Paul Hess

Depuis quelque temps, j’éprouvais des inquiétudes, au sujet des registres de l’administration du mont-de-piété, toujours plus ou moins bien installés, en deuxième cave, sous les ruines de l’établis­sement.

Quand M. le Dr Langlet m’a demandé, le 13 juin dernier, s’il me serait possible d’établir une situation, je savais tout au moins que je trouverais les renseignements nécessaires, car la curiosité m’était venue un jour, étant seul dans le quartier incendié et dé­moli, d’aller voir comment ils se comportaient. Me laissant glisser sur les matériaux encombrant l’escalier qui conduit au sous-sol, j’avais pu ensuite, en m’éclairant de ma lampe électrique de poche, descendre jusqu’à la cave, où j’éprouvais l’agréable surprise de retrouver l’ensemble des documents rangés sur des planches, tels qu’ils y avaient été déposés le 3 septembre 1914 ; en les exami­nant, j’avais remarqué sur un petit nombre seulement, quelques traces d’humidité.

A la suite de cette visite et de celles que j’avais dû faire en­suite, quand il m’avait fallu consulter les écritures, j’avais exposé à M. Pierre Lelarge, administrateur, la nécessité de faire poser une porte provisoire en remplacement de celle de toute solidité fer­mant la cave auparavant et brûlée lors de l’incendie, le 19 septem­bre 1914.

C’est alors, le travail ayant été fait, qu’une fermeture retenue par deux pitons résistants et un fort cadenas dont j’avais la clé, m’avait donné un sentiment de sécurité qui me tranquillisait plei­nement — pas pour longtemps d’ailleurs, car deux jours après, je constatais que la cave était ouverte, la porte en ayant été forcée. Je prenais donc soin de remettre en place d’autres pitons et de fermer par un nouveau cadenas ; le lendemain, la fermeture avait encore cédé à l’effraction.

Il était clair que les pillards avaient beau jeu, pour l’explora­tion des nombreuses caves, dans ce malheureux quartier dévasté, et, quoique rien n’ait été dérangé, car ce n’étaient naturellement pas des registres de toutes tailles et de tous calibres qu’ils y avaient cherché, je priais M. Lelarge d’intervenir auprès du maire, pour m’obtenir l’autorisation d’opérer le transfert de ces registres dans l’un des sous-sols de l’hôtel de ville.

M. le Dr Langlet avait eu occasion de reconnaître l’importance des archives de l’administration du mont-de-piété. Il voulut bien donner son acquiescement, me permettant, en outre, de demander de sa part l’aide de pompiers, pour leur enlèvement et leur trans­port.

De sorte qu’aujourd’hui, après avoir en quelques mots, expli­qué au sergent Eloire, des pompiers, de quoi il s’agissait, celui-ci, très complaisamment, se faisait accompagner aussitôt de quatre ou cinq hommes, munis de pelles et suivis d’un de leurs camarades conduisant une assez grande voiture à bras.

Sur place, l’escalier était bien vite déblayé et le chargement fait. Les registres et les nombreux journaux à souche constituant tout ce qui subsiste de ce que l’établissement renfermait avant l’incendie, ont été transportés immédiatement à l’hôtel de ville, descendus et déposés au sous-sol du bâtiment de la rue de la Grosse-Ecritoire, dans un emplacement fermé. Ainsi, j’aurai désor­mais sous la main, en quelque sorte, les renseignements dont je suis susceptible d’avoir besoin, et, en même temps, cette opération me libère d’un gros souci de surveillance, qui devenait impossible.

Quant à ce qui demeure dans les ruines des magasins, je suis tranquille maintenant. Au début, il y avait lieu de craindre une fouille éventuelle, à certain endroit, où se trouvent probablement des métaux fondus à récupérer ; avec le temps, une végétation témoin a poussé sur les décombres — qui sont restés tels qu’au lendemain du désastre — et, actuellement, elle assure bien la garde de ce qui se trouve dessous.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Le Mont-de-piété

Le Mont-de-piété


Cardinal Luçon

Mercredi 8 – Nuit tranquille, sauf gros coups de canons toute la nuit, à plusieurs reprises, en particulier vers 9 h. 1/2 et à 2 h.

Visite de M. le Préfet de la Marne, avec Madame Lemaire Compant. Il me rappelle que j’ai été nommé au-dessus de lui et de tous les autres, Pré­sident d’Honneur de leur société (Fédération régionale de l’Œuvre du Vê­tement du Prisonnier avec la Croix-Rouge départementale, je crois).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
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