Paul Hess

13 avril 1917 – Le bombardement n’a pas cessé au cours de la nuit que j’ai passée, après celle d’hier déjà, rue du Cloître 10, dans la vaste cave de la maison de l’un de mes beaux-frères, Simon-Concé.

Cette belle cave voûtée a sa principale entrée sous le chartil en angle, place du Chapitre, par où viennent se réfugier chaque soir : M. le vicaire général Compant, M. l’abbé Divoir, prêtre- sacristain et vicaire à la cathédrale, avec leurs gouvernantes, Me Pailloux et son fils, ainsi que Mme Martin, gardienne de la mai­son, tous habitants de la cour du Chapitre. Des lits s’y trouvent installés à demeure depuis septembre 1914 ; ils sont plus nom­breux que les occupants actuels et je savais, qu’au besoin, une place pouvait facilement être mise à ma disposition. La proximité relative de l’hôtel de ville, où je prends maintenant mes repas, que je ne quitterai même que lorsque cela me sera possible, m’a fait choisir, sans attendre, ce lieu de refuge — et j’ai été fort bien ac­cueilli par le petit cénacle qui s’y réunit régulièrement toutes les nuits.

Aujourd’hui, la journée nous a été très pénible. Depuis hier, le bombardement, souvent par rafales de quatre, ne s’est pas interrompu et reste très serré. Nous l’avons jugé trop dangereux pour continuer à prendre nos repas dans le bureau. La popote de la « comptabilité » est donc descendue dans le sous-sol de l’hôtel de ville et le cuistot Guérin y a installé son fourneau à pétrole, à côté de ceux de M. Lion, inspecteur des sergents de ville, Turquin et Champenois, également de la police, sous le bâtiment principal dans lequel nous travaillons. Il nous a fallu y passer tout le long après-midi dans l’inaction, à causer de la triste situation de Reims.

— L’église Saint-André et le quartier environnant ont été massacrés ce jour.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
Porte du Chapitre

Porte du Chapitre


Cardinal Luçon

Vendredi 13 – + 2°. Nuit très mauvaise. Via Crucis in cathedrali de 7 h. 45 à 8 h. 45. A 11 h., bombes sifflent sans interruption jusqu’à 2 h. 1/2. Quelques-unes tombent tout près de nous ; nous voyons la fumée de l’écla­tement.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 13 avril

Entre Somme et Oise, la lutte d’artillerie a continué pendant la nuit avec une certaine violence, notamment dans la région d’Urvillers.

Au sud de l’Oise, nos troupes, après une préparation d’artillerie, ont attaqué les positions allemandes a l’est de la ligne Coucy-la-Ville-Quincy-Basse. Après un vif combat, nous avons repoussé l’ennemi jusqu’aux lisières sud-ouest de la haute forêt de Coucy. Plusieurs points d’appui importants sont tombés entre nos mains malgré la résistance de l’ennemi qui a laissé de nombreux cadavres sur le terrain et des prisonniers. Au nord-est de Soissons (secteur de Laffaux), canonnade. Au nord de l’Aisne, nos patrouilles ont fait une quarantaine de prisonniers.

A l’est de Sapigneul, nous avons chassé l’ennemi de quelques éléments de tranchées qu’il occupait encore. En Champagne, nous avons arrêté deux coups de main.

Sur le front anglais, le temps continue à être humide et nuageux. Nos alliés ont enlevé deux importantes positions au nord de Vimy, des deux côtés de la rivière Souchez. Ils ont fait des prisonniers. Ils ont brisé deux attaques des Allemands à la pointe nord de la côte de Vimy.

On signale des émeutes sanglantes à Sofia.

Sur le front d’Orient, canonnade autour de Monastir.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

Share Button