Vu, ce matin, les nouveaux dégâts causés en ville, dans la nuit du 7 au 9. Partout, c’est absolument effrayant ; il y a eu profusion de gros calibres.

Le communiqué n’a pas dit un mot de cette nuit des plus terribles pour Reims.

Le Courrier d’aujourd’hui indique sous sa rubrique : Le bombardement (209e jour de siège) « Néant ». L’Eclaireur avait un petit article comptant, sous le même titre, trois ou quatre lignes ; il a été complètement supprimé par la Censure.

En dépliant ces journaux au bureau, je ne puis m’empêcher d’exprimer un profond étonnement, une véritable stupéfaction de constater pareille conspiration de silence.

Mes sentiments sont bien partagés, cependant Guérin, toujours amusant, en affectant de me prendre à partie, juge à propos de faire un petit discours dans sa manière :

« Alors, me dit-il, il faut que les journaux t’apprennent que ça a bombardé ? Voyons, continue-t-il, ils ne peuvent tout de même pas te donner des détails des opérations contre les Turcs et te parler d’un tas d’autres choses. Tu es trop exigeant. »

Le flegme philosophique avec lequel il a tenu son raisonnement, nous a mis en gaieté et nous nous trouvons tous d’accord, pour penser que c’est peut-être avec des documents de ce genre, considérés évidemment comme authentiques, que certains tenteront, plus tard, d’écrire l’histoire du bombardement de notre ville.

Cependant, nous en restons à nous demander pourquoi, après avoir annoncé à peu près exactement le bombardement furieux du 21 au 22 février, les communiqués se sont montrés si fantaisistes quand ils ont parlé des arrosages incendiaire  des 1er au 2 mars et jours suivants, puis complètement muets sur le pilonnage désastreux pour Reims de la nuit du 8 au 9 avril – que nous pouvons, sans doute, considérer comme une riposte sévère faite à la fameuse « démonstration » de la nuit précédente, dont il a d’ailleurs été à peine parlé également (1).

– Bombardement aujourd’hui, vers le quartier Saint-Remi.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

(1) A la suite de cette très violente canonnade, le communiqué du 8 avril – 15 h, mentionnait seulement : « Combats d’artillerie en Belgique, dans la vallée de l’Aisne et à l’est de Reims. »

Quartier Saint-Remi

Quartier Saint-Remi

Lundi 12 – Nuit tranquille, sauf coups de canons de temps en temps. Matinée, aéroplanes, canonnade et bombes nombreuses entre artillerie des deux armées. Visite du commandant Lacroix-Laval (de la famille du Trivier près Trèvoux).

Visite aux Caves Werlé, aux soldats et aux réfugiés.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 12 Avril 1915.

Hier mon tit Lou, je suis allée aux caves voir André. Pauvre coco, il est si heureux de me voir. Ton papa m’avait demandé que je le conduise chez vous mais je n’étais pas décidée et j’ai eu raison. Les boches ont bombardé par là et il en est tombé une chez Tumis. Là dessus ton papa parle de partir de chez vous pour aller à Sainte-Anne car Gaston a peur. Tu vois, c’est la première qui tombe par là. Quand on pense que rue de Beine, près de chez nous, je suis sure qu’il en est tombé plus de deux cents !

Ce qu’il faut voir, c’est que les boches ont encore eu une défaite car nous leur avons repris Les Eparges, crête qu’ils tenaient depuis six mois. Mais combien de victimes encore ? Ah vivement la fin !

Je ne vois plus rien à te dire, si ce n’est qu’il y a encore eu des combats d’aéroplanes au dessus de Reims et que je désespère toujours.

Je te quitte. Bons baisers. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

Lundi 12 avril

Action d’artillerie en Belgique. Au nord d’Albert, les Allemands ont prononcé une attaque sur les deux rives de l’Ancre, vers Hammel et le bois de Thiepval; ils ont été repoussés. Dans l’Argonne, lutte violente : nous avons démoli un blockhaus, pris 300 mètres de tranchées, brisé deux contre-offensives. Aucune action du côté des Eparges et de Combres. Au bois d’Ailly, nous nous rendons maîtres d’une nouvelle ligne de tranchées. Au bois de Mortmare, nous avons gagné, puis reperdu, quelques tranchées. Au bois Le Prêtre, avance de nos troupes, puis refoulement de deux contre-attaques ennemies.
Nos avions ont bombardé avec de gros obus la gare maritime et la fonderie de Bruges.
Bulgares et Serbes continuent à publier de longues notes au sujet des incidents de Valandovo. Les Bulgares, à l’encontre des Serbes, affirment que l’attaque n’a pas été le fait de comitadjis armés et concentrés dans leur pays.
Dans les Carpathes, les Russes ont enlevé un mamelon important. Sur un autre point, ils ont capturé 1000 Autrichiens. Mais une neige épaisse couvre encore les pentes du versant sud vers la plaine hongroise.
L’état-major de Vienne continue à accumuler les préparatifs militaires dans le Trentin.
Deux meetings, l’un interventionniste, l’autre neutraliste, ont été interdits à Rome.
Le vapeur anglais Harpalyce a été coulé par un sous-marin allemand.
Le général Pau est rentré en France.
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