Louis Guédet

Lundi 27 novembre 1916

807ème et 805ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps de brouillard réellement froid, pas un coup de canon. Dérangé toute la matinée, sorti après-midi pour courses. Fait mes adieux au Procureur de la République qui quitte Reims le 30 novembre pour être à Épernay le 1er reprendre son Parquet qui y est, à son grand désespoir, installé. Causé longuement. Il veut me donner la Présidence de la Commission d’appel des allocations militaires pour le remplacer. Il m’a dit qu’il voulait qu’on mettre sur l’acte de décès de la femme de Bompas (Morte pour la France). J’en ai profité pour lui demander de songer à Bompas plus tard pour une citation à l’ordre civil, il l’aura bien gagnée. Si nos archives et notre immeuble de la Chambre sont sauvés, c’est grâce à lui et à sa femme. Rentré où je retrouve mon courrier en retard de 4 heures.

L’auto avait eu une panne. J’ai donc été bousculé jusqu’à présent. On parle de troupes russes qui sont dans les environs, il doit en venir à Reims…  Si c’était seulement la délivrance, mais je crains bien qu’elle soit encore loin…  très loin…

Le Procureur paraissait ému de me quitter et de me laisser seul. Il veut que je légalise les signatures. Il doit en parler au Procureur Général.

Je suis fatigué comme tous les soirs. Demain simple police, j’espère être libéré tôt. Été aussi à la Ville m’assurer de la nationalité des parents de Ferdinand Kunkelmann (fondateur de la marque Piper-Heidsieck (1851-1930)). Son père est né en 1811 à Mannheim (Grand-duché de la Bade) (Jacques Kunkelmann, né à Mannheim (Bade-Wurtemberg (1811-1881)) et sa mère à Phillipsburg (Bade) en 1824 (Catherine Ferdinande Dietz, née à Phillipsburg, Karlsruhe, Bade-Wurtemberg (1827-1915)). Ce sont donc des prussiens. Charles Heidsieck va être enchanté d’avoir ce renseignement.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 27 – Nuit tranquille. Journée silencieuse de part et d’autre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 27 novembre

Sur le front de la Somme, grande activité des deux artilleries dans la région Ablaincourt-Pressoir. En Champagne, une attaque ennemie, lancée sur un saillant de notre ligne à l’est d’Auberive, a été repoussée par nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses. Sur le front belge, faible activité de l’artillerie en raison du mauvais temps. L’artillerie ennemie s’est manifestée sur le front britannique, à Courcelette, Beaucourt, Hébuterne et vers la Bassée. Les Anglais ont bombardé Plusieux et les tranchées allemandes au sud-est d’Arras. Leur artillerie a provoqué une explosion à l’est de Seco. Les Italiens ont augmenté l’intensité de leur canonnade dans la région du Tonale. Sur le front russe, c’est surtout l’activité d’aviation qui s’est marquée. Les Roumains ont résisté dans la région de Prédeal et dans celle de Buzeu. Ils ont refoulé l’ennemi dans la région d’Argès. Mais celui-ci annonce avoir pris Rymnik, sur le Haut-Oltu, et il continue sa marche à l’est de l’Oltu inférieur: il a atteint la gare de Soimu. L’Allemagne persiste à exiger de la Norvège l’abandon des règles qu’elle a édictées au sujet des sous-marins dans ses eaux territoriales. La Suède manifeste une vive irritation à raison des nouvelles pertes maritimes que les submersibles lui ont causées.

Source : La guerre au jour le jour

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