Louis Guédet

Dimanche 20 juin 1915 

281ème et 279ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Nuit calme, temps magnifique. Je pars avec M. Charles Heidsieck pour passer la journée aux environs de Pargny, Ville-Dommange, ce sera un Dimanche passé… !

8h soir  Eté à Pargny. Déjeuné dans le bois sur un banc en face de Mary femme de Paul Heidsieck. Revenu à Pargny, vu l’abbé Midoux (Suc successeur de Thinot), revu Touzet mon brave clerc, Bouchette que j’ai secoué, tout officier gestionnaire de 3ème classe qu’il soit, pour son attitude dans mon affaire avec ma propriétaire au sujet de mon incendie, vu Legros lieutenant, muet, impossible de savoir pour demain (sauf-conduit).

Vu M. Misset en revenir de son hôpital écossais de l’autre jour. Puis couru reprendre une voiture à la gare de Pargny, il était temps.

Charles Heidsieck m’a répondu de l’offense de Cent-Mille têtes (100 000 têtes) de cochons de rémois dont je m’occupe de consigner pour mes nôtres. Il sait que la phrase historique a été prononcée à l’Hôtel de Ville par un officier d’artillerie de la garde prussienne en présence de nombreux témoins et que ce n’est pas : 100 000 têtes de cochons (en allemand) de rémois (en français) « Ein Hundert Tauzent schweinkopf de Rémois » qu’il a dit, mais bien : « Ihre hundert taiger duck koppffler de rémois etc… » c’est-à-dire « vos 100 000 têtes de merde de rémois ne valent pas nos parlementaires !! » Peu importe l’expression : elle est toujours aussi vile, grossière, brutale et pas étonnante de cette race là.

Il tenait cela d’Emile Charbonneaux adjoint au Maire qui a assisté à toutes ces scènes. Or en rentrant j’ai trouvé une lettre de G. Hochet, actuellement au 6ème train des équipages, État-major à Fougères (Ille et Vilaine) qui servait d’interprète durant l’occupation et il a entendu la scène, et il précise que ‘était le 4 septembre 1914 un peu après 14 heures (2h après-midi) après le bombardement par erreur, en présence de M. Alexandre Henriot, et d’un nombreux public entre mon alsacien dont je retrouverai le nom en présence du général Zimmer, de son officier d’ordonnance (l’intendant militaire général de Mestre (à vérifier), avocat à la Cour d’appel) et l’officier qui l’a dit était un officier de l’État-major de von Bülow, capitaine d’artillerie d’un régiment de la Garde Prussienne. Voilà le point d’histoire qui se précise de plus en plus. Je reverrai Charbonneaux et je prendrai demain les notes de ce brave Hochet que je mettrai en sûreté.

Voir en annexe le témoignage de G. Hochet.

Pas de nouvelle de ma pauvre femme depuis avant-hier, pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé. Que je suis triste. Et encore plus quand je songe à ce que j’ai vu cet après-midi des hauteurs de Pargny et Coulommes des travaux et des tranchées allemande ! Moi qui connais tous les coins et recoins de ces terres. Coins de Courcy, La Neuvillette, Bourgogne, Bétheny, Fresne, Witry-les-Reims, Courcy, Nogent, Pompelle etc…  parce que j’ai chassé depuis 20 ans. Je ne les reconnaissais plus, je ne m’y reconnaissais plus. Oh ! que c’était triste, je m’ire (me mettais en colère) de voir cela et de se dire : c’est l’Allemagne ! La Prusse !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. journée tranquille

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Dimanche 20 Juin 1915. Le mariage de Georgette, la sœur de Charlotte, a cassé. C’était à douter. Il est marié et père de deux enfants. Je ne comprends pas les jeunes filles qui se laissent entraîner en ce moment. C’est honteux, ce qui se passe en ce moment à Reims. Les femmes ne se respectent pas et Bons bécots. Je ne t’oublie pas.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée Muller

Hier 20 j’ai oublié de dire que Mr CRÉMIEUX nous a fait à tous des contes,

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Le carnet de Renée Muller

Le carnet de Renée Muller


Dimanche 20 juin

Succès dans l’Artois. Nous prenons, après une lutte acharnée, le fond de Buval, que nous avions entouré de toutes parts. Sur les pentes de Notre-Dame-de-Lorette, nous faisons 300 prisonniers, dont 10 officiers; nous tenons les pentes de la côte 119 (vers Vimy). Dans le Labyrinthe, après avoir perdu un boyau, nous le reprenons. En Lorraine, l’ennemi qui avait tenté de déboucher au bois Le Prêtre a été arrêté.
A Emberménil, un bataillon ennemi est repoussé par des forces françaises numériquement inférieures. En Alsace, nous continuons à avancer sur les deux rives de la Fecht, en conquérant les pentes du petit ballon de Guebwiller. Nous bombardons la gare de Munster, où les dépôts de munitions ont sauté, et investissons complètement Metzeral.
Les Italiens ont réduit au silence les forts de Malborghetto, entre Pontebba et Tarvis, et entamé une grande action à Plava, sur l’lsonzo. Ils ont bombardé avec succès une fabrique de munitions près de Trieste.
Les Russes ont chassé les Austro-Allemands de Bessarabie en Bukovine; mais ils ont abandonné plusieurs points importants en avant de Lemberg. Le prince Henri de Prusse déclare que les Allemands défendront Libau jusqu’au bout contre tout retour offensif des armées du tsar.

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