Louis Guédet

Mardi 7 mars 1916

542ème et 540ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps froid, beau, le calme absolu, journée de travail monotone comme beaucoup d’autres, hélas ! Je n’aime pas beaucoup le silence absolu de nos « voisins » de l’Est, cela ne me dit rien qui vaille ! Vu peu de monde. Du reste les rues sont plus que désertes, comme du reste après tous les arrosages un peu sérieux. On ne sait rien de Verdun et chacun se demande ce qu’il en résultera. Reculer personne n’y croit et ne l’envisage, mais que fera-t-on après cela ? Que feront les allemands ? Vont-ils enfin être obligés de reculer et d’abandonner nos provinces envahies. Il faut que cela arrive en tout cas. Car ils ne peuvent plus songer à être victorieux. Cela leur est défendu ! Il leur faut descendre la côte maintenant. Espérons que cela ira vite, très vite ! Car vraiment tout le monde en a assez. On pourra dire que ceux qui seront restés ici à Reims auront plutôt souffert le martyr. Quelle vie ! Et dire qu’il y a déjà 18 mois de cette vie passée sous les bombes !!

Absence du feuillet 303.

…ce matin 4/5 affaires et un jugement rendu, c’est tout. Vu Charles Heidsieck assez énervé d’une lettre reçue de M. Charles Abelé (né en 1843 à Reims et décédé en 1921), qui raisonne comme tous ceux qui sont loin des bombes. A les entendre ou croire, rien n’est plus simple que de traiter ou parler d’affaires à Reims. Ils voient Reims aussi active, aussi vivante que si on était encore au 1er juillet 1914. C’est très curieux ce fait de psychologie mentale de tous les…  fuyards. Ils sont au calme et vous pondent des volumes et ils sont très surpris que tous sous les bombes nous leur répondions pas une bibliothèque écrite de notre propre main sinon de nos clercs ou employés absents. Ils voient Reims comme il y a 20 mois !… Rien n’est changé pour eux. Préparé mes malles, cherché mon sauf-conduit, commandé une voiture pour demain 5h3/4 du matin afin d’être bien arrivé pour le train de 7h1/4 à Pargny. Puis Banque de France avec Porquet pour préparer mes valeurs qu’il emportera demain après-midi dans le coffre de la Banque de France à Épernay, en attendant de les porter peut-être ailleurs. Ma pauvre femme me laisse tranquille maintenant quoique cela me gêne beaucoup. Enfin elle sera plus tranquille…

Le bas de la page a été découpé.

…trop souffrir toujours les mêmes. Tandis que d’autres n’ont nullement souffert de la guerre !! Malgré soi de voir cela, cela vous décourage. Si on voyait ces gens-là de parfaits égoïstes « écoper » eux aussi, cela vous ferait mieux supporter ses souffrances personnelles, et ce serait plus juste, mais c’est le contraire.

Je compte rentrer au plus tard le samedi 18, que se passera-t-il durant mon absence. Quand je rentrerai sera-ce pour voir nos troupes briser les lignes allemandes, sera-ce encore la vie de martyr que nous menons depuis 18 mois ??… Parfois je me demande si cela ne finira jamais.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 7 – Nuit tranquille ; température : 0. De 4 à 5 h. soir, aéroplane français. Visite à la Maison Jeanne d’Arc, a M. Camer ; au Dr Simon. Reçu une souscription recueillie par la Croix de l’Ain. Lettre à M. Buriel directeur du journal (Recueil, p. 66).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918

Mardi 7 mars

Les Allemands ont déclenché une attaque en Champagne, entre le mont Têtu et Maisons-de-Champagne. A notre droite, ils ont été arrêtés par nos tirs de barrage. A notre gauche, ils ont pu pénétrer dans un petit bois. En Argonne (Courtes-Chausses), nous avons fait exploser une mine qui a détruit un poste allemand et nous avons occupée en partie l’entonnoir. Entre la Haute-Chevauchée et la cote 285, l’ennemi, après avoir fait sauter deux fourneaux, a pris pied en quelques points de notre première ligne. Mais au cours du combat, nous avons rejeté les agresseurs. A l’ouest de la Meuse, les Allemands ont violemment bombardé le front entre la rivière et Béthincourt, puis ils ont attaqué Forges. Ils se sont emparés du village. Mais les tentatives qu’ils ont faites pour déboucher sur la côte de l’Oie ont échoué. Lutte d’artillerie à l’est de la Meuse. A l’ouest de Pont-à-Mousson, notre artillerie endommage les organisations du bois du Jury. Trois zeppelins ont survolé le nord-est de l’Angleterre. Il y a 13 morts et des blessés. Les Russes ont progressé près de Dvinsk.

 

Bethincourt

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