et n’ont semblés n’avoir rien. Les 2 grands tambours du Grand Portail sont consumés, et le feu a abîmé les jolies statuettes qui tapissent la partie intérieure du Grand Portail autour des deux petites portes. Les statues qui sont à droite et à gauche des 2 grandes portes et au-dessus sont intactes, notamment les 2 chefs d’œuvres : le moine donnant la communion à un chevalier et celui-ci sont absolument saufs.

La moitié de la Grande Rose du côté nord, qui avait été entièrement refaite par M. Paul Simon il y a quelques années n’existe plus comme vitraux, l’ossature en pierre est indemne.

Nous montons ensuite par le transept nord au sommet de la Cathédrale, au-dessus du Petit Portail et de la Galerie des rois, nous regardons le combat qui se déroule vers le champ d’aviation. Duels de canons. Toute la plaine est constellée de tranchées et de levées de terre. Nous allons sur le sommet des voûtes, à l’endroit où était le carillon, plus rien, toute la charpente a été consumée et ne forme plus que des cendres, pas dix fragments de poutres à demi-consumées ne subsistent. Cette forêt de charpente a brûlé comme un feu de paille !! Nous redescendons, moi fort impressionné de ce que j’ai vu !

Cet incendie de la Cathédrale est un désastre, mais j’estime que l’on pourra la réparer, sauf bien entendu ses nombreux détails de sculptures, les statues détériorées, brûlées ou brisées qui sont irréparables ! Nous ne sommes malheureusement plus au Moyen-âge, et n’avons plus ni la patience ni le sentiment et l’esprit de l’art de cette époque. Chaque ouvrier sculpteur de ce temps était un artiste qui travaillait beaucoup et coûtait peu. Ce n’est plus de saison à notre époque : on travaille pour de l’argent et non pour des siècles l’Art pur d’une époque !! et pour les siècles !!!

5h3/4  On se bat toujours ! Je suis découragé. Sans nouvelles ou à peu près des miens et sans nouvelles de mon pauvre Père. Ce que je souffre est intraduisible. Je n’ai plus la force d’espérer. Je suis complètement anéanti, moi qui résistais au bruit du canon.

Je tressaille, je m’énerve à chaque coup, je n’en puis plus !! Voila 1 mois qu’on se bat autour de nous, sans compter l’occupation prussienne et saxonne avec toutes ses souffrances et ses angoisses. Je n’en puis plus !!

Il y a en effet un service des Postes établi à l’École Maternelle de la rue Libergier, il faut que les lettres soient mises à la Poste avant 3h. J’écrirai demain à ma chère femme et à mon bien aimé Père, s’il existe encore !! Oh ! Quelle torture !!

J’ai reçu cet après-midi du Parquet une notification à marchage à faire !! Je vais donc instrumenter sous les bombes. Pas moyen de déléguer un confrère puisque je suis le seul notaire qui ne se soit pas sauvé de peur sur les 4 que nous devions être à notre Poste d’Honneur ! Bigot, Hanrot et Peltereau ont fui (rayé) Je suis resté ! et probablement on ne me saurait imbu de reconnaissance ?! Les autres ont sauvés leur peau !! Moi j’ai exposé la mienne tous les jours ! voilà toute la différence !!

6h05  Voilà la bataille de nuit qui commence ! Mon Dieu ! Quand donc ce sera fini ! Ce n’est pas de la peur ! Oh non ! mais c’est de la lassitude !! Quelle vie !! Quel martyr !! Je n’ose plus espérer ! Je désespère de revoir Père, femme, enfants !! et mon cher St Martin !! si calme ! si tranquille !! où je me retrempais, où je retrouvais des forces pour penser à nouveau quand j’y allais !!

7h50 soir  A 7h plus de mousqueterie ! mais à l’instant deux coups de grosse artillerie qui font trembler la maison. On tire de St Charles et j’entends les obus siffler au-dessus du faubourg de Laon. Voilà le duel d’artillerie qui va recommencer, du reste il n’a pas cessé de la journée !! On me racontait ce matin un fait assez amusant accompli par un caporal et 2 soldats. C’était du côté de Merfy, sur les 10h du matin. L’officier qui commandait une des tranchées françaises désirait être fixé sur une tranchée ennemie qui possédait une mitrailleuse fort gênante pour nous. On demande à 3 hommes de bonne volonté pour aller reconnaître cette tranchée. Un caporal et 2 soldats se présentent ! Ils s’affublent de gerbes de paille et en rampant ils arrivent inaperçus sur la tranchée visée, pleine de prussiens. Quelques coups de baïonnettes lancés à droite et à gauche par nos lascars mettent en fuite nos allemands qui n’aiment pas la fourchette (du reste ils ne se servent que de leurs couteaux pour manger… même la soupe !!) Nos trois troupiers, maitres de la tranchée, ne perdent pas de temps et retournent la fameuse mitrailleuse qui intriguait tant leurs officiers sur nos prussiens et se mettent à déchirer de la toile sur leur dos, en veux tu en voilà !!

Les camarades arrivent à la rescousse, et dans le tohu-bohu tuent pas mal de prussiens et font nombre de prisonniers !! Notre cabo (caporal) a attrapé la Médaille Militaire du coup, ainsi que ses 2 hommes. Ceci montre bien l’initiative innée de nos soldats. Les allemands n’auraient certainement pas pensé à cela !! Renvoyer le panier par l’ange !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

On reparle beaucoup de la nuit du 28 au 29. Peu de gens ont dormi à Reims. Il s’agissait d’une engagement important, du côté de Cernay, sur lequel nous n’avons aucun renseignement.

– Les batteries installées ans le Champ de grève sont en pleine activité, dans la matinée de ce jour.

– L’après-midi, je sors pour aller aux nouvelles, place Amélie-Doublié. Du pont de l’avenue de Laon, je commence à entendre les arrivées des obus qui ne cessent de tomber vers le Port-sec et sur la gare du CBR (Jacquart), où sont placées des pièces de 75. Cela me fait hâter le pas pour arriver chez mon beau-frère… où je ne trouve personne. Je m’empresse alors de revenir, car la promenade est dangereuse aujourd’hui, dan ce quartier, dont les rues sont désertes.

A mon retour rue du Jard, nous percevons, du jardin, une série de détonations qui commence vers 18 h et se prolonge longtemps ; elles sont tellement serrées et nourries qu’elle produisent un bruit comparable à celui du passage d’un train, entendu dans la campagne.

Vers 18 h1/2, le canon venant se mêler à ce vacarme effroyable, nous nous demandons comment va encore se passer la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Toute la nuit (passim 29-30) combat ; intervention des mitrailleuses, à 4 h. pendant une demi-heure ou 3/4 d’heure sans arrêt. 9 h. canonnade et bombardement.

2 h. Visite de M. Abelé, Curé du Sacré-Coeur ; il m’apprend que M. Béguin est à Reims, Clinique Mencière.

3 h. Visite à la Clinique Mencière.

6 h. Explosion du Parc d’Artillerie (1), incendié par les Allemands, il n’y avait rien d’utile à l’armée dedans. C’est de règle, et le Allemands auraient dû commencer par là. Je pense qu’on dit cela pour ranimer notre confiance bien déprimée?. 8 h. soir, grosses pièces, vers 3 h. nuit, (…) 5 h. Silence.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(1) L’ancien parc d’artillerie de la garnison, rue de Neufchâtel et situé trop près du front, ne contenait semble-t-il que des artifices et des munitions périmées. La remarque du Cardinal montre quel es esprits ne sont pas encore prêts à admettre un conflit de longue durée.


Gaston Dorigny

Aujourd’hui, les Allemands n’ont même pas attendu qu’il fasse jour pour nous cribler de leur mitraille. Dès quatre heures ½ du matin les obus pleuvent sur la ville et particulièrement encore dans le quartier de Cernay. Gérard de la maison Bouchez est tué chez lui ainsi que sa femme au moment où s’étant levé il se disposait à se mettre à l’abri à la cave.

La matinée passe au son du canon.

Vers 1 heure ½ du soir un envoi continu d’obus commence qui doit continuer plusieurs heures. Nous allons voir chez Truxler (1), qui est rentré depuis quelques jours et en rentrant à cinq heures, nous entendons en suivant le canal un bruit qui ressemble à des mitrailleuses. Renseignements pris, c’est tout autre chose, un obus allemand est tombé dans l’arsenal rue de Neuchâtel où, fait inouï dans une ville assiégée, l’autorité militaire avait laissé des munitions.

Les innombrables cartouches renfermées dans les magasins éclatent pendant près de deux heures. On entend même des explosions semblant provenir de gros engins.

Pour calmer l’opinion publique, l’armée raconte que l’arsenal ne contenait que des cartouches à blanc et des cartouches d’au delà 1874. Cela était peut être exact mais il n’en est pas moins vrai qu’il y a une grosse faute d’avoir laissé des munitions à portée de l’ennemi.

A peine les craquements produits par l’éclatement des projectiles de l’arsenal se sont ils tu que l’on en entend de nouveaux. C’est encore une fois une bataille qui commence.

A quand la fin ? On se sent devenir fou.

Gaston Dorigny

(1) Truxler, était un cousin de la grand-mère du petit-fiis de Gaston Dorigny (Claude Balais), – Branche Thierry – grand parent de Michel Péricard , maire de Saint Germain en Laye, membre de l’assemblée nationale en 1996 où il fût porte parole du RPR.


Paul Dupuy

17H Couturier venant des Mesneux se fait l’écho de l’inquiétude de la famille C. Lallement, que les travaux de fortification qui se multiplient dans les environs impressionnent défavorablement, et du désir qu’elle aurait de me voir arriver au plus tôt porteur de l’or retrouvé intact dans le coffre-fort.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Juliette Breyer

Cette fin de mois, pas de grand changement, toujours des bombardements, le feu Rue d’Alsace-Lorraine, 19 soldats tués au moulin de la Housse, 13 aux caves à louer. Chez Pommery, l’expédition, la bouchonnerie et la maison à Poirier ne sont plus que des décombres. Mais nous nous sommes bien abrités, étant dans les tunnels supérieurs.  On ne souffre pas. André se porte à merveille, on le voit changer de jour en jour et il ne t’oublie pas. Pauvre papa, où es-tu ?

Nous t’aimons tous les deux et nous t’attendons. Bons baisers et à bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Victimes des bombardements de ce jour à Reims

  • FINCK Arsène     – 25 ans, 9 rue Noël, Caviste – célibataire Demeurant 65 rue de Cernay à Reims
  • GÉRARD Eugénie Alphonsine   – 41 ans, 107 rue d’Alsace-Lorraine, décédée en son domicile
  • GÉRARD Henri Honoré  –  46 ans, 107 rue d’Alsace-Lorraine,  Tué avec son épouse lors d’un bombardement alors qu’ils cherchaient un abri plus sûr – Employé de commerce

Jeudi 30 septembre

Le succès obtenu en Champagne a été très important. Le nombre des prisonniers faits par nous est de 23000, celui des canons capturés est de 79. De nouveaux groupes d’Allemands se sont rendus. Notre poussée continue contre les positions de repli de l’ennemi. Nous avons progressé sur les pentes de la butte de Tahure et au nord de Massiges.
En Artois, nom avons atteint, après une lutte opiniâtre, le point culminant de la crête de Vimy et nous avons maintenu toutes les positions conquises. De là nous dominons la plaine de Douai. Nous avons fait 300 prisonniers.
Canonnade au nord et au sud de l’Aisne, en forêt d’Apremont et au bois Le Prêtre.
Les Anglais ont progressé vers Lens et augmenté le total de leurs prisonniers.
Les Russes ont livré de sanglants combats vers Dwinsk, au sud de Vilna et en Volhynie.
Les Anglo-Indiens ont remporté un succès en Mésopotamie et marchent sur Bagdad.
Une crise ministérielle s’est produite à Sofia. MM. Tontchef et Bakalof estimant la politique de M. Radoslavof encore trop peu complaisante à l’égard de l’Allemagne, ont démissionné. Mais le roi a obtenu d’eux qu’ils reprissent leur démission.

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Mercredi 16 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

16 Septembre ; 11 heures – Nous sommes canardés ici depuis 9 heures réponses des allemands aux batteries qui sont placées chez Lelarge et au Champ de grève.

Vers 10 heures, d ou 3 projectiles sont tombés tout près ; un m’a paru avoir saccagé le Lycée où il y a encore 50 à 70 blessés {à deux d’entre eux, logés au dortoir en face de ma maison, j’ai fait hier une distribution par une musette tendue au bout de quelques cravates liées bout à bout). Je suis sorti vivement ; la bombe était tombée au Grand Séminaire, dans le jardin, démolissant toutes les vitres etc… Elle avait creuse un trou énorme. Je ramasse dans la Salle des Exercices, un morceau tout brûlant encore ; je le donne à M. le Supérieur, réfugié aux Caves avec quelques confrères, entre autres le chanoine Seller etc… Les obus continuent à siffler, mais tous n’ont pas l’importance de celui-là. J’ajoute qu’il y a eu une victime ce matin – j’oubliais ?… – un bon gros rat qui se promenait et qui a eu l’artère carotide tranchée. Je l’ai retrouvé baignant dans son sang, parmi les décombres…

Toute la population est terrée à nouveau ce sont d’austères IV temps de Septembre !

Midi 1/2 ; J’ai senti trop profondément jusqu’ici la protection de notre vénéré Pie X, dont j’ai établi le buste dans mon bureau depuis le commencement des évènements. Aujourd’hui autant en témoignage de reconnaissance qu’en demande d’une sauvegarde continue.

Je fais le vœu, si je ne suis en rien atteint dans ma personne et dans mes biens, si ma mère également est sauve, de toujours avoir une image de Pie X dans mon bureau, et de la vénérer comme celle d’un Saint.

8 heures-soir ;

Oh ! l’atroce journée ! J’écris les mains rouges de sang et rempli de sang des pieds à la tête. J’ai assisté les artilleurs sur le boulevard de la Paix et le boulevard Gerbert. J’ai vu des choses atroces.

La position de ces troupes – caissons et matériel – sous les arbres, à proximité en somme des batteries des Coutures et de chez Lelarge, a été repérée par 1’ennemi à l’aide de signaux. C’est indiscutable ; on changeait de place… et vivement arrivaient les projectiles.

A heures, j’étais à l’angle du Boulevard Gerbert et du Boulevard de St. Marceaux ; les bombes arrivaient de l’autre côté du Boulevard de St. Marceaux. Pan ! Pan ! 2 obus en plein boulevard, saccageant 6 chevaux. Pas d’hommes, criai-je ?

– Si ; un blessé au bras qu’on enlève… Spectacle lugubre ! Ces pauvres bêtes abattues jetant un suprême gémissement.

Vite, on sépare les vivants des morts… Je demande à un lieutenant qu’on achève une pauvre bête qui avait la jambe brisée et un éclat dans la cuisse… Pauvre fier animal ! Il fallut 3 coups de revolver ; il dressait la tête, se détournant du canon braqué sur son cerveau… j’étais retourné.. !

Nous nous étions géré de ces bombes en nous jetant brutalement du côté du boulevard Gerbert, le long de la maison du dentiste. Pan ! Dans notre dos en plein… on se jette par terre… on y est jeté plutôt ! On se relève blanc comme Pierrot. Un homme gémit, se traîne ; je me précipite ; il avait une blessure à la tête ; on le panse sommairement ; je l’emmène chez moi ; je lui fais avaler une coupe de Champagne. Je lui demande d’où il est, s’il est marié. Il fond en larmes

Il est, marié depuis quelques mois et a un petit garçon… Il me montre les lettres de sa jeune femme… C’est Remi Crinquette, de Merville (Nord) Je le conduis au lycée.

Je retourne aux artilleurs – après avoir fait la connaissance du lieutenant, du sous-lieutenant et du sergent-major, à qui j’apportais cigares et Champagne.

On avait fait reculer toutes les batteries aussitôt cet évènement. Le lieutenant, ému, vient me serrer la main ? Je les avais touchés tous, paraît-il (vraiment, je n’avais pensé à rien) en m’occupant du blessé dans la poussière…

Je suis allé aux Caves Lanson rassurer entre autres habitants innombrables de ces catacombes, Th.W. Je reviens à mes artilleurs.

D’autres bombas sur le boulevard les forçaient à reculer toujours. Puis, vient l’affreux moment.

La batterie de l’extrémité des Coutures vient de recevoir un obus en pleine batterie ; on amène des blessés – deux très gravement atteints sont à l’ambulance St.-Marceaux. On les soigne au bout du boulevard, presque à l’Esplanade. Et j’étais avec un blessé qui était atteint des pieds à la tête – qu’on avait fait entrer dans la grande maison du coin, avec véranda, pour le déshabiller – quand un, deux coups effroyables retentissent. C’est en plein boulevard, en haut de la place Belletour que deux obus de gros calibre sont tombés… Vite, l’ordre est donné de reculer encore, puis c’est l’atroce spectacle.

On amène vers moi, qui étais accouru vers l’endroit fatal, des hommes horriblement blessés. Ce sont des infirmiers qui ramenaient 1es blessés de la batterie. Ils sont fracassés ! On coupe les vêtements… ils sont en sang partout, les pauvres amis… et quelles horribles blessures font les éclats d’obus !

On commençait le pansement Esplanade Cérès, pan ! un obus ; on enlève le blessé jusqu’à la rue de Bétheny.

Il y en a d’autres, dit-on, et des mourants place Belletour.

Je retourne avec les infirmiers. Et oui, il y avait là quatre cadavres abominablement atteints ; un était vidé complètement ; nous soignons un cinquième qui avait l’épaule enlevée et qui avait, en dehors, 10 blessures graves… on le panse… Combien paisiblement !… Puis il entre en agonie. Je l’assiste. Il meurt pendant qu’on enlevait 20 mètres plus loin, près du Courrier, 3 autres blessés, à l’un desquels je donne l’absolution.

Combien j’ai été touché alors de ces réflexions des artilleurs qui m’entouraient. « M. le Curé, vous venez avec nous ; vous allez nous accompagner toujours ? »

« – Hélas, mes pauvres amis, je suis de Reims et je dois rester ici »

Entre temps était passé le lieutenant Sorent[1], polytechnicien très courageux, qui portait sans sourciller une grosse blessure à la hanche ; son carnet de poche était troué par un éclat qui avait piqué la peau. Brave et braves garçons…

Ce soir, je fais faire à Poirier le pèlerinage des VI Cadrans {mais la ville est tellement plongée dans l’obscurité qu’on ne distingue rien ; il y a eu là pourtant 6 ou 8 victimes)

Pèlerinage encore aux deux trous de la place Belletour, là où sont tombées les bombes qui ont massacré les infirmiers et tué 5 hommes et 4 chevaux.

Je fouille les trous ; j’en extrais des éclats affreux ; les hommes ont été enlevés ; les chevaux seuls restent.

Pèlerinage enfin aux bombes du boulevard de St. Marceaux ; nous rencontrons les Hommes qui emmènent deux cadavres de chez Lelarge. Là, tout près, est tombé mon blessé qui est au lycée. Je songe aux deux chargeurs prussiens que ce brave garçon m’a sorti de dessous sa tunique pour me témoigner sa reconnaissance.

La ville est dans un morne silence… les lumières filtrent partout sous les portes et par les ais des fenêtres, le long des rues élargies par la plus étrange obscurité. Des chiens, des chats errent. Il en grouillait sous le feuillage des arbres fauchés par la mitraille, auprès des cadavres des bêtes… Beaucoup de chiens et de chats dont les maîtres étaient partis erraient dans la ville.

Mon Dieu, gardez tous ceux que j’aime ; donnez la contrition à tous ceux que vous voulez rappeler, à tous, confiance et encouragement !

[1] Ne figure pas à l’annuaire de polytechnique

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mercredi 16 septembre 1914

6h1/2 matin  La canonnade a repris à 5h1/2. A 6h1/2 un coup plus fort. Est-ce que nous allons recevoir des obus encore ?

9h10  la canonnade a cessé vers 8h1/2 – 8h3/4.

Le fort de Brimont serait enfin tombé dans nos mains. Il n’y a plus que les forts de Berru et de Nogent l’Abbesse. Le Général Franchet d’Espèrey aurait dit que ce serait fini pour 4h, et que nous n’aurions plus d’allemands autour de la Ville.

Hier les faubourgs de Laon et Cérès ont été assez flagellés par un 3ème bombardement, mais il n’a touché ces 2 quartiers sur lesquels nos troupes s’appuyaient, du reste ce n’était que des shrapnels et non des obus de siège brisants comme ceux des 2 premiers bombardements. Le bombardement d’hier ne peut donc pas être considéré à proprement parler comme un bombardement voulu comme les 2 premiers, mais plutôt un accident de combat.

Voilà donc les allemands partis de Reims définitivement, et je crois que je puis dire non pas : Finis Gallia ! mais bien : Finis Germanica ! Ce sont les mêmes initiales, mais aussi la même terminaison finale ! Dieu en soit béni !

11h  Eté faire un tour à la Mairie, rien de nouveau. On disait qu’un service postal était organisé, il n’en n’est malheureusement rien. On n’a que des occasions comme celle d’hier, qui a fait naître ce faux bruit : un automobiliste du service des Postes Militaires s’était chargé hier jusqu’à 5h de prendre quelques lettres pour les remettre à la Poste, c’est tout. Que je regrette de n’avoir pas connu cette occasion.

Je viens de passer à la Grande Poste : c’est exact. Je passe jusqu’au Courrier de la Champagne, où je me heurte à un poste d’artillerie qui me demande où je vais. « Au Courrier » – « Passez ! » M. Gobert est très étonné de me voir et me reçoit en me disant : « Comment, vous n’avez pas peur de venir ici ? » – « Pourquoi ? » – « Mais il n’y a pas une demi-heure que nous recevions encore des schrapnels ! » Nous bavardons, nous causons de choses et d’autres.

Un officier m’a dit qu’un fermier des environs avait été fusillé hier pour avoir donné des indications aux allemands. De même un instituteur de Bethon (Ardennes) (lieu inconnu, c’est peut-être Baâlons) aurait subi le même sort pour la même raison. Hier encore, 2 personnes, un homme et une femme.

L’armée de droite et la nôtre auraient fait leur liaison. En sommes peu de nouvelles. Berru et Nogent tiennent toujours et il parait que nos troupes ne peuvent les réduire rapidement, parce qu’il faudrait qu’elles tirent de Reims, et alors les allemands tireraient sur la Ville. Je vais préparer des cartes pour tâcher de les envoyer encore aujourd’hui !

6h3/4  A 1h12 je vais au jardin de la route d’Épernay. Arrivé à l’école de la rue de Courlancy on m’en fait faire le tour pour aller rejoindre le passage à niveau. Au jardin à 2h je trouve 2 trous d’obus, français certainement, un dans l’allée y conduisant et un dans le gazon à gauche en allant au chalet. On a cambriolé le chalet, bu le vin et enlevé des objets insignifiants, quelques cuillères en métal, etc… Calme absolu, tristesse pour moi, car la dernière fois que j’y étais allé j’étais avec tous mes aimés. Çà me serrait le cœur, quand les reverrai-je ? J’abats quelques noix que je rapporte dans le tablier d’André, tandis que le canon tonne sur Brimont. Peu de choses sur Berru. Je suis la progression de notre artillerie sur Brimont. J’apprends en revenant que nos 155 courts ont fait de bonne besogne. Brimont est pris, et on a canonné éperdument sur les colonnes allemandes qui se retiraient. Trois incendies s’allument, on me dit que c’est la ferme Holden de Cernay, les casernes Neuchâtel et une usine. Des aéroplanes français et allemands sillonnent les nuées, ces derniers jusqu’au-dessus de moi, route d’Épernay.

Je reste calme dans l’avenue de Paris. Je m’inquiète. On tire des schrapnels sur les aéros allemands sans effet. Avant d’arriver avenue de Paris, chemin Passe-demoiselles, je suis accosté par un agent de la police secrète, Boudet, qui me force à décliner mes noms et qualités. Il n’a pas l’œil américain celui-là ! Avant d’arriver chez moi, devant le Petit Paris, je rencontre un officier des hussards, je lui demande, en ce moment, où sont nos affaires avec les 4 forts.

« Brimont est maîtrisé par un gros canon, pris, et les allemands l’évacuent en colonnes serrées, c’est ce qui vous explique la canonnade affolée en ce moment (il est 5h1/2), nous tirons sur ces masses à boulets rouges ! Nous les poursuivrons et allons de l’avant vers Berry-au-Bac. Quant aux forts de Berru et de Nogent, vous avez du remarquer qu’on avait tiré très peu de ce côté, je crois qu’ils les ont évacués ou qu’ils vont les évacuer, en tout cas nous laissons 50 000 hommes ici pour les maintenir, vous protéger et les poursuivre !!… » Je puis vous affirmer ce que je vous dis. Nous nous quittons et je rentre fort satisfait et surtout un peu tranquillisé.

Le petit caporal allemand saxon qui m’avait reçu à l’Hôtel du Lion d’Or quand j’étais otage se nommait Matthieu ou Matheleux et était un arrière petit-fils de protestants chassés de France par la révocation de l’Édit de Nantes.

8h30 soir  Vers 7h15 j’entendais encore quelques coups de canons et les derniers sifflements des obus allemands, et, mon Dieu ! je croyais que c’était fini. Il parait que non ! Voila 3 coups qui viennent de tonner vers Bétheny. A 8h1/2, comme je me préparais à écrire, j’entends un bruit de…… bottes ! Les Prussiens ? même martellement et deux battements (2 hommes), je regarde à la fenêtre, mais inutile le battement de pied est moins lourd, il est plus vif, plus français, mais j’en ai eu une émotion. Que l’on devient nerveux et impressionnable avec cette insupportable canonnade qui dure depuis 5 jours. Combien sont-ils depuis le samedi 12 septembre 1914 (1), le dimanche 13 entre les français et les allemands à Reims (2), lundi 14 (3), mardi 15 (4), mercredi 16 (5). Quelles batailles aurons-nous à l’ouest pour reprendre nos malheureux forts de Brimont, Fresnes, Witry, Berru, Nogent que l’on disait ne pouvoir résister plus d’une heure, une demi-heure même !!

Les allemands nous prouvent bien le contraire. Il est vrai que pour Reims c’est une chance que l’on n’ait pas cherché à les défendre, mais le tord c’est d’avoir fait faire autant en vue de leur défense avant le 4 septembre. Les allemands ont bien su les utiliser.

8h32  La musique recommence : 1 coup de canon vers Bétheny.

8h36 : 1 coup de canon = réponse 2 coups

8h41 : 1 coup de canon = réponse 2 coups

8h44 : 1 coup de canon = réponse 2 coups

A chaque fois 5 secondes de différence.

En chronométrant ainsi je pense à mon cher Robert, avec sa manie de chronométrer avec mon Grand Jean !

Mais ceci est plus sérieux car ceci tue, et ce n’est plus du jeu, de l’amusement.

8h51 : 1 coup, réponse après 5 secondes

Je remarque, fenêtre ouverte pour mieux entendre que ce que j’appelle réponse à 5 secondes n’est que l’éclatement de l’obus. Donc 1 coup part, l’obus éclate 5 secondes de plus. Je me trompais en croyant que c’était la réponse du berger à la bergère !

Enfin cela m’occupe et… mon Dieu m’amuse car je sens bien que les allemands sont brisés et que bientôt nous n’entendrons plus le grognement de leurs gros canons (grognement de cochon lâche et en colère) sifflement d’obus et éclatement. Tout cela est bien différent du français.

8h55 : 1 coup

8h55’10’’ : 1 coup

A toi Robert !

A toi Jean ! Calcule les distances.

Zut ! Après tout vont-ils me faire passer la nuit ainsi à noter leurs coups. Non, nous les poursuivons et c’est la débâcle. Je le sens.

9h  Toutes lumières éteintes dans les rues, il fait noir comme dans un four ! C’est lugubre, juste une lumière au cercle de la rue Noël, chez moi, chez Le Roy bijoutier, chez Bellevoye et chez Bahé, Cochard, rue Libergier, 19, qui fait le fond de notre rue, avec le Cercle par rapport à ma maison.

Je ne comprends pas comment, par une nuit noire comme celle-ci on pense à canonner encore.

Allons ! allons nous coucher ! Préparons bougie, allumettes, veilleuses, rat-de-cave, clef de cave au cas où je serais encore obligé d’y descendre ! J’espère bien que cette préparation de tous les soirs va bientôt cesser. Je commence à trouver que c’est une scie. Il est vrai que si j’écoutais Adèle on coucherait tous les soirs dans la cave !! Je lui réponds invariablement  qu’en se couchant avec la clef près de soi cela suffit. Non, elle ne comprend pas cela ! il est regrettable que cette pauvre fille ne soit pas dans un pays de mines. Je suis sûr qu’elle serait déjà depuis 12 jours au fond, au tréfonds d’une mine. Et encore serait-elle bien sûre qu’un obus ne reviendrait pas la chercher par un puit d’aération !!

9h20  Il faut se coucher, mes aimés, où êtes-vous ???!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dans les communiqués officiels des opérations publiés par Le Courrier de la Champagne de ce jour, nous trouvons ceci, pour ce qui nous intéresse directement :

 » 13 septembre – 15 heures

A notre aile gauche, l’ennemi continue son mouvement de retraite.

Il a évacué Amiens se repliant vers l’est.

Entre Soissons et Reims, les Allemands se sont retirés au nord de la Vesle. Ils n’ont pas défendu la Marne au sud-est de Reims.

Même jour, 23 heures

Aucune communication n’est arrivée ce soir, au Grand Quartier Général. Les communiqués d’hier et de cet après-midi ont montré la vigueur avec laquelle nos troupes poursuivent les Allemands en retraite. Il est naturel que dans ces conditions le Grand Quartier Général ne puisse, deux fois par jour, envoyer des détails sur les incidents de cette poursuite. Tout ce que nous savons, c’est que la marche en avant des armées alliées se continue sur tout le front et que le contact avec l’ennemi est maintenu.

A notre aile gauche, nous avons franchi l’Aisne. »

puis, sous le titre, en très gros caractères : « L’ennemi bat en retraite » sur toute la ligne, nous lisons :

 » 14 septembre – 14 h 30 soir- 1°…………………….

2° Au centre, les Allemands avaient organisé, en arrière de Reims, une position défensive sur laquelle ils n’ont pu tenir.

14 septembre – 23 h 15 – A notre aile gauche, nous avons partout rejoint les arrières-gardes et même les gros de l’ennemi ; nos troupes sont rentrées à Amiens, abandonné par les forces allemandes. l’ennemi semble faire tête sur le front jalonné sur l’Aisne.

Au centre, il semble également vouloir résister sur les hauteurs du nord-ouest et au nord de Reims ; etc. »

Ce matin, à 5 h, le canon a annoncé que les Allemands sont toujours bien près de la ville, puisque des obus sont venus encore siffler dans les environs de notre quartier. Nous pouvons en conclure que si l’ennemi, ainsi que le dit le communiqué du 14 (14 h 30), a dû abandonner la position défensive qu’il avait organisée en arrière de Reims, ce n’a pas été pour longtemps.

Nous avons dû passer une partie de la matinée dans la cave ; le bombardement étant redevenu très intense ensuite, il nous a fallu y redescendre et y rester l’après-midi tout entier.

Vers 14 h, un obus explosant sur le pavé, rue Chanzy, aux Six-Cadrans, entre le kiosque et les maisons des Loges-Coquault, cause la mort de neuf personnes, par ses éclats :

Mme Froment-Hardy, fille du succursaliste des Etablissements Economiques, place des Loges-Coquault (inscrite dans les décès, à l’état civil, le 17 septembre) ; Mlle M. Legras, 16 ans, demeurant 82, rue Gambetta (état-civil du 17 septembre) ; M. E. Breton, instituteur retraité, 72 ans, 117, rue Chanzy (état-civil du 21 septembre) ; M. Champrigaud, rue de Contrai 3 (état-civil du 21 septembre) ; Mlle Thérèse Gruy, 12 ans, domiciliée 14, rue du Jard (état-civil du 21 septembre) ; M. Font, Antoine, 3, rue Gambetta (état-civil du 22 septembre).

Enfin, mon ancien condisciple Ch. Destouches; 47 ans, domicilié rue Croix-Saint-Marc 96, qui passait, avec sa famille, au moment où l’obus vint éclater à cet endroit, a été tué ainsi que sa femme, 30 ans et son fils Pierre, 8 ans, tandis que sa fille Juliette, 12 ans, était mortellement blessée. Les décès des trois premiers sont inscrits sous les n° 2.478 à 2.480, à l’état civil, le 22 septembre et celui de la fillette, le 23 septembre (n° 2.537).

Le même obus frappait encore mortellement M. Stengel, maître-sonneur à la cathédrale, demeurant 14, rue du Jard, dont le décès est mentionné à l’état civil le 2 octobre et M. Desogere, adjudant du 132e d’infanterie en retraite, comptable aux Hospices civils, porté dans les décès, sous le n° 2.609, le 23 septembre. En outre quelques personnes avaient été atteintes plus ou moins grièvement, entre autres, Mlle Antoinette Font, dont le père avait été tué.

– Sous le titre « Choses vues », Le Courrier d’aujourd’hui mentionne le dévouement des gens du quartier Saint-Remi (vieillards, femmes et tout jeunes gens) qui, dimanche matin, faisant office de brancardiers et de brancardières de bonne volonté, sont allés spontanément à l’étonnement des officiers et des hommes du 41e, sur lesquels s’abattaient les obus, vers l’octroi de la route de Châlons et à proximité du Parc Pommery, chercher avec des charrettes à bras des soldats blessés qu’ils transportaient avec des précautions infinies, tandis que les gamins, toute la matinée, se chargeaient d’aller faire remplir les bidons de nos troupiers.

Dans le même journal, nous trouvons les avis suivants :

«  Postes, télégraphes, téléphones.

Le maire a fait placarder hier, dans l’après-midi, l’avis que voici :

Mairie de Reims Avis, Les lettres mises à la poste, rue Cérès, aujourd’hui

15 septembre, avant six heures, seront expédiées ce soir. »

Reims, le 15 septembre 1914.

Ce service de correspondance est limité à la journée du 15 septembre et a été effectué par des autos postes.

Jusqu’à nouvel ordre, les Postes, télégraphes et téléphones sont exclusivement réservés aux communications militaires ou gouvernementales dans la zone des opérations militaires.

Il faut donc attendre la réorganisation de ces services pour les communications privées.

Avis en sera donné en temps opportun.

Chemins de fer

Des trains étant venus de Paris sur Reims et vice-versa, le public s’est demandé si les trains de voyageurs, dans la direction de Paris seraient bientôt réorganisés.

Là aussi, l’autorité militaire s’est réservée le service exclusif des chemins de fer pour le transport des troupes et leur ravitaillement.

Il en est de même pour le C.B.R.

Nos lecteurs seront informés de la reprise du service public par l’avis officiel qui nous sera communiqué le cas échéant, et que nous publierons aussitôt.

Société française des secours aux blessés militaires Comité de Reims

La situation, jusqu’ici, ne nous avait pas permis l’organisation définitive d’un assez grand nombre de nos hôpitaux.

Aujourd’hui que les choses se modifient favorablement, nous faisons à nouveau appel aux hommes de bonne volonté pour notre service de brancardiers auxiliaires.

Se faire inscrire à notre permanence, 18, rue de Vesle. »

Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918


Gaston Dorigny

Le canon a tonné toute la nuit. Au petit jour, à cinq heures du matin, le combat reprend. On entend la grosse artillerie qui entre en action.

Nos troupes paraissent prendre du terrain vers les hauteurs de Brimont.

A six heures ½ nous allons avec papa Noll chez Thierry.

Familles Noll & Dorigny lors d’une pause au jeu de croquet

Familles Noll & Dorigny lors d’une pause au jeu de croquet

L’artillerie fait rage, les obus passent sur nos têtes. Nous rentrons heureusement chez nous et partons chez mon père où nous arrivons à neuf heures du matin.

On est à peu près tranquille jusqu’à 10 heures mais à ce moment là on entend à nouveau le canon et cela doit durer jusqu’au soir. Quelle affreuse journée jamais encore depuis le commencement de la bataille de Reims cela n’a été aussi terrible. Des champs avoisinant le boulevard Charles Arnoult on aperçoit les batteries d’artillerie qui font rage. On est inquiet et on se demande quel sera le résultat de la journée. .. … Il a malheureusement encore été négatif.

Entre temps la ville a encore été bombardée à plusieurs reprises. On nous signale encore de nombreuses victimes. Le soir nous retournons chez nous pour coucher, mais en arrivant chez nous quel effroi et quelle vision d’horreur. Au milieu des divers incendies qui éclairent sinistrement le quartier, on entend le canon et les mitrailleuses : On perçoit également le bruit d’un aéroplane qui sillonne la nuit. Il est huit heures du soir et au milieu de ces choses effrayantes, nous décidons de retourner coucher chez mon père. Bien nous en prend car, paraît-il, la nuit a été terrible dans notre quartier. A signaler un obus tombé dans la droguerie, le fils Ritter est blessé assez grièvement. Notre maison a été écornée et les vitres sont brisées chez Mr Guerbet.

Gaston Dorigny

Victimes des bombardements de ce jour :


Jeudi 16 septembre

Les luttes d’artillerie se sont poursuivies avec intensité au nord et au sud d’Arras, ainsi que dans la région de Roye.
Lutte à coups de bombes et de grenades sur le plateau de Quennevières, dans la région de Lihons, et au bois de Saint-Mard.
Sur le canal de l’Aisne à la Marne, l’activité des deux artilleries s’est concentrée sur le front de Berry-au-Bac à la Neuville, où l’ennemi attaque la tête de pont de Sapigneul. Canonnade un peu ralentie au nord du camp de Châlons.
Lutte de mines dans l’Argonne. Une batterie ennemie a été détruite sur les Hauts-de-Meuse. Actions d’artillerie en forêt d’Apremont, au bois Le Prêtre et dans la région de Saint-Dié.
La poussée allemande continue, plus ou moins retardée, sur le front oriental, dans la région de la Dvina. Mais plus au sud, les ennemis ont été à peu près partout refoulés, particulièrement près de Wisnewietz et en Galicie. Au total, ils ont perdu 12000 hommes en un jour, et leurs pertes en prisonniers, dans les deux dernières semaines, ont atteint 40000.
Les Italiens ont repoussé des attaques autrichiennes en Carnie et sur l’Isonzo. Ils ont forcé à la fuite une escadrille d’avions qui venait sur Udine.

 

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