Reims 14-18 - Des coiffeurs en jupons... le 8 mars 1915
Cher Gaston,
j’ai reçu ce matin tes cartes et photos, vous ne savez que faire pour passer le temps.
Mais décidément, qu’as-tu donc à tourner la tête devant l’appareil, on ne te vois jamais de face.
Vous êtes bien avec les infirmières ?
Je suis contente que tu vas bien, j’aime mieux te voir près des coiffeurs en jupons comme tu dis, que près des bôches, tu es plus en sureté.
Petit Bernard va bien et est toujours amusant, ton papa ne va toujours pas, et de moins en moins.
Tu peux mettre ce que tu veux à son sujet sur tes lettres, car il ne les lit plus.
Je suis toujours à peu près en bonne santé tant bien que mal, c’est de l’ennui que j’ai, vivement que cette guerre finisse, car je suis rebutée complètement.
Écris-moi surtout, je prendrais bien du plaisir à te lire car je ne ces
se de penser à toi.
Toute la famille t’embrasse et reçois cher Gaston pour moi et Bernard nos meilleurs baisers.
Eva.

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Le courrier est adressé à Gaston Martin, Caporal au 41e Bataillon de Chasseurs à Pied (1ère Compagnie) à l’Hôpital 110 – 2, rue de l’Oratoire à Lyon (ex. Pensionnat de l’Oratoire, voir carte).

Cet hôpital fait partie des 8 dont s’occupent les Formations Sanitaires de l’Union des Femmes de France (créée en 1881).

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On peut supposer que Gaston se trouve à Lyon, en convalescence… et effectivement, si son état n’est pas trop sévère, il est beaucoup mieux près des infirmières de l’hôpital 110 que sur le front !

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Au moins, cela rassure Eva et le petit Bernard, qui doit être assez jeune… peut-être un bébé ?
Hélas, les photos annoncées n’accompagnent pas cette carte postale, il ne nous sera pas possible de juger « sur pièce », quant à l’attrait des ces « coiffeurs en jupons ».
La CPA ci-dessous nous donne un aperçu de ces jeunes femmes au dispensaire lyonnais, leur allure sérieuse et sévère, ainsi que l’ambiance aseptisée des lieux, ne les rendent pas vraiment très « sexy » !

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Eva est-elle rémoise ? c’est fort possible vu la carte envoyée. Elle est donc beaucoup plus exposée à Reims que Gaston à Lyon.
Rien que la veille, le 7 mars 1915, des bombardements ont eu lieu toute la journée à Reims.

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Arrêtons-nous maintenant quelques instants sur le visuel de la carte postale qu’Eva envoie à Gaston. Il s’agit d’une carte photo, de la base de la cathédrale après le bombardement… du 19 septembre 1914.
Seule la lettre « D » est visible comme marque de l’éditeur, ou du photographe… ?

Laurent ANTOINE LeMog – AMICARTE 51

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