Louis Guédet

Mardi 19 octobre 1915

402ème et 400ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Notre canon a tonné toute la nuit et à 7h une bataille se déclenche vers la Pompelle, en même temps que nous sommes bombardés jusqu’à 11h1/2. Le temps de m’habiller et je suis à la cave avec deux voisins. Jacques, Élise et Achille Poquet syndic de faillite, liquidateur séquestre de G.H. Mumm qui est venu me demander l’hospitalité, les bombes sifflant trop vers la rue de Thillois où il se dirigeait.

Le feu de l’Ennemi se concentre surtout dans le secteur de St Jacques et autour de St Jacques, maison Ciocco, Timbres bleu, Boucher charcutier 7, rue de Vesle, impasse St Jacques, rue de Talleyrand chez L’hoste tapissier : tout brûle.

On me dit que les allemands auraient repris une tranchée, la ferme d’Alger, Pompelle. Bref voilà une matinée, une journée qui compte.

A 2h réunion rue des Chapelains provoquée par le curé de la Cathédrale pour voir à fonder un comité pour recueillir les offrandes pour refaire (obtenir) des capitaux à la paroisse de la Cathédrale pour les cérémonies du culte dès que Reims sera dégagé, et pour nous permettre de vivre, en temps que culte. Étaient présents, Abbé Landrieux, curé archiprêtre, Albert Benoist, Bataille père, Becker, Henri Abelé, Sainsaulieu architecte, Charles Heidsieck, de Bruignac et Guédet. Que sortira-t-il de cela ? En tout cas on cherchera surtout en Amérique (l’idée était lancée…) et en Angleterre.

Je rentre finir ma valise et mettre tout en ordre avant mon départ. Pourvu qu’il n’arrive rien durant mon absence !! et que je retrouve tous mes aimés bien portants. Que je suis triste et angoissé.

6h1/2  Le calme, notre nuit sera-telle tranquille ? je pars demain pour St Martin à 4h3/4 du matin pour prendre le train de 5h1/2 à Bezannes. Je suis triste, de plus en plus triste. Oh ! que je suis las et découragé. Encore passer un hiver dans ces conditions ! c’est trop ! Dieu nous abandonne et n’a pas pitié de nous, nos pauvres petits, ma pauvre femme. Je crois que je deviendrai fou. C’est trop pour mes épaules ! c’est trop long. Je n’en puis plus. Mon Dieu auriez-vous pitié de nous, de moi. Ferez-vous bientôt cesser ce martyr !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

À partir de 7 heures, ce matin, violente canonnade qui, en­tendue d’abord de très loin, s’est rapprochée et a gagné le secteur de Reims. Les sifflements et les explosions des arrivées commen­cent, en outre, à se faire entendre au moment où je me dispose à prendre le chemin du bureau. Très peu de monde dans les rues. Quand j’arrive à l’hôtel de ville, les pompiers, le casque sur la tête, s’y tiennent prêts à intervenir.

Les Boches ont attaqué, paraît-il, sur un front de dix kilomè­tres, de Prosnes à la Pompelle et pendant ce temps, Reims est violemment bombardée jusqu’à 11 heures.

Des obus incendiaires sont tombés rue de Talleyrand et rue de Vesle. L’autopompe part. Un incendie qui paraît prendre des proportions s’est déclaré dans les ateliers de la maison d’ameuble­ment L’Hoste ; d’autres foyers se devinent encore à proximité. Les obus sifflent toujours.

L’hôtel de ville est touché de nouveau, sur le haut de son bâ­timent de la rue de la Grosse-Écritoire. À côté, la maison n° 9 rue des Consuls reçoit un projectile à hauteur de son premier étage. Au cours de ce bombardement, la rue de Vesle a particulièrement souffert.

L’Éclaireur dit qu’il a été envoyé environ 500 obus.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 19 – Nuit assez bruyante. Malade. 7 h. 1/2 à 10 h., violent combat d’artillerie. On dit que c’est à la ferme d’Alger. Incendie rue de Talleyrand. Bombardement violent et long sur la ville, rue de Talleyrand et de Vesle. Un obus est tombé sur un contrefort de la Cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 19 octobre

Les Allemands ont fait mine de nous attaquer en Artois, ayant massé d’importants effectifs dans leurs tranchées du Bois-en-Hache et de la vallée de la Souchez. Notre artillerie, par un barrage énergique, les a empêchés de déboucher.
Lutte d’artillerie à notre avantage au sud de la Somme, aux environs de Tilloloy et de Saint-Léocade.
Nos patrouilles ont fait des prisonniers sur la rive gauche de l’Aisne.
Bombardement actif en Champagne. Nos batteries ont provoqué l’explosion d’un important dépôt de munitions.
Vifs combats à la grenade dans les Vosges, au Schratzmaennele; canonnades à l’Hartmannswillerkopf et dans la vallée de la Thur.
Les Russes ont progressé dans la région des lacs au nord, et dans la région du Pripet.
Les troupes serbes, françaises et anglaises combinées se sont heurtées aux Bulgares, à Valandovo. Le général Sarrail a pris le commandement du corps expéditionnaire.
L’Italie participera au bombardement de Dédéagatch.
Les troupes italiennes ont remporté un sérieux succès dans le Trentin, aux environs im
médiats de Riva (lac de Garde).

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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