Abbé Rémi Thinot

10 SEPTEMBRE – soir – D’interminables convois ont traversé Reims en retour aujourd’hui. Conséquence de la formidable action qui s’est déroulée tous ces Jours du côté de Montmirail. L’ennemi, repoussé vers Châlons avec des pertes énormes (en a-t-il passé à Reims ; en est-il arrivé des blessés depuis hier !) et tout son terrain d’action reculé d’autant. Ces convois étaient de vivres qui remontaient vers Laon ; on répète bien que Berlin est en feu, que les Russes y sont ? En tous cas, toute l’escadrille d’avions est repartie hier et aujourd’hui pour Darmstadt, pour, de là, regagner le front russe.

Christiaens, chez qui je dîne ce soir, me dit avoir une occasion pour donner des nouvelles aux nôtres, un certain M. Becque, de ses amis, résolu à traverser les lignes. Je vais donner une carte pour maman.

Mme Véroudart me disait ce matin que les gens de Bezannes avaient caché leur linge dans un caveau de cimetière ! Et un caveau habité !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 10 septembre 1914

9h1/4  Journée pluvieuse et lourde. Je suis dans un état inexprimable ! Je crois que j’en perdrai la raison ! Où sont-ils ??

11H1/2  Je suis allé voir la Bonne Maman Bouvart rue Lesage, fort triste à 80 ans. Comme toujours elle s’est inquiétée de ma femme et de mes enfants, sur ce que je souffrais, enfin elle m’a demandé de l’embrasser « car peut-être ne nous reverrai-je pas, mais je suis sûre, ajoute-t-elle, que vous reverrez Madame Guédet et vos chers petits ! » Dieu l’ait entendue ! Je lui ai promis de revenir la voir et de lui apporter du tabac à priser si j’en trouvais encore. Je viens d’en trouver, j’irai le lui porter ce soir, cela lui fera plaisir.

La gare de Reims vue du Pont des Romains est d’une tristesse lugubre, ces grands bâtiments vides, ces voies qui rouillent !! Que c’est lugubre.

En rentrant j’aperçois des troupes d’infanterie qui vont sur Dormans…  Il y en a toujours ! Il y en a de trop !!! Malgré cela on dit que nous nous maintenons toujours du côté de Damery et que Berlin serait en révolution et la proie des flammes !! Pourvu que ce soit vrai ! Je ne les plains pas !!

Il doit y avoir quelque chose de vrai dans tous les « on dit » car personne ne peut obtenir des allemands un seul de leurs journaux. Les officiers les détruisent aussitôt lus ! Si c’étaient de bonnes nouvelles, j’estime qu’ils ne se feraient pas faute de les laisser traîner un peu partout !

Les tramways ont repris leur service ce matin, peu de voyageurs.

Quantité de blessés qui viennent de la Porte de Paris et de l’avenue de Laon. Depuis hier soir les convois n’ont pas discontinué d’affluer de ces 2 côtés.

3h  Quantité de blessés. Ils paraissent assez démoralisés. Le château de Mme de Polignac en haut des caves Pommery serait évacué dès la nuit et plutôt en désordre. Faut-il espérer ? Aurai-je le bonheur de revoir bientôt ma chère bande ? J’en tremble de joie et…  de crainte que ce ne soit pas.

En résume tous ces prussiens me semblent assez affolés !

En face du Grand Hôtel un tas de malles sur le trottoir…  ce ne me semble pas une arrivée mais plutôt un bouclage de malles !!…

5h1/2  De 1h de l’après-midi jusqu’à 4h1/2 il n’a cessé de remonter des équipages venant de la route d’Épernay qui passaient sous le pont du chemin de fer (Porte de Paris) et se dirigeant vers le faubourg Cérès. C’était surtout des voitures du Train. (Feld-Train – 2 – ) vides et chargées, et toute la nuit et la matinée des blessés.

On dit que les français seraient à Épernay, mais franchement toutes ces voitures paraissaient plutôt en déroute.

7h35 soir  Dupont-Nouvion, avocat à Reims, poseur s’il en fait, maire de Pontfaverger s’est sauvé, mais les habitants de Pontfaverger en manière de représailles ont saccagé sa maison d’habitation et lui ont laissé une pancarte qui n’est pas piquée des vers, comme expression !!

Le 4ème fils de l’assassin Guillaume II serait dans nos murs en attendant, parait-il, son illustre Majesté aux mains sanglantes. Il y a beaucoup de mouvements autour de l’Hôtel du Lion d’Or où toute cette clique se vautre. Mais cet afflux d’équipages du 2ème parc de campagne me fait réfléchir sur cette visite sensationnelle ! Enfin ils doivent tout de même s’user ces gens là depuis qu’on leur en tue et blesse. Des blessés on en loge chez l’habitant même, ce soir, à l’aveuglette 3 – 4 – 5 par maison. On en a tout de même écrabouillé quelques uns. Il faudra bien qu’un de ces jours bientôt Guillaume la Poudre sèche s’inquiète des russes, sans compter les anglais ! Alors ?

Vu l’abbé Andrieux vers 6h. Il m’a remis un morceau de drapeau blanc qui a été hissé par lui et M. Ronné, de la Compagnie des Sauveteurs de la Mairie de Reims, en haut de la tour Nord du grand portail durant le bombardement du 4 septembre 1914, pour faire cesser le feu.

Le drapeau, apporté de la Mairie même par (en blanc, non cité) a été confectionné à la hâte dans la salle du Maire avec un des draps d’un des lits sur lesquels avaient passé la nuit les Parlementaires allemands-saxons, arrivés le 3 dans la soirée pour traiter de la reddition de la Ville, comme ville ouverte. Ce drapeau a été remplacé hier par un plus grand : c’est comme cela que j’ai eu un morceau du vrai qui essuyé le feu des obus du 4 septembre 1914.

Une dernière fois et je n’y reviendrai sans doute plus : La ville n’a pas été bombardée par erreur, c’est absolument certain : elle a été bombardée pour terrifier la population et forcer la municipalité à céder devant les exigences des Parlementaires et de plus les prussiens (Garde Royale) jaloux d’avoir été devancés par les Saxons (XIIème corps) dans leur entrée dans Reims n’étaient pas fâchés de se venger un peu en tirant sur nous et sur les Parlementaires saxons, qui n’ont rien eu du reste. C’eût été si agréable d’avoir un petit prétexte pour piller la ville. Ce n’aurait pas été leurs obus lourds qui auraient tués les parlementaires saxons, mais un de ces cochons de rémois (l’expression est de l’intendant allemand lui-même) qu’on aurait été si heureux de fusiller à la douzaine. Il y a eu au bas mot 150 obus de leur artillerie lourde de siège d’envoyés sur la ville.

L’abbé Andrieux a lu dans un journal trouvé au Grand Hôtel dans la chambre d’un allemand que le Cardinal Ferrata, francophile, avait été nommé secrétaire d’État par le nouveau Pape qui serait élu, mais dont la feuille allemande ne parle pas. Attendons, nous le sauront un de ces jours.

Et je suis toujours sans nouvelles !! Je n’y résisterai pas si cela dure encore quelques jours.

8h1/2 soir  Plus je réfléchis à ce passage de convois tournant le dos à Paris, plus je suis surpris de ne pas avoir entendu le canon de la journée.

Ou bien ils ont été battus assez loin  pour que nous n’ayons pu entendre la bataille et ce mouvement d’équipages militaires serait le résultat d’un fléchissement de toute la ligne.

Ou encore ce serait le commencement de la reculade, parce qu’il y a quelque chose qui gêne Guillaume sur son derrière. Berlin pris, à feu, à sang, la révolution, les russes, ou son armée d’invasion coupée de ses communications. Quel point d’interrogation, quel problème, et pas de nouvelles !!!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dans un bel article de tête, le rédacteur du Courrier de la Champagne, reprenant aujourd’hui le solennel avertissement adressé par le maire à la population rémoise, le 3 septembre recommande à nouveau le silence, la dignité, la prudence.

Le silence, dit-il, convient à notre deuil, à notre douleur, à nos angoisses. Donc, pas ou peu d’attroupements. Le mieux serait qu’ils fussent supprimés. Isolés du reste de l’univers, subissons notre exil sans même essayer d’en sortir par de fausses nouvelles qui, étant généralement fantaisistes, énervent les esprits et affolent l’opinion. Notre cité française, notre cité rémoise est en deuil, respectons sa douleur – et il ajoute : la solitude est la compagne du silence, sachons le comprendre.

Après avoir dû, à regret, relater la manière de se comporter d’un consommateur obséquieux qui aurait offert, dans un café, des cigares à des officiers allemands, lesquels suffoqués de cette amabilité inattendue, lui auraient rendu dédaigneusement son étui en lui riant au nez, le journaliste conclut très justement : Mais, la dignité n’exclut bien entendu ni la politesse courante, ni même l’obligeance en usage entre personnes de bonne compagnie.

Il croit devoir parler de la prudence en ces termes :

Reims est livrée aux armées allemandes, capables, si elles le voulaient, de la réduire en cendres. Il serait insensé de provoquer, d’irriter cette puissance formidable, non seulement par un acte hostile que nous défend notre situation de non belligérants, mais par un geste, par une parole hasardée. Donc, que chacun soit prudent et pour lui-même et pour les siens, et pour ses voisins et pour ses amis. Chacun de nous répond de la sécurité de tous, c’est à chacun de nous que le salut public est confié.

Ces excellentes recommandations tombent à propos, actuellement. Nous avons bien des précautions à prendre ; il faut causer peu, ne se confier qu’entre amis sûrs et c’est pour cela que ceux qui n’en avaient pas besoin, peuvent trouver humiliant d’avoir à reconnaître, en présence de l’ennemi, que ces leçons, ce rappel aux convenances élémentaires étaient nécessaires à l’égard de quelques-uns de nos concitoyens ou concitoyennes – l’exception, heureusement. Ces jours derniers, par exemple, la place du Parvis offrait fréquemment le spectacle assez choquant de personnes stationnant autour du bivouac allemand, et liant conversation ou plaisantant avec les soldats qui ne leur demandaient rien.

Il est évident encore que ceux qui font si bien usage de la brutalité, de la manière forte, savent parfaitement qu’en employant ce moyen, ils trouveront ou auront des chances de trouver presque partout, parmi les habitants des villes ou villages qu’ils occupent, de piètres caractères cherchant à se faire bien venir, quelquefois au détriment de leurs frères de misère. En ce moment, il ne nous faudrait pas, à Reims, de gens de cette espèce dangereuse.

D’autre part, il est curieux de constater comme le joug est tout de suite insupportable à certains, qui se hérissent spontanément devant la contrainte et saisissent toute occasion de devenir agressifs.

Ce qui s’est passé mardi dernier, dans l’un des couloirs de l’hôtel de ville, en est une preuve.

Le jeune sous-officier saxon commandant le poste de police installé à la mairie, circulait en fumant un cigare, lorsque croisant un appariteur suppléant, M. Arnold, il l’arrête au passage, afin de lui demander un renseignement.

Le Père Arnold, ainsi qu’on le dénomme dans les services municipaux, est un vieil Alsacien, à l’accent des plus durs. Il est originaire de Thann (il prononce Dhânn) – et il a été désigné pour remplir provisoirement un poste d’appariteur depuis la guerre, car il était auparavant magasinier au Bureau central de mesurage de conditionnement, où il comptait une trentaine d’années de services ; c’est un très brave homme, de grande taille, de forte carrure – mais un type dans son genre.

Donc, le Saxon, qui parle fort correctement le français, demande à M. Arnold :

« Voyons, quelle distance avez-vous, d’ici Paris ? »

Le père Arnold, de sa grosse voix, répond lentement, comme à son habitude :

« Oh ! d’ici Paris, nous avons à peu près cent soixante kilomètres ».

Le sous-officier, fixé sur ce qu’il désirait savoir, réfléchit une seconde puis, dit, comme se parlant à lui-même :

« Tel jour, nous serons à Paris ».

Alors, le père Arnold, comprenant cette fois le sens de la question qu’il n’avait pas pu saisir plus tôt, envoie immédiatement cette réplique, cinglante comme un coup de fouet :

« Hein ! vous n’irez pas à Paris, vous recevrez sur la gueule ! »

Le Saxon interloqué, ne bronche pas, mais le bonhomme insiste, croyant sans doute qu’il ne s’est pas suffisamment expliqué, il ajoute :

« Oui, oui, c’est moi qui vous le dis, vous recevrez sur la gueule ! »

De vieux employés qui ont entendu le colloque, alors qu’ils allaient entrer dans leurs bureaux ne trouvent pas la Situation risible. S’ils ne disent rien, ils ne sont pas rassurés, car ils pensent tous :

« Arnold va se faire enlever ! ».

Non, le sous-officier fait simplement demi-tour en continuant à aspirer la fumée de son cigare, tandis que le père Arnold passant auprès d’eux, leur fait un clignement d’œil malin qui a l’air de signifier : « Quand ce blanc-bec là voudra continuer la conversation, il viendra me retrouver ».

Plus tard, on reparlait souvent de cet entretien cocasse qui eût pu tourner mal, dans les bureaux de l’hôtel de ville. Ceux qui en avaient été témoins ne se lassaient pas de le raconter et la conclusion, toujours la même, qui venait immanquablement dans les éclats de rire, était : C’est égal, si le Saxon existe encore, il a dû penser déjà quelquefois : « Le vieux de la mairie de Reims avait tout de même raison ».

– Le Courrier de la Champagne avait fait savoir, hier, aux consommateurs de tabac que les stocks, chez tous les débitants de la ville, étant épuisés, ils pourraient s’adresser, pour en obtenir, à l’entrepôt situé rue Payen 17 & 19, occupé par les autorités allemandes qui seules distribuaient les tabacs.

Le journal revient sur ce renseignement en disant qu’il a cessé d’être exact – ce qui a motivé des mécomptes et des réclamations. Il déclare, dans son n° du 10 : L’autorité militaire allemande ayant pris possession de toutes les existences en tabac, précédemment propriété de l’état français, en a disposé pour ses troupes et, en dehors de la distribution qu’elle avait faite hier à quelques débitants ou particuliers, elle n’en a plus du tout pour la vente.

– Un autre avis est donné par le journal ; le voici :

« Tramways de Reims.

Nous apprenons qu’à la suite d’un accord intervenu avec le commandant Hahn, le nouveau commandant de la Place, la Compagnie des Tramways est autorisée à remettre son service en marche dès maintenant. »

Les commandants de place se succèdent rapidement. Celui-ci est le troisième que Reims connaît depuis huit jours.

– Nous avons vite remarqué, aujourd’hui, un mouvement insolite d’autos amenant des blessés allemands dans les anciens hôpitaux évacués et même chez des particuliers. Leur va-et-vient continuel n’a pas tardé à exciter une curiosité que l’on évite de laisser trop paraître. Nous désirerions ardemment savoir quelque chose, car on parle beaucoup, à voix basse, depuis hier, d’une terrible bataille de quatre jours qui se serait développée on ne sait exactement où. Un ami, cependant, m’a dit confidentiellement : Il paraît qu »‘ils » prennent la purge par là, du côté de Montmirail, Etoges, Vertus et que la Garde aurait été décimée dans les marais de Saint-Gond. On cause encore d’un sérieux échec subi par les Allemands vers Condé-sur-Marne et un convoi interminable de voitures de tous modèles, remplies d’approvisionnements est passé rue Cérès pour se diriger, par le boulevard Lundy, vers l’avenue de Laon.

Toute cette active circulation paraîtrait de bon augure et il doit y avoir du vrai dans ce que l’on entend, mais on a besoin de précisions pour se réjouir. Il s’agit de se renseigner dans la mesure du possible et c’est ainsi que vers 13 h 1/4, passant rue du Cloître, comme je le fais presque journellement, pour voir mes neveux et dire bonjour à ma belle-sœur, Mme Simon-Concé, je ne suis pas trop surpris d’apercevoir, tandis que je vais lui causer, quatre soldats allemands en train de déjeuner dans la salle à manger, à côté.

Je ne puis m »empêcher de lui dire doucement : « Tiens ! tu as des invités, aujourd’hui ».

Elle me répond en souriant :

« Oui, on les a déposés ici tout à l’heure ; ils ont été blessés près de Vertus, paraît-il ».

Mes neveux parlant l’allemand, l’un d’eux me précise que ces soldats lui ont appris qu’ils font tous les quatre partie de la Garde, mais qu’étant de quatre régiments différents, ils ne se connaissaient pas avant de se trouver réunis là, où l’on doit venir les reprendre dans l’après-midi, car ils sont atteints légèrement par des balles, aux bras ou aux jambes.

Il serait bien intéressant d’en savoir davantage sur les événements qui se sont passés depuis que nous sommes complètement privés de nouvelles, mais nous devons forcément attendre.

 Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre 1914-1918

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Gaston Dorigny

A la suite d’une grande bataille livrée dans la Marne une très grande quantité de blessés allemands sont amenés à Reims.

Ils sont si nombreux qu’on est même obligé d’en loger chez certains particuliers du centre de la ville.

On attend avec anxiété la fin de l’occupation.

Gaston Dorigny

Renée Muller

Ce soir Papa va chercher du lait à St Léon. Qu’on ne peut vendre à R. ; nous en ferons du fromage. 10 septembre. Le canon gronde toujours et il paraîtrait même d’après une femme qui serait revenue de Damery que l’éclusierde … aurait ouvert toutes les vannes de l’écluse pour noyer l’armée allemande. Ce fait m’a été rapporté hier par Papa et Maman qui revenaient du château. Vers midi … nous apercevons un allemand monté sur son cheval qui demande au petit berger de chez Lucie des renseignements ; que lui veut-il ? Nous le saurons plus tard. Vers 3 heures ½ Maman revient du lavoir

Je suis en train de travailler sur le perron quand tout-à-coup Maman me crie – Renée ! Renée ! viens vite, regarde. Les voilà qui battent en retraite. En effet, il n’y a pas à s’y méprendre, moi qui n’ait pu voir arriver ces maudits arriver ni les entendre, cette fois, avec un plaisir mêlé de haine, je les regarde revenir battus, il n’y a pas de doute . l’artillerie passe d’abord . viennent les convois ; quelques uns de ces véhicules les voitures s’installent de chaque côté du pont de St Léonard dans le remblai et dans les champs qui bordent la route attenant à la route de Châlons. Quelques uns de ces prussiens s’arrêtent, se parlent, puis l’un à grande se détache du groupe et arrive au galop vers notre chalet. Je m’émotionne un peu – que nous veut-il ? cependant Maman conserve tout son sang froid, me dit de me retirer de dessus le perron pour ne par avoir l’air de les narguer, car je risquerais de recevoir une balle puis elle l’attend ce prussien. Il arrive à la porte : c’est un grand gaillard à barbe brune, sa figure ovale et plutôt française. Il parle et dit : Ma-dame – Ma – dame. Et comme il ne peut arriver à dire ce qu’il veut, tout en ayant l’air de se moquer de lui et en ayant assez de l’entendre, Maman lui répond en allemand :

« Enfin de compte, que me voulez-vous ? Sa figure s’éclaire et tout saisi de se trouver en présence d’une personne connaissant sa langue il répond : Oh ! vous savez l’allemand ? Comment ?
Je suis de la Lorraine répond Mais Maman elle puis l’interrompant et pour couper court à une explication qu’il désire, Maman lui répète : «Que me voulez vous ? »

Je prends ma bicyclette et remplit ma mission.

Sans s’émouvoir il répond : « Je suis de Berlin. »

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille

Voir la suite sur le journal de sa petite cousine : Activités de Francette: 1914 : 1er carnet de guerre d’une jeune fille : Renée MULLER


Paul Dupuy

C’est sans interruption que passent aujourd’hui des blessés : beaucoup entassés dans des voitures, mais bien plus encore à pieds.

Ces derniers sont peu gravement atteints ; après un pansement sommaire on les loge chez l’habitant, dans les maisons les plus proches des ambulances ; les officiers sont de suite évacués.

Tous les hôpitaux sont combles, défense est faite au personnel rémois qui y a accès et questionner qui que ce soit sur les faits militaires.

Presque sans arrêt aussi repassent en ville des débris de régiments de toutes armes et de tous numéros ; la bataille d’où ils viennent a dû être fort meurtrière si on en juge par la faiblesse numérique de chacun des groupes.

Puis, ce sont des états-majors affairés allant en automobiles, à travers les rues, à des vitesses folles.

Tous ces mouvements donnent l’impression d’une retraite précipitée ; nous avons vu ces mêmes manœuvres, il y a 8 jours, lorsque nos soldats nous ont quittés, puissent-ils être maintenant les précurseurs de la prochaine rentrée de nos chers pantalons rouges !

Un agent ayant dit à P. D. qu’une réquisition est possible vers 17 heures pour réunir un certain nombre d’hommes qui devront creuser des fosses pour enterrer les morts allemands, celui-ci congédie vivement son personnel à 15H30, et bravement va occuper son temps à un travail de cave.

Sont passés devant la maison 3 grands camions remplis de cercueils.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Vendredi 10 septembre

Lutte de grenades et fusillade en Artois (Neuville et Roclincourt). Canonnade autour d’Arras et de Roye. En Argonne (la Fontaine-aux-Charmes), les Allemands, après avoir vainement renouvelé leurs attaques acharnées ont cessé toute offensive d’infanterie. Ils se sont bornés à faire tonner leurs batteries. Nous avons fait des prisonniers.
Quelques engagements à notre avantage dans la forêt de Parroy (Lorraine).
Dans les Vosges, combat à la grenade près de Metzeral.
Canonnade en Woëvre, au bois d’Apremont et au bois Mortmare.
Sur le front russe, la situation reste stationnaire dans le secteur nord (régions de Dwinsk-Vilna et Riga). Dans la région de Grodno, l’offensive allemande a été arrêtée. En Galicie, nos alliés ont remporté plusieurs brillants succès près de Tarnopol. Ils ont pris en tout 12.000 officiers et soldats ainsi qu’un certain nombre de canons.
M. Bark, ministre des Finances de Russie, est parti pour Londres.
Les Anglais ont eu à subir encore un raid de zeppelins (comtés de l’Est, district de Londres), qui a fait vingt morts et quatre-vingt-six blessés.
L’Allemagne, à la suite d’incidents de piraterie navale, a dû exprimer ses regrets à la Hollande et au Danemark.
Le canon tonne violemment dans la presqu’île de Gallipoli.

 

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