Paul Hess

Le Courrier donne ainsi aujourd’hui, le compte-rendu d’une séance du Conseil municipal qui a eu lieu le mardi 13 octobre courant :

Conseil municipal de Reims

Le Conseil Municipal a tenu séance mardi après-midi, sous la présidence de M. Le Dr Langlet, maire.

Tous les conseillers municipaux non mobilisés étaient présents, sauf MM. Chappe, Lesourd, Tixier et Lecat, non excusés.

En ouvrant la séance, M. le Dr. Langlet a rappelé les circonstances dans lesquelles son collaborateur, M. le Dr Jacquin avait trouvé la mort, et fait son éloge.

Le Conseil décide que le discours prononcé par M. le Maire, sur la tombe du Dr Jacquin, sera inséré en tête du procès-verbal de la séance du jour.

M. Rohart, se faisant l’interprète de tous ses collègues, félicite M. le maire de sa courageuse attitude pendant les pénibles moments que nous traversons. Il dit que la cité tout entière est fière d’avoir un homme d’un courage si digne et si magnifique.

M. le Dr Langlet répond en ces termes :

« Tous ceux qui sont ici à mes côtés, dit-il, ont fait simplement leur devoir. La période la plus difficile n’est peut-être as encore passée. Nous resterons debout à notre poste. On a parlé d’évacuation de la ville. Nul ici ne nous fera l’injure de croire que nous y avons songé, ne fût-ce qu’un instant. C’est d’abord une opération impossible, ensuite, nous devons rester à la disposition de la population, celle indigente surtout, que nous devons aider et secourir. Nous ne faillirons pas à notre devoir » (Marques d’assentiments unanimes).

Le Conseil vote ensuite plusieurs crédits :

  1. 500000 F en surplus de celui de 300000 F déjà voté, pour secours aux familles des soldats sous les drapeaux ;

  2. 600000 F pour les dépenses d’approvisionnement de la ville ;

  3. 20000 F pour dépenses diverses occasionnées par la guerre

  4. 30000 F pour réparation des vitres aux établissements communaux.

Le Conseil nomme ensuite une commission pour la répartition d’une somme de 500000 F allouée par l’État pour secours immédiats aux victimes et sinistrés du bombardement.?

Font partie de cette commission : MM. Langlet, Chezel, Jallade, Rohart, Drancourt, Lelarge, Ch. Heidsieck, Bataille et Mennesson-Dupont.

M. Ch. Jallade dépose une motion tendant à l’envoi d’une adresse de respectueuses condoléances à la famille de M. le Comte Albert de Mun, pour la perte douloureuse qu’elle vient d’éprouver en la personne du grand orateur, défenseur passionné de laPatrie.

M. le maire répond qu’il a renvoyé à M. Bertrand de Mun, dès qu’il eut appris la mort de son vénéré père, les regrets attristés de la municipalité et des membres du conseil. (approation unanimes).

La séance a pris fin à 4 heures.

– Le pillage sévit couramment dans Reims ; il y a des plaintes tous les jours. Voici ce que dit le journal :

Le pillage. Des plaintes continuent à être portées contre des individus inconnus, qui dévalisent les maisons momentanément abandonnées, à la suite des derniers bombardements.

La police et la gendarmerie font d’actives recherches pour découvrir les coupables, qui seront punis très rigoureusement.

– Nous voyons, aujourd’hui encore, un long article du « lecteur assidu » du Courrier, à propose de la reconstruction des quartiers incendiés et démolis.

– La journée a été calme ; on a entendu la fusillade, au cours de la nuit.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Canonnade peu fréquente, peu violente.

Cérémonie de réparation en union avec Montmartre et prédication à S. Geneviève, pour la fête de la B. Marguerite Marie. Des hommes peu accoutumés à venir à l’église y assistent, même un (ou plusieurs) du conseil municipal qui après la cérémonie s’approche de moi et me dit ses impressions sur les événements.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

17 et 18 : Se passent dans l’habituel branle-bas, mais sans incident notable.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

 

Samedi 17 octobre

Les forces franco-anglo-belges, pour déjouer le mouvement d’enveloppement que von Kluck avait esquissé dans le nord de la France et à la frontière belge, du côté de Dunkerque et de Furnes, ont occupé tout le territoire compris entre Ypres et la mer.
Plus bas, refoulant l’ennemi avec vigueur, nous avons occupé Laventie, à l’est d’Estaires (région de la Lys), dans la direction de Lille.
Enfin, les attaques des Allemands sur les Hauts-de-Meuse ont été une fois de plus brisées. Leur échec a été surtout significatif à Malancourt.
Les Russes ont infligé une première défaite aux troupes allemandes, d’ailleurs très nombreuses qui se sont avancées sur la Vistule, vers Varsovie et Ivangorod. Quant au bombardement de Przemysl, il n’a pas cessé un seul instant, en dépit des nouvelles fausses que les T. S. F. Marconi lancés chaque soir des stations allemandes ont essayé d’accréditer dans le monde.
Les Serbo-Monténégrins annoncent qu’ils ont mis en déroute 150.000 Autrichiens aux approches de Sarajevo.
Le croiseur anglais Hawke, de 7.300 tonnes et de 420 hommes d’équipage – une unité lancée en 1889 – a été coulé par le sous-marin allemand 49, dans la mer du Nord.
M. di San Giuliano, ministre des Affaires étrangères d’Italie, est mort des suites de la crise cardiaque qui l’étreignait depuis plusieurs jours. M.Salandra, président du Conseil, a gardé l’intérim de ce ministère qu’il avait déjà pris depuis plusieurs jours. On parle d’un remaniement dans le cabinet italien.
Le Goeben et le Breslau, les croiseurs allemands qui s’étaient réfugiés à Constantinople au début des hostilités, ont réellement pénétré dans la mer Noire. La flotte russe s’est portée à leur rencontre. Il est possible que de ce côté des événements se produisent à bref délai.
Le nombre des réfugiés belges en Angleterre est de plus en plus considérable. Il ne serait pas inférieur à 200.000.
M. de Jagow, ministre des Affaires étrangères d’Allemagne, a donné une interview au Giornale d’Italia. Il essaie de faire peser sur la Russie les responsabilités de la guerre. Mais la presse italienne réfute ces arguments avec vigueur.
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