Louis Guédet

Jeudi 1er novembre 1917

1147ème et 1145ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Beau temps, mal dormi à cause de la bataille. Ce matin du soleil, gare les avions et les bombes ! Messe à 7h1/2, dite par l’abbé Camu. Vu personne de connaissances que les braves dévots coutumiers, de Bruignac et autres sont en vacances. Je vais aller à la Poste.

5h soir  Peu de courrier. Vu un instant Beauvais qui tient toujours son pari pour le ruban prochainement. Déjeuné au Cercle, invité de Pierre Lelarge. Y étaient Mme André Lambert qui fume comme un russe. Raïssac et Mazzuchi consul d’Italie. Causé des événements de là-bas, les nouvelles sont bonnes. Effleuré un tas de souvenirs et de sujets. Mazzuchi nous contait avec humour une réflexion que lui avait faite un sergent allemand le 10 septembre 1914 qui voulait serrer trop fort la taille d’une ouvrière de leur maison. Comme il s’interposait, le soudard lui demandât qui il était ? « Je suis le consul d’Italie !! » – « Ach ! schoene schweine Italien !! » s’écria le Boche !! Mazzuchi en fut tellement surpris qu’il ne trouva rien à répondre. Lelarge nous a donné une recette pour guérir les engelures : Faire bouillir des marrons d’Inde coupés en 2 ou 4 morceaux et tremper ses mains dans cette eau aussi chaude que possible. On peut toujours essayer.

Nous nous sommes quittés vers 3h, acheté un journal, rencontré le Docteur Gosset (Docteur Adolphe Pol Gosset (1868-1942)) et Mme et Melle Gaube (Renée Gaube (1891-1981), épousera Charles Roland-Billecart (1888-1963)), celle-ci toujours fort gentille pour mes 2 grands, et rentré chez moi le cœur triste, gros, et les larmes aux yeux. Je suis dans mon tombeau !

Un peu de bombardement vers le Faubourg de Laon et Champ de Grève, boulevard de la Paix et Gerbert (Boulevard Pasteur depuis 1924). Température douce, ciel nuageux quoique clair. Le baromètre remonte.

6h  L’autre jour, en dînant chez le Docteur Guelliot (à Paris, 71, avenue des Champs-Elysées), celui-ci nous contait que médecin des Haënlé, fabricant de feutres à Fléchambault, il avait conseillé en juin 1914 à Haënlé d’aller faire une cure soit à Vichy ou à Royat pour son foie, mais qu’il n’avait jamais voulu, prétextant qu’il tenait à passer ses vacances en famille à Mannheim, et que de là il irait pour une saison dans une ville d’eau allemande. Le Boche savait déjà que la Guerre était décidée en Allemagne. Guelliot prétend qu’il devait être colonel. C’était une vraie brute allemande, il parait qu’il buvait 10 bouteilles de vin chaque jour. Je l’ai eu comme client. Quel butor c’était. En juillet il était allé conduire sa femme et ses enfants en Allemagne, et lui comme un imbécile est venu se faire prendre ici dans son usine au moment de la déclaration de Guerre. Il est actuellement dans un camp de concentration. Il y est bien, mais moi je l’aurais fusillé.

Il a chassé très longtemps à Nauroy où il avait étudié certainement toute la contrée du Mont Haut, Cornillet. Il avait même construit un petit pavillon de chasse aux Noëlles à droite de la route de Beine à Nauroy dans les bois de sapins que cette route traverse. J’ai visité souvent ce chalet qui était organisé et construit sur le modèle des chalets de chasse de la Forêt Noire. Il préparait là avec des officiers de l’État-major allemand la Guerre qui a ruiné notre ville et ses environs, et on ne fusille pas des gens comme cela.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Toussaint, 1er novembre 1917 – Après-midi, visite au cimetière du sud, en compagnie de P. Simon-Concé. Au retour, que nous effectuons par les boulevards Henri-Vasnier et de la Paix, nous voyons des obus tomber vers les quartiers de cavalerie.

Des troupes anglo-françaises partent, avec les généraux Foch et Robertson, au secours des Italiens qui ont été surpris par les Austro-Allemands et viennent d’éprouver un grave échec (les détails manquent ou, du moins, ne sont pas publiés). Après des pertes très importantes, ils auraient dû abandonner Udine et Geritzia pour se replier, précipitamment, au-delà du Tagliamento.

Le soir, à 20 h, bombardement sur le quartier Saint-Remi. Tir de notre artillerie ensuite.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Toussaint – + 4°. Nuit tranquille. Messe de la Toussaint, 8 h. 30, cha­pelle du Couchant. Aéroplanes français. Vêpres à 2 h. Le soir, à 8 h., ca­nonnade française violente pendant 10 minutes. Riposte non moins vive pendant 10 minutes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 1er novembre

Au nord de L’Aisne, actions d’artillerie dans la région de Pinon. Le chiffre définitif des prisonniers et des canons que nous avons capturés au cours de notre offensive est le suivant : 11157 prisonniers, dont 237 officiers et 180 canons.
Sur la rive droite de la Meuse, les Allemands ont tenté sur nos positions du secteur de Beaumont un coup de main que nous avons repoussé. Entre la Meuse et Bezonvaux, bombardement assez violent au cours de l’après-midi.
6 avions ont été descendus par nos pilotes, 4 autres sont tombés désemparés dans leurs lignes. Nous avons lancé 1100 kilos de projectiles et d’explosifs sur les gares de Thionville, Bettembourg, Maizières-les-Metz, Longueville-les-Metz, Woippy, Conflans, ainsi que sur celle de Luxembourg. Tous les objectifs ont été atteints.
Les Anglais ont exécuté avec succès une opération entre la voie ferrée Ypres-Roulers et la route Poelcapelle-Westroosebeke. Sur la droite, les troupes canadiennes ont atteint tous leurs objectifs sur la crête et se sont avancées jusqu’aux lisières de Passchendaele. Le combat a été acharné, surtout à l’éperon ouest du village.
Sur la gauche, nos alliés ont pris des fermes fortifiées et des points d’appui.
Sur le front italien, rencontres entre Udine et le Tagliamento, vers San Daniele, le long du canal de Sedra à Pasian et à Pozzuolo. L’attitude des détachements de protection et de la cavalerie a permis aux troupes de continuer leurs mouvements pour rejoindre leurs nouvelles positions.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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