Louis Guédet

Lundi 3 juin 1918

1361ème et 1359ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Toujours beau temps, un peu brumeux qui pourrait nous amener de l’orage. On entend le canon toujours au loin, mais nous sommes toujours sans nouvelles, sauf les ragots et les nouvelles plus extraordinaires les unes que les autres ! Il faut que les langues tournent et qu’on invente. Ces gens-là, on devrait les mettre dans un cabanon.

6h soir  André vient de rentrer. On aurait progressé un peu au nord de Ville-en-Tardenois, on tiendrait devant Soissons. Du côté de Château-Thierry les allemands auraient progressé et auraient la moitié de la ville. Épernay aurait été bombardé par des pièces à longue portée. A Châlons hier dans la journée quelques bombes d’avions. Voilà le bilan de tout ce qu’André a pu apprendre.

Je m’affaiblis, et n’ai le courage de rien. Cette existence me tue, et je succomberai pour rien ma foi ! Bon débarras ! J’en ai assez de cette vie qui n’a été pour moi que malheurs sur malheurs. Je n’ai plus rien à perdre si ce n’est la vie ! Pour ce qu’elle vaut !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Lundi 3 – Brûlé plusieurs milliers de lettres privées – Lettres de mes prêtres, de mes diocésains réfugiés, de soldats pendant la guerre, lettres revues à l’occasion de mon procès avec les amicales, de ma promotion au Cardinalat, de ma décoration de la Légion d’Honneur.

Expédié, entassés dans deux énormes camions, les reliquaires avec leurs reliques du Trésor de Sainte-Geneviève. Migramus hunc ! Migramus hunc ! Les Saints de France, que nous sommes impuissants à défendre, et qui le sont à nous protéger, nous quittent !! Scène navrante, qui m’a remue jus- qu’au tréfonds de l’âme. Les Saints de France fuient devant l’ennemi, ils prennent le chemin de l’exil vers Arcis-sur-Aube pour, plus tard, se réfugier à Dijon.

Visites à M. l’Intendant général Devort (ou Devert), à M. le Général Breton ; à M. le Général Pellé. Seul le premier était chez lui.

A 8 h., 4 ou 5 bombes, par canon, sur Hautvillers. Elles tombent au-delà de la route qui contourne le village pour adoucir la montée, direction de Fismes

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 3 juin

La pression allemande s’est poursuivie avec intensité sur le front entre l’Oise et la Marne.
Des tentatives extrêmement violentes dans la région lisière nord du bois de Carlepont et Moulin-sous-Touvent, ont été enrayées par nos troupes, qui ont rejeté l’ennemi au nord de cette dernière localité. Le mont de Choisy, attaqué à quatre reprises par les Allemands et pris par eux, a été enlevé de nouveau à la baïonnette par nos soldats, qui en sont restés maîtres.
Entre Vierzy et l’Ourcq, l’ennemi s’est emparé de Longpont, Corcy, Faverolles et Troesnes, mais, par un énergique retour offensif, nos troupes out occupé à nouveau ces localités.
Sur la Marne, les Allemands ont atteint les hauteurs à l’ouest de Château-Thierry; nous tenons la partie de la ville située sur la rive gauche.
De violents combats se sont livrés aux abords de la route de Dormans à Reims que les Allemands ont dépassée légèrement au sud d’Olizy-Violaine et de Ville-en-Tardenois.
Les Anglais ont exécuté un raid heureux au sud-est d’Arras. Ils ont fait vingt-sept prisonniers. D’autres raids, couronnés de succès, ont été effectués par eux au sud-est de Lens et au nord de Béthune.
Activité d’artillerie dans le secteur de Villers-Bretonneux.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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