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Mardi 14 janvier 1919

Louis Guédet

Mardi 14 janvier 1919

1586ème et 1584ème jours

9h matin  Temps assez élevé, pas de pluie mais triste. Toujours le même état de profonde tristesse, bien que Jean et Robert, avec leur jeunesse exubérante éclairent un peu mon ciel si sombre.

Robert me contait hier qu’étant de passage à Reims en octobre 1918 il cantonnait dans les caves Georges Goulet, rue St Léonard et avenue de Châlons 1,2,3 et 4 place Dieu Lumière, et que deux soldats de la 31e batterie de son régiment d’artillerie lourde A.L.T. le 288e (Artillerie Lourde à Tracteur), avaient pillé avec d’autres du Champagne, et que surpris par des gendarmes ils avaient cogné dessus. Passés en Conseil de Guerre ils furent condamnés, se rendant complices de vols et de pillages, à…  1 Franc d’amende avec sursis ! Voilà donc un Conseil de Guerre se rendant complice des vols et des pillages honteux dont Reims a été le théâtre. C’est tout simplement l’invite à continuer ! N’aura-t-on pas un jour le courage d’exiger des enquêtes et de faire des exemples ! Tous ces galonnards auront transformé leur uniforme en livrée !

Je pars demain à Épernay, triste voyage, et à Reims ! Je suis pourtant bien délabré.

3h  Courrier assez chargé, comme toujours, du reste. Je finis d’y répondre, avec lassitude… Je suis trop découragé, et de plus débordé. Quelle vie misérable que la mienne !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 14 – Visite de M. Henri Abelé et de son fils décoré. Conseil. Reçu Mémoire. Visite au Petit Séminaire ; aux Petites Sœurs des Pauvres, Asile dévasté

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Mardi 14 janvier

Friedrich Ebert

La conférence interalliée a tenu une séance nouvelle pour continuer le débat sur la procédure.
Il y a eu également, une réunion des experts militaires qui ont discuté les modalités du renouvellement de l’armistice et une réunion du cabinet impérial de guerre britannique à laquelle participaient les représentants des Dominions.
A la suite de la proclamation de la république a Luxembourg, un comité de Salut public, formé de six membres : trois libéraux et trois socialistes, a été constitué.
Une vive agitation se manifeste en faveur d’une incorporation du Luxembourg à la France.
Le gouvernement d’Ebert a repris les immeubles des journaux que tenaient les Spartaciens. Ledebour et plusieurs chefs Spartaciens ont été capturés, ainsi que le fils de Liebknecht.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 13 janvier 1919

Louis Guédet

Lundi 13 janvier 1919

1585ème et 1583ème jours

8h  Temps sombre, gris froid, encore de la pluie probablement. Nuit d’insomnies ! Que faire ? Quelle détermination prendre ?

3h soir  La pluie. Courrier, rien de saillant. Robert heureux d’être en permission. Toujours profondément et douloureusement triste. Quelle souffrance ! et quel martyre ! Je crois que je deviendrai fou ! pour peu que cette vie misérable continue et qu’aucune consolation et peu de chance ne viennent à mon secours et me réconforter et m’encourager un peu !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 13 – Visite du Capit. Linzeler qui dîne avec nous à midi

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 13 janvier

Georges Clémenceau, par Nadar

Le Conseil suprême interallié de guerre s’est réuni à deux heures et demie au ministère des Affaires étrangères. Il a examiné les questions qui se lient à la prolongation de l’armistice. Étaient présents: MM: Clemenceau et Stephen Pichon pour la France, Lloyd George et Balfour pour la Grande-Bretagne, Wilson et Lansing pour l’Amérique, Orlando et Sonnino pour l’Ita1ie et le maréchal Foch.
Le combat de rues à Berlin continue à offrir des péripéties variées. La journée du 10 avait été mauvaise pour le gouvernement. Un armistice avait été conclu entre une portion de ses troupes et les insurgés. Les spartaciens avaient regagné du terrain dans plusieurs quartiers de la capitale comme dans la banlieue. Le gouvernement lui-même inclinait à négocier, comme le prouvait une proclamation émanée de lui.
Dans la matinée du 11, il reprenait l’avantage, grâce aux nouvelles troupes que Noske et Ebert avaient mandées de province. L’édifice du Vorwärts était enlevé de vive force, et par l’emploi de l’artillerie. 300 spartaciens avaient été capturés. Spandau, foyer de résistance extrémiste était cerné.
La grande-duchesse Adélaïde a été déclarée déchue à Luxembourg; La république a été proclamée.

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Dimanche 12 janvier 1919

Louis Guédet

Dimanche 12 janvier 1919

1584ème et 1582ème jours

7h soir  Temps gris, pluie toute la nuit et la journée. Messe, été sur la tombe de mon Père. Courrier très lourd. Visites à l’adjoint et aux conseillers municipaux. Robert nous arrive à 6h de Bellheim, pour 23 ou 26 jours. Très en train. Journée bien triste malgré tout pour moi, je suis effrayé de l’avenir. Que faire d’ici ? J’aimerais tant le garder ! Reims, Perthes, Sapignicourt, St Martin, tout est là, abandonné en ruines !! Que faire ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 12 – Visite Supérieure Visitation ; de M. et Mme Duchateau.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 12 janvier

Le gouvernement d’Ebert continue à reprendre à Berlin les édifices qui lui avaient été enlevés par les spartaciens. Ceux-ci avouent leur lassitude dans la capitale, mais l’agitation extrémiste s’accentue en province. Les spartaciens se sont emparés de l’Hôtel de Ville de Stuttgart.
M. Lloyd George est arrivé à Paris.
L’armistice ne sera pas prolongé purement et simplement. Le maréchal Foch a convoqué les plénipotentiaires allemands le 14 ou le 15, à Trèves, pour établir de nouvelles conditions.
M.Lloyd George a achevé le remaniement de son cabinet.
Une manifestation a eu lieu à Luxembourg pour réclamer l’abdication de la grande-duchesse et, l’établissement de la république.
Les Polonais et les Ukrainiens continuent à se battre autour de Lemberg. Pilsudski a décidé d’envoyer de nouveaux renforts aux troupes polonaises.
Ludendorf, aux dernières nouvelles, et contrairement à ce qui a été dit, serait toujours en Suède.
L’Angleterre a décidé de ne plus envoyer de nouvelles troupes en Russie.
M. de Scavenius, ministre danois à Petrograd, qui a protégé nos nationaux dans cette ville durant la crise révolutionnaire, est arrivé à Paris.
M. Wilson a retardé son voyage dans les régions dévastées jusqu’après la première séance de la conférence de la paix.
Un conseil suprême interallié a été créé pour le ravitaillement des régions libérées.

Lemberg

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Samedi 11 janvier 1919

Louis Guédet

Samedi 11 janvier 1919

1583ème et 1581ème jours

9h matin  Pluie battante, glaciale, (rayé). Hier mise en bière de mon pauvre Père. Reçu lettre du Comte de Riocour très affectueuse, très aimable. J’en ai été très touché. Il témoigne de sentiments très élevés pour mon Père. Je lui ai répondu, et écrit au Docteur Lévêque pour lui faire part, tout en lui disant que selon le désir de mon Père je n’avais fait aucune invitation. Alips, le fermier, et Caillot, conseiller ont pris la garde de nuit à 9h et ont été relevés par Marguet, qui aimait beaucoup mon Père et Bouillot notre domestique.

Ce matin mis le cercueil dans le corridor pour l’ultime départ. Mon pauvre père va donc quitter sa maison qu’il n’avait jamais quittée depuis sa plus tendre enfance sauf pour ses études au Petit Séminaire de Châlons et le Collège de Vitry-le-François où il a été jusqu’à sa rhétorique, puis revenu chez lui à la suite de la mort en quelques mois de sa mère et de son père, le laissant orphelin à 17 ans 1/2. Il reprit la culture et ne quitta plus sa chère maison.

Je suis fort délabré, il me semble être une lamentable épave ballottée par les flots au gré des vents ! J’aurais passé par toutes ces épreuves, et Dieu sait si elles ont été cruelles, et je suis là, seul, sans rien, rien.

6h soir  Tout est consommé. L’enterrement a eu lieu à 11h, et à midi la tombe se refermait pour toujours sur mon père près de ma mère. Elle ne s’ouvrira plus jamais pour personne !! Car où irais-je laisser mes os ! Je ne sais ! et peu m’importe ! Le monument est replacé. C’est fini !!

Tout le village était représenté et a été touchant d’affection pour la mémoire de mon pauvre Père. M. le curé Adam, curé de Cheppes et de St Martin, a dit quelques mots charmants sur lui avant l’absoute. Discours de l’adjoint Haller, naïf et simple, mais touchant !…

Obsèques simples, sans fastes, en toute intimité. Jeanne Soudant et Henri Guibert (Greffier à Châlons (1882-1969)) étaient venus, et Dieu sait par quel temps. Pluie froide et glaciale.

Détail pénible le fond de la fosse était au niveau de l’eau des débordements de la Marne actuels. C’est douloureux ! J’aurais eu encore là toutes les souffrances, rien ne m’est épargné.

En rentrant après le repas funèbre à l’auberge du village avec tous ces braves municipaux, fermiers, serviteurs, etc…  je suis rentré et ai trouvé un courrier fort chargé auquel je me suis attelé jusqu’à maintenant… C’est dur, c’est pénible ! Je n’ai même pas le droit de vivre un peu avec ma douleur et avec la mémoire de mon vieux Père.

C’est fini ! bien fini !! Dors en paix mon vieux Père ! dernier vestige, témoin d’une époque passée !… Je suis seul ! bien seul ! Le nom de Guédet m’est bien lourd d’honneurs à supporter et à continuer.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 11 – Visite de la famille du Colonel de Taberny. Installation de ma bibliothèque

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 11 janvier

Friedrich Ebert

Le gouvernement a désigné les délégués de la France à la conférence de la paix : MM. Clemenceau, Stephen Pichon, André Tardieu, Klotz, Jules Cambon. Le maréchal Foch fera partie de la conférence comme généralissime des armées alliées. M. Dutasta, ambassadeur à Berne, remplira les fonctions de secrétaire général de la conférence. M. Philippe Berthelot, celles de secrétaire de la délégation française. Il y aura, en outre, un certain nombre de conseils techniques. M. Léon Bourgeois s’occupera spécialement de la Société des Nations.
Le gouvernement d’Ebert et de Scheidemann a regagné sensiblement de terrain à Berlin; 80.000 hommes de troupes sont désormais à sa disposition.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 10 janvier 1919

Louis Guédet

Vendredi 10 janvier 1919

1582ème et 1580ème jours

11h matin  Beau temps ce matin. Triste nuit. Triste veillée. Les conseillers municipaux se sont relevés 2 par 2 pour veiller mon pauvre Père à partir de 8h du soir. Je les ai relevés à 6h du matin et je ne quitte pas mon Père. Madeleine est partie à Vitry pour acheter différentes choses, un chapeau pour elle et Marie-Louise. Je suis donc seul. Marie-Louise s’occupe de la maison et de Maurice et de Jean qui est dans son lit assez fatigué. Il vient de se purger. Je n’ai pour ainsi dire pas dormi de la nuit, ni ma pauvre femme non plus.

Je suis là, au coin du feu à rêver, à ressasser un tas de souvenirs, qui s’assombrissent de plus en plus. Écrit quelques lettres pour faire diversion mais je ne sais où j’ai la tête.

Bock est près de moi, tout dolent aussi, le pauvre chien ! Mon Père l’aimait tant, lui si amateur et si connaisseur des beaux chiens ! Il avait plaisir à l’avoir toujours près de lui. Pauvre Père. Pauvre Bock il vieillit aussi !… Il me faut dire adieu à tout cela, chien, chasse, pêche, plaisirs de ma jeunesse et passés. Et mon pauvre Père lui qui encore il y a quelques jours trouvait drôle que Jean n’aille pas à la chasse ! Il était si passionné de celle-ci ! Jusqu’aux derniers moments il ne reconnaissait plus d’ami quand on lui causait chasse ou pêche ! C’était une vraie passion, et en un de ses gros chagrins quand il n’a plus pu chasser. Il était si bon tireur au perdreau ! et au lièvre. Il aimait tout cela et manger du lièvre ! Je crois qu’il sortirait de sa tombe si on lui en servait un plat ! En 1871, il nous rappelait cela il y a 3/4 jours, il n’avait mangé que du lièvre pendant 14 jours 1/2, rien que cela, à toutes les sauces. Il lui a fallu arrêter sans en être dégouté car il en avait attrapé des maux de reins !… mais 8 jours après il en remangeait de plus belle !… En nous contant cela son œil pétillait encore de joie et de jeunesse à ce souvenir.

Pauvre Père !! Tu ne chasseras plus ! et moi non plus ! Il me faut aussi dire adieu à ce plaisir ! N’ayant plus de fusil, pris ou brisés par les allemands en septembre 1914 pendant l’occupation de Reims, et puis je n’y ai plus le cœur ! Et cependant que d’heures délicieuses, en dehors des grandes parties de chasses à Nauroy, au Mont Haut et Cornillet devant ceux-ci, j’ai passé et vécu seul, chassant avec mon chien dans la plaine ou bien au bord de l’eau de mon vieux St Martin. Tout cela n’est plus ! Je ne vivrai plus cela. Et cependant il me serait encore bien doux de me promener fusil à la bretelle avec mon vieux Bock dans les plaines d’ici me remémorant nos bonnes parties de chasse avec mon pauvre Père ! Je revivrais un peu avec lui, et il me semble que je serais moins seul !…  seul !!

2h  Je reviens du cimetière où on a pu heureusement desceller la tombe et la pierre tumulaire sans accrocs, mais les fossoyeurs sont obligés de faire une espèce d’échafaudage, ils sont arrivés à l’eau (en raison des débordements de la Marne) et n’ont pas encore pu atteindre le cercueil de ma Mère. Il faut donc qu’ils creusent dans l’eau !! Aucune douleur, aucun incident pénible ne m’aura été épargné !!!

Tout à l’heure cela va être la mise en bière, 2ème étape de la séparation en attendant pour demain la 3ème et ultime !! Je ne sais comment je me soutiens !!… Et en plus de cela un courrier formidable à dépouiller. Il me faut donc souffrir, et n’avoir même pas une minute tranquille à donner à ma douleur !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 10 – Visite de M. de Mun ; photographie. Arrivée de ma bibliothèque d’Ay.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 10 janvier

La conférence préalable qui devait avoir lieu à Paris entre les chefs des quatre gouvernements alliés a été renvoyée. M. Lloyd George ne pouvant arriver à temps à Paris.
La lutte a pris à Berlin de plus amples proportions ; elle a d’énormes fluctuations. La situation du gouvernement Ebert-Scheidemann, après avoir paru fortement compromise, s’est améliorée. Les spartaciens, après avoir conquis la presque totalité de la ville, ont reperdu plusieurs quartiers et un certain nombre d’édifices, entre autres le Palais du Reichstag.
Ils ont constitué avec les indépendants un contre-gouvernement qui comprend: Ledebour, Dittmann et Tiek, ce dernier, président de la Ligue Spartacus. Une partie des soldats sont passés de leur côté, mais les marins ont abandonné les extrémistes pour se ranger au gouvernement. Les troubles continuent à se propager en province et spécialement en Westphalie et l’Allemagne du Sud.
M. Dumesnil, sous-secrétaire d’État à l’aéronautique, a donné sa démission. un groupe de sénateurs a décidé de présenter la candidature de M. de Selves à la présidence du Sénat.
Les inondations ont commencé à Paris dans les 13e et 16e arrondissements, le niveau de la Seine s’étant relevé de soixante centimètres dans une seule journée.
M. Gompers est parti pour l’Europe avec une délégation de travaillistes américains.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Palais du Reichstag

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Jeudi 9 janvier 1919

Louis Guédet

Jeudi 9 janvier 1919

1581ème et 1579ème jours

5h soir  Quelle journée !…  de deuil ! Ce matin vers 7h j’ai trouvé mon pauvre Père mort dans son lit ! Il n’avait pas fait un mouvement et semblait dormir ! La petite bonne, fille de Mme Girard (Camille Girard, née en 1902), lui a apporté son déjeuner comme d’ordinaire, et l’ayant appelé, voyant qu’il ne répondait pas, est venue nous appeler. J’y cours !! C’était fini !

Dors en Paix dernier des de Guériot. Honnête homme si jamais il en fut ! Trop bon ! Trop bon ! Ce qu’il s’est fait exploiter ! Homme juste à l’excès ! Il est mort à presque 83 ans, étant né à St Martin-aux-Champs le 29 mars 1836, mort le 9 janvier 1919 vers 5h du matin sans doute, même date que ma mère qui est morte le 9 mai 1898 !

Pauvre Père ! Toujours aussi lucide ! aussi vif d’esprit qu’à 50 ans. Pas une infirmité. Pas une défaillance. Toujours aussi alerte, actif, l’esprit en éveil et se tenant au courant de tout. Quelle belle vieillesse il aura eue ! Hier encore il s’occupait de son jardin, son cher jardin, et taillait des arbres. (Il était même monté sur son toit la veille pour y replacer quelques tuiles, témoignage de Marie-Louise quelques 50 ans plus tard).

Le soir (hier) il a dîné comme d’ordinaire, potage, un œuf et un peu de fromage ! Nous l’avons quitté comme d’ordinaire, lui très dispos, et l’œil vif ! devinant même nos demandes à table, pain, sel ou un plat !

Belle vieillesse ! Physique ! mais bien triste et douloureuse vieillesse au moral à la vue de cette Guerre, et de mes peines et désordres ! Il n’en parlait pas avec moi, mais je sentais, devinais tout ce qu’il en souffrait !… Quelle pensée pénible pour moi, qui n’avait travaillé toute ma vie que pour le rendre heureux et surtout fier de son fils !! Il aura fini sa pauvre chère vie en me voyant sans foyer, sans rien ! que des ruines accumulées sur moi, qu’il aimait tant !

Me voilà seul ! Auprès de lui ! le veillant pour les dernières heures que j’ai à l’avoir dans sa maison, maison de famille depuis 1780. Me voilà seul, seul, sans famille !… Et ce matin pendant qu’on l’ensevelissait sur son lit, dans le jardin je revoyais dans un éclair toute ma prime jeunesse, toute ma vie passée entre ma mère et lui ! si joyeux et si heureux ! et chaque objet, chaque arbre me rappelait tout cela et un sentiment d’ineffable douleur m’étreignait et m’incitait à venir ici mourir aussi à mon tour !! Cela me sera-t-il donné ? Je ne sais ! mais mon grand désir, c’est de pouvoir conserver ma maison familiale, ancienne demeure seigneuriale ! et venir y finir mes tristes jours ! Oh mon pauvre cher Père ! fait que je puisse garder ta maison toujours, toujours ! Ta maison que tu aimais tant, et que j’y vienne finir mes jours ! Oh ! Conservez-moi Saint Martin ! Ce serait une ultime consolation pour moi. L’aurais-je ?… ?… moi qui n’ai que malheurs sur malheurs, ruines sur ruines ! Je suis tellement délabré, désemparé par la souffrance, le malheur, les peines que je n’ose même plus espérer ! de voir le plus modeste de mes désirs se réaliser !

Pauvre Père. Pauvre cher Père ! Pauvre St Martin ! Dors en Paix ! mon cher et aimé Père ! dernier survivant d’un passé ! Dernier des hommes d’Honneur du dernier siècle !… Il n’en n’existe plus de cette race, de cette phalange !! Il lisait encore Virgile à livre ouvert ces derniers temps, esprit très cultivé ! très fin comme rédaction et style. Il n’est plus !

Dors en paix ! Et soit heureux à jamais ! Ton malheureux enfant ne t’oubliera jamais ! Les obsèques auront lieu samedi à 11h, toutes simples comme il le désirait, lui si ennemi du faste et de la gloriole ! Il dormira son dernier sommeil près de ma mère. Et sa tombe se refermera pour jamais sur eux deux (témoins des de Guériot) au chevet de l’Église, car plus personne n’y sera inhumé, pas même moi… ! Car je ne sais où j’irai mourir… ! Et peu m’importe où je serai gisant !! (Il sera finalement enterré dans cette tombe en juin 1929). Je ne désire que l’oubli. Pauvre Père, dors ton dernier sommeil, tu es heureux maintenant, toi qui a tant souffert !…

Triste vie que la sienne, orphelin à 18 ans de père et de mère, marié à ma mère en 1860, 1870 avec toutes ses douleurs, son accident, un pouce enlevé par un coup de fusil en 1872. (Il allait à la chasse avec son fusil avec une seule cartouche et ramenait toujours un lièvre ou un lapin. Un jour son vieux fusil lui éclata entre les mains et lui sectionna en partie le pouce gauche. Il rentra à la maison, pris le couteau de cuisine, coupa ce qu’il lui restait de doigt sous l’œil horrifié de sa femme puis trempa le moignon dans un verre d’eau-de-vie pour désinfecter le tout. La cicatrisation s’effectua sans problème). Puis moi les quittant en 1874 pour aller au collège, et puis ma mère morte resté seul pendant 21 ans, car les quelques rares instants où je venais le voir ne peuvent compter pour cesser sa solitude. Et jamais une parole de lui sur cet isolement ! Pauvre Père !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Jeudi 9 – Visite du Cap. Linzeler ; de M. de Mun et d’un rédacteur d’Excelsior.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 9 janvier

Une première réunion a eu lieu à Paris entre les représentants des grandes puissances de l’Entente. On annonce que l’armistice, conformément d’ailleurs aux prévisions, sera de nouveau prolongé.
Berlin a été le théâtre de luttes très sanglantes. Il y a eu de nombreux morts et blessés. Finalement, les indépendants se sont entremis entre le gouvernement et les spartaciens. Le gouvernement a posé des conditions, parmi lesquelles la reddition des armes et le renvoi de l’ancien préfet de police Eichhorn. Des mouvements d’émeute ont eu lieu également à Munich, à Spandau et à Schwerin. Les indépendants et les spartaciens ont eu le dessous. On annonce que Ludendorf vit sous un faux nom en Suède.
Le parti ouvrier anglais a décidé d’interdire à ses membres toute participation au gouvernement. M. Lloyd George se préoccupe à la fois d’assurer la démobilisation tout en évitant le retour de certains incidents et de reconstituer son cabinet.
Tous les forts de Posen ont été occupés par les Polonais. D’après les renseignements parvenus, le coup de force de Varsovie aurait été accompli non par les bolchevistes, mais par la droite. Le cabinet Morachewski se serait renforcé à gauche. Les combats continuent autour de Lemberg, entre Polonais et Ukrainiens.
Soixante-dix professeurs allemands ont été expulsés de Strasbourg.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

forteresse de Poznan

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Mercredi 8 janvier 1919

Louis Guédet

Mercredi 8 janvier 1919

1580ème et 1578ème jours

9h matin  Assez beau temps, la pluie et le vent ont cessé. Bonnes nouvelles de Robert, hier, du 1er janvier, pas enthousiaste de cette journée qui pour lui a été pluvieuse et monotone, et puis il en a assez des indigènes. Je me dispose toujours à partir vendredi matin sans enthousiasme et sans courage. Je marche, j’agis en automate, car rien ne m’excite à agir et à m’entraîner, étant toujours en présence d’un avenir sombre, sans but et sans résultat encourageant ! Alors je vais, je viens, je travaille comme dans un rêve, dans un brouillard, ne sachant où mes pas me dirigent, ni à quel but j’arriverai ou atteindrai, ne voyant toujours au bout de tout cela que malheurs, ruines et misères, et surtout insuccès fatal pour tout ce que je pourrais entreprendre ou essayer de faire. Je marche comme un pauvre aveugle sans espoir de voir jamais la lumière.

3h soir  Toujours même profonde tristesse et même découragement insondable ! Peu de courrier. J’y ai répondu pour m’en…  débarrasser. Du reste dès que j’ai quelque travail à faire, je le fais d’une façon fébrile, ayant hâte de l’avoir terminé. Ce m’est une fatigue et un dégoût.

Jean est assez peu en train aujourd’hui ! Et puis il doit s’ennuyer férocement ici… Et cependant c’est encore plus supportable que la vie dans les décombres ! Je me sens la tête fort fatiguée, et tout effort m’est pénible.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 8 – Visite du Général Berge et de son fils le Général Louis Berge. Visite à S. Vincent de Paul de Sainte-Geneviève.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Mercredi 8 janvier

http://hdl.loc.gov/loc.pnp/ppmsca.35645

M. Théodore Roosevelt, ancien président des Etats-Unis, est mort dans sa campagne de Sagamore Hill.
Les Spartaciens ont accompli un nouveau coup de force. Ils soutiennent contre Ebert l’ancien préfet de police Eichhorn et s’emparent des principaux journaux berlinois et de l’agence Wolff. Une lutte sanglante s’est déroulée dans Berlin. Les majoritaires, pour avoir le concours des masses ouvrières qu’ils croient dévouées à leur cause, ont proclamé la grève générale. Les Spartaciens ont également tenté des coups de force à Cassel contre le G. Q. G., à Constance, à Mannheim et à Stuttgart.
Les élections du grand-duché de Bade ont donné des résultats médiocres pour les socialistes majoritaires et nuls pour les indépendants.
Il est faut que Radek ait quitté l’Allemagne.
Les délégués anglais et italiens à la conférence sont partis pour Paris.
Les Polonais ont remporté de nouveaux succès en Posnanie. Un coup de force a été tenté à Varsovie. Le gouvernement du général Pildsuski négocie avec ceux qui l’ont accompli. Le prince Sapicha, qui en était le principal inspirateur, a été arrêté.
Le président Wilson a quitté Turin pour revenir à Paris.
Les Bulgares n’ont pas encore évacué la Dobroudja.
On publie le projet wilsonien de la Société des Nations relatif à l’arbitrage et au jugement des conflits internationaux.
Raisouli s’oppose à une action de police franco-espagnole. M. Clemenceau est rentré à Paris.
Le Labour party anglais a délibéré et décidé de refuser sa collaboration au cabinet: aucun de ses membres n’y pourra entrer avec l’agrément du parti. M. Lloyd George n’a pas encore opéré la nouvelle répartition des portefeuilles. Il résulte des statistiques officielles qu’il aura aux Communes une majorité de 279 voix. Les Irlandais du Sinn Fein ont décidé de faire appel à une Constituante.
Deux automobiles blindées ont été arrêtées devant le château d’Amerongen, où réside Guillaume II. On ignore à quel usage elles devaient être affectées.
Le bulletin de l’armée interalliée d’Arkhangel signale de nouveaux succès sur les bolchevistes, qui auraient reculé vers le Sud.
Une partie de la ville d’Halifax (Nouvelle-Ecosse), a été détruite par un incendie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 7 janvier 1919

Louis Guédet

Mardi 7 janvier 1919

1579ème et 1577ème jours

9h matin  Tempête la nuit, mais sans pluie. Ce matin temps assez clair avec quelques trouées de rayées de soleil. Rien de saillant, même état de tristesse sans espoir de meilleurs jours.

2h  Quelques lettres. Lefèvre-Pontalis me tranquillise sur mon bilan S.A.C. (Société des Amis de la Cathédrale de Reims) qui sera prêt. Il parait assez démonté, et trouve que l’affaire tourne au commerce ! Comme lui j’estime que nous dévions ! Je lui en parlerai quand je le verrai avant la séance.

Mon voyage se tasse ! Je n’ai plus une heure de libre ! Et quel monceau de lettres en rentrant, d’autant que je vais encore perdre 3 jours à Épernay. Mon train est à 8h13 à Vitry-la-Ville maintenant. C’est moins fatiguant. J’arrive à Paris vers 12h. Que ce voyage de Paris m’est pénible !! Et cependant je ne vois rien qui puisse me faire prévoir de nouveaux déboires, de nouvelles tristesses. C’est comme tous mes voyages précédents, des voyages d’affaires et de bousculades, fatiguant surtout, mais je ne puis m’empêcher d’avoir le cœur serré ! Pourquoi ? Je ne sais ! Il est vrai que les joies n’existent plus pour moi ! Je ne puis attendre que des malheurs et des souffrances ! Pauvre vie misérable ! que la mienne !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 7 – Visite à la Cathédrale. De M. le Curé de Trigny. Visite de Miss. Ely et Larve, Américaines.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Mardi 7 janvier

Le Comte Hertling premier ministre. Crédit photo Agence Rol

La Commission de l’armistice s’est occupée de la question de la lutte contre le bolchevisme, de la navigation du Rhin et de la vente des trésors artistiques qui se trouvent dans les châteaux du Kaiser à Potsdam et à Berlin. L’avant-dernier chancelier allemand, le comte Hertling, est mort dans la Haute-Bavière où il s’était retiré. Le gouvernement de Be1grade a notifié aux chancelleries de l’Entente la constitution du royaume Serbe-Croate-slovène, qui comprend : la Serbie, la Yougo-Slavie et le Montenegro. Des grèves ont éclaté en Allemagne à Dantzig et dans la région minière westphalorhénane. Les incidents qui s’étaient produits dans les troupes anglaises à propos des permissionnaires ont été aplanis. Les syndicats d’Alsace-Lorraine se sont réunis à Strasbourg avec les délégués de la C. G. T. française. Les Polonais ont réa1isé une nouvelle progression en Posnanie. M. Poincaré a remercié la reine de Hollande des services rendus par les Pays-Bas aux réfugiés français. Mackensen aurait été transféré de Budapest à Salonique. Le gouvernement lithuanien a quitté Vilna pour Kowno. Guillaume II a été opéré. 2695 prisonniers français ont été rapatriés, ramenés à Cherbourg sur un vapeur allemand. De nouveaux troubles ont éclaté à Budapest.

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Lundi 6 janvier 1919

Louis Guédet

Lundi 6 janvier 1919

3h soir  Il vient de nous arriver de l’artillerie lourde, des 155 longs du 89e, nous logeons le Capitaine Etchéberrigaray qui commande ce groupe, c’est un basque (on s’en serait douté). Peu de lettres, du reste la Poste va très irrégulièrement en ce moment. Lettre de M. Herbaux, mon ancien Procureur Général, toujours fort aimable et fort affectueux. S’il connaissait ma détresse je suis bien convaincu qu’il me viendrait en aide pour me trouver une situation ou me tirer de l’angoisse et l’incertitude dans lesquelles je me trouve. Le journal l’Echo m’apprend que M. Leroux, le directeur du cabinet du Garde des Sceaux, à qui je dois aussi mon ruban, est nommé Officier de la Légion d’Honneur. Moi je n’aurais même plus la satisfaction d’un ruban quelconque, d’une dignité si minime soit elle pour me compenser ma misère et me faire un peu la supporter !

Lettre fort aimable du marquis de Lesseville, d’Aulnay-l’Aître, qui me donne des nouvelles de sa sœur qui était à Château-Porcien en pays envahis et dont il n’avait aucune nouvelles. Elle va bien. Il me complimente sur ma conduite passée ! Hélas !

Le bas de la page a été découpé, ainsi que toute la feuille suivante.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Lundi 6 – Épiphanie. Quelle différence entre autrefois et aujourd’hui ! Visite de M. Leroy de Pontgivart ; de M. Charles Demaison ; du Sous-Préfet, du Cuiré de Perthes. Visite de M. Mencière

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 6 janvier

M. Wilson a été reçu par le pape, avec lequel il a eu un long entretien secret; après quoi, il est parti pour Gênes et Turin.
Le conflit germano-polonais serait réglé. Les populations de la Posnanie et de la Haute-Silésie ne participeraient pas aux prochaines élections allemandes.
M. Boret a levé un certain nombre de restrictions.
Un coup de main du groupe Spartacus a échoué en Bavière. Kurt Eisner serait candidat des socialistes indépendants de Ratisbonne à l’Assemblée constituante de Bavière. A la suite de certains incidents qui se sont produits dans un hôtel de Berlin, le gouvernement allemand a présenté des excuses à l’Entente. Une affaire de détournements de fonds a été découverte à la sûreté berlinoise.
Le quartier général de l’armée d’Orient a été transféré à Constantinople.
On dément que le roi George V doive aller aux États-Unis.
Une partie des troupes japonaises a quitté la Sibérie.
Maxime Gorki a été élu membre du bureau du Soviet à Petrograd.
La délégation anglaise à la conférence de Paris est arrivée.
Une mission américaine a été envoyée à Vienne pour étudier les conditions politiques et économiques de l’Autriche- allemande.
Un soulèvement a eu lieu dans le Tafilet. Nos avions ont bombardé les campements ennemis.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 5 janvier 1919

Cardinal Luçon

Dimanche 5 – Visite du P. Ritter et de M. Sainsaulieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 5 janvier

M. Wilson s’est rendu en compagnie du roi et de la reine d’Italie, à Montecitorio, où a eu lieu une brillante réception. Il a prononcé un discours le soir au dîner du Quirinal, pour développer une fois de plus ses principes.
Ebert, dans une déclaration officielle, s’est félicité d’avoir constitué à Berlin un gouvernement homogène. Si les Allemands du Sud, a-t-il dit, n’y collaborent pas, c’est qu’ils n’avaient pas d’hommes disponibles. On publie de singuliers détails sur le rôle qu’a joué à Berlin le préfet de police Eichhorn. Ebert a protesté, auprès des commissaires du peuple de Moscou contre l’envoi de Radek en Allemagne.
Il y a eu à Budapest une journée de troubles violents et collisions entre les communistes et les social-démocrates.
On annonce que Guillaume II est sérieusement malade.
Un député Sinn Feiner a été arrêté.
Dublin a offert le droit de cité à M. Wilson.
Le baron Zorn de Bulach, ancien secrétaire d’Etat pour l’Alsace-Lorraine, a été conduit en Allemagne avec toute sa famille.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Parlement Montecitorio

 

 

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Samedi 4 janvier 1919

Louis Guédet

Samedi 4 janvier 1919

1576ème et 1574ème jours

10h matin  Pluie cette nuit, mais beau temps ce matin. On me contait l’autre jour à Reims (nos gardiens Thomas et Ernest), que chez Walbaum (Heidsieck-Monopole) les troupes avaient crevé le coffre-fort de la maison de commerce. C’étaient certainement des professionnels de la cambriole ! car ils avaient découpé le milieu de la porte du coffre, tout autour de la combinaison (au milieu de la porte) pour voler ce qu’il y avait dedans.

Du reste chez les Mareschal, je n’ai retrouvé que le mien qui n’était pas défoncé parce qu’il avait résisté aux tentatives d’effractions dont il porte les traces de coups de pics, le protège-serrure a été enlevé, la poignée a été arrachée. Le coffre Valicourt est éventré, quant aux 4/5 autres qui étaient dans la cave et le sous-sol appartement à divers personnes, pas de traces !! Et parmi eux celui de mon ami Mareschal, dans lequel se trouvaient tous ses titres de propriétés.

Le bas de la page a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 4 – Visite du Général Didier, qui m’a offert le téléphone et l’éclairage électrique (1). Mort de Roland (Eloi), notre cocher.

(1) Il s’agit certainement d’un branchement sur un groupe électrogène de l’armée et sur un central téléphonique militaire.
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 4 janvier

0n confirme que la conférence préalable interalliée s’ouvrira le 13, à Paris. Les Dominions britanniques y seront représentés par le général Botha, pour l’Afrique du Sud; par M. Borden, pour le Canada, et par M. Hughes, pour l’ Australie.
Mackensen est gardé à Budapest par un détachement français.
Le général Berthelot est arrivé à Arad où sont attendues aussi des troupes françaises.
L’Autriche allemande, par une note aux puissances en date du 25 décembre, a revendiqué le droit de s’unir à l’Allemagne.
M.Bernstein, qui était sous-secrétaire d’État aux Finances à Berlin a démissionné. La discorde se manifeste chez les indépendants allemands.
Les Estoniens, en lutte avec les bolchevistes, enregistrent de nouvelles fluctuations.
Les bolchevistes procèdent à une mobilisation supplémentaire.
Les Polonais en Posnanie ont occupé deux camps allemands.
Le contre-torpilleur grec Lion, ayant à bord des fusiliers marins, est entré dans le port de Smyrne. La population a accueilli les soldats helléniques avec enthousiasme.
M. Wilson est arrivé à Rome où le public l’a reçu avec enthousiasme.
La politique wilsonienne a été défendue à Washington par le sénateur Lewis contre M. Lodge, et acclamée dans un meeting travailliste à Londres.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 3 janvier 1919

Louis Guédet

Vendredi 3 janvier 1919

1575ème et 1573ème jours

10h matin  Pluie toute la nuit, assez beau temps ce matin, du soleil, un soleil malade. Encore une journée monotone à vivre, à traîner, c’est le moins pénible qui puisse m’advenir ! Ma vie n’étant plus maintenant qu’un long calvaire de tristesse et de misère.

6h soir  Assez de courrier et une lettre de cet embusqué de (rayé) ! Quel agité et quel malade. Il est bien (rayé)  démonte toute mon organisation de mon voyage à Paris. Je viens de passer une partie de mon après-midi pour réorganiser tout cela ! Quel (rayé). Enfin on verra ! (Rayé) !! J’en serais quitte pour voir Mme Mareschal à Épernay et non à Paris, voilà tout, et de là je passerai à Reims avec elle et René. Pas de nouvelles de Robert !… Mais c’est la bousculade et la pagaye ! partout ! Ainsi Mme Mareschal n’a pu avoir de place dans un train de Nice à Paris que pour le 14 !! et tout est à l’avenant.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 3 – Visite de M. Baudet et de M. Poirier.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 3 janvier

Constantinople a été occupé par un bataillon français, un bataillon britannique et un détachement italien.
Les Polonais occupent tous les chemins de fer de Posnanie, jusqu’à la frontière. Ils ont surpris et maîtrisé les troupes allemandes cantonnées à Gnesen.
On prévoit à Berlin de nouveaux troubles et les cercles gouvernementaux ne se feraient aucune illusion à ce sujet. Harden publie un long article pour dire que le peuple allemand ne se rend pas encore compte de la réalité de sa situation. On a découvert à Charlottenburg, près de Berlin, au petit musée des Hohenzollern, des documents accablants qui prouvent les responsabilités allemandes dans la guerre européenne.
Le gouvernement hollandais accepte le transit des Alliés par l’Escaut et par le Rhin.
Les élections belges auront lieu au mois de mai.
L’Esthonie accepte l’aide des Finlandais contre les bolchevistes.
Fiume est devenue base navale française pour le ravitaillement de l’armée d’Orient.
Un nouveau ministère ukrainien s’est formé à Kiew.
Un yacht militaire anglais s’est brisé sur les rochers des Hébrides. Il y a 250 victimes.
L’Espagne interdit son territoire aux bolchevistes.
L’escadre française est arrivée en Baltique.
Il y a 400.000 sans-travail à Berlin. Un tribunal extraordinaire a été constitué à Munich pour juger les contre-révolutionnaires.
Le Labour Party anglais délibère sur le fait de savoir s’il acceptera que certains de ses membres entrent dans le cabinet Lloyd George.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 2 janvier 1919

Louis Guédet

Jeudi 2 janvier 1919

1574ème et 1572ème jours

11h matin  Pluie et tempête toute la nuit. Beau temps ce matin vers 9h, du soleil par moment.

J’ai la tête brisée, l’esprit voilé, je ne tiens que par la force de volonté, rien de plus… Est-ce la fin ! si oui, Tant mieux ! J’en ai assez de cette vie ! de larmes et de souffrances morales ! sans un instant de répit, sans une petite lueur de bonheur, de chance, de fortune !

4h soir  Du courrier, rien de saillant. Lettre de Loeillot qui pense me revenir dans quelques semaines. Ce sera déjà une aide. Je souhaite que Touzet me reste, et que je m’entende avec le caissier qui m’est annoncé à Origny-le-Sec.

On me réclame toujours à Reims !! Lettre de Mme Pierre Lacourt (Marie Monce) (Marie Monce (1883-1986) avait épousé Pierre Lacourt (1888-1949) le 4 mars 1918) qui me dit que dans une réunion d’entrepreneurs on disait que j’avais été le seul notaire qui fut resté à Reims, et qu’on pourrait compter sur moi !! (Rayé).

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 2 – Visite de M. Lecourt et de M. Compant. Visite de M. le Curé de Fagnon. Visite d’un général et d’un commandant 193 rue de Courlancy. Visite  au Commandant de la Place, rue Chabaud.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Jeudi 2 janvier

Président Raymond Poincaré

M. Poincaré, au cours d’une interview, a annoncé que les Alliés étaient complètement d’accord sur les points à traiter à la conférence. Il a déclaré qu’il comptait se rendre aux Etats-Unis, après la conférence de la paix, soit dans le courant de l’été.
M. Wilson a invité également George V à aller en Amérique. Le président est parti pour l’Italie, où il visitera Gênes, Rome, Turin, Milan.
M. Clemenceau s’est absenté pour quelques jours, laissant l’intérim de la Guerre à M. Nail, garde des Sceaux.
Le gouvernement allemand se préoccupe de constituer une armée populaire, composée de volontaires qui dépendrait directement de lui et qui serait soustraite à l’influence du G.Q.G. De grandes démonstrations majoritaires ont eu lieu à Berlin. Le groupe Spartacus a condamné l’action des Indépendants.
L’Italie publie ses pertes dans la guerre. Elle compte 460.000 morts dont 16.362 officiers, et 947.000 b1essés, dont 33.347 officiers.
Le gouvernement allemand envoie des troupes en Posnanie pour maîtriser le soulèvement Polonais. Paderewski revendique Dantzig pour la Pologne.
Le cabinet ita1ien a été légèrement remanié : le socialiste-réformiste Bonomi remplace Dari, aux Travaux publics.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 1er janvier 1919

Louis Guédet

La première feuille de 1919 a été découpée.

Mardi 1er janvier 1919                                                 

Général Pierre Joseph Maxime Cherfils

6h soir  Quelle triste journée passée !! Travaillé et songé à ma détresse. Rien de saillant dans l’Écho de Paris, seul le Général Cherfils (Général Pierre Joseph Maxime Cherfils, ancien professeur de tactique appliquée à la cavalerie à l’École Supérieure de Guerre (1849-1933)) revient sur la question de l’armistice trop prématuré. Il est d’avis qu’on aurait dû demander la capitulation de l’armée allemande ! Cela a toujours été mon avis, on n’a pas été assez dur pour les allemands ! Il fallait exiger qu’ils déposent les armes purement et simplement. On parle aussi de futures élections. Puissent-elles envoyer au pouvoir des hommes qui ne veulent que l’intérêt de la France et surtout ne se noieraient pas dans la politique. Mais de Grâce ! que nous soyons délivrés des pantins, des fantoches qui déshonorent actuellement le Palais Bourbon ! Au risque d’une révolution que je préfèrerais à tout cela pourvu qu’on balaie tous ces gens-là ! toute cette voletaille ! Ah ! si je pouvais me jeter dans la mêlée ! Comme je m’y jetterais à plein cœur si je n’avais pas d’autres soucis que celui du pain quotidien des miens ! Comme je lutterais et comme je cinglerais toute cette tourbe en leur montrant le vrai chemin de l’honneur, du devoir, de la France ! au-dessus de tout, écrasant sous son pied vengeur l’Allemagne abattue et râlante ! Mais pour moi pauvre paria, tout cela ne sont que rêves et chimères ! Je n’ai que juste le droit de souffrir et de traîner mon fardeau de misères et de ruines ! Cette belle mission est réservée aux ambitieux, aux embusqués, aux égoïstes et l’on m’en éloigne toujours. Parce que je serais trop indépendant et que je serais trop désintéressé et ne penserais qu’au bien et à la prospérité de la France ! sans m’abaisser à profiter de ma situation pour recevoir le prix de mes faveurs ou de mes condescendances, au détriment du droit et de la justice. Pour la gloire de mon Pays !…

Triste jour de l’an ! 1919 est en route. Va ! ton chemin. Dois-je continuer ces notes. Ce serait si bon cependant de montrer Reims prospère ! Reims pour lequel j’ai tant souffert sous le feu de l’ennemi. Ce serait la résurrection et un peu ma récompense.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 1er – Visite de M. Reboucha, Charles Abelé. Tempête pendant la nuit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Mercredi 1er janvier 1919

Les Polonais, à la suite d’une sanglante bataille de rues se sont rendus maîtres de Posen, mais les Allemands ont fait venir des renforts dans la ville.
M. Lloyd George prépare un remaniement de son cabinet. Un certain nombre de ministres se déclarent, en effet, fatigués.
Le Sénat, après la Chambre, a adopté les crédits militaires, mais il n’a ouvert aucun débat politique à ce sujet.
Les troupes et unités navales françaises ont été accueillies avec enthousiasme tout le long de la côte dalmate.
M. Wilson a prononcé un grand discours à Manchester. Il s’y est déclaré, une fois de plus, favorable à la Société des Nations et hostile aux combinaisons et alliances.
Vilna est tombé aux mains des bolchevistes. Ils auraient aussi pris Riga, mais en ont été ensuite chassés par les Lettons. Ils voudraient attaquer de nouveau la ville. Ils ont subi des défaites au sud d’Arkhangel.
Le prince Frédéric Charles de Hesse a fait savoir au gouvernement finlandais qu’il renonçait à la couronne d’ Helsingfors.
Le gouvernement allemand se pose la question de savoir s’il quittera Berlin pour une ville de l’Allemagne centrale. Un complot contre-révolutionnaire a été découvert à Münich.
La démission de M. Bissolati semble devoir entraîner un remaniement total du cabinet italien.
M. Balfour, ministre des Affaires étrangères d’Angleterre, est arrivé à Paris. Il a eu une longue conversation avec le colonel House.
Cette conférence, qui fait suite aux conversations que M. Wilson a eues avec MM. Lloyd George et Balfour à Londres a permis d’arrêter les détails d’organisation de la conférence de la paix.
La commission interalliée, composée de quatorze délégués d’Amérique, de France, d’Angleterre et d’Italie, pour étudier la question alimentaire de l’Autriche allemande, est partie de Berne pour Vienne.
Le nouveau parlement anglais sera convoqué pour le 21 janvier. L’opposition à la Chambre des Communes sera conduite par M.Thomas, député travailliste.
Max de Bade sera candidat à la Constituante allemande.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Reims en ruines – Photos du blog « 14-18 en Images »

Nous avons été contacté il y a quelque temps par Daneck Mirbelle, collectionneur de photographies de la Grande Guerre qu’il publie dans son blog « 14-18 en Images, le blog de Daneck ». Voir ici => Photos14-18.blogspot.com

Il avait fait l’acquisition d’une série de photos de Reims faites entre 1916 et début 1917 pour certaines et fin 1918 – début 1919 pour d’autres, et ne savait pas où re-situer les vues. Nous avons pu en retrouver quelques unes mais il en reste que nous identifierons certainement par la suite, au gré de nos pérégrinations dans les cartes postales. Par contre, certains endroits ne seront jamais retrouvés suite aux bouleversements de la Reconstruction.

Rue Rockfeller (ancienne rue Libergier) et la cathédrale.

 

Place du Cardinal Luçon (communément appelée place du Parvis)

 

Rue de la Grosse-Ecritoire (voir ici sur Reims Avant)

 

Le Mont de Piété rue Eugène Desteuque, vu depuis la rue Saint-Symphorien. (Voir ici sur Reims Avant )

 

Rue de Vesle depuis la rue Saint-Jacques, actuelle rue Marx Dormoy. (Voir ici sur la Documentation de Reims Avant)

 

Maison natale de Colbert (Voir ici sur la Documentation de Reims Avant)

 

Rue de Courmeaux (Voir ici sur Reims Avant)

 

Rue du Carrouge ?

 

Rue Pol Neveux (ancienne rue de l’Ecole-de-Médecine) Voir ici sur Reims Avant

 

Rue Pol Neveux (ancienne rue de l’Ecole-de-Médecine)

 

Place Royale (Voir ici sur Reims Avant)

 

 

 

 

 

 

Rue Clovis, maison du notaire VILLET (Voir ici sur Reims Avant)

 

 

 

 

Les alentours de la ville, mais où ?

 

 

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Vues aériennes de Reims en ruine (1915-1919)

Ces clichés présentés ici proviennent du site Gallica.bnf.fr

Ils montrent des vues aériennes de la ville dans ses années de bombardements. Ils ont l’avantage de nous montrer Reims « avant » la reconstruction avec ses rues disparues ainsi que l’ancienne configuration de la place du Forum, appelée alors, place des Marchés, avec ses deux halles et les deux bâtiments qui disparaîtront après guerre, le Cours Langlet inexistant, et bien d’autres changements.

Je vous invite donc à petit ce voyage dans le temps !

– 1915 : la vue montre la cathédrale et le quartier « des Laines », compris approximativement entre les rue Cérès, rue de l’Université et boulevard de la Paix. Ce sera le premier quartier entièrement détruit, en même temps que la cathédrale, dès le 18-19 septembre 1914.

(Au premier plan : un élément de la structure de l’avion)

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Le 18 mars 1916 :

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15 septembre 1916 : vous remarquerez l’Hôtel de Ville (en haut). Encore intacte et sera la cible d’obus incendiaires le 3 mai 1917.

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1916 : sur ce cliché vous pouvez voir l’ancien « Hôtel du Lion d’Or » sur le parvis devant la cathédrale, le Palais de Justice et le Théâtre. Vous voyez aussi les rues qui existaient avant la percée du Cours Langlet.

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18 Mars 1919 : la guerre est finie. Après la Deuxième Bataille de la Marne (qui mettra Reims sous une nouvelle menace d’occupation par l’ennemi), la ville est ravagée. Il ne reste qu’une dizaine de maisons intactes, pour la plupart seules les façades subsistent, comme en témoigne la place Royale, vue ici.

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Photos Gallica.bnf.fr

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