Paul Hess

Dans la matinée, alors que je suis occupé, au bureau, à mettre à jour ma correspondance particulière, M. le maire me fait appeler dans son cabinet, et, en présence de M. Pierre Lelarge, membre du conseil d’administration du mont-de-piété, me demande s’il me serait possible d’établir l situation de cet établissement. le mont-de-piété est détruit entièrement, me dit-il, nous aimerions être fixés sur l’étendue d’un désastre que son administration, elle-même, ignore.

Semblable demande exprimée à brûle-pourpoint pas M. le Dr Langlet m’effraie un peu, mais ne me décontenance nullement. Je lui expose que le travail qu’il désire ne doit pas être impossible, car j’espère en trouver les éléments nécessaires dans les registres où ils se trouvent toujours, sous les ruines. En lui promettant de m’employer très activement à lui donner satisfaction je crois devoir lui demander de m’accorder quelque délai, car, lui dis-je, je ne puis prévoir la difficulté des recherches à effectuer.

Nous avons besoin d’être renseignés, m’ajoute-t-il aimablement, mais je préfère que vous preniez tout votre temps ; nous attendrons.

Sur ces mots, je quitte M. le maire, résolu à m’atteler immédiatement à la mise sur pied de ce qu’il vient de me demander – dont j’ai bien mesuré toute l’importance.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 

Le maire, le docteur Langlet dans son bureau de l'Hôtel de Ville - source : Gallica-BNF - cote BDIC_VAL_054_024

Le maire, le docteur Langlet dans son bureau de l’Hôtel de Ville – source : Gallica-BNF – cote BDIC_VAL_054_024


Cardinal Luçon

Dimanche 13 – Nuit très troublée. Depuis 9 h 1/2 jusqu’au matin, fusillade continuelle ; canonnade ; bombardement. Je n’ai pas dormi du tout jusqu’à 3 h 1/2. Visite à l’église du Sacré-cœur.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Dimanche 13 juin

Lutte d’artillerie très violente sur le plateau de Lorette. L’ennemi essaie dans tout le secteur Aix-Noulette-Ecurie de gêner l’organisation des positions que nous avons conquises. Nous avons riposté par une forte canonnade sur ses tranchées. Quelques progrès, en dépit du brouillard, ont été réalisés par nous, dans le Labyrinthe. Une contre-attaque allemande a été enrayée dans la région d’Hébuterne, à la ferme Toutvent. Il y a eu encore des actions d’artillerie dans le secteur est de Reims et dans le secteur Perthes-Beauséjour. Les Russes ont repris la supériorité sur une partie du front oriental. En Lithuanie, ils ont infligé des pertes énormes aux Allemands qui s’étaient avancés à l’ouest de Chavli, jusqu’à leurs réseaux de fils de fer. Sur la Doubissa, ils ont capturé 5oo hommes et des canons. En Galicie, à Mosciska, ils ont repoussé les assaillants; sur la rive droite du Dniester, entre Tysménica et Svitza, ils ont pressé l’ennemi, capturé des hommes et du matériel. Sur la rive gauche, ils ont mitraillé les Austro-AlleMands qui ont laissé beaucoup de monde sur le terrain. Ils ont, par contre, pour rectifier leur ligne sur le Pruth, évacué sans combat Stanislau. Les Italiens ont consolidé leurs positions sur tout l’Isonzo et surtout dans la zone côtière du Frioul. Deux avions autrichiens ont survolé Mola di Bari et Monopoli (Apulie) en lançant des bombes. Un Suisse a été fusillé comme espion dans le duché de Bade. Le bruit court une fois de plus que la Turquie serait prête à demander la paix.

 

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