Abbé Rémi Thinot

17 FEVRIER – mercredi –

Je suis monté vers 9 heures au poste de secours. Là, j’ai pu assister quelques blessés, dire un mot à tous.

Je vois des blessures plus horribles qu’hier ; ce malheureux fracassé ; jambes, bras, tète, poitrine, qui vit encore, appelle ses camarades en agitant des moignons sanglants qu’on n’a pas réussi à fixer avec des lanières sur le brancard. Et ce boche qui ne voulait pas se rendre, un type énergique, solide, qui, après avoir tué encore trois français, est percé à son tour d’un coup de baïonnette, percé de part en part. Et on le fait revenir à pied depuis Maison forestière ; c’est un cadavre qui déambule, sans se plaindre… derrière quatre autres prisonniers à qui on fait porter une civière avec un blessé.

Un autre blessé allemand allait sortir des tranchées, emporté par les brancardiers français, quand un obus allemand arrive, le fracasse et tue un des nôtres.

Aujourd’hui, je puis assister d’une façon vraiment efficace quelques malheureux couchés dans le sang.

Tournée assez longue en somme. 200 prisonniers hier ; 200 aujourd’hui. La 34ème division a bien marché. On est bien moins content de la 33ème . Qu’est-ce alors que demain nous réserve ?

C’est d’ailleurs tout le front entre Soissons et Verdun, paraît-il, qui donne l’effort en avant. Quant à l’artillerie, elle a fait un travail incomparable, balayant avec une méthode et une précision merveilleuse.

Des régiments encombrent les routes ; un gros effort est donné là ; de la cavalerie est prête, en nombre, ce qui donne à penser qu’on veut faire un saut sérieux en avant…

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

 


Paul Hess

Bombardement à 14 h 1/2. Des éclats viennent tomber dans la cour de l’hôtel de ville et sur la place. Environ une soixantaine d’obus ; un tué, neuf blessés.

– Le bruit ininterrompu de la canonnade se fait entendre dans la même direction qu’hier.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 17 – Cendres à l’Archevêché (pour les gens de la maison). Matinée tranquille. Un fils Walford attaché à l’État-major du Général d’Esperey (2) a entendu le Général dire : « Nous aurons les Prussiens quand nous voudrons. Il faut seulement du beau temps. » Bombardement sur la ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(2) Le général F. d’Esperey était plutôt connu pour son mauvais caractère que pour un optimisme sans mesure…


Eugène Chausson

17/2 Mercredi – temps gris. Dès le matin toujours violente canonnade direction de Berry-au-Bac et cela toute la journée, quoique cependant, il semblerait que vers le soir ça diminue d’intensité à 5 h du soir, on entend encore mais beaucoup moins fort bombardement avenue de Laon, faubourg Cérès, rue Coquebert et les abords de la cathédrale. A 8 h du soir, tout parait calme. mais peut-être que le calme ne sera pas de longue durée.

La nuit 2 ou 3 coups de canon seulement. Dépêche bonne.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Mercredi 17 Février 1915.

Je suis chez ton parrain. André n’est pas du tout dépaysé. Il a pris Maria et Pierre en estime. Alors ça va. Je lui ai fait des petits chaussons ; comme cela il peut courir à son aise. Si tu l’entendais dire « Parrain Charles » ! Tu vois, c’est au moins pour saluer son arrivée.

Rue de Savoie, jusqu’ici il n’y avait rien eu et aujourd’hui ça a bombardé. Ton papa est venu me voir. Ton coco le connaît bien, surtout qu’il lui apporte des gâteaux, et il a déjà fait le tour du jardin ; je l’ai fait grimper sur un vélo. Tu penses qu’il était heureux. Il fait rire ton parrain, il a des répliques. Ton parrain lui fait faire ce qu’il veut, un vrai singe.

Je les avais tous les deux ce soir en me couchant. J’ai fait dire une petite prière à André pour son petit papa. Je ne pouvais m’empêcher de repenser au temps où tu étais là. Quel court bonheur, comme on n’en a guère profité …

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mercredi 17 février

Journée favorable à nos armes. Combat d’artillerie en Belgique; une escadrille anglaise bombarde Ostende et une escadrille française le parc d’aviation allemand de Ghistelles. L’armée britannique prend des tranchées près d’Ypres. Nous dissipons des rassemblements à Bailly, entre Oise et Aisne, progressons à Loivre, près de Reims; enlevons trois kilomètres de tranchées en Champagne, entre Perthes et Beauséjour : plusieurs centaines de prisonniers y tombent entre nos mains; dans l’Argonne, un combat se livre dans de bonnes conditions pour nous depuis le Four-de-Paris jusqu’à Boureuilles. Enfin, dans le bois Le Prêtre, au nord de Pont-à-Mousson, nous nous rendons maîtres de quelques blockhaus.
Un sous-marin allemand a coulé le steamer charbonnier Dulwich, de 2115 tonnes, au large de la côte d’Etretat. L’équipage a pu être en grande partie sauvé.
La Suisse a demandé des excuses au cabinet de Berlin, un avion germanique ayant survolé le territoire helvétique.
Un journal officieux de Vienne, la Nouvelle Presse Libre, fait savoir à l’Italie qu’elle n’a à attendre de l’Autriche aucune concession bénévole.

 

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