De fortes explosions se suivant de très près, me réveillent à 6 heures. L’aéro – le même sans doute – a recommencé à lâcher des bombes sur Reims ; l’une d’elles, tombée devant la boulangerie Epp, rue Carnot, a fortement endommagé ses vitrines sur la rue.

Des fléchettes, jetées encore aujourd’hui, ont été ramassées vers la Porte de Paris. J’ai pu voir l’une d’elles et l’examiner à loisir ; elle portait comme inscription : d’un côté « Invention française » et de l’autre « Fabrication allemande ».

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Vendredi Saint 2 – Nuit tranquille sauf coups de canons de temps en temps. 6 h du matin, aéroplanes ronflent dans l’air. Cinq tombeurs d’aéroplanes(1) tombent sur le Crédit Lyonnais et le Chat Perçant.

Visite aux Petites Sœurs des Pauvres comme tous les ans. Nous les servons à table.

L’avion a été abattu ; les aviateurs fait prisonniers (Croix de Paris du Jour de Pâques). Reçu petits paquets du soldat. Lettre de remerciement à M. Collard-Josserand (Recueil, p. 83)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Cette pittoresque locution désigne des obus d’artillerie antiaérienne (ou de DCA : défense contre aéronefs) qui n’ont pas explosé en l’air et qui retombent au sol où ils n’explosent pas non plus systématiquement, car ils sont dépourvus d’empennage et tombent sur leur culot.

La rue Carnot avant la guerre avec le Chat Perçant à gauche.

La rue Carnot avant la guerre avec le Chat Perçant à gauche.

Vendredi 2 avril

La lutte de rues se poursuit sur de nombreux points du front : nous faisons exploser quatre fourneaux près de Dompierre (région de Péronne) et un rameau de mines à la ferme du Choléra (région de Berry-au-Bac) : ici, un poste d’écoute allemand a disparu dans l’entonnoir. 140 prisonniers, dont 3 officiers, ont été faits par nous au bois Le Prêtre, où toutes les contre-attaques ont été repoussées. A l’ouest de ce bois, dans la Woëvre, nous avons occupé le village de Fay-en-Haye et nous nous y sommes maintenus. C’est un bataillon de landwehr qui a attaqué nos avant-postes dans la région de Parroy. Il a été arreté et a subi de fortes pertes. A signaler plusieurs exploits d’aviateurs. En Belgique, les aviateurs belges ont bombardé le camp d aviation de Handzaeme et le noeud ferré de Cortemarck. Près de Dixmude, Garros, à coups de mitrailleuse, abat un aviatik. Sur l’Aisne, un autre taube est abattu à coups de fusil par Navarre.
On annonce que l’escadre autrichienne est sortie de Cattaro et croise dans l’Adriatique.
Le vapeur français Emma, allant de Dunkerque à Bordeaux, a été torpillé près de Beachy Head. ll y a dix-sept victimes.
Des mesures vont être prises outre-Manche contre les méfaits de l’alcoolisme. Le roi George a fait écrire par son secrétaire une lettre pour montrer qu’il était prêt à s’associer à cette action. Lord Kitchener la favorisera.
L’état de siège a été proclamé par M. Roume au Tonkin et en Cochinchine.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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