Paul Hess

3 mars 1918 – Les journaux annoncent de vives actions d’infanterie entre Reims et la Meuse ; ils voient là des feintes ou des coups de sonde pouvant préparer la fameuse offensive tant annoncée.

Aujourd’hui, journée calme. L’évacuation continue ; à ce jour, 1 800 personnes ont quitté la ville.

On apprend que les victimes des gaz, pour la nuit du 28 fé­vrier au 1er mars, sont d’environ cent quatre-vingts, dont une di­zaine atteintes très sérieusement. Il en est arrivé à la mairie, les yeux bandés, pour stationner parmi les gens qui viennent voir les officiers afin de ne pas partir, car le défilé continue toujours, quoi­que un peu moins important — et cela le rendait plus tristement lamentable.

L’attaque allemande de ces jours-ci, le renforcement des tra­vaux de défense en ville, les bruits qui ont percé, du départ possi­ble de certains services municipaux, sont autant de raisons nous faisant conjecturer que, jusqu’alors, nous avons vu préluder, pro­bablement, à une évacuation qui pourrait devenir complète.

Aussi, dès maintenant, avons-nous le sentiment d’assister en témoins, de nos bureaux, dans ce cellier du 6 de la rue de Mars, aux derniers spasmes de l’agonie de notre pauvre ville de Reims.

— Des indications nouvelles sont trouvées aujourd’hui, dans L’Éclaireur, venant s’ajouter à celles données précédemment, sous le titre : « Le ravitaillement« .

Pharmacies : Grande Pharmacie de Paris et Pharmacie Moreau ; Coiffeur : Florent ;

Blanchisseuses et repasseuses ; les personnes qui peuvent blanchir et repasser le linge, sont priées de se faire inscrire à la mairie, afin que leurs noms puissent être indiqués à la popu­lation.

Les soupes populaires seront ouvertes tous les jours pour les déjeuners et les dîners. Pour les dîners, on est prié de se faire inscrire.

Le journal dit encore ceci :

Mesures de protection contre les gaz.

Pour tous les habitants, avoir constamment son masque sous la main, nuit et jour.

  1. Pour les habitants vivant seuls ou en ménage :

En cas de bombardement par obus à gaz mettre immédiatement son masque ; descendre immédiatement à la cave et calfeutrer hermétiquement toutes les issues, pour empêcher l’in­filtration du gaz : fenêtres, portes, soupiraux de ca­ves ; si on sent des brûlures à la figure, aux mains, à toutes les parties du corps découvertes, laver avec du savon, se laver la bouche et les yeux avec du bicarbonate de soude (une cuillère à bouche dans un li­tre d’eau).

  1. Pour les habitants vivant en groupe dans un même local :

organiser un coin de cave ou d’abri, qui ait peu d’is­sues (une ou deux au plus) ; à chaque issue, mettre une double fermeture (deux draps ou deux couvertures) une en haut de l’escalier de l’abri, l’autre au bas de l’escalier de l’abri, formant chambre isolante.

En cas de bombardement par obus à gaz : Mettre immédiatement son masque ;

Fermer les issues aussi bien que possible ;

Mouiller les toiles ou les couvertures, en les arrosant avec une solution d’hyposulfite de soude qu’on prépa­rera dans l’abri, dans un baquet, au moment de l’alerte ;

Avoir un autre baquet d’eau où on puisse se laver la figure et les mains avec du savon.

3. Pour tous les habitants :

En cas de brûlures sur les parties du corps découvertes, fi­gure, yeux, mains, etc. gagner les postes de secours voisins, dès qu’on le peut.

Les « postes de secours » seront connus par voie d’affiches ou de prospectus.

Adresser à la mairie, aussitôt que possible, les demandes de là tôle nécessaire pour les abris collectifs ; d’hyposulfite de soude, à raison de 2,500 kg par abri et de carbonate de soude (2,500 kg par abri).

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Dimanche 3 mars

La lutte d’artillerie signalée la veille depuis le Chemin des Dames jusqu’à la Meuse, s’est poursuivie avec une intensité marquée et a été accompagnée d’action d’infanterie très vives au cours desquelles nous avons gardé partout l’avantage.
L’activité agressive de l’ennemi s’est notamment manifestée au nord-ouest et au sud-est de Reims. Des forces allemandes ont tenté de déboucher sur le saillant de Neufchâtel. Nos feux ont désorganisé l’attaque. Des fractions ennemies qui avaient pris pied dans nos tranchées avancées en ont été chassées par une contre-attaque.
D’autres détachements allemands ont tenté d’aborder nos lignes en face de la Pompelle. Sous nos feux, ils ont dû précipitamment regagner leurs tranchées de départ. L’ennemi a ensuite prononcé une attaque plus violente. Elle a pris pied dans un petit ouvrage à l’ouest du fort, puis en a été délogée.
En Champagne, l’ennemi a attaqué sur un front de 800 mètres au Cornillet. Il a subi un échec complet. Il a essuyé un autre échec à l’est du Téton.
Sur la rive gauche de la Meuse, action locale d’artillerie dans le secteur d’Haucourt.
Deux coups de main ennemis ont échoué en Lorraine et dans les Vosges.
En Macédoine (sud-ouest de Serés), les Anglais. ont repoussé un détachement bulgare. Les aviateurs ennemis ont opéré à l’ouest de Petric et sur la gare de Pardovica (Vardar).

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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