Louis Guédet

Jeudi 16 août 1917

1069ème et 1067ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Nuit assez calme, de rares obus. Assez occupé la journée, surtout des signatures, légalisations, levée de scellés avec Dondaine rue Chanzy. Toutes ces rues avec leurs maisons effondrées, les portes enfoncées par les pillards sont sinistres. On rentre chez soi presque épouvanté !! On a peur de ce silence troublé seulement par les bombes.

Assez mal dormi. J’ai de la fièvre continuellement. Je tomberais.

Eté après-midi à Ormes voir mon vieux Papa Cousina-Suply, 81 ans, l’âge de mon Père (Nicolas-Désiré Cousina, né le 8 décembre 1836, et décédé à Ormes en 1918), qui déplore ce qu’il voit parmi la soldatesque, et surtout chez les officiers. Ce n’est qu’un cri : les officiers désirent que cela continue ! et les soldats ne veulent plus marcher, eux !! Il me disait qu’il ne regrettait pas de partir pour le grand voyage, tellement il est écœuré de tout ce qu’il voit. Les mœurs sont déplorables, tout leur est permis. Les femmes d’Ormes sont menacées à chaque instant.

M. Cousina me rappelait les beaux temps de sa jeunesse avant 1870. C’était l’âge d’or, disait-il, on s’amusait bien, mais honnêtement. Tandis que maintenant !!… J’étais de son avis, car chaque fois que je songe à cette époque de ma première jeunesse 1863 – 1870, ces temps me semblent éclairés d’une clarté toute rayonnante de joie et de bonheur sans nuages.

Rentré à 4h1/2, je suis fatigué. Je ne suis plus fort. Et puis je suis si triste, le cœur si serré. Je vis comme dans un cauchemar continuel et lugubre. Oh ! verrais-je jamais un seul jour de bonheur !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 16 – + 15°. Nuit pluvieuse ; à partir de 10 h. tranquille. Matinée silencieuse. Après-midi tranquille. Visite à M. le Doyen de Saint-Remi. A 9 h. 10 soir, tir allemand, sur la ville ?

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Source : Fonds Valois – BDIC


Jeudi 16 août

Action d’artillerie en Belgique, au nord de l’Aisne, en Champagne sur les deux rives de la Meuse et en Haute-Alsace. Un coup de main exécuté par nous près du Four-de-Paris a ramené dans nos lignes une mitrailleuse et du matériel. L’ennemi a bombardé Reims et lancé 100 obus sur Pont-à-Mousson.
Les Anglais ont attaqué sur un large front, sur la lisière nord-ouest de Lens, au bois Hego (nord-est de Loos). Les premières lignes allemandes ont été enlevées sur tous les points et les troupes de nos alliés ont accompli une avance satisfaisante. Elles ont conquis la fameuse cote 70 qui était formidablement défendue et ont, par la suite, poussé sensiblement leur progression autour de Lens. 282 prisonniers sont tombés entre leurs mains. Cinq contre-attaques allemandes ont été brisées avec de fortes pertes pour l’assaillant. Les pertes anglaises ont été légères.
Nos alliés ont également progressé au nord-ouest de Bixchoote, et fait échouer des coups de mains allemands à l’est de Klein-Gillebeke.
La bataille continue avec rage sur le front roumain avec des alternatives d’avance et de recul pour nos alliés.
En Macédoine, canonnade sur le Vardar et sur la Cerna.
Des patrouilles ennemies ont été mises en échec devant les tranchées anglaises de la vallée de la Strouma.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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