Louis Guédet

Vendredi 28 août 1914

8h1/2 matin  Ce matin passe devant chez moi une compagnie du 161ème qui va rendre les honneurs à un général mort des suites de ses blessures à la clinique Roussel, rue Noël, 9.(Il s’agit du général Achille Pierre Deffontaines, commandant la 24ème DI, gravement blessé le 22 août, il décède à Reims le 26 août 1914) Les nouvelles paraissent rassurantes ce matin sur toute la ligne, mais que la journée d’hier et celles précédentes avec tous ces fuyards ont été angoissantes. Il m’a fallu hier plus de courage que tout ce que j’en ai mis depuis l’ouverture des hostilités.

Depuis la fusillade de dirigeable « Dupuy-de-Lôme » qui est réparable, mais on a déploré la mort du lieutenant aviateur Jourdan qui était un pilote de grande valeur. Bref dans cette affaire tout le monde a perdu la tête, depuis les chefs jusqu’au dernier pioupiou. Il parait que tous les habitants étaient descendus dans les rues à peine vêtus et tout cela a déclenché la panique d’autant plus que tous les fuyards et transfuges des campagnes occupées par les belligérants ont accentués cette panique. Il est fort regrettable que toute cette foule, je devrais dire « tourbe » car peu m’ont paru intéressants de ces fuyards, n’ait pas été dès son débarquement à Reims parquée au fur et à mesure de leur arrivée dans des usines et éloignée de tout contact avec notre population et ensuite canalisée, évacuée militairement dans le centre de la France. On aurait évité cet affolement des habitants de la ville de toutes classes, ce qui n’était pas encore arrivé à ce point depuis la déclaration de Guerre. Bref nous sommes débarrassés de tous ces fuyards, geignards, pleurards, ainsi que des peureux et froussards de notre cité. Bon débarras !

Pour revenir à cette malheureuse erreur de dimanche soir : je suis surpris, attendu que les Prussiens abusant toujours comme cela a toujours été chez eux (1870, 1813, etc…) de nos couleurs et ne se gênant pas de peindre notre cocarde tricolore sur leurs avions, je suis surpris dis-je que l’État-major ne décide pas que nos avions devront porter (en outre de la cocarde tricolore sous les ailes) une flamme de guerre de diverses couleurs qui, comme le mot d’ordre, changerait chaque jour. On éviterait ainsi de fatales erreurs et il y aurait beaucoup de chance que les sauvages arrivent à en deviner le roulement journalier de longtemps.

Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Le 20e territorial d’infanterie défile le matin, au complet, avec drapeau, tandis que je passe sur le boulevard Louis-Roederer. Les hommes bien équipés, ont très belle allure. Ce régiment. se dirige vers le quai d’embarquement de la gare pour partir par Noisy-le-Sec.

Les dépêches annoncent la reddition de Longwy, après un bombardement de vingt-quatre jours. J’éprouve une certaine angoisse, en lisant cette nouvelle à la sous-préfecture et je me demande comment il a été possible à une garnison et à la population civile de supporter un aussi long bombardement. Cela me paraît presque surhumain.

Sur le soir de cette journée, mon beau-père vient nous voir. Nous parlons de la situation et, m’en rapportant à son expérience. je décide de mettre en lieu sûr, pour peu de temps je l’espère, mes armes personnelles dont j’ai toujours eu le plus grand soin. C’est d’abord un revolver de poche genre bull-dog, puis un revolver d’ordonnance mod. 92 auquel je tiens beaucoup, car il me servait de temps en temps, le dimanche pour les séances d’entraînement au tir et pour les concours. Sur la présentation de mon beau-frère, Simon-Concé, les officiers du 46e territorial avaient bien voulu, en effet m’admettre comme de la société de tir du régiment, quoique je n’aie pas eu à accomplir de service militaire, en raison de l’infirmité de naissance dont je suis malheureusement affligé.

J’enduis donc copieusement ces armes, intérieurement et extérieurement de la graisse verte spéciale dont je me servais pour leur nettoyage, les enveloppe dans plusieurs épaisseurs de flanelle de laine, afin d’éviter la rouille dans la mesure du possible, en fais enfin un paquet roulé dans toute l’épaisseur d’un sac de toile, et le tout, bien ficelé, est enterré assez profondément en un endroit de ma cave repéré par ses distances des murs, dont je prends note, car après remise en place de la terre, tassement et balayage, il n’y paraît rien.

 Source : Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Reims, vendredi 28 août 1914 – Départ de tous les émigrants dont on tient à se débarrasser. A 10 heures 30, grâce à l’intervention du Commissaire de la gare, M. Propice, un de mes amis, je puis malgré l’encombrement inouï, réussir à installer les familles Lemaigre et Moulis dans un même compartiment de première classe d’un train en partance sur Paris. La famille
Lemaigre doit se rendre à Lyon et la famille Moulis à Tarascon sur Ariège. Je leur remets les laissez-passer qui leur permettront d’effectuer gratuitement ces voyages, j’y ajoute un panier de provisions. A 11 heures, le train s’ébranle, je leur souhaite bonne chance.

Ce que je viens de faire, je l’aurais fait pour tous mes amis…. Oui, mais MM. Lemaigre et Moulis ne sont pas mes amis, loin de là! Ce sont des personnes qui froidement et de concert m’ont causé les pires ennuis…. ce que j’avance est bien en dessous de la réalité. Et il est certain qu’en toute autre circonstance, je ne leur aurais point pardonné. Je suis très heureux d’avoir pu rendre le bien pour le mal.

Marcel Morenco

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Vendredi 28 août


La situation de notre front, de la Somme aux Vosges, est restée ce qu’elle était la veille. Les forces allemandes paraissent avoir ralenti leur marche. Il est certain que les deux armées belligérantes se replient vers Königsberg et Allenstein, la défense mobile de Königsberg est refoulée sur la place.
En Galicie, les Russes marchent sur Lemberg dont ils ne sont plus séparés que par une trentaine de kilomètres.
La famine menace Berlin et les rumeurs socialistes circulent.
Lord Crewe annonce à la Chambre des communes que les troupes de l’Inde vont venir en Europe. Le gouvernement anglais publie un Livre Bleu d’où il ressort que le chancelier Bethmann-Hollweg considérait le traité de neutralité de la Belgique comme un chiffon de papier.
Les Allemands ont bombardé Malines sans y entrer.
Des forces anglaises occupent Ostende.
La flotte anglaise a livré une première bataille navale à Héligoland, coulant deux croiseurs et deux contre-torpilleurs allemands, incendiant un troisième croiseur.

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