Mardi 15 avril 1919

Louis Guédet

Mardi 15 avril 1919

1677ème et 1675ème jours

9h1/2 soir  Tempête de nuit, pluie, froid, ce matin 3 braves pasteurs de Nauroy, pauvre chasse de Nauroy !! sont venus me voir : Eugène Carenjot (Eugène Carenjot, cultivateur (1870-1935)), Arsène Guérin (Arsène Guérin, cultivateur (1865-1956)), Clément Laubréaux (Ambroise Laubréaux-Clément, cultivateur (1872-1950)) mon porteur. Le premier, Carenjot, celui de ce pauvre Maurice Mareschal, et Guérin d’André Prévost (André Prévost, négociant en laines (1860-1919)). Je suis le seul survivant des 3. Pauvre chasse ! que de souvenirs joyeux !! que d’amis disparus !! 5 ans déjà passés !! Un lustre !! Nous ne reverrons plus ces beaux et bons jours !!… Les braves gens étaient heureux de me revoir, et moi aussi certes !! Ils venaient de Châlons où tous les habitants du village s’étaient réunis pour prendre un parti au sujet de la reconstruction de leur village et de leur culture ! Pour celles-ci impossible de remettre leurs terres en culture ! Par suite ils sont contraints d’abandonner l’idée de reconstruire leur village et ils ont décidé de demander à l’État le rachat de tous leurs biens !! Voilà donc Nauroy qui va disparaitre de la carte comme naguère St Georges au bas du Mont-Haut, et Mouchery près de Beine détruits déjà par les bandes de Grovenstein et les Suédois au XVIe siècle !!… Et dans 200 ans d’ici nos arrières petits-enfants seront surpris de trouver des traces de fondations en chassant dans ces plaines abandonnées pour des siècles !!

Nauroy

Courrier très lourd, 26 lettres, et j’en ai encore d’hier !! Je n’ai pas répondu à tout cela étant trop dérangé.

Visite sur les 3h de M. et Mme de Vroïl. Tout attristés et désolés d’avoir vu leur cher Rocquincourt en ruines !… Causé très longtemps. Je me laisse inviter par eux pour dîner ensemble à l’Hôtel du Nord.

A 6h1/2 visite de Jonas, enchanté d’être à Reims et surtout de l’accueil qu’on lui a fait sous mes auspices à la Maison de Retraite, aux Dames de France et à la Cathédrale par M. Donneux (Jules Eugène Donneux, entrepreneur de maçonnerie (1861-1928)). Et surtout enthousiasmé et étonné des ruines !! de Reims !! Son âme d’artiste exulte !… Enfin à 7h1/4 je puis courir au Nord où je retrouve mes 2 amis de Vroïl. Causerie et bavardages charmants. Nous nous quittons à 9h, je rentre ici par un vent à décorner les bœufs.

Jonas m’a du reste dit que le mur du Lion d’or venait de s’effondrer, de même les voûtes de St Remy.

Journée très mouvementée, mais surtout charmante avec mes porteurs de la chasse de Nauroy, et surtout nos chers amis les de Vroïl… Ceux-ci parlent de s’installer à Vitry-le-François.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 15 – Visite de MM. les Curés de Sacy, de Pargny

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Mardi 15 avril

Le Comité des Quatre a envisagé les Questions qui se rapportent à l’occupation de la rive gauche du Rhin. On recherche dans quelle mesure les forces anglaises et américaines coopéreront à la garde du fleuve.
Pour la Syrie, des négociations directes ont été ouvertes entre les puissances intéressées; la France réclamant Beyrouth, Alexandrette, Alep et Damas.
M. Clemenceau a reçu les délégués du groupe radical-socialiste et leur a fait des déclarations touchant les préliminaires de paix.
On annonce que les délégués allemands seraient, à très bref délai, convoqués à Versailles.
Des batailles de rues ont eu lieu à Dusseldorf et à Brunswick.
Les élections générales belges auront lieu au mois d’octobre.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 14 avril 1919

Louis Guédet

Lundi 14 avril 1919

1676ème et 1674ème jours

8h soir  Ce matin, beau temps, beau soleil. Je prends le train à 8h1/4. Ma pauvre chère femme allait bien et était reposée. Pourvu que ce mieux continue !! J’arrive ici à 11h1/2. La pluie et la tempête se déclenchent. Courrier formidable… !! Je n’y arriverai pas !! Durant tout mon voyage je n’ai entendu que des gens fort amères contre l’incurie administrative, et on sent que la révolte couve !! si cela s’allume à Paris et dans les villes du midi ce ne sera que pain bénit !! Juste châtiment ! qui s’est déjà fait trop attendre. Je suis rompu, je vais me coucher.

Demain matin je rencontre l’architecte Dufay pour ma maison, et enterrement route de Louvois, Raguet (Jean-Louis Raguet, officier d’Infanterie (1835-1919)). Pauvre légionnaire qui est venu mourir à Reims à 85 ans !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 14 – Écrit à Sa Majesté la Reine de Roumanie pour la remercier de sa visite à Reims ; écrit à la Princesse de Polignac. Visite de Mlle Chappe ; M. le Curé de Sacy, Vu M. Colas, curé de la Neuville d’Ay.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 14 avril

Le Comité des Quatre a siégé matin et soir; Il a repris les divers problèmes qu’il avait déjà traités cette semaine.
Il est entendu que nous aurons l’exploitation du bassin de la Sarre, qui nous fournira ainsi la compensation des dommages causés à nos mines du Nord et du Pas-de-Calais.
De même, des résolutions ont été adoptées pour les réparations.
L’Allemagne devra verser une provision qui s’élèvera à 150 milliards et qui sera représentée par des bons. La moitié environ de cette provision sera attribuée à la France. Ces bons seront payables en or ou en matières premières évaluées en or. Ici encore, l’on a homologué les décisions auxquelles on avait souscrit en principe cette semaine.
Les Ouatre se sont enfin entretenus de la Syrie. Le mois dernier, à la suite de la visite rapide du général Allenby, le comité avait prévu l’envoi d’une commission d’enquête en Syrie. Cette idée a été abandonnée, parce qu’il a paru que des intrigues de toute nature pourraient trop aisément s’exercer pendant cette investigation.
Le Parlement anglais montre une extrême impatience de voir aboutir les travaux des Quatre. M. Lloyd George va partir pour Londres.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 13 avril 1919, Rameaux

Louis Guédet

Dimanche 13 avril 1919, Rameaux

1675ème et 1673ème jours

Triste Rameaux !! Pluie battante !! Trouvé ma pauvre chère femme bien faible. Aujourd’hui elle se trouve mieux. Messe à 9h. Été sur la tombe de mon pauvre Père ! Tobin le médecin est venu et me dit que ce n’est que de la dépression nerveuse… Ma pauvre femme se lève l’après-midi et reste à dîner avec nous !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 13 – Expédié lettre aux Évêques pour Codex. Le Saint-Père m’avait donné spontanément un Codex pour tous les prêtre des diocèses envahis qui avaient été sinistrés. Demande aux Évêques la liste de ces prêtres. Écrit au Chef de gare de Modane. Visite du Capitaine Boujou présentant une Mission Danoise, autorisée et favorisée par le gouvernement en vue de conférences au profit de la Cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Dimanche 13 avril

La Conférence de la paix, en séance plénière, a adopté le projet relatif à la législation internationale du travail.
Genève a été choisie par douze voix contre sept pour siège de la Société des Nations.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 12 avril 1919

Louis Guédet

Samedi 12 avril 1919

1674ème et 1672ème jours

9h1/4  La pluie, mais le temps parait devoir se maintenir. Je pars dans une demi-heure. Pourvu que je trouve ma pauvre femme mieux.

Le bas de la page a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi12 –Visite à S.E. le Cardinal de Paris. Rentrée à Reims.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 12 avril

On annonce que les pourparlers des Quatre ont progressé en ce qui concerne le bassin de la Sarre et les réparations.
Le George Washington, qui vient chercher M. Wilson, a quitté New-York.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Place Clovis

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Vendredi 11 avril 1919

Louis Guédet

Vendredi 11 avril 1919

1673ème et 1671ème jours

7h soir  Temps couvert, froid, doux humide. Pluie toute la nuit. Journée assez calme avec courrier toujours chargé. Sorti un peu à 2h pour une heure, mais à 4h je n’étais pas encore rentré, accroché que j’ai été un peu partout. Le Maire d’abord, qui m’a parlé du conseil de famille de son petit-fils mineur Morlière, que je réunirai le mardi de Pâques à 2h. J’aurais pourtant bien aimé rester quelques jours à St Martin. Enfin je ne pouvais refuser. Puis consultation avec le docteur et de Bruignac pour savoir si les étaux (étals) loués au Marché couvert par suite de sa destruction totale étaient résiliés de plein droit en vertu de l’article 1722 du C.C. (Code du Commerce) (J’ai dit oui !…) et que la Ville pouvait dès maintenant réparer le marché et procéder ensuite à de nouvelles locations. Je suis d’avis que la Ville peut le faire.

Après les avoir quitté vu mes greffiers à la permanence pour leur donner les renseignements pour les conseils de famille, de là été à la Recette des Finances, cohue, je laisse mon argent et mes valeurs, que je reprendrai la semaine prochaine. Je cours à la Poste, puis à l’Hôtel du Nord pour retenir une chambre aux de Vroïl pour le 14. Je rentre à 4h1/2 après avoir causé avec M. et Mme Georges Walfard, celle-ci toujours gracieuse (Georges Walfard, employé de commerce (1874-1924) et son épouse, née Madeleine Alice Pierre (1883-1988)).

Je pars demain à 10h1/2 pour St Martin, m’arrêterai-je à Épernay ou à Châlons, je ne sais…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Vendredi 11 – Arrivée à Paris. Deuxième visite  de l’ami de Mgr Lacroix ; de Madame Lancereaux pour bibliothèques sacerdotales : écrit au Chef de Douane de Modane.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 11 avril

Le Comité des Quatre a siégé matin et soir.
Il a délibéré sur la question de la Sarre, et un progrès vers la solution a été réalisée.
Le problème des réparations a donné lieu à un échange de vues. L’accord s’est fait définitivement sur les bases suivantes :
1° L’Allemagne devra payer tous les dommages qui auront été causés par elle;
2° On fixera une somme qu’elle acquittera immédiatement. Des annuités suivront, dont le minimum sera déterminé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 10 avril 1919

Louis Guédet

Reims, jeudi 10 avril 1919

1672ème et 1670ème jours

8h soir  La pluie, et après-midi une pluie glaciale à partir de 4h. Journée exténuante, je n’en puis plus, je suis débordé. La matinée assez normale, après-midi 2 conseils de famille et un tas de monde. Je n’arrive à rien. Été juste à la Poste pour prendre l’air. Rencontré l’abbé Camu qui ne voit pas plus que moi la vie en rose et surtout l’avenir !!

Le bas de la page a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 10 – Voyage de retour en France

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Colonel Edward M. House

Jeudi 10 avril

Le Comité des Quatre a tenu deux séances. Il s’est réuni le matin au ministère de la Guerre, le colonel House remplaçant M. Wilson, et l’après-midi à l’hôtel du président des États-Unis, qui a ainsi assisté à la délibération.
La question de la Sarre a fait l’objet du débat de la matinée, les Quatre ayant examiné la formule qui avait été préparée par la commission spéciale.
Odessa a été occupée par les soviets ukrainiens.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 9 avril 1919

Louis Guédet

Mercredi 9 avril 1919

1671ème et 1669ème jours

8h soir  Beau temps. Journée exténuante pour moi. J’ai bien reçu soixante personnes ! Lettre de ma pauvre femme à qui j’ai répondu en 10 fois comme j’ai pu et j’ai oublié la moitié de ce que j’avais à lui dire.

Reçu visite du Capitaine Michelaud, 1er Régiment d’artillerie, commandant le parc de Tanks qui venait me demander de le représenter dans le règlement de ses affaires avec sa belle-mère Mme Dürr, et (rayé).

En causant je lui ai parlé de Jean et de Robert et il m’a très gentiment proposé de voir Jean demain et de le présenter à son beau-frère M. Cranier (à vérifier), qui est au Ministère de la Guerre, pour obtenir qu’il soit envoyé à Strasbourg ou à Metz pour continuer ses études. J’ai accepté. Je serais si heureux si je voyais mon pauvre grand aller là-bas et travailler au lieu de végéter dans un dépôt quelconque. J’ai parlé aussi de Robert et il m’a promis de le présenter au commandant du dépôt d’artillerie lourde de Tanks si Robert pouvait se faire désigner au 81e…  si tous deux avaient enfin un peu de chance.

Voilà tout l’intéressant de cette journée, durant laquelle je ne suis pas sorti de ma chambre. Je suis bien fatigué et toujours bien triste. Je renonce à mettre à jour mon courrier.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Mercredi 9 – Messe et allocution au Veuves, à Ste Françoise Romaine ; Visite au Cardinal De Lai, non trouvé ; à l’Ambassadeur du Brésil, non rencontré ; au Plénipotentiaire de Hollande, trouvé. retour en France. Départ à 9 h 20 soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 9 avril

Le Comité des Quatre a siégé. Il a discuté les réparations.
Le projet, qui est adopté en principe, comporte avant tout une énumération des dommages dont l’Allemagne devra réparation. On fixera la nature des pertes qui seront indemnisées ou encore des dépenses que nos adversaires auront à rembourser. Par exemple, selon toute probabilité, le budget des pensions sera mis à la charge des empires centraux par les États qui les acquitteront. C’est plus tard que l’on évaluera le montant même des sommes à récupérer, lorsqu’on tiendra en mains tous les éléments indispensables. Il faudra au préalable qu’on connaisse les prix des matériaux et de main-d’œuvre.

Source : La Grande Guerre au jour le jour 

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Mardi 8 avril 1919

Louis Guédet

Mardi 8 avril 1919                                                         

1670ème et 1668ème jours

8h soir  Temps de brume le matin en m‘éveillant. Endormi tard et mal dormi. Ainsi je me lève vers 8h1/2. Je règle ma chambre et fuis mon bouge du Lion… d’argent. Je vais chez Guinet (Georges Guinet, notaire de 1904 à 1920), notaire et avec son principal clerc je jette les bases du règlement de la succession Jacquemart, nous nous accorderons. A 11h j’obtiens d’un petit restaurant sur la place de la Gare un déjeuner plutôt maigre comme quantité. 3 rondelles de saucisson, un beefsteak de 5 centimètres de surface sur 1/2 d’épaisseur, 20 frites, un peu de fromage et un verre à Bordeaux de vin, 4 F, ma foi j’ai mieux mangé qu’au Lion d’argent, c’était plus propre… Je file à la Gare de Mohon, 3/4 d’heure de marche, je monte dans le train et arrive ici à 5h du soir, éreinté. Courrier phénoménal. Lettres de Jean, de Robert et de ma pauvre femme…  Jean espère toujours suivre ses cours, quant à ma pauvre femme elle croit que notre maison rue Clovis 42 est prête et ne parle rien moins que d’y venir coucher avec les enfants pour leur faire visiter Reims. Enfin on verra… Je vais me coucher, je ne tiens plus debout. Et puis je suis toujours très impressionné quand je vois nos champs de Batailles.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Mohon, Ardennes


Cardinal Luçon

Mardi 8 – Resté à S. Sulpice. Deuxième audience privée du Pape.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 8 avril

Les Quatre ont siégé pour continuer l’examen de la question financière. Des experts avaient été chargés de fournir un rapport sur ce point.
M. Clemenceau a reçu le maréchal Foch, qui lui a rendu compte des pourparlers de Spa.
Le général Smuts est arrivé par train spécial dans la capitale hongroise.
La République des Soviets a été proclamée à Munich.

Source La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 7 avril 1919

Louis Guédet

Lundi 7 avril 1919

1669ème et 1667ème jours

9h matin Temps magnifique, nuit d’insomnies. Je suis fort fatigué. Enfin je pars dans 1 heure. Pourvu que j’arrive à un résultat dans cette affaire Jacquemart pour les enfants Heidsieck.

6h soir  Parti de Reims à 11h55. Nous traversons les lignes de tranchées, amies et ennemies. Witry-les-Reims. Rien ! L’église est en ruines, j’aperçois la maison de ce pauvre Lacoisne que j’ai vu la dernière fois en septembre 1914, ainsi que j’ai dû le relater au début de ces notes ! s’il m’avait écouté il serait peut-être encore en vie. C’est un martyr du devoir. Lavannes, on aperçoit le clocher, de la Gare rien. Bazancourt fort abîmé. C’est insensé ce que les allemands ont remué de terre. Tous ces pays sont totalement changés de physionomie. Entre Bazancourt et Le Châtelet, fort abîmé, nous traversons dans une forêt de sapins un immense parc et dépôt de munitions abandonnées.

Tagnon est assez épargné. En quittant Tagnon le tunnel étant sauté, le train fait un immense circuit sur une voie de fortune pour franchir cette immense colline de démarcation des eaux de l’Aisne et de la Marne. Une seconde locomotive nous pousse, on avance au pas, cette montée me rappelle énormément la montée sur Pontarlier. Arrivé au sommet la locomotive de queue nous abandonne et revient à Tagnon. Quant à nous nous descendons cette montagne après une courbe énorme et reprenons à la sortie du tunnel auquel des centaines de prisonniers travaillent actuellement à remettre en état la voie normale.

Durant tout mon voyage nous ne voyons que la plaine inculte, et personne, c’est le désert. En tout cas à l’aller et au retour je n’ai pas vu dix vaches ! quant à des chevaux de cultures j’en ai compté 7 ou 8 attelés à des charrues !! Quel désert ! 86 kilomètres parcourus sans apercevoir la valeur de 20 ares de cultivés !!!

A Rethel les eaux de l’Aisne envahissent la plaine à cause des « étendues » faits par les allemands, de même pour la Retourne et la Meuse ! Inutile de dire que nous franchissons tous les cours d’eaux sur des ponts de fortune, les autres étant dynamités. A Rethel miséreux réseau de voies ferrées, des baraquements, Rethel est rasé. Nous ne marchons bien entendu que sur une seule voie, la 2nd ayant été dynamitée tous les 40 mètres, ou les rails enlevés par les allemands pour faire de nouvelles voies stratégiques !! La plaine et ces contrées en sont sillonnées comme des lignes télégraphiques, c’est une orgie de fils tendus à l’horizon, on se croirait en Amérique ou en Russie, à voir tous ces poteaux dans ce désert !! ces steppes devrais-je dire ou ces pampas ! Amagne, Lucquy détruits, Launois, Boulzicourt intacts ou à peu près, nous ne sommes plus dans la zone du Mur Païen ou de la Muraille de Chine (voir Heidenberg (importantes cimenteries), etc !…) à Mohon c’est un chaos de ferrailles et d’usines écrasées. Là je prends une patache qui nous conduit à Charleville au pas de 2 haridelles pour 3 Francs, c’est le commencement de l’exploitation éhontée. Les carolopolitains ont bien profité du…  dressage allemand à ce point de vue…

Vu Laurent clerc de notaire à Mézières (Jean Baptiste Ernest Laurent, clerc de notaire de 1870 à 1919), nous tombons d’accord pour l’affaire de la succession Jacquemart. Je me dirige à mon hôtel, le Lion d’argent ! oui, d’argent… ! (20, rue Thiers, actuellement avenue d’Arches)

Hôtel infect, sale et dégoûtant, mais il n’y a que celui-ci d’ouvert. Le Terminus ne le sera que dans 15 jours. Dîner odieux. 4 filets de harengs saurs, 4 morceaux de bœufs de 3 centimètres cubes, des légumes innommables, 4 amandes, 2 figues, 12 noisettes, 20 grains de raisins de caisse, immangeables, 2 verres de vin, coût : 8,50 !! Ma chambre 10 Francs !! et d’une saleté. Pas de serviettes, pour manger la serveuse a daigné me donner la loque qui lui servait pour essuyer les verres !! etc… Et dans ce boui-boui de restaurant est venu du monde, mais habillés d’une façon impeccable, hommes en jaquettes et femmes avec diamants et rubis aux doigts !! Notaires, magistrats, directeurs de Banques, etc…  etc… Bref j’aime encore mieux vivre dans mes ruines, du reste Mézières et Charleville ont toujours été repoussants de saleté. Mézières est assez démoli par le bombardement du 11 novembre. Je vais me coucher.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Lundi 7 – Messe du Pape pour les Veuves. Visite au Cardinal Merry del Val. Visite de M. Charles Roux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 7 avril

Les Quatre se sont réunis matin et soir, le colonel House remplaçant M. Wilson. Les experts financiers étaient présents. Ces séances ont été particulièrement importantes et de sérieux progrès ont été acquis.
L’accord de principe a été conclu sur la question des indemnités à réclamer de l’Allemagne et l’on va passer à l’examen des modalités d’application.
La commission chargée d’élaborer une formule au sujet du bassin de la Sarre a terminé à peu près ses délibérations.
La légation belge a publié cette note:
 » Pendant son séjour à Paris, le roi des Belges a pris contact avec les personnalités les plus éminentes des gouvernements alliés et associés. Il a eu l’occasion de s’entretenir, avec les chefs de ces gouvernements, des intérêts essentiels de la Belgique. Il régnait en Belgique quelque anxiété. On se demandait si les questions belges avaient conservé leur rang dans la sollicitude de la Conférence. Le roi a pu donner des précisions sur les points principaux du programme belge, et, particulièrement, sur les réparations qui sont dues à la Belgique pour assurer son relèvement économique et sur les conditions de sa sécurité.
Le roi a été écouté partout avec la plus grande attention, et il a quitté Paris, satisfait des impressions qu’il a recueillies.»
Le gouvernement de l’Etat serbo-croato­slovène a offert de régler, au moyen de consultations populaires, ses litiges territoriaux avec l’Italie et la Roumanie. Il a remis une note verbale au Comité des Quatre.
Une délégation dalmate a été conduite par M. Pachitch chez M. Pichon.
M. Wilson va mieux.
On annonce l’évacuation d’Odessa.
Les troupes finnoises qui servaient dans les effectifs alliés, sur la côte mourmane, se sont mutinées.
Le maréchal Douglas Haig regagne définitivement l’Angleterre.
Les bolchevistes menacent les frontières galiciennes.
MM. Noullens et Paderewski sont arrivés à Paris.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 6 avril 1919

Louis Guédet

Dimanche 6 avril 1919

1668ème et 1666ème jours

9h 1/2 matin  Temps splendide, une belle journée se prépare, ce qui assombrira encore plus ma tristesse ! Messe à 8h dite par un abbé vicaire de la Cathédrale revenu ces jours-ci. Peu de monde. Rentré ici pour écrire une lettre à M. Jadart sur ma visite des ruines de Reims hier, couvent des Carmes, des Carmélites, etc…

Je suis toujours bien inquiet de n’avoir aucune nouvelles de ma pauvre femme. Pourvu qu’elle ne soit pas plus souffrante. Quelles angoisses j’ai toujours ! Toujours ! et par ce magnifique soleil !! Pauvre martyr je suis ! Pauvre Paria !

Lettre de Louis Guédet à Henri Jadart, secrétaire de l’Académie de Reims.

Guédet Notaire Reims (Marne)
Reims 5 avril 1919

Mention en travers en entête :
Adressé à M. Jadart, secrétaire de l’Académie de Reims.

Mon cher Secrétaire et Ami,

Je suis allé au 16, rue Dieu Lumière, pour voir les vestiges découverts dans l’immeuble de M. Dufay-Lamy. Mais ceux-ci qui consistaient en pilastres et ogives du XIIIe cachées sous une couche de plâtre de plafonnage sont déjà abrités dans les « Bessonneau » qui se trouvent sur l’emplacement de l’ancienne prison, Parvis Notre-Dame, où l’on a réuni tous les vestiges de la Cathédrale intéressants. Je n’ai pu aller les voir, mais en revenant de là-bas je me suis arrêté à l’Hôtel Féret de Montlaurent, les médaillons représentant Saturne, Jupiter, le Soleil, Mercure, Vénus, la Lune, Mars sont intacts, ainsi que les armes des Montlaurent avec les 2 cartouches en-dessous R.F. au 141 de la rue du Barbâtre, voisin du 139 où se trouvent les médaillons que je vous signale. J’ai constaté avec plaisir qu’une des cheminées, provenant du même hôtel dont cette maison faisait partie et que j’ai vendue il y a quelques 10 ans, celle du 1er étage est intacte et encore de toute fraicheur, elle est en pierre nue portant les armoiries des Montlaurent en trumeau, avec deux têtes de béliers pour les pilastres, et elle est exposée aux intempéries du temps, et il serait intéressant de la faire desceller et sauver du naufrage. Par contre la cheminée du rez-de-chaussée qui avait comme trumeau une « bergerade » peinte à même sur pierre est totalement détruite.

Il y a aussi dans la cour de l’Hôtel du Commerce, rue du Cloître, une espèce de retable de pierre dans un pan coupé d’un mur de séparation en forme d’ogive du XIIe – XIIIe, plutôt époque Cathédrale de Paris que Cathédrale de Reims, malgré une scène représentant dans le triangle (3) une Vierge à l’Enfant  et dans les 2 rectangles du soubassement (1) le baptême du Christ et (2) une scène difficile à préciser, peut-être était-ce une Annonciation ?  une Adoration des Mages ? Malheureusement on l’a outrageusement…  réparée !! Mais ce qui reste est encore intéressant.

Sur ma route j’ai erré dans les jardins des Carmes, des Carmélites, des Genovéfains (?) (Cordeliers) de la rue Rainssant, etc… Tout cela reverdoie et d’étranges pensées du passé vous hantent et vous assaillent d’une façon poignante, c’est le désert, le silence, la solitude des ruines où tout vous parle  des siècles disparus, vous émeuvent, vous étreint douloureusement et…  délicieusement. Il semble à chaque instant que soudain de derrière ce pilier branlant délicatement fouillé, ou dans la base de cette ogive surbaissée va surgir un moine lisant dans un vieux missel ou une nonne égrainant son rosaire !! Singuliers revenants qui semblent vouloir venir dire un dernier adieu à ces pierres surprises de se retrouver au grand jour après des siècles d’emmurement, et que demain le démolisseur jettera à terre et transportera dans nos plaines pour combler les tranchées creusées par les Vandales  d’où il y a à peine un an ils lançaient encore leur mitraille pour anéantir nos merveilles Rémoises.

J’en suis tout bouleversé de ce pèlerinage accompli sous un merveilleux soleil d’avril.
Adieu, je pense encore plus à vous, quand du regard et par la pensée je fais revivre tout ce passé ancien.

Très affectueusement.
Signé Louis Guédet

Ernest, l’un des gardiens de la maison d’ici, nous quitte pour aller occuper le logement qu’on lui a loué (Maison Henry Goulet !). Il me reste donc plus que M. Thomas qui ne tardera pas non plus à se réinstaller chez lui. Et puis ce sera mon tour d’aller me réfugier 42, rue Clovis dans une modeste demeure où je vais tâcher de reconstituer mon triste et misérable foyer. Tout sourit, tout est resplendissant de lumière par ces belles journées d’avril…  et moi je suis triste, triste, écrasé, délabré, désemparé à en mourir !

8h soir  Je suis parti pour Trois-Puits à midi 3/4. J’ai pris le canal jusqu’aux Bains froids où j’ai dû m’orienter pour savoir où j’étais, tellement le paysage est changé. Au Pont de Fléchambault, devant le bief de l’usine Machuel je m’arrête devant une tombe entre le canal et la Vesle contenant les restes de 2 soldats du 28/2 du 5e Génie, Tartiere (Rémond Jules Tartiere, sapeur mineur au 28e Génie, décédé le 31 mai 1918) et Chaintereau (Achille Chaintereau, sapeur mineur au 28e Génie, décédé le 31 mai 1918), tués là le 31 mai 1918. Tartiere était marié, les tombes sont fleuries. Aux Bains froids je traverse la Vesle et prend le chemin de la Villageoise sur la route de Cormontreuil. A la Propriété Desmarets j’entre par une brèche et je suis les allées tant de fois parcourues par moi et mes chers enfants. C’était des temps heureux que je ne reverrai jamais plus. Il me semblait en contemplant l’endroit où était le Robinson des enfants entendre leurs frais éclats de rires et leurs ingénus propos…  ou le pont démoli, jeté sur la pièce d’eau du haut duquel mes chers Petits pêchaient à la ligne ou guettaient les faisans vagabonds… De la maison… ?! il n’en reste plus que la moitié, celle que nous occupions habituellement.

Je traverse l’extrémité nord de Cormontreuil et rejoignant la route de Louvois je continue  quelques cent pas pour quitter celle-ci et prendre à droite le chemin vert qui conduit à Trois-Puits. Près de la ferme j’aperçois un amas de caisses en osier et en étoffe fort lourdes et quantité de canons minenwerfers (mortier ou lance-grenades) pour fusées lumineuses ou grenades !! Tout cela à l’abandon ! Il fait fort chaud et cette plaine de Trois-Puits est fort mélancolique et surtout avec les tranchées qui la sillonne. J’arrive à Trois-Puits ! Pauvre village, sur 180 habitants il n’en reste plus que 80. Tout le côté droit de la rue Principale en montant vers le chemin de fer n’a plus d’occupants, tous sont morts !! Je cause un instant avec Marlier le manchot. J’entre avec lui dans l’église dont le chœur (côté de l’Evangile) est effondré ! Pauvre église de village ! Qu’elles sont tristes dans leurs ruines ! J’entre chez M. Cuquigny et après bien des tiraillements, la vieille mère traite avec sa belle-fille, mais que ces paysannes sont roublardes. La vieille ne voulait pas admettre que son fils avait repris tout leur avoir à la mort de son Père, à charge de servir à celle-ci sa mère une rente viagère !! mais tout en ne voulant pas comprendre on sentait qu’elle savait très bien la chose et de quoi il retournait (Henri Cuquigny, adjudant au 332e RI, est décédé à Vouziers (08) le 1er novembre 1918).

Nos actes signés je monte en haut du village pour voir le gros Vuattier, toujours réjoui. Je quitte Trois-Puits à 5h1/2 par le même chemin, je rentre à Reims à 7h par une fin d’après-midi magnifique. A chaque pas à travers champs je rencontre des sapes profondes de 8/10 mètres, qui seront fort intéressantes à faire visiter à André et Maurice. Sur mon chemin je prends 2 courroies en acier dans le tas abandonné que j’avais aperçu en allant.

Rencontré Blondel, encore tout désolé de la perte de ses 2 fils. (Rayé). Arrivé ici j’étais plutôt fatigué de mes 12 kilomètres.

Demain je pars pour Charleville à 10h24.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Rue Clovis


Cardinal Luçon

Dimanche 6 – Lecture du Dévret de Miraculis de Jeanne d’Arc. Visite au Cardinal Gasquet. Visite de la Reine de Roumanie à Reims(1).

(1) L’épouse du roi Ferdinand 1er était une petite-fille de la reine Victoria et elle connut un certaine notoriété en littérature où elle signait ses poésies du nom de Carmen Sylva.
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 6 avril

Les Quatre ont reçu le roi des Belges. Albert Ier a exposé une fois de plus devant eux les revendications de son pays en matière territoriale et pour les réparations.
M. Wilson n’est pas sorti de chez lui. Il a été remplacé au Comité des Quatre par le colonel House.
L’entrevue de Spa est terminée. La note suivante a été publiée:
 » Conformément à la décision prise par les gouvernements alliés et associés, le droit résultant pour les Alliés de la convention d’armistice du 11 novembre d’utiliser le port de Dantzig pour le débarquement des troupes polonaises actuellement en France a été maintenu formellement.
En outre, pour hâter l’arrivée de ces troupes en Pologne, il a été décidé de faire usage d’autres lignes de transport proposées par le gouvernement allemand.
L’ensemble de ces dispositions répond entièrement aux voeux des gouvernements alliés et associés.
Le socialiste Bernstein a reconnu, au cours d’un meeting pangermaniste, les droits des Polonais. La grève générale est terminée dans la Ruhr, et en voie d’extinction à Stuttgart. Mais le gouvernement allemand continue à nourrir des craintes pour Berlin.
Des mouvements de troupes bulgares sont signalés aux frontières roumaines.
On dément que Bela Kuhn se soit rendu à Munich.
Les bolchevistes ont subi un échec sur le front d’Arkhangel. Le bruit court que Kerenski se rallierait au gouvernement des commissaires du peuple.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 5 avril 1919

Samedi 5 avril 1919

1667ème et 1665ème jours

8h 1/2 soir  Du brouillard, et ensuite un splendide soleil d’avril. Journée triste, d’autant plus triste que voilà 2 jours que je suis sans nouvelles de ma pauvre chère femme ! Pourvu qu’elle ne soit pas plus souffrante, aussi n’avais-je pas la tête au travail, et aussitôt une vente de maison que j’avais à faire signer à 2h, ma première vente depuis des années. Je suis sorti porter mon courrier à la Poste rue Cérès, et de là j’ai erré par les rues, musant, fouillant du regard les ruines, entrant dans les jardins, les cloitres, etc…  désertiques, à travers les ruines des maisons démolies, franchissant murailles ébréchées, percées, démolies, au risque de me rompre le cou ou de recevoir une cheminée, une poutre ou un pan de muraille sur la tête. J’ai traversé à vol d’oiseau, ou plutôt à travers champs toute la ville, de la rue Cérès à la rue Dieu Lumière. J’ai rêvé dans les ruines et le jardin du cloître des Génovéfains (le cloître des Cordeliers) de la rue St Symphorien, dans celui des Carmélites de la rue du Barbâtre, dans la cour des Féret de Montlaurent, puis j’ai musé dans les décombres du Grand Bailla. Rue Dieu Lumière je me suis arrêté au n°16 ou Dufay (Emile Dufay-Lamy, architecte qui a participé activement à la reconstruction de la Ville de Reims (1868-1953)) a découvert 2 pilastres et une ogive d’une maison du XIIIe dissimulés sous un plâtras. Ceux-ci vont de pair avec ces débris de nature archéologique, vestiges de la Cathédrale que l’on recueille, réunit sous 2 grandes tentes Bessonneau établies place du Parvis, sur le terrain vague de l’ancienne prison. En revenant sur mes pas je muse et fouille encore la « forêt » de ruines. J’entre dans la cour de l’Hôtel du Commerce rue du Cloître et Robert de Coucy pour voir un retable en forme de trapèze triangulaire du XIIIe représentant une Vierge à l’enfant et au-dessous le Baptême du Christ et une adoration des mages (?) odieusement réparée…  par un…  iconoclaste, mais ce retable est encore intéressant. J’admire pour la vingtième fois les 2 pilastres et l’ogive, seuls vestiges de l’ancien cloître  du Chapitre de la Cathédrale de Reims qui étaient dissimulés dans les murailles de séparation de 2 maisons (ancien Cercle Catholique) et le plafonnage d’une salle !… Je suis rentré fort ému de ce douloureux et délicieux pèlerinage où je revivais des siècles inconnus, et cela par un soleil d’avril merveilleux, qui rendait encore plus poignant ce spectacle tumultueux de ruines désertiques, Pompéi et Herculanum du XXe siècle !!

Je viens d’écrire tout ce pèlerinage à M. Jadart, notre secrétaire de l’Académie de Reims, qui me convoquait à une séance à Paris pour le 9 avril, à laquelle je ne puis assister. Je lui signale tous ces vestiges à sauver, ainsi que les médaillons de la cour de l’Hôtel des Féret de Montlaurent Renaissance, représentant Saturne, Jupiter, Mars, Vénus, Mercure, le Soleil, la Lune, etc…  ainsi qu’une cheminée à pilastre en forme de tête de bélier avec les armes des Féret en trumeau parfaitement conservés dans la maison contigüe portant le n°141. Malheureusement la cheminée du rez-de-chaussée qui avait une Bergère peinte sur le trumeau est totalement détruite.

Que de reliques à retrouver, découvrir au milieu des décombres et à sauver pieusement. Je suis fourbu, mais cela m’a empêché de songer à mon inquiétude de n’avoir pas de nouvelles des miens. Pourvu que j’aie une lettre demain.

Demain après-midi j’irai à Trois-Puits pour une succession. Encore un triste spectacle à voir que ces villages en ruines, Cormontreuil, Trois-Puits, Montbré, etc…  après-demain à Charleville.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Samedi 5 – Audience solennelle des Beuves. Visite de l’Ambassadeur du Brésil

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 5 avril

Le Comité des Quatre a siégé hier matin et soir. Il a entendu le matin M. Orlando, qui a exposé les revendications de l’Italie dans l’Adriatique, et, l’après-midi, il a reçu M. Trumbitch, qui est venu formuler les desiderata des Yougo-Slaves. M. Orlando, toutefois, n’était pas présent à cette dernière audition.
Le Comité des Quatre a confié à une commission de trois membres le soin de lui proposer deux formules, l’une sur la question de la Sarre, l’autre sur la question de la rive gauche du Rhin.
Les délégués financiers français et allemands ont eu un second entretien à Pont-Sainte-Maxence.
Le maréchal Foch a conféré à Spa avec les généraux français qui résident dans cette ville, ou qui sont venus de Berlin d’une part, et avec M. Erzberger, de l’autre.
Une commission alliée prépare à Dantzig des logements pour les troupes polonaises.
On confirme que les bolchevistes ont perdu une grande bataille au Caucase en janvier. Leurs adversaires leur auraient fait 50.000 prisonniers.
Par contre, on a de vives craintes en Angleterre pour les troupes qui se trouvent en Mourmanie et à Arkhangel et une partie de la presse de Londres réclame énergiquement l’envoi de renforts.
La grève générale des mineurs aurait échoué dans le bassin de la Ruhr.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Vendredi 4 avril 1919

Louis Guédet

Vendredi 4 avril 1919

1666ème et 1664ème jours

3h soir  Temps gris, maussade. Pourvu qu’il ne pleuve pas. Je suis plus délabré que jamais. Pas de nouvelles de St Martin. Pas beaucoup de courrier. Mais je n’ai le courage de rien ! Je crois que cette vie misérable me tuera. Mon Dieu tant mieux ! Je sens mes forces à bout ! Et puis mener une semblable vie, vaut mieux la mort ! qui sera une vraie délivrance pour moi. Moi disparu Dieu aura peut-être pitié de ma pauvre femme et de mes pauvres enfants !

Sorti ce matin pour porter des lettres, et rentré pour mon courrier. Rencontré Halbardier, toujours le même. Heureux caractère. Après-midi été à la Recette des Finances porter 2 titres à vendre, et changer des billets de 1000 Francs, puis poussé à la Poste porter des lettres avec une à ma pauvre femme. Rencontré l’abbé Maitrehut. Causé des Sœurs de l’Hôtel-Dieu et du projet Roederer. Puis l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, qui se rend bien compte de l’état d’esprit égoïste des français de l’arrière non éprouvés ! Nous sommes du même avis sur ce chapitre !! Ces rapaces, ces jouisseurs, ces nouveaux riches seront-ils châtiés ?!! L’avenir nous le dira !

Rentré songeur. J’ai pleuré presque tout le temps de ma route !! Ces ruines toujours vues et revues me crèvent le cœur. Quelle agonie ! Quand donc la mort viendra-t-elle me délivrer ?

7h soir  Visite de Lucien Masson et de sa mère, causé longuement. Tous sont rentrés à Paris et ne songent nullement à revenir à Reims (Lucien Masson, Industriel (1874-1948), est le père de Geneviève Masson (1901-1999) qui épousera Jean Guédet le 28 mai 1925)!! (Barré et rayé).

Cailteaux, mon confrère de Witry-les-Reims, qui était venu me demander où il pourrait et devait faire enregistrer ses actes !! Puisqu’il n’y a pas de receveur à Bourgogne !! Quelle pagaye !! Nous allons à l’anarchie, au gâchis ! à la tour de Babel ! Vraiment… C’est bien triste !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Le Pape Benoit XV

Vendredi 4 – Première audience de Benoit XV ; après audition de la Prédication, visite au Cardinal  Vanoutelli, doyen du S. Collège (sa fête) ; au cardinal De Lai, non rencontré ; au Cardinal Billette, non rencontré.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 4 avril

Les Quatre ont siégé matin et soir. Ils ont continué l’étude des questions de l’Europe orientale.
Un communiqué a été publié : le premier depuis que les Quatre se sont substitués aux Dix.
Le voici :
«Le général Smuts part pour la Hongrie, dans le but de faire une enquête sur certains problèmes soulevés par l’armistice et sur lesquel le conseil suprême désire de plus amples informations. »
Malgré le laconisme de ce communiqué, on peut supposer que le général Smuts procédera à une étude générale de la situation en Hongrie, au point de vue politique, social, militaire et économique. Les questions qui sont connexes à l’application de l’armistice sont nombreuses et d’ordres très divers.
Le général Mangin, dont on avait parlé pour une mission dans l’Europe orientale, est retourné à Mayence.
On apprend qu’au moment où le colonel Vix quittait Pesth avec la mission alliée, Bela Kuhn, commissaire du peuple aux Affaires étrangères, lui remit une note où il insistait sur le désir de la République communiste hongroise d’entretenir de bons rapports avec l’Entente et sollicitant le concours de celle-ci pour le ravitaillement du pays.
La première entrevue entre les délégués financiers anglais, allemands et français a eu lieu au château de Villette, près de Pont-Sainte-Maxence. MM. de Lasteyrie et de Courcel représentaient la France, M. Keyns, l’Angleterre.
Dix-sept nouveaux sous-marins ont été livrés à la France.
De nouveaux troubles ont éclaté en Allemagne. Il y a grève générale à Stuttgart, où l’état de siège a été proclamé. La situation est grave dans le bassin de la Ruhr. Des troubles sanglants ont eu lieu à Francfort.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 3 avril 1919

Louis Guédet

Jeudi 3 avril 1919

1665ème et 1663ème jours

1h soir  Gelée, beau temps. Lettre fort triste de ma pauvre chère femme qui ne va pas mieux, elle garde toujours le lit… J’aurais toujours tous les malheurs. Jolivet me sachant si isolé et si découragé est venu me voir pendant mon déjeuner. Lui du moins a du cœur. Je vais partir à l’instant pour mon audience ! Puisse-t-elle se bien passer, et avec honneur et dignité pour moi. Et que nulle note discordante ne vienne ternir ma fin de carrière comme Juge de Paix de Guerre de Reims. Au contraire ! Pauvre femme, mes pauvres enfants.

8h soir  Mon audience d’installation s’est bien passée, à 2h j’ouvrais l’audience et Fontaine greffier du 1er canton lisait le décret et le procès-verbal de réinstallation. Ensuite je passais aux réquisitions militaires, toutes conciliées. Nous avons fixé une autre audience au jeudi saint, le 17 avril à 2h. J’appelais ensuite le jeune André qui avait volé des bouteilles vides sur le conseil d’un individu x ! Ce gamin de 14 ans n’en menait pas large. La mère séparée de son mari depuis 15 mois avait un bébé sur les bras ! D’où et de qui vient-il !! J’ai secoué la mère et le gosse, qui m’ont promis le premier de ne plus recommencer, la 2nd de mieux surveiller son rejeton !! Ensuite conseils de famille Prévost, Valentin, Lajeunesse et Barbier. Tout s’est très bien passé, je levais l’audience à 4 heures. Rentré chez moi livré à mes tristes et douloureuses pensées ! Je succomberai de chagrin ! Oh ! mon Dieu ! que ce soit le plus tôt possible.

Mot gentil de Guichard qui m’écrit que Jonas le graveur ami de M. Thomas avoué à Paris, qui vient pour dessiner la Cathédrale, aura une chambre à la Maison de Retraite.

Melle Thiérard est rentrée, Alix Sohier va donc partir demain pour Trigny, et gardera la Propriété Mareschal.

Voilà ma journée, encore une journée d’agonie lente passée. Pourvu que ma nuit ne soit pas hantée de cauchemars et d’insomnies terrifiantes et angoissantes.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 3 – Arrivée à Rome. Le Pape demande mon Allocution pour la présentation des Veuves de Guerre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 3 avril

Le Comité des Cinq a continué à délibérer sur les affaires de Teschen. Il s’agit du territoire contesté entre Polonais et Tchèques.
La commission du travail de la Conférence a remis son rapport. Elle a siégé trente­ cinq fois et établi un texte développé. Elle prévoit la création d’un organe permanent, un bureau du travail, chargé de préparer les progrès de la législation internationale. Ce bureau résiderait dans la ville qui serait choisie comme siège de la Société des Nations. Il y aurait, en outre, une conférence annuelle.
Le rapport préconise toute une série de clauses et se fonde sur les principes suivants:  » Le travail ne doit pas être considéré comme une marchandise; à travail égal, salaire égal; les femmes et les enfants doivent être spécialement protégés; les assurances sociales doivent être généralisées; il importe de prendre, sauf exception, la journée de huit heures comme une base de l’effort humain normal. »
Des troubles sanglants ont éclaté à Francfort-sur-Mein où quatre cents arrestations ont eu lieu. Il y a des morts et des blessés. La grève générale recommence dans le bassin houiller de Westphalie. Les extrémistes ont obtenu la majorité aux C. O. S. de Brunswick.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 2 avril 1919

Louis Guédet

Mercredi 2 avril 1919

1664ème et 1662ème jours

6h soir  Toujours la gelée la nuit. Temps magnifique. Journée de travail. Dérangé beaucoup. Visite d’Émile Français, toujours fort gentil, Béliard, notaire, qui vient pour une maison pour son Étude. Mme Jolivet qui repart demain à Paris. Jolivet qui me quitte à l’instant… Sorti juste pour aller rue Libergier, à la Mairie, porter ma toque et ma toge pour demain mon audience. Toujours grande tristesse. Je mourrai de chagrin. Dans l’Éclaireur je vois que notre nouveau Procureur de la République est nommé à Lyon. Ce n’était vraiment pas la peine de venir ici, il aura été Procureur 15 jours !! Quelle pagaye !! dans tous ces ministères !! Nous allons au gâchis, à l’anarchie !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 2 – Voyage vers Rome. Pèlerinage des Veuves de Guerre. R. Père Vion, assomptionniste.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 2 – Voyage vers Rome. Pèlerinage des Veuves de Guerre. R. Père Vion, assomptionniste.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 2 avril

 

Le président des États-Unis et les présidents du Conseil des gouvernements alliés, assistés de leurs ministres des Affaires étrangères, se sont réunis au ministère de la Guerre, à 3 heures. La réunion à pris fin à 7.15.
Après le départ des ministres, MM. Lloyd George, Balfour, Lansing, Orlando, baron Sonnino, Stephen Pichon, M. Clemenceau a accompagné le président Wilson jusqu’à sa voiture.
Le maréchal Foch,le général Diaz et le général Wilson ont assisté à la première partie de la Conférence.
Les Cinq se sont réunis au Quai d’Orsay pour délibérer sur les points suivants :
1° Les préliminaires de paix seront-ils discutés à Versailles ou se bornera t-on à y signer le traité préalablement rédigé ?
2° Quelles seront les frontières Tchéco-slovaques ?
3° Tiendra-t-on, cette semaine, une séance plénière pour examiner et adopter les propositions établies par la commission de la législation internationale du travail ?
Le maréchal Foch est parti pour Spa, où il doit se rencontrer avec le délégué allemand Erzberger. Il lui signifiera la décisions de l’Entente au sujet du débarquement de Dantzig.
La délégation financière allemande va s’installer à Pont-Saint-Maxence (Oise). Elle aura des entrevues à Compiègne avec les délégués français.
Les Allemands ont été battus aux élections de Posen.
M. Winston Churchill a enlevé le vote des Communes sur la loi des effectifs après avoir exposé la situation des troupes britanniques sur les différents fronts.
Le roi des Belges est venu en avion de Bruxelles, au Bourget. Il s’est entretenu avec les ministres belges qui sont actuellement à Paris de la marche des conférences de la paix.
On annonce que M. Lloyd George restera parmi nous jusqu’à la fin des négociations. L’atténuation de la crise ouvrière anglaise le dispense, en effet, de rentrer immédiatement à Londres.
Les chefs de partis ont été réunis à Berlin par le gouvernement afin de donner leur avis sur les instructions qui ont été remises à M. Erzberger.
M. Allizé, notre agent diplomatique à Vienne, est arrivé dans cette capitale. M. Noulens est parti pour Cracovie, d’où il doit, à son tour, gagner Vienne en compagnie du premier ministre de Pologne, M. Paderewski.
Un colonel américain a tenté d’enlever Guillaume II à Amerongen. Il manifestait le désir de le ramener à Paris et de l’offrir en cadeau au président Wilson.
La Diète de Pologne a envoyé une adresse à la Chambre française.
Le blocus de l’Allemagne et celui de la Hongrie subsistent.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 1er avril 1919

Louis Guédet

Mardi 1er avril 1919

1663ème et 1661ème jours

7h soir  Beau temps, la gelée, mais après-midi assez douce, du soleil. Rien de transcendant, juste sorti pour porter mes lettres à la Poste. Lettre de ma pauvre chère femme, toujours fort triste, et réellement malade !

Lettre de Melle Devédeix, toujours aussi folle dépensière. Elle a trouvé moyen de faire 5 à 6000 Francs de dettes durant l’occupation allemande à Soye près de Namur !! Je ne sais comment elle pourra rembourser. Elle a juste sa maison boulevard de la République, 47 (Hôtel de Champagne) (deviendra en partie le boulevard Foch en 1929 et le boulevard du Général Leclerc en 1949), déjà hypothéquée au Crédit Foncier, alors !! En voilà une cliente qui m’aura donné du souci. Que deviendra-t-elle ? Elle risque d’aller mourir sur un lit d’hôpital ! C’est son affaire la malheureuse !!

Écrit à la Supérieure Sœur Pauline et à Mère St Jean des Augustines de Reims à Cras-Avernas. Je n’ai plus qu’à attendre ce que la R.M. (Révérende Mère) supérieure décidera pour mon voyage à Cras afin d’arrêter les conditions et la mise au point de leur retour à Reims.

Voilà ma journée ! Je suis toujours douloureusement triste dès que je sors et que je suis livré à mes idées, je pleure !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 1 – Visite de M./ X, envoyé par Mgr Lacroix. Visite à l’Archevêché. Départ 8h30 pour Rome.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 1er avril

 

Le Comité des Quatre a examiné la question de Dantzig, qui se présente sous un double aspect : le passage des troupes polonaises du général Haller et sa cession à la Pologne.
Le maréchal Foch a invité l’Allemagne à envoyer un plénipotentiaire à Spa, où il se rendra personnellement, pour discuter le problème du débarquement. La date du 3 avril a été fixée.
D’après certaines informations, le siège de la Société des Nations serait fixé à Genève, mais la Belgique réclame en faveur de Bruxelles.
Les partis de gauche du Luxembourg envoie une délégation à Paris pour négocier avec l’Entente.
Les indépendants ont obtenu pour la première fois la majorité à l’élection des C.O.S de Berlin.
La mission financière allemande attend à spa.
La réunion de la Chambre italienne est ajournée au 23 avril. Les élections générales auraient lieu en octobre.
Le nouveau gouvernement hongrois a ordonné une diminution du loyer des petites habitations. Petloura aurait repris l’offensive contre les bolcheviks : ceux-ci se préoccupant surtout, à l’heure actuelle, d’attaquer la Roumanie.
M. Wilson a reçu à Paris une douzaine de parlementaires américains. Il leur a montré les difficultés de la paix, mais il a insisté en même temps sur l’urgence d’aboutir.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 31 mars 1919

Louis Guédet

Lundi 31 mars 1919

1662ème et 1660ème jours

6h 1/2 soir  Il a gelé fort cette nuit, il fait froid, mais le soleil s’est montré et a un peu adouci la température. En somme belle journée. Beaucoup de monde ! dérangé tout le temps. Peu de courrier heureusement. Lettre de ma pauvre chère femme ! Fort triste. Elle est fort souffrante ! s’en relèvera-t-elle ? Dieu le veuille ! Mais ce n’est pas cela qui me donnera du courage ! Je n’ai que malheurs sur malheurs ! sans espoir d’en voir la fin. Je suis maudit ! ma pauvre femme, mes pauvres enfants, si seulement, eux du moins, ne souffraient pas !… Pauvres parias ! Pauvres misérables martyrs que nous sommes !

Vu pas mal de monde. Sorti une demi-heure pour prendre l’air et rentré pour reprendre ma chaîne.

Je suis fatigué, du reste mes forces diminuent de jour en jour.

Que je suis donc malheureux !! Et si j’étais moi encore seul à souffrir !! mais ma pauvre femme, mes pauvres enfants !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 31 – Départ pour Paris et Rome. Visite à Madame Lancereau pour bibliothèque sacerdotales. (Pèlerinage des Veuves de la guerre).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 31 mars

Le débat s’est poursuivi à la Chambre sur les douzièmes. Un amendement tendant à réduire les crédits militaires de 10 millions, afin de protester contre l’intervention des Alliés en Russie, a été rejeté par 362 voix contre 131, après que M. Pichon eût posé la question de confiance. Le ministre des Affaires étrangères a annoncé qu’il fournirait prochainement des précisions sur les préliminaires de paix.
Villain, le meurtrier de Jaurès, a été acquitté par le Jury de la Seine.
MM. Noulens et Paderewski ont quitté Varsovie pour Paris.
Les troupes roumaines sont entrées en lutte avec les bolcheviks sur la rive gauche du Dniester, en Ukraine.
Ludendorff annonce une revanche de l’Allemagne.
La mission française de Pest est arrivée à Belgrade.
Une Constitution soviétique est en préparation en Hongrie.
Une grande réunion de travaillistes a eu lieu à Londres.
Le gouvernement allemand accumule les difficultés dans l’affaire de Dantzig.
Essad pacha et le ministre des Affaires étrangères d’Albanie sont arrivés à Paris.
La grève des chemins de fer a cessé en Autriche.
Le pape a écrit une lettre au cardinal Hartmann au sujet de la libération des prisonniers allemands.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Raoul Villain  (né à Reims le   et mort étranglé à Ibiza le ) est un étudiant nationaliste français, connu pour avoir assassiné Jean Jaurès, le 31 juillet 1914, à la veille du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Bien que sa culpabilité ne fasse aucun doute, ayant lui-même avoué son acte, il a été acquitté lors de son procès en 1919 dans un contexte de ferveur nationaliste.

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