Nuit assez calme.

Dans la journée, tir de nos pièces et bombardement. l’après-midi, des obus arrivent dans le quartier de Neufchâtel.

– La chronique de bombardement du Courrier dit aujourd’hui :

Le bombardement (102e jour de siège)

Après le « Taube » qui, vendredi dans l’après-midi, fit tomber trois bombes, sans résultat que de la poudre perdue, un autre avion allemand a survolé Reims hier, vers deux heures de l’après-midi.

En souvenir de son passage, il a laissé échapper deux marmites.

Donc les obus pleuvent chaque jour, et hier matin encore, quand nos grands confrères parisiens annonçaient la délivrance de Reims, en dépit des communiqués officiels qui attestent aujourd’hui même « qu’en Champagne ont été livrés des combats d’artillerie et que plusieurs attaques allemandes ont été repoussées ».

C’est à en croire qu’Anastasie s’oublie parfois dans les bras de Morphée.

D’autre part, on peut lire encore ceci, dans le même journal.

La délivrance de Reims – annoncée par les journaux… parisiens.

Les journaux parisiens…, nous allions écrire marseillais, publient à l’envi la note suivante :

Le Petit Troyen, sous ce titre : « La région de Reims se dégage-t-elle ? » annonce que les services télégraphiques de Reims sont rouverts au public depuis hier, ainsi que dix-huit bureaux de poste de la région.

On annonce également qu’un train a pu hier atteindre la gare du Châtelet, dans les Ardennes, à vingt-huit kilomètres au nord-est de Reims et à une douzaine de kilomètres au sud de Rethel, sur la ligne Mézières-Charleville.

et Le Courrier ajoute :

La lecture de cette note nous a laissés profondément rêveurs. Comment la censure parisienne a-t-elle pu laisser passer cette bourde phénoménale ? Le moindre défaut de cette fausse nouvelle est de contredire outrageusement les communiqués officiels insérés en première page des mêmes journaux…

…La censure parisienne qui passe son temps à chercher avec des verres grossissants, dans les polémiques de nos confrères, la petite bête qui ne s’y trouve pas, mais qu’il faut trouver quand même, laisse passer à côté de cela des dangereuses énormités dont la suppression constituerait pourtant son unique raison d’être.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
ob_e3af4b_rue-neufchatel

Rue de Neufchâtel – Photographie : Gallica-BNF

Dimanche 27 décembre – Nuit tranquille. Forte canonnade toute la journée. Coups de canon (français, allemands ?) vers 11 h ou minuit, pas de bombes sur la ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

27 Dimanche – Pluie – Un peu de canonnade et quelques bombes en ville, nuit tranquille.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy

Dimanche 27 Décembre 1914.

Qu’il est donc des tristes jours et pourtant les autres années c’est un jour de réjouissance. Noël, je me rappellerai celui de 1914. Je t’ai dit que la maison Pommery s’occupait pour que les enfants réfugiés n’aient pas trop à souffrir de la guerre.

La maison avait donc installé un immense sapin dans un des couloirs et chaque enfant devait avoir un jouet. On avait invité les parents. Mais tu penses bien, mon Charles, que je n’ai pas voulu y assister. C’est Marguerite qui y a conduit André. Pour accompagner le chant des enfants, on avait apporté un piano et un violon et ce furent deux soldats des tranchées qui vinrent jouer la musique.

Ton papa cet après-midi-là vint vers deux heures. J’étais seule avec maman. Il me demanda si je voulais le conduire voir André à la cérémonie. J’accédai à son désir, sachant que je n’entrerai pas. Vois-tu mon pauvre tit Lou, mon pauvre cœur, je me demande comment il peut résister encore. J’arrivai donc à la fête et je montrai à ton papa où il pouvait voir coco. Au même moment arrivaient toutes les orphelines de Saint-Vincent-de-Paul qui venaient chanter. Je m’esquivai et je restai dans l’ombre car il fallait que j’attende ton papa. Oh ma pauvre Chipette, je ne croyais jamais souffrir ainsi ! Tout à coup des voix montèrent sous les voûtes ; c’étaient les jeunes filles qui chantaient ‘Minuit Chrétien’.

En repensant à ce chant, je frissonne encore. Il me semblait que c’était comme des plaintes que j’entendais. Tu la chantais quelquefois, toi mon Charles. Je te revoyais là dans ton petit coin, entre la table et la cuisinière. Qu’on était heureux en ce temps là, et combien il a été court ! Mais maintenant que fais-tu ? Est-il vrai que tu aies pu tomber sur le champ de bataille ? Il me semble te voir, quand je suis découragée comme je le suis aujourd’hui, étendu à terre, le front troué et ta figure triste, si triste. Ce n’est pas possible, cela ne peut pas être.

Le chant s’arrêta, puis elles reprirent le ‘Gloria in excelsis’ et ton papa revint. Il vit ma tristesse. Quelle détresse était la mienne ! « Ma pauvre Juliette, ne m’ôtez- pas mon courage, me dit-il. Il reviendra. Et si jamais le malheur voulait le contraire, nous sommes là pour vous aider à élever vos petits ». Pauvre papa, mais vous ne voyez donc pas. Je sais bien que j’arriverai à les élever, mais c’est mon Charles que je veux. Je ne pourrai supporter l’existence sans lui. C’est atroce puisque je l’aime toujours ; il faut qu’il me revienne.

Voici ton parrain qui vient avec Gaston me dire bonjour. « Mon petit, me dit ton parrain, reprenez-vous car moi, j’ai la conviction qu’il reviendra ». Je fais celle qui se laisse consoler et ils s’en vont. C’était la sortie de Noël ; ton cadet a eu 3 joujoux, il a été favorisé. Tout le monde en est fou.

Je prie le bon dieu pour qu’il permette que tu nous sois rendu et aussitôt mon Charles, je chercherai le sommeil. Moi qui dormais si bien, je ne dors plus.

Je te quitte. Tout mon cœur à toi, toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

Dimanche 27 décembre

C’est la journée des contre-attaques allemandes repoussées. On les signale à Noulette (ouest de Lens), à la Boisselle (nord-est d’Albert), à Lihons (ouest de Chaulnes), à Chivy (nord-est de Soupir), dans la région de Perthes, et devant Cernay, en Alsace. Dans la région de Thann, nous avons progressé.
Un zeppelin a survolé Nancy, en causant des dommages matériels et en tuant deux personnes.
Les combats violents entre Allemands et Russes continuent sur le cours de la Bzoura. Les Allemands ont été refoulés avec des pertes énormes, des régiments entiers étant anéantis.
Les Autrichiens ont été battus sur le cours inférieur de la Nida, laissant 4000 hommes aux mains de leurs vainqueurs.
Le ministère japonais mis en échec par la Chambre sur la question des armements a prononcé la dissolution.
Les journaux italiens présentent l’occupation de Valona comme un avertissement à l’Autriche et à la Turquie.
Un cuirassé autrichien a été endommagé par une mine dans l’Adriatique.
Le chancelier de Bethmann-Hollweg a essayé de donner un démenti à la déclaration ministérielle française du 12.
Un nouveau sous marin anglais a pénétré dans les Dardanelles détruisant des mines.
Share Button