Louis Guédet

Mercredi 16 juin 1915 

277ème et 276ème jours de bataille et de bombardement

Cette nuit à 11h bombardement tout proche de chez moi, il faut descendre à la cave. A 11h1/4 les bombes ont cessé de siffler. J’estime à 30 ou 40 les projectiles lancés un peu partout, et particulièrement sur la Cathédrale. Été à 10h à La Haubette pour une prestation de serment de suppléant à la justice de Paix des 2ème et 4ème canton de Reims. J’ai donc maintenant sous ma juridiction toutes les 4 justices de Paix de Reims et communes environnantes. Je vais déblayer le plus possible pour pouvoir aller à Paris et de là à Vevey pour rechercher Jean. Je tâcherai en outre d’aller voir à Genève les de Vroïl et Mme E. Schoen.

Lettre de M. G. Hochet

Franchise militaire

Asp. Hochet  Bies R.A.T. – 6ème Esc du Train Etat Major à Fougères (Ille-et-Vilaine)

Tampon de la Poste à Fougères du 18 juin 1915

Tampon rouge  service postal 6ème escadron du train des équipages militaires – dépôt –

Monsieur L. Guédet notaire

Rue de Talleyrand 37 Reims (Marne)

Fougères, le 17 juin 1915

Cher Monsieur,

De mon côté je pense bien souvent à vous et j’ai lu avec joie votre bonne lettre. Quelle triste situation est la vôtre cher Monsieur et comme avec tous nos amis j’attends avec impatience la fin de nos épreuves. Permettez-moi d’admirer votre courage et votre endurance. J’ai dû quitter précipitamment ce qui reste de notre pauvre ville et je n’ai même pu serrer la main à tous nos amis car je devais rejoindre sans délai mon dépôt. Matériellement nous ne sommes pas malheureux, je supporte bien les fatigues et les privations et je me dis bien souvent qu’il y a de plus malheureux que moi. Mais quelles souffrances morales j’endure parfois, je n’ai pas besoin de vous le dire surtout qu’aucune lueur d’espoir ne point encore à ce triste horizon ! C’est avec plaisir que nous avons parlé de vous avec l’ami Archambault. Bien souvent nous échangeons nos impressions cherchant à nous donner mutuellement courage.

Voici quelques détails que vous me demandez : j’ai laissé mes notes à notes à Reims et beaucoup de ces détails m’échappent, mais j’espère pouvoir vous satisfaire superficiellement pour l’instant. 1° L’entrevue orageuse eu lieu le 4 septembre un peu après 14 heures. L’épouvantable menace fut proférée sur le pas de porte extérieur de l’Hôtel de Ville en présence de M. Alexandre Henriot, des appariteurs de l’Hôtel de Ville et de nombreux gardes civils : parmi eux un alsacien (dont le nom m’échappe) comprenant parfaitement l’Allemand, ce témoin gardait rue du Marc la maison dont le plafond en bois sculpté était d’une grande valeur, l’ami Metzger le connait certainement. Les menaces furent proférées en présence du général Zimmer et de son officier d’ordonnance. De nombreux citoyens, plus d’une centaine, ont assisté sur la place à la scène. Malheureusement nous n’avons pu connaitre le nom de l’officier, un jeune capitaine faisant partie de l’État-Major de l’Armée de Bülow. Ce capitaine faisait partie d’un régiment de la Garde. Des discussions à ce sujet avaient déjà eu lieu dans la matinée dans le bureau de Monsieur le Docteur Langlet en présence de celui-ci, de M.M. le Docteur Jacquin, M. Lelarge, M. Emile Charbonneaux, M. Mignot, M. Georget, M. Bataille, M. Gosset, M. Gobeau (vétérinaire), M. Raïssac secrétaire de Monsieur le Docteur Langlet.

Je regrette de ne pas avoir sous les yeux mes notes me permettant de vous donner tous les détails. Ces notes sont restées sur la table de ma petite salle à manger rue Brûlée 3, au 1er étage et les clefs sont entre les mains de ma bonne Melle Georgette Siméon 46, rue Brûlée, qui pourrait vous ouvrir la porte de mon appartement. Vous trouverez ainsi tous ces détails avec d’autres qui peut-être vous intéresseront aussi. Ne craignez pas de me gêner, cher Monsieur, au contraire vous me ferez plaisir.

Le petit cercle d’amis à Reims doit être maintenant bien rétréci et je sens d’ici le grand vide qui s’est formé autour de vous. J’espère que votre cher beau-père M. Bataille est toujours en bonne santé et que vous avez des nouvelles satisfaisantes de toute votre chère famille. Veuillez je vous prie, présenter mes sincères amitiés à tous ceux qui voudront bien se souvenir de moi. A Monsieur Metzger lorsque vous aurez l’occasion de le voir. Je vous serre bien cordialement la main.

Sincèrement à vous.

Signé : G. Hochet

6ème Esc. du Train – Etat Major à Fougères (Ille-et-Vilaine)

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Du 16 au 26 juin 1915
Période de calme, coupée par des sifflements et des explosions le 19, pendant midi.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 16

Nuit troublée. A 11 h soir, bombardement d’une demi-heure, mais violent. Cathédrale touchée tour nord au petit chapiteau d’un faisceau de colonnettes. Un pinacle décapité au sud. Une partie de la galerie brisée à l’angle de la tour et de la nef sud. Deux obus chez le Cordonnier (rue des Fusilliers), un devant le « Lion d’Or » ; 1 au « Lion d’Or » ; 1 sur la place du Parvis, devant l’imprimerie Jeanne d’Arc ; maison bleue, à côté de l’imprimerie Jeanne d’Arc, démolie.

Visite au Palais Archiépiscopal : un gros obus a démoli le mur à l’angle de l’Archevêché et du Palais Royal. Pas d’accidents de personnes.

Visite, avec Mgr Neveux et M. Compant, autour  de la Cathédrale, rue des Fusilliers, à l’Archevêché avec le gardien Huart

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

A gauche, les restes de l’Hôtel du Lion d’Or


 Renée Muller

le 16 très mauvaises nouvelles ; Mr FRÈRE reçoit la nouvelle que son beau-frère est mort.

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Mercredi 16 juin

Actions locales d’infanterie autour de Notre-Dame-de-Lorette, de Neuville et d’Hébuterne. Les Allemands sont partout repoussés. Près de Neuville, nous avons enlevé plusieurs postes d’écoute. De violents combats d’artillerie se sont engagés sur tout ce front : nous avons canonné les tranchées ennemies.
Les pertes ennemies, de l’aveu des prisonniers, ont été très graves à Tracy-le-Mont.
Deux projectiles ont été lancés sans résultat sur Compiègne par un canon allemand à longue portée.
Vingt-trois de nos avions, à titre de représailles, ont été bombarder Karlsruhe, capitale du grand-duché de Bade. Ils y ont allumé des incendies aux objectifs qui leur avaient été indiqués: le château, la fabrique d’armes et la gare, et déchaîné la panique.
Les Italiens ont constaté que le bombardement de Malborghetto par leur artillerie donnait d’excellents résultats.
Les Russes ont remporté des avantages en Pologne; sur le front entier de Galicie, la bataille a repris avec une intensité nouvelle.
Les élections grecques ont décidément assuré une majorité importante aux partisans de M. Venizélos. La santé du roi demeure précaire. Le kronprinz de Bavière est tombé sérieusement malade.

Source : La Grand Guerre au jour le jour

 

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