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Courrier, la guerre 14-18 est terminée… merci !

ob_dd8317_amicarte51-100Courrier adressé à Hubert Henriot-Hanoteaux, négociant en beurre à Fleurus – Belgique (Hainault)

28 décembre 1918

Monsieur,
je suis en Hollande depuis le 25 octobre en très bonne santé.
J’espère que vous de même et vos jeunes filles.
Mille mercis du bon accueil.
Delval Louis, réfugié français qui a logé chez vous.
Cordiale poig
née de main.

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Cela se passe de commentaires, Louis Delval était réfugié en Belgique. Il remercie son bienfaiteur, un mois après l’armistice… et semble en garder un bon souvenir, et n’a pas oublié les jeunes filles.
Difficile d’en faire dire beaucoup plus à cette carte, quant aux différentes causes possibles de cette expatriation temporaire et forcée… n’épiloguons pas !

La carte nous montre des travaux de réfection, au cœur des combats en Champagne, au milieu des tranchées.
Arrivée à Fleurus, près de Charleroi, ville francophone du Hainault, dont voici une carte du centre ville.

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Et le Monument aux Morts de Fleurus, en mémoire des victimes de la Grande Guerre.

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Reims 14-18… Bien chère Marraine

ob_dd8317_amicarte51-100Deux cartes qui se suivent, à 11 jours d’intervalle.

Le 23 mai 1918
Bien Chère Marraine,
je suis sortie de l’ambulance depuis avant-hier, mais sans avoir une perme.
Pour la malchance, je l’ai toujours.
Maintenant, je suis au dépôt divisionnaire mais pas pour longtemps, d’ici quelques jours, j’aurai rejoint mon ancienne compagnie.
Autre chose de guerre intéressante, ce soir, nous embarquons pour une direction inconnue, probablement la Somme.
Voilà deux jours que le régiment est parti, donc, on va aller les rejoindre.
Je n’ai pas eu de lettres depuis dix jours, mais quand j’aurai rejoint ma compagnie, j’aurai de quoi faire la lecture.
Je termine chère Marraine, en vous envoyant un affectueux bonjour.
Votre filleul.
(à présent, vous pouvez m’écrire)

Le 4 juin 1918
Bien Chère Marraine,
avec un grand plaisir, j’ai reçu votre lettre du 30 mai, mais les cartes que vous m’annonçaient, je n’en ai reçu aucune.
J’ai reçu celle du 10 mai le 14, c’est-à-dire avant que je sois évacué.
Votre lettre, c’est la seule depuis trois semaines, il en viendra encore de ces retardataires, je l’espère.
Je vous dirai, chère Marraine, que nous sommes partis à temps de Berry-au-Bac.
Je crois que si on y était restés encore quelques temps, on serait peut-être à Berlin à présent.
Jamais on aurait cru qu’ils seraient venus nous attaquer dans ce secteur.
Si seulement ça pouvait amener la fin tant désirée. Il n’y a plus rien à faire avec ces boches, et puis, si on pouvait compter sur nos alliés, mais non, ils sont tous à l’arrière !
Voilà tout, nous sommes toujours à côté de Dunkerque.
Hier, nous sommes allés voir la mer, c’est très chic, mais il faudrait que ce soit en temps de paix.
Je termine mon entretien en souhaitant que la présente vous trouve, comme elle me quitte, en bonne santé.
Amitiés et bons souvenirs de votre filleul.
Emile.

Remercions Émile pour ces deux courriers forts intéressant.
Comme toujours, on court après les correspondances et les nouvelles… mais toutes n’arrivent pas.
Émile pense être envoyé dans la Somme, il se retrouve dans le Nord, à Dunkerque, en plein dans la fameuse offensive du printemps 1918, sur le front occidental.
Bien sûr, il n’y a pas d’informations sur les combats et les horreurs… comme souvent, le soldat se veut rassurant, mais aussi, il ne faut pas donner de détails trop précis dans ses courriers, et risquer de divulguer des renseignements capitaux.
Une petite note assez drôle, la découverte de la mer… »très chic »… évidemment, nous sommes loin d’une visite touristique.

Deux cartes rémoises d’un même quartier, et qui se suivent, 288 et 289 éditées par Georges Dubois

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288. Faubourg Cérès, entre St-André et le Boulevard Jamin.

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289. Faubourg Cérès – Le Commissariat et la Bibliothèque municipale.

On reconnaît la bibliothèque Holden, en bien triste état. Mais qui a été bien heureusement reconstruite à l’identique, et que nous pouvons toujours apprécier aujourd’hui.
C’est la première bibliothèque construite à Reims. Grâce à l’initiative de Jonathan Holden, négociant en laine à Reims, elle a été construite par l’architecte rémois Ernest Brunette, fils du célèbre architecte Narcisse Brunette (ils construisirent tous deux de 1863 à 1880 la façade de l’Hôtel de Ville de Reims, rue de la Grosse Écritoire).

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Intégration de la bibliothèque détruite, dans l’environnement d’aujourd’hui.

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La Bibliothèque municipale du Faubourg Cérès, avant guerre.

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Façade de la bibliothèque Holden de Reims, en 2014.

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La place d’Erlon, la rue Buirette, Saint-Jacques après les bombardements

 

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8h du matin, le 2 avril 1918

amicarte51-100Chère Mère
Par ces quelques mots je vous ferais savoir que je suis toujours en bonne santé et je désire que la présente vous trouve tous de même ainsi que toute la famille.
No
us avons mauvais temps et comme corvée, nous prenons quelques choses pour le ravitaillement en munitions et en vivres.
Enfin, nous espérons être relevés.
Bien des choses de ma part à toute la famille et à la famille B… , et je vous quitte en vous embrassant tous.
De tout cœur, ton fils pour la vie.
Charles.
PS : la dernière lettre que j’ai reçue da
te du 20 mars.

Reims 14-18 - 8h du matin, le 2 avril 1918

Et oui, déjà 4 années de guerre… de quoi trouver le temps vraiment long… et ce n’est pas encore terminé. Charles évoque ses occupations de ravitaillement, sans donner plus d’explications, mais il est vrai qu’il ne faut pas trop en raconter sur ces correspondances ! On ne sait jamais, la moindre information précise pourrait renseigner l’ennemi si ces cartes venaient à tomber entre leurs mains.

La photographie, quant à elle, nous montre l’intérieur des locaux de l’Action Populaire, entièrement dévastés par les bombardements allemands.
L’Action Populaire est une revue fondée en 1903 par le jésuite Henri-Joseph Leroy (de la Compagnie de Jésus), en exil en Belgique. En 1904, l’Action populaire déménage à Reims dans ces locaux à l’angle des rues de Mâcon et des Trois-Raisinets. Il semble assez difficile aujourd’hui d’en situer le lieu exact, la topologie des lieux ayant beaucoup changé à cause de la guerre, notamment avec le percement lors de la reconstruction de la ville, de la rue Voltaire qui est venue couper ces deux rues.
Avec déjà 8000 abonnés en 1914, la revue cesse ses parutions à cause de la guerre… elles reprendront ensuite, à Paris (51, rue Saint-Didier).
Dans les années 70, la Revue de l’Action Populaire devient Projet, et depuis 2012 Revue Projet, avec une version papier et une version numérique.

Ci-dessous une seconde carte de ces locaux détruits, hélas, l’état de gravas ne nous apprend pas grand-chose de plus quant à l’aspect d’avant-guerre de l’édifice.

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Une dernière carte, publiée par l’Action Populaire de Reims avant guerre, pour le magasin la Maison Bleue (A. Noël) à Paris, près de l’Eglise Notre-Dame des Victoires, qui diffuse des souvenirs, objets religieux divers, et bien sûr, les publications de l’Action Populaire de Reims.

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Reims 14-18… Je quitte les tranchées…

ob_dd8317_amicarte51-100Le 18 janvier 1918
Mon cher Oncle.
Je quitte les tranchées demain matin, nous sommes relevés pour aller au grand repos.
Où va t’on nous donner ce repos, je ne peux vous le dire, je n’en sais rien.
Il ne faut pas vous étonner si vous ne recevez rien de moi tous ces temps-ci, avec ces changements, ce n’est pas toujours facile d’envoyer un mot,
et en plus de cela, la correspondance que nous nous envoyons a souvent bien du retard, parfois même, elle s’égare.
Je vous embra
sse.
Edouard.

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Même s’il ne sait pas vraiment où il va « atterrir », Édouard ne doit pas être mécontent de partir en « Grand Repos ».
Lorsqu’il s’agit d’un repos « normal », la troupe n’est plus au front, certes, mais continue de s’entraîner et de travailler, les corvées, les manœuvres et toutes les joyeusetés qui vont avec.
Le Grand Repos est quant à lui un repos véritable pour le soldat !

Attardons-nous un peu sur le visuel de la carte postale, avec une photo prise rue de la Grue, en direction de la cathédrale dont on aperçoit les tours.
Fin 1917, cette rue n’est plus qu’un amas de ruines, et le petit jeu qui consiste à reconnaître le lieu précis s’avère difficile, voire impossible.

Ci-dessous, une vue de la Rue de la Grue, au début de la guerre, en 1914, les bombes allemandes ont déjà fait leur office :

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La seule chose qu’on puisse dire avec une quasi certitude, c’est qu’à l’emplacement de ces maisons détruites se trouve aujourd’hui la Poste Centrale Cérès construite dans les années 30.

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La Guerre 14-18 – Hôtel de Ville de Reims, incendié le 3 mai 1917

Correspondance… de la Champagob_dd8317_amicarte51-100ne au Calvados ! de Jules à Maurice…
1er octobre 1917 – Courrier adressé à Trouville-sur-Mer – Calvados

Mon cher Maurice,
avec le grand désir de bientôt te voir, je t’envoie tous mes sincères désirs de bonne santé,
et surtout et par dessus tout que tu effleures seulement le danger, sans en ressentir les atteintes.
Cordiale poignée de main et

amitiés de ton père.
Jules

Incendie de l'Hôtel de Ville

Que dire de cette carte postale ? certainement pas de quoi rassurer Maurice, même si le cliché a déjà 5 mois lors de l’envoi.
Les obus incendiaires, tombés le 3 mai 1917 ont fait leur office !
Il ne reste plus grand chose du magnifique Hôtel de Ville, œuvre de l’architecte rémois Jean Bonhomme, dont la façade avait été inaugurée en 1636.
Des ajouts successifs ont été réalisés, jusqu’en 1880… Tout est parti en fumée, 37 années plus tard !
Il renaîtra de ses cendres, la reconstruction commença en 1924, et sera inauguré par le Président Doumergue le 28 juin 1928.

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Une vue prise de la butte Saint-Nicaise, on aperçoit au loin, les fumées de l’Hôtel de Ville de Reims qui se consume !

Laurent Antoine LeMog – Amicarte51

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Reims 14-18 – Il n’est pas très loin de moi, un peu à droite…

ob_dd8317_amicarte51-100Mercredi 19 septembre 1917
Monsieur le Curé,
Excusez-moi si je ne vous ai pas écris plus tôt.
Depuis mon retour de permission, je suis en très bonne santé et toujours dans le même secteur qui est d’ailleurs assez tranquille.
Combien de temps y resterons-nous, pas très longtemps sans doute d’après ce que l’on murmure.
J’ai demandé après votre neveu René, pour le moment, je n’ai pu savoir exactement où il est.
En tout cas, il n’est pas très loin de moi, un peu à droite, je crois.
Je ferai mon possible pour avoir des renseignements plus précis, et serais enchanté de le trouver et de faire sa connaissance.
Rien de bien intéressant à vous dire, je vous quitte Monsieur le Curé en vous souhaitant bonne santé et en vous serrant cordialeme
nt la main.
Bien à vous,
E. Gallois

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C’est une bonne chose, on oublie pas de donner des nouvelles à Monsieur le Curé.
Et en plus, il a droit à une carte postale de la Cathédrale de Reims… mais hélas dans un bien triste état… en 1917.
La carte a été écrite trois ans jour pour jour après les bombardements et l’incendie du 19 septembre 1914 !

On ne peut savoir où se trouve précisément l’auteur de cette correspondance, mais tout laisse à penser qu’il est dans les tranchées.
En effet, il dit que le « neveu René » doit se trouver « pas très loin, un peu à droite »… cela ressemble fortement à une localisation dans une tranchée ou un boyau.
Mais pour le moment, tout est calme…

Restons dans cette cathédrale défigurée par la barbarie teutonne, avec quelques photos prises en mai 1917 – Agence Meurisse (Source Gallica)

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Nous sommes été repérés par les avions et les saucisses !

ob_dd8317_amicarte51-1009 septembre 1917 –
Cher Adolphe
Ces quelques lignes pour te donner de mes nouvelles qui vont, comme d’habitude.
Je suis toujours au même endroit.
Toutes les après midi, on allait travailler de deux à cinq heures dans le boyaux.
Hier, nous sommes été repérés par les avions et les saucisses que nous sommes été obligé de quitter le travail à cause des obus qui nous tombaient près.
Depuis hier, nous avons le travail du jour supprimé.
Avec le beau temps qu’il fait, les raisins doivent commencer à s’enfler, vous devez avoir dépiqué.
Je m’arrête cher cousin, en t’embrassant bien fort, reçois, toi et toute la maison mes pl
us bons souvenirs.
Henri

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Dans ce courrier, comme « d’habitude », Henri assure que tout va bien… il n’empêche que les obus continuent à pleuvoir.

Le soldat Henri travaille dans les boyaux, ces fossés de liaisons entre les tranchées, qui permettent d’assurer la circulation rapide des hommes, des brancards, des munitions et des vivres.

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Boyau de communication.

Il nous apprend que leurs lignes ont été repérées par les avions et les « saucisses », ballons d’observations allemands.

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« Saucisse boche ».

D’une famille de vigneron, il fait référence aux vignes… de Champagne… ou d’ailleurs ?

Quant à la photo de la carte envoyée, elle nous montre l’intérieur du Collège d’Athlètes, au Parc Pommery, dévasté par les bombardements… la ligne de front fixée après la première bataille de la Marne, passait dans ce parc !
Inauguré en avril 1913, le collège d’Athlètes n’aura eu qu’une existence éphémère de 16 mois.

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Parc Pommery Reims – Au Collège d’Athlètes.

Vous trouverez la Cartoliste N.D. du Collège des Athlètes dans le prochain bulletin de l’Association AMICARTE51, qui sera distribué aux adhérents lors de la prochaine réunion du 30 mars 2013, qui aura lieu à Caurel (article de Hervé PAUL).

Laurent ANTOINE LeMog – AMICARTE 51

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Pas mal d’hommes sont tombés d’insolation avec ce casque qui nous boue la tête !

ob_dd8317_amicarte51-10030 juillet 1917
Chers amis,
j’ai bien reçu votre lettre du 22, je vous remercie.
Nous avons eu chaud la journée de samedi dernier, 28 kilomètres en partant à 5h du matin, arrivé à 5h du soir.
Pas mal d’hommes sont tombés d’insolation avec ce casque qui nous boue la tête et tout le fourbi.
Encore 2 jours de marche pour arriver à « cr » mais il y a 2 jours que nous attendons ordre en cas de Flandres.
Je suis monté en aéro hier. Ce métier a l’air tout à fait plaisant surtout lorsque l’on est pas bombardé.
La descente seule m’a seulement un peu oppressé, mais avec un peu d’habitude, je vous assure que j’en ferais autant que certain qui ne bougent pas de l’arrière des lignes.
Et quelle différence de vie, je suis certain que si la guerre finissait demain, ils seraient bien les premiers embêtés…
et nous qui ne voulons plus en entendre parler tellement nous en avons plein le dos, des pertes et des souffrances.
J’ai aussi reçu la lettre de Mme Friot du 22, faites-leur part de mes amitiés ainsi qu’à Mme Savignat, Mme Destrée et M. Adolphe.
J
e sous serre la main cordialement.
Paul Brun

Nous poursuivons ainsi notre dépouillement des correspondances écrites pendant cette noire période de la Grande Guerre. C’est Michel Thibault qui nous fait profiter d’une intéressante carte, écrite par Paul Brun… dont nous ne connaissons pas pour le moment, l’origine.

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Beaucoup d’éléments de cette carte nous interpellent ! Déjà, on prend la mesure de ces marches, de ces déplacements de troupes « à pied »… avec tout le barda et sous n’importe quelles conditions climatiques… là, nous sommes témoins de 12h de marche, sous un soleil de plomb, avec un équipement aussi lourd que « cuisant »… et les hommes tombent « comme des mouches ».

Encore 2 jours de marche pour arriver à « cr »… qu’est-ce que « cr » ??? Comme évoqué sur la phrase inscrite au recto, peut-être s’agit-il de Craonne ? difficile à vérifier je pense :

Le village Ville-aux-Bois était déjà rasé quand nous étions par ici en 1915, il était tenu par les boches, depuis l’affaire Craonne est entre nos mains, ce château en est à 25 kilomètres.

Cet ajout sur la carte nous apprend que Paul BRUN était déjà dans les combats, et dans notre région, deux années plus tôt, en 1915, on comprend évidemment qu’il en ait « plein le dos des pertes et des souffrances ».

Paul parle de Craonne, nous sommes donc en pleine actualité, car cette carte a été écrite peu de temps après l’offensive de Craonne au printemps 1917.

Le courrier nous fait également part d’une expérience intéressante – nous l’imaginons aisément – d’être monté dans un aéro !
On peut se demander s’il s’agit d’un aérostat ou d’un aéroplane ? Il y a fort à parier qu’il s’agisse plutôt d’un aérostat, ballon captif, destiné à la surveillance et l’observation des lignes… les fameuses saucisses !
Une occupation qui paraît donc « rêvée » pour Paul BRUN, qui lui, subit de plein fouet les combats. Et pour cause, ce travail d’observateur est assez méconnu des hommes de troupe qui en « bavent » dans les tranchées. On imagine combien ces aérostiers-observateurs doivent être ménagés et « chouchoutés », du fait de l’importance des renseignements qu’ils peuvent fournir pour les réglages de l’artillerie, mais aussi pour les services de renseignement de l’armée.
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Et pour terminer cet article, revenons sur le visuel de la carte, Ruines du Château de la VILLE AU BOIS, incendié le 15 septembre 1914 (façade ouest). Commune de Breuil-sur-Vesle, propriété de M. Le Comte de Sachs.
Cela corrobore l’indication de Paul BRUN, passé par ici en 1915, après que la Ville-aux-Bois ait été rasée.
On ne peut qu’être attristé à la vue des ruines de ce château, qui était une véritable « petite splendeur » quand il était encore debout, dans une magnifique propriété boisée, avec de nombreuses dépendances, une chapelle, et un petit édifice mauresque, sur lequel je n’ai encore trouvé aucune information.

Le château était la propriété de Ferdinand Georges, baron de Sachs, homme d’affaires, politicien et philanthrope français d’origine allemande, né au duché de Nassau le 2 mai 1818 et décédé le 22 mars 1890 à Breuil-sur-Vesle, en son château de la Ville-aux-Bois. Il était également comte romain, chevalier de l’ordre de Saint-Grégoire-le-Grand et de l’ordre de François-Joseph d’Autriche, négociant-propriétaire de vins de Champagne et maire de Breuil.
Neveu du député et maire de Reims Édouard Werlé, il vint s’installer à Reims vers 1840 et fut son associé au sein de la maison de vins de Champagne Veuve Clicquot-Ponsardin jusqu’en 1868. Il élut domicile au château de la Ville-aux-Bois, commune de Breuil-sur-Vesle, ville dont il fut maire.
Il fit construire, à l’emplacement de l’ancien cimetière de Rocquincourt, à Courcy (Marne), la verrerie et sa cité vers 1870. Elle est d’abord gérée par M. Denis, sous la raison sociale Denis et Cie, puis par Pierre Givelet à partir de 1898, qui apprit le métier à la verrerie de Loivre. La verrerie de Courcy devient la société en commandite par actions « Givelet et Cie » dont le président du conseil de surveillance était M. de Sachs.
Il contribua pour une bonne part à la fondation du collège Saint-Joseph de Reims et des écoles libres de la même ville, et fut l’un des agents les plus actifs de fondation de la Trappe d’Igny ; à la suite de cette intervention, M. le baron de Sachs reçut, du pape Léon XIII, le titre de comte romain héréditaire.
M. de Sachs avait fondé l’hôpital de Sachs en 1889, sur le territoire de Vandeuil, en reconnaissance du rétablissement de Mme la comtesse de Sachs après une fort dangereuse maladie. Cet hôpital était destiné à recueillir les malades de treize villages aux alentour
s de son château (wiki).

Voici quelques cartes postales, de ce château de la Ville-aux-Bois, au temps de sa gloire… avant les désastres…

 

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Lundi 23 juillet 1917

Paul Hess

23 juillet 1917 – Bombardement violent, la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 23 – Nuit tranquille près de nous. De 9 h. à 2 h. 30, séries de bombes sur les batteries et le quartier nord par rapport au nôtre. Visite de M. de Nonicourt et de M. d’Audigné, de sa femme, dont la sœur a épousé M. Jean Chandon. Visite à l’Espérance et au Collège Saint-Joseph.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 23 juillet

Sur le front de l’Aisne, canonnade au nord de Braye-en-Laonnois, dans les secteurs de Cerny, de Hurtebise et de Craonne. Des bombardements très violents ont été suivis, en de nombreux points, d’attaques ou de tentatives d’attaques. Partout nos feux, dirigés avec précision et la vigilance de nos troupes ont fait échouer le projet de l’ennemi. Au nord de Braye, nous avons rejeté après une courte lutte, quelques fractions qui avaient pris pied dans notre ligne.
Au sud-est de Cerny, l’attaque ennemie, menée en force, a donné lieu a un violent combat. Les Allemands, à deux reprises, ont pénétré dans notre tranchée avancée sur un front de 250 mètres, mais, par deux fois, une vigoureuse contre-attaque les en a chassés entièrement.
Au sud-ouest de Cerny, une tentative allemande a également échoué malgré l’emploi de lance-flammes. Au nord d’Ailles, nos grenadiers ont brisé net deux attaques successives.
Les Anglais ont réussi un coup de main au nord de Roeux : des raids au sud-ouest de la Bassée et au sud d’Armentières. Ils ont repoussé une tentative ennemie au nord du bois d’Havrincourt, une autre près d’Armentières.
Les Russes ont reculé au sud de Dwinsk.
Les Roumains, à l’embouchure de Rymnik, ont brisé une offensive.
M. Kerensky a remplacé le prince Lvof à la présidence du conseil à Petrograd.

Source : La guerre 14-18 au jour le jour

 

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Samedi 12 mai 2017

Cardinal Luçon

Samedi 12 – Nuit tranquille, sauf bombardement assez violent, et assez proche de nous, vers minuit, et une seconde fois. Visite dans les rues Thiers, du Consul, du Carrouge, etc. Dans l’après-midi, aéroplanes, bombes, ca­nons français. A 7 h., bombes violentes et sèches rue Chanzy, où un homme est déchiqueté à l’entrée de la rue du Couchant, rue du Jard, etc. Bombe chez M. Champenois ; bombes sur le Fourneau économique près de la Cha­pelle du Couchant (ancien fourneau qui avait déjà été bombardé et ne fonc­tionne plus).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Samedi 12 mai

Après un violent bombardement de la région de Cerny-en-Laonnois, les Allemands ont attaqué simultanément nos positions de part et d’autre du village. Nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses ont brisé les vagues d’assaut qui n’ont pu aborder nos tranchées dans le secteur est. A l’ouest, quelques fractions ennemies qui avaient réussi à prendre pied sur un front de 200 mètres environ dans nos éléments avancés, en ont été rejetés par une contre-attaque immédiate de nos troupes. La lutte d’artillerie s’est poursuivie très active sur cette partie du front.
En Argonne, vers Bolante, nous avons effectué un coup de main dans les lignes adverses et ramené des prisonniers.
Canonnade intermittente sur le reste du front.
Nous avons abattu cinq avions en combats aériens.
Sur le front britannique, les Allemands ont lancé des attaques au sud de la Souchez. Au bout de trois heures de violents combats, nos alliés ont dû abandonner une partie des positions attaquées. Ils ont repris ensuite tout le terrain perdu. L’ennemi a subi de lourdes pertes.
La bataille se poursuit en Macédoine, sur les fronts français, britannique et serbe.
Canonnade sur le front italien, dans le Trentin, sur le plateau d’Asiago et dans les Alpes Juliennes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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La Guerre 14-18 – Ce sont aussi des témoignages au dos des Cartes Postales…

ob_dd8317_amicarte51-100…Me voilà arrivé à destination depuis six jours, mon voyage s’est effectué sans incident.
Ces jours-ci, j’ai été faire une tournée parmi les ruines de la ville, les trois quarts des maisons sont détruites et tous les jours, de nouvelles bombes tombent dans la cité.
Depuis huit jours, on entend le canon de la bataille de l’Aisne, les journaux ont du vous renseigner sur les résultats.
Affectueux bonjour au Brigadier Serperstre et aux amis, sans oublier Mme Dubois.
Cordiale poignée
de main, un ami qui ne vous oublie pas.

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Dans ce courrier, non daté, l’expéditeur évoque la seconde bataille de l’Aisne, commencée le 16 avril 1917, avec la tentative pour nos soldats de reprendre le front allemand entre Soissons et Reims vers Laon, sous les ordre du général Nivelle.

Le 15 au soir, le général Nivelle faisait communiquer à toutes les troupes l’ordre du jour suivant :

« Aux officiers, sous-officiers et soldats des Armées françaises. L’heure est venue. Confiance, courage et vive la France ! »

La carte envoyée de Reims représente les importantes destructions à l’angle des rue de l’Isle et Montoison, des rues proches du square des Cordeliers, mais difficile, vue l’état des maisons, d’affirmer de quel côté a été prise la photographie, mais il semble bien que ce soit dans l’axe ci-dessous, en direction de la Rue des 3 Raisinets.

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Vivre sous terre, comme des renards

ob_dd8317_amicarte51-1004 mars 1917
Chère Amie
Bien reçu votre aimable carte-lettre, heureux toujours de vous lire en bonne santé ainsi que toute votre famille.
Je vois qu’au pays, le temps est plus favorable qu’ici.
Encore ici, ces jours, il gèle fort et le dégel nous cause beaucoup de travail, et fait beaucoup de boue.
Ces jours-ci, nous sommes la Compagnie en face la Cathédrale à 4 km environ.
Si vous voyez où est faite cette carte, vous auriez sans doute peur surtout s’il vous y fallait aller sans lumière.
Nous sommes 20 mètres sous terre et vivons comme des renards, sauf les heures de faction, à 100 mètres des boches !
Quand finira-t-elle cette purée ? Les tranchées même, j’ai été plus mal.
A bientôt de vous voir, mon tour de perm ne vient pas vite !
Pour vous et votre sœur
, bons souvenirs.

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Un courrier sans équivoque, quant à la vie de tranchée… la boue, l’humidité et le froid… vivre sous terre, comme des renards, et le danger qui n’est qu’à quelques mètres.
La permission, et l’espoir de revoir vite les gens qu’on aime, il faut au moins çà pour tenir et garder le moral.

La carte postale ci-dessus nous présente la base de la façade la cathédrale, les statues du Grand Portail ont été protégés contre les éclats d’obus, à l’aide de sacs de sables, une protection, somme toute, qui semble bien dérisoire face aux pilonnages allemands, mais qui aura cependant, éviter que son état empire.
La statue de Sainte Jeanne d’Arc est toujours là, elle a supporté les violentes attaques d’une façon miraculeuse pendant une bonne partie de la guerre, jusqu’à son enlèvement du 6 mars 1918. Alors, même si actuellement son épée est souvent l’objet de vol ou de dégradations, il lui en faudra beaucoup plus pour l’atteindre !

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14-18… un aperçu des horreurs…

ob_dd8317_amicarte51-10018 novembre 1916
Ma bien chère Marraine
Un mot pour vous donner un aperçu des horreurs des bandits boches, je vous dirais qu’il fait bien froid, et maintenant, c’est la pluie continuelle et je vous assure que l’on a pas chaud au pied par ce vilain temps.
Je vous dirais que j’ai trouvé vos bocaux délicieux ainsi que votre fromage, excusez-moi chère Marraine si je ne vous avais pas remercié.
Enfin, chère Marraine, je termine ma bien courte lettre, mes meilleures amitiés.
Virgile qui pense à vous.
Bonjour à vos chers parents sans oublier avec l’espoir de Dieu,
j’espère qu’il nous sauvera
,
Adieu chère Marraine.

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Coll. Jacki Pinon – Amicarte51

La guerre, ce n’est jamais drôle en général,, mais là, le texte est aussi triste et décousu que le visuel de la carte, et à sa lecture, on voit bien que Virgile n’a plus beaucoup d’espoir. On l’imagine sous le feu de la mitraille, des jours, des semaines dans des tranchées boueuses, sous la pluie, transi jusqu’aux os…
Alors que beaucoup de courriers se veulent chargés d’espérance, ou rassurant, même si la situation est grave, celui-ci n’est pas équivoque, et terriblement poignant.

La carte, encore une rue rémoise en ruine, le 155 de la Rue de Cernay, où il reste à peine 2 pans de murs, dont on peine à comprendre pourquoi ils sont restés debouts !
Pas facile de localiser le lieu actuel… tout a été détruit, puis reconstruit.
Ci-dessous, une tentative… pour ceux qui connaissent !

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La santé est bonne et les boches pas trop emmerdants

13 octobre 1916
Chers Oncle et Tante,
Voici un brin de nouvelles.
Pour le moment, tout va bien, la santé est bonne et les boches pas trop emmerdants.
Au moment où je vous écris cette carte, nous venons de nous faire canarder numéro 1 !
et avec des molosses, je vous garantis que vous auriez une dizaines de pains de sucre de cette taille, vous en auriez pour plusieurs années.
Le secteur où je me trouve est assez tranquille, sauf les grosses marmites et les torpilles qui font assez de boucan mais pas beaucoup de victimes.
Ne voyant plus rien à vous dire pour le moment, je termine chers Oncle et Tante en vous embrassant.
Votre neveu qui pense
à vous,
Maurice.

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Et bien, Maurice semble conserver un bon moral et un pragmatisme à toute épreuve !
Écrivant sous la mitraille, il plaisante, compare les projectiles reçus à des pains de sucre de belle taille, et temporise, sur le fait que finalement, il y a peu de victimes…
Nous sommes en 1916, déjà deux années de guerre, le temps de se forger un moral d’acier, et pour certains, cela devient un quotidien, sanglant et morbide.
La carte postale reste toujours le lien privilégié entre cette guerre, presqu’irréelle, le front et les combats… et cette famille, qui rappelle au poilu qu’il existe encore une vraie vie ailleurs, et qu’il convient de la préserver.

Quant au visuel de la carte postale, bien que ce soit une carte éditée pendant la guerre, en 1916, elle présente cependant la Cathédrale de Reims, ou plutôt « La Merveilleuse Cathédrale » comme l’indique la légende, dans son état d’avant guerre, avant les tragiques bombardements de septembre 1914.
A noter que sur ce cliché, aucun échafaudage ne vient troubler sa magnifique façade !
Sur le parvis, de nombreux passants, qui sont certainement loins de se douter des tragédies qui se joueront ici quelques années plus tard.

Mais qu’est-ce qu’une marmite ?
Maurice y fait référence dans son courrier… voici une carte postale avec la définition, qui nous est offerte par André SORIAC, Poilu au 52ème Territorial d’infanterie.

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Octobre 1916… j’ai repris mon ancienne vie rémoise !

Reims, le 3 octobre 1916
Ma chère Germaine,
voilà déjà trois jours que j’ai repris mon ancienne vie rémoise !
Je me plais beaucoup ici et ne désirerais qu’une chose : pouvoir y rester !
C’est très calme depuis notre arrivée.
Les boches nous laissent très tranquilles.
Aujourd’hui, M. Hédin nous a emmené Germaine et moi faire une grande ballade dans les ruines.
Nous avons vu les tranchées boches et nous sommes allés visiter les boyaux où étaient nos poilus.
Le moral est
bon !
Marguerite

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Il semble que le calme soit « un peu » revenu sur Reims en cette fin d’année 1916.
C’est d’ailleurs l’époque où de nombreuses délégations étrangères sont venues visiter la ville et constater par eux-mêmes les ravages causés par les « barbares ».
Marguerite a enfin pu y revenir, dans sa ville chérie, mais pour combien de temps ?
Les caractères sont forts et résignés, on va se ballader et faire « le tour des ruines », et constater les destructions… et on garde le moral.
La photo de la carte nous rappelle combien la cathédrale a souffert.

Laurent ANTOINE LeMog – AMICARTE 51

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