Louis Guédet

Vendredi 26 janvier 1917

867ème et 865ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Toujours temps très froid, avec soleil très beau. Quelques salves de coups de canon. Ce matin audience civile, peu d’affaires, notamment la fameuse affaire Goebel-Fontainier-Duytsche d’injures réciproques. Tout le monde était calme ce matin. Je rendrai mes jugements (3 !!) et tout le monde sera content, car le les mettrai dos-à-dos, sauf Fontainier qui écopera un peu plus pour ses injures de « Prussien, Boche » adressés au Père Goebel. Dieu que ces gens-là sont stupides !! à se chicaner à quelques 100 mètres des allemands.

Courrier très tard cet après-midi. Pas de journaux. Il se confirme qu’on masse quantités de troupes autour de Reims. Est-ce une mesure de précaution, une feinte ou une attaque éventuelle. C’est quand même inquiétant ! et surtout énervant, avec des bruits insensés qui courent en ville, évacuation, bombardement, entrée des allemands dans la ville, etc…  etc… ! Il a été en effet question à nouveau d’évacuer la ville, vient de me dire le Commissaire central M. Palliet, mais l’affaire est définitivement enterrée. Notre conversation m’amusait beaucoup, car le pauvre Commissaire Central s’ingéniait à ma fourrer le nom de Colas à toutes les sauces, le couvrant de fleurs, affirmant que c’était grâce à lui qu’on ne nous évacuait pas, etc… Il aurait été si heureux que je saisisse la balle au bond pour changer à fond contre le susdit Colas,et savoir ce que je pensais de son départ…  forcé. Il en a été pour ses frais, çà n’a pas pris ! Mais quel mal il s’est donné ! Voilà ma journée, assez monotone. Entré un instant chez Vinot, le corroyeur (cordonnier), là un de ses amis m’a certifié qu’il savait d’un gendarme que Colas, dans une conférence à la Gendarmerie aurait dit : « qu’il voulait que comme en Allemagne les rémois aient la terreur des Gendarmes et qu’ils tremblent de tout leurs membres à la vue d’un seul. »

La page suivante a été supprimée.

(Rayé) ! Vu M. Lorin avec qui je déjeunerai samedi prochain. Il a de bonnes nouvelles de son fils prisonnier. Voilà ma journée. Pas de journaux ce soir, les trains ayant toujours du retard. On est fiévreux, inquiets, nous voilà sans doute dans une période de mauvais jours.

Deux obus viennent de « miauler » au-dessus de la maison, il y avait longtemps que je n’en avais entendu ici (15 jours ou 3 semaines), pourvu que ce ne soit pas le commencement d’une série ; il est vrai que les nôtres les ont bien ennuyés aujourd’hui ! Quelle vie…  sans lendemain…  de tourments…  de fous !…  et voilà bientôt le 30ème mois de cette vie.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 26 – Nuit très tranquille sauf gros canons vers 9 h. – 7°. Neige persiste. Via Crucis in Cathedrali. Rencontre à la Cathédrale de M. Baudet et du Capitaine Saglier.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 26 janvier

Les Allemands ont tenté, sans succès, après un vif bombardement, un coup de main sur nos tranchées, à 3 kilomètres au sud-est de Berry-au-Bac. L’ennemi a laissé des morts sur le terrain.
Notre artillerie a exécuté des tirs de destruction sur les organisations et les batteries allemandes de la région de Bures (nord-est de Lunéville) et de l’Hartmannswillerkopf. Lutte d’artillerie assez vive en Haute-Alsace.
Guynemer a abattu son 27e avion près de la gare de Chaulnes. Le lieutenant Heurteaux a descendu son 17e avion. Un autre avion allemand a été abattu dans nos lignes aux environs de Vauxcéré (Aisne).
A l’est de Riga, les Allemands ont été rejetés dans leurs tranchées. L’ennemi a été également rejeté vers le sud entre les marais de Tiroul et la rivière Aa. Par contre, à l’ouest de l’Aa, les Russes ont été refoulés d’une demi-verste vers le nord.
Dans la mer Noire, un sous-marin russe a coulé près du Bosphore 4 navires; 3 autres navires, contraints de se jeter à la côte, ont été détruits par la tempête.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Chaulnes

 

Share Button