Ce matin, vers 8 h 1/4, bombardement extrêmement violent. Les obus arrivent soudain dans le quartier.

Ma femme et ma fille Madeleine se trouvent, à cette heure, dans la chapelle de la rue du Couchant : ne pouvant songer à revenir, elles veulent aller se mettre à l’abri des caves de la maison des Œuvres, rue Brûlée, mais n’y sont pas arrivées qu’une explosion se produisant à courte distance, chez le Dr Colleville, rue Chanzy, brise les vitres sur leur passage, par son déplacement d’air. D’autres obus tombent ensuite, encore rue Chanzy, puis au coin de la rue Marlot et de la rue Boulard, où une maison neuve est entièrement disloquée ; il en tombe un autre, qui fait d’important dégâts et décapite une femme de service au 63 de la rue des Capucins (maison Jannelle) ; les suivants s’éloignant, vont s’éclater plus loin.

Au cours d’une rapide promenade faite l’après-midi, je vois les ravages effrayants causés par les 210, pendant le bombardement de la matinée, dans la rue de Talleyrand ; les maisons Clause n° 6 et Bellevoye, bijouterie au n° 27, sont démolies presque complètement.

Le bombardement reprend, dans la soirée, sur le faubourg de Paris. Un obus faisant explosion dans le bas de la rue de Vesle, tout près d’un groupe d’officiers d’administration, de médecins ou pharmaciens de réserve, dont plusieurs affectés à l’hôpital temporaire n°8, fonctionnant à la clinique Mencière, tue quatre de ces malheureux qui se promenaient tranquillement, sur la fin de ce dimanche ; MM. Soudain, Guyon, Mareschal, négociant en vins de champagne en notre ville, et Salaire, commandant du bataillon de sapeurs-pompiers de Reims – et il en blesse trois autres : M. Barillet, grièvement et MM. Bouchette et Goderin.

On compte en ville, paraît-il, une vingtaine de blessés

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Nuit du 21-22 tranquille pour la ville. Dès le matin 8 h, canonnade violente de part et d’autre. Bombes incessantes. Une d’elles traverse une cheminée de la maison (entre mon cabinet et le grand salon) vers 10 h. Toute la journée, bataille ; aéroplanes toute l’après-midi. Bombes à 8 h du soir qui tuent M. Maréchal et trois autres officiers d’administration (un peu du côté de la Porte de Paris) ; Meru, M. le Dr Bariller er M. Bouchette. qui avaient leur bureau à Mencière.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

22 – Dimanche – Forte gelée, temps clair. A 6 h matin, violente canonnade et bombardement terrible, à 7 h 1/2 matin, de nombreux obus tombent en ville jusqu’au canal, 300 obus d’après l’Éclaireur du 23. Beaucoup de monde afflue à La Haubette. Vers 9 h 1/2, un peu de calme semble-t-il, mais peut-être pas pour longtemps ; en effet, car l’après-midi, le tapage recommence moins fort que le matin cependant. Le soir à 5 h 1/2 un peu d’accalmie. A 8 heures un obus tombe sur la pharmacie, près du Pont d’Osier (train) en face de l’État-major visé depuis si longtemps, 4 officiers furent tués et d’autres blessés. Parmi les trois figure le capitaine des pompiers Salors. De ce coup, le transfert du dit État-major eut lieu tout de suite, il fut transféré tout au bout de La Haubette, ce qui n’est peut-être pas le meilleur pour ce quartier.

A 10 h soir, d’autres obus tombent en ville, ce qui pour la journée, toutes ces bombes ont fait des dégâts matériels considérables et de nombreuses victimes tuées ou blessées.(lel du 23 novembre*).

 Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

* je n’ai pas réussi à déchiffrer complètement cette petite phrase

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