Paul Hess

En 1916, le bureau de la comptabilité, à l’hôtel de ville, fonc­tionne avec MM. Cullier, Vigogne, Guérin, Hess et Joly. Ce dernier, devenu malade, doit partir dans sa famille en cours de mai. Reve­nu trois mois plus tard, il ne peut rester à son poste que quelques jours ; obligé de retourner se faire soigner, il revient reprendre son emploi en novembre.

Après le départ de M. Joly, un jeune homme, Chardon, dont le père est à la disposition du service du « ravitaillement », entre comme auxiliaire au bureau, pour aider à la mise sur pied de la partie spéciale du travail relative aux logements et cantonnements des troupes, qui prend chaque jour de plus en plus d’importance.

Malgré des bombardements pour ainsi dire journaliers, la fin de l’année 1915 avait été trouvée assez calme, c’est-à-dire que ces bombardements — devenus des ripostes aux tirs de nos batteries — tout en s’étendant encore trop souvent sur les quartiers les avoi­sinant, n’étaient plus aussi fréquemment des arrosages sans autre but que la destruction de la ville.

L’année 1916, pour son début, a également d’assez longues périodes de calme, coupées quelquefois par des tirs sur les routes, des démonstrations de notre artillerie, des canonnades au loin. Il arrive même que la tranquillité se prolonge au point que chacun s’en montre surpris ; par moments, on se demande ce que cela peut bien signifier.

Dans l’ensemble, les Rémois n’oubliant pas ce que les Alle­mands leur ont déjà ménagé de surprises terribles, mettent ce répit à profit sans trop se réjouir ; ils ont l’intuition que la menace reste la même, malgré les déductions très rassurantes des « tuyautés ».

L’amélioration passagère de la situation est souvent l’unique sujet des conversations. On plaisante et il n’est pas rare qu’afin de provoquer les réflexes d’un ami, quelqu’un lui dise : « Ils doivent être partis », sans en rien penser. Pendant ces jours de quasi- sérénité, on vit tout de même moins tristement et l’on reprendrait vite les anciennes habitudes. Des réparations aux immeubles sont faites de-ci de-là ; quelques maisons très fortement endommagées par les obus sont remises entièrement en état.

C’est que l’ennemi, occupé sur d’autres points du front n’a sans doute pas le temps de penser à nous et doit nous négliger. La préparation du coup formidable qu’il voulait porter sur Verdun, où son offensive se déclenche le 21 février, a pu lui faire dégarnir provisoirement les positions qu’il tient depuis si longtemps devant Reims. La résistance glorieuse que nos troupes doivent lui opposer a, du reste, très probablement obligé le commandement à procéder de même, de notre côté. Mais ses attaques furieuses sur cette place sont renouvelées sans cesse pendant cinq mois… aussi, avant qu’il soit contraint de reconnaître que son effort a été brisé, il affirme sa présence, en rendant à nouveau l’existence très pénible dans notre ville.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 

Cath-Allemands


Cardinal Luçon

Samedi IerNuit tranquille. Journée tranquille, sauf quelques coups de canon.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Samedi 1er Janvier 1916. À toi le premier, mes pensées mon Charles. Si tu existes encore, ce que tu dois souffrir, encore plus que nous. Ce matin je suis allée souhaiter la bonne année à tes parents et en même temps à Juliette Couronne puisqu’ils sont ensemble. Ta maman m’avait dit que j’aille dîner avec eux pour me changer un peu les idées mais j’ai refusé. Les réunions me font mal sans toi, surtout un jour comme ça, et je veux vivre en recluse tant que tu ne seras pas revenu. Juliette était plutôt triste. La veille au soir ton parrain avait reçu l’ordre de partir soldat dans huit jours pour Verdun. Tu penses qu’ils n’étaient pas gais non plus.

En repartant je suis passée par la Poste pour voir s’il y avait quelque chose pour moi, mais rien. Je suis rentrée aux caves à midi. Les ouvriers sortaient de la réception car M. Cochet avait tenu à ce qu’il y en ait une afin de distribuer une prime à chaque ouvrier ayant travaillé sous le bombardement, et tous ont été contents. Ils ont reçu une centaine de francs chacun. M. Cochet a parlé des disparus et des tués ; c’était émouvant. Les ouvriers t’ayant connu m’ont tous souhaité que tu me sois rendu. Ils t’aimaient bien.

Enfin encore un jour de passé, le premier de l’année. Comment seront les autres ? Tout mon cœur à toi. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

Samedi 1er janvier

Nos batteries ont bombardé avec succès des tranchées ennemies et la voie ferrée en face de Boesinghe (Belgique).
Près de Roye, notre artillerie a endommagé un dépôt de matériel à Verpillières.
A l’ouest de Soupir (nord de l’Aisne), nous avons bouleversé un ouvrage allemand.
Canonnade efficace de notre part au bois des Chevaliers (Hauts-de-Meuse).
Dans les Vosges, après une préparation d’artillerie, les Allemands ont attaqué nos positions du Hirzstein, ils ont été repoussés.
Des aviatiks ont jeté des bombes sur Salonique. Une bombe, lancée sur un escadron grec qui manoeuvrait sous les yeux du prince André, a tué un berger.
Aux Dardanelles, nous avons endommagé plusieurs pièces ennemies.
Le croiseur anglais Natal a été détruit par une explosion intérieure. Le sous-marin français Monge a coulé à Cattaro.
L’offensive russe s’accentue en Galicie.
La note que le cabinet de Vienne a envoyée à Washington, en réponse aux réclamations de M. Wilson concernant le torpillage de l’Ancona, élude le point essentiel.
Le cabinet britannique tient conseil sur conseil pour régler la question du service obligatoire

 

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