Louis Guédet

Vendredi 29 mars 1918
Vendredi Saint

1295ème et 1293ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Temps froid avec tempête de vent Sud-ouest, glacial. Il fait réellement froid. Nos soldats sont partis à 5h du matin. Visite de M. le curé de Cheppes – St Martin qui me disait que le Docteur Langlet, le Maire de Reims, était à Togny depuis plusieurs jours. Reims serait donc réellement évacué ? Que ce silence est donc angoissant et douloureux. Je vais aller à Togny aujourd’hui ou demain, je serai fixé.

6h soir  Reçu des nouvelles de Reims, indirectement. La pauvre ville est complètement évacuée de lundi dernier 25 courant. Le sacrifice est accompli. Je reste muet et n’ai le courage de rien dire. Je ne le peux même plus. C’est Dondaine qui me l’annoncé brièvement. Et Melle Payart, ma voisine, qui, allée à Paris passer quelques jours n’a pu rentrer. Sa lettre est du 26. Elle est navrée.

Tout est consommé. La page du martyre de Reims et de ses habitants est écrite, finie ! 25 mars 1918, 1291 jours !! depuis les premiers coups de canon sur Reims !

Qu’en va-t-il advenir ? Dieu seul le sait ! Mais n’est-il pas trop loin, ni trop haut ?! Le juge de Paix de Guerre de Reims a fini sa mission. Il est évacué…  comme tous les autres. Et sa mission est remplie. J’attends de nouvelles instructions du Procureur de la République. Que vais-je faire ? Le Maire de Reims étant à Togny, je vais aller le voir pour me mettre au besoin à sa disposition demain. Ce 25 mars, lundi saint, évacuation de Reims, et départ de notre Jean ! Quelle date ! Et ce pauvre Robert. Pauvres enfants ! Que deviennent-ils ? dans cette tourmente ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi Saint 29 – Assisté à l’Office du matin dans la Chapelle des Sœurs. Reçu proposition de Mgr Pasquier de me retirer à l’Ecole Saint- Aubin à Angers avec Mgr Neveux. Assisté aux Ténèbres. Une bombe lan¬cée de 120 km par le canon allemand la Bertha dans l’église Saint-Gervais, à l’heure de l’Office, 3 h. pendant les Ténèbres. Plus de 75 tués, 90 blessés15.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

La Grosse Bertha ; source : en savoir plus sur-le-canon-grosse-bertha

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