Louis Guédet

Jeudi 22 février 1917

894ème et 892ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Brouillard intense avec brume et pluie de brouillard. Silence absolu, que se prépare-t-il ? Voilà la question que je me pose maintes fois. Ce silence m’effraie, plus que le canon. Pourvu que nous ne soyons pas trop bombardés durant cette attaque…  et dès les beaux jours. Enfin, à la Grâce de Dieu !…  mais je me sens si peu courageux maintenant. Pas sorti ce matin. Cet après-midi réquisitions militaires, où nous avons eu affaire à des bourriques notables et notamment cette fripouille d’ordure d’entrepreneur, qui à un moment donné devenait insolent envers le sous-Intendant Payen. Je l’ai rappelé vertement à l’ordre et l’ai calmé illico en lui lisant les articles 10 et 11 du Code de Procédure Civile. Çà été une douche pour lui.

Poussé jusqu’à l’Hôtel de Ville pour une signature et rentré chez moi faire mes lettres, répondu à M. Bossu mon cher Procureur Général pour le remercier de tout ce qu’il fait pour moi… Vraiment c’est charmant à lui d’avoir voulu que son dernier acte de Procureur de la République de Reims soit ma proposition au ruban, on ne peut être plus délicat.

Bouvier en me le disant hier, l’avait bien senti. Ce sera pour moi, si cela réussit, et surtout pour ma chère femme et nos chers enfants, un titre de fierté de plus, car une proposition dans ces conditions sort de l’ordinaire. C’est en un mot le complément d’une œuvre, de l’œuvre de mon aimable Procureur, qui dit ainsi : « Voilà le seul homme digne de mon attention durant le temps que j’ai été Procureur de la République à Reims, et pendant la Guerre… » Mais je ne l’ai pas encore, et puis en suis-je digne ?!! si je l’ai que Dieu me soutienne et m’éclaire, et me garde pour que je ne la ternisse jamais, au contraire !!… Et que surtout mon pauvre cher vieux Père le voie !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 22 – Nuit tranquille ; + 5°. Malade ; pas dit messe.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 22 février

Activité des deux artilleries dans la région de la Butte-du-Mesnil et sur la rive droite de la Meuse, vers le bois des Caurières et vers. Nos tirs d’artillerie ont allumé un incendie dans les lignes adverses, à la lisière du Grand-Chenais.

Un coup de main ennemi sur un de nos petits postes du secteur de la ferme des Chambrettes a échoué sous nos feux.

Les Anglais ont exécuté avec succès plusieurs opérations en différents points du front.

Sur la Somme, ils ont occupé des éléments de tranchées au nord-est de Gueudecourt, en faisant 21 prisonniers.

Un détachement est entré fort avant dans les lignes allemandes, au sud d’Armentières, sur un front d’environ 600 mètres, infligeant de nombreuses pertes à l’ennemi et ramenant 44 prisonniers. Un autre coup de main a permis à nos alliés de pénétrer dans les positions allemandes sur un front de 450 mètres. L’ennemi a subi de fortes pertes. 114 prisonniers, dont un officier, et 4 mitrailleuses ont été capturés.

Activité d’artillerie au nord de la Somme et en divers points entre Armentières et Ypres.

Par un ordre en Conseil, le gouvernement anglais a encore renforcé le blocus.

M. Wilson a reçu du Sénat de Washington des pouvoirs élargis.

Avance britannique en Mésopotamie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

bezonvaux-1916

 

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