Louis Guédet

Mardi 14 septembre 1915

367ème et 365ème jours de bataille et de bombardement

6h3/4 soir  Canonnade terrible et intense vers Aubérive hier soir de 8h à 8h3/4 soir. Nuit assez calme avec du canon et quelques obus. Vu le matin pour loger mes vins, M. Charles Heidsieck ne pouvant pas les prendre chez lui dans sa maison de commerce parce que négociant en vins de Champagne, je les mettrai sans doute chez M. Henri Abelé, son voisin qui a accepté très aimablement. Fais d’autres courses. Vu M. Baudoin de la Caisse d’Épargne, causé de la manœuvre de Rozey, Nocton, Maria et consorts qui sont arrivés à transporter presque tout le service de la Caisse d’Épargne à Paris afin de pouvoir revenir quand Reims pourra les recevoir et qu’il n’y aura plus crainte de bombes. Monsieur, vous remercier ? mais qu’avez-vous fait ? c’est nous qui avons tout fait ! Pourquoi être resté à Reims, ce n’était pas utile, vous le voyez bien ! Et le tour sera joué.

Après-midi expédié mes 197 procès de simple police, de 1h à 5h1/2 du soir. Vu en sortant de l’audience M. Creté, juge à Reims qui m’a fait force éloges sur ma conduite durant ce siège et me disant qu’il avait lu et fortement approuvé et appuyé comme vice-Président le rapport que M. Bossu Procureur de la République a fait sur ma conduite qui concluait à ma nomination de chevalier de la Légion d’Honneur !!… Que ce soit bientôt. Bone Deus ! (Bon Dieu ! en portugais) cela prouvera enfin que la France sera délivrée de l’Ennemi. Je l’ai remercié de ses compliments et lui ai dit que j’étais très touché de toutes les marques de sympathies que m’ont montré tous les juges du tribunal de Reims et que c’était cela qui m’avait beaucoup soutenu et encouragé. Reçu lettre de Jolivet qui arrivera ici jeudi pour prendre divers papiers, il repartira le soir même. Je serai bien heureux de l’embrasser ce cher ami et de causer un peu avec lui.

Demain service d’allocations militaires que je préside toujours.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit absolument tranquille. Rien entendu. Journée tranquille ; visite de M. l’abbé Abelé (?). Il paraît que la nuit du 13 au 14, il y a eu au loin de violents combats d’artillerie.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mardi 14 Septembre 1915. On nous avait dit que la grande attaque serait pour le 15 mais cela m’étonnerait beaucoup. Du côté de Berry au Bac on entend le canon sans arrêt. Les préparatifs à Reims continuent. Je suis allée chercher la moitié de mon ménage, celui que j’avais mis chez ton papa car pour ce qui est chez nous on ne veut pas me laisser entrer et chose bizarre, c’est que l’on m’a dit que le père Genteur y allait quand il voulait, prétendant que je lui avais confié mes clefs. Et à chaque fois qu’il y va, il en sort avec quelque chose qu’il vole.

J’ai voulu aller voir le colonel Bataille pour qu’il me fasse un laisser-passer et lui expliquer la chose. Mais il n’a pas voulu. J’étais en colère. J’ai dit qu’il ne suffisait donc pas d’être femme d’un soldat français pour que la porte d’un colonel vous soit ouverte. Ils savent bien que je ne suis qu’une femme.

Puisque M. Delcroix a bien eu la liberté d’enlever son ménage, je ne vois pas pourquoi j’aurais un refus. Pauvre Lou, quand est-ce que ce cauchemar sera fini ?

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mardi 14 septembre.

Canonnade sur l’Yser et en Artois (Neuville, Roclincourt, Wailly). Au nord de l’Oise, nous avons opéré des tirs de destruction sur les organisations ennemies et les ouvrages de Beuvraignes. Nous avons dispersé plusieurs partis d’infanterie devant Andechy.
Sur le canal de l’Aisne à la Marne, nous avons bombardé les ouvrages et cantonnements allemands aux environs de Sapigneul et de la Neuville (région de Berry-au-Bac).
Canonnade et lutte de bombes en Champagne, en Argonne, entre Meuse et Moselle.
Bombardement dans les Vosges (Metzeral, Sudelkopf).
Dix-neuf avions, à titre de représailles contre les bombardements de Lunéville et de Compiègne, par les taubes, ont survolé la ville de Trèves et y ont lancé 100 obus, atteignant la gare et la Banque d’Empire. Après avoir atterri dans nos lignes, ils sont repartis et ont jeté 58 obus sur la gare de Dommary-Baroncourt. D’autres ont bombardé la gare de Donaueschingen, sur le Danube, et celle de Marbach.
L’offensive russe se poursuit victorieusement en Galicie où plusieurs milliers d’Autrichiens ont été capturés.
Un raid de zeppelins en Angleterre a encore une fois avorté.
Le submersible Papin a coulé plusieurs torpilleurs autrichiens dans l’Adriatique.
Le comte Bernstorff, dans une interview qu’il n’a que mollement démentie, a proféré des menaces pour l’Am
érique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

Mardi 14 septembre 1915. Pauvre Lou, quand est-ce que ce cauchemar sera fini ?
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