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Lundi 31 août 1914

Paul Hess

L’un de nos amis des Ardennes, qui avait été appelé comme G.V.C (garde des voies de communication) et désigné pour se rendre au Châtelet, passe le matin à la maison et nous apprend qu’on s’est battu hier, toute la journée, derrière Rethel ; les batteries françaises étaient à Perthes ! Les gares de la région ont été évacuées et la tête de ligne ramenée à Bazancourt.

On a fait replier précipitamment les G.V.C. II paraît même que ceux qui se trouvaient du côté de Dontrien, Saint-Souplet, ont dû partir d’eux-mêmes au plus vite pour Reims, à pied, avec leur barda sur le dos, sans avoir été prévenus ni de l’avance des Allemands qu’ils ont apprise par les employés du chemin de fer, ni du repli de leurs supérieurs et qu’après s’être présentés à la caserne Colbert, ils restent bien embarrassés de savoir ce qu’ils doivent faire.

– Dans le courant de la journée, je crois nécessaire d’appeler l’attention du directeur de notre établissement sur l’affiche ordonnant la remise des armes ; il me dit avoir causé de cela avec l’Administration. En effet, il y a eu, ce matin, une réunion du conseil d’Administration du mont-de-piété. Quelles mesures nouvelles a-t-on prises ? Jusqu’à présent, je n’en sais rien.

Dans une réunion du 7 de ce mois, l’administration avait décidé :

1 ) de suspendre les ventes pendant la guerre,

2) de limiter tout prêt à cinquante francs.

Cette dernière mesure n’avait pas empêché un afflux considérable de déposants. Outre ceux que nous avions l’habitude de voir, qui nous étaient connus – trop quelquefois – des engagistes nouveaux, des clients tout à fait occasionnels se pressaient dans nos bureaux pour nous apporter quantité d’objets des plus divers qu’ils voulaient mettre en sûreté. Nos magasins recevaient chaque jour, après les opérations faites directement aux guichets de l’administration et l’enregistrement de celles reçues chez les deux commissionnaires, un grand nombre de nantissements. Une partie de la clientèle qui se présentait depuis le 1er août, les eût volontiers encombrés de dépôts de prix, d’objets précieux sur lesquels elle se serait contenté de prêts dérisoires. C’eût été un fonctionnement tout à l’opposé de celui du temps normal, alors que les nantissements remis en gage ne représentaient pas toujours une valeur suffisante pour autoriser le prêt sollicité. Une autre partie, au contraire, aurait cherché à réaliser de gros prêts d’argent au détriment même des plus nécessiteux. Dans le premier cas, nos règlements spéciaux s’opposaient, d’une manière générale, à la réception d’objets sur lesquels le propriétaire aurait voulu obtenir un prêt inférieur à celui proposé, suivant les barèmes et d’après l’estimation de l’appréciateur – et pour le second, nous avions la récente délibération du conseil d’administration, du 7 août. La vie intérieure de nos bureaux s’était trouvée ainsi bien modifiée par les événements.

Le 29, après-midi, le directeur, après avoir pris l’avis des administrateurs, m’avait fait rédiger une note à adresser aux commissionnaires, les priant de finir leurs opérations et de nous faire parvenir leurs engagements sitôt les bulletins établis ; après l’arrêté de la journée du 29, le personnel avait commencé à passer les écritures de ces opérations, à la date du 31 – écritures qui avaient été terminées dans la matinée du dimanche 30. Le personnel avait ensuite été payé de ses appointements de septembre, un mois à l’avance, ce qui l’avait fort étonné.

Aujourd’hui, 31 août, à 21 h 1/4, j’ai la profonde surprise de voir le directeur venir sonner chez moi et me dire qu’il part, avec autorisation, mettre ses enfants en lieu sûr. Son absence sera, me dit-il de vingt-quatre ou de trente-six heures. Il me remet la clé du coffre-fort de son bureau, où sont enfermées la caisse et les valeurs de l’établissement, déchire le coin d’un journal lorsque je lui demande de me faire connaître le mot de la combinaison, l’y indique vivement au crayon et s’en va très pressé, après ce court entretien sur le pas de la porte ; je dois le rappeler pour lui demander quel est le montant des fonds disponibles.

Sans autres explications, je ne puis comprendre semblable décision. Le moment me paraît bien mal choisi pour une absence du directeur. A deux reprises différentes, il m’avait questionné sur mes intentions et celles de ma femme, la dernière fois le 28, en me demandant :

« Que faites-vous ; est-ce que vous restez à Reims ? » Je lui avait répondu affirmativement chaque fois.

Je n’avais pas été sans parler de cette question chez moi, en représentant que puisque l’administration n’envisageait pas l’évacuation des services, je me considérais comme tenu de rester à mon poste. je ne m’exagérais certes pas l’importance de ma fonction mais fin août, nos magasins contenaient environ 45 000 dépôts représentant une somme prêtée qui correspondait à une valeur marchande pouvant être évaluée entre 1 500 000 à deux millions de fr. Nommé garde-magasins par arrêté préfectoral, j’étais personnellement et pécuniairement responsable de la conservation et de la représentation de ces dépôts. Un important cautionnement versé dans la caisse de l’établissement répondait de la garantie de ma gestion. Sans décision de l’administration, je me voyais obligé de rester. Du reste, l’éventualité du départ n’avait même pas été examinée entre ma femme et moi. Lorsque je lui avais déclaré que je devais demeurer à mon poste, elle m’avait dit simplement : Je reste avec toi, sans se laisser influencer par l’exode, de plus en plus accentué, des habitants de Reims.

Après l’entretien que nous venons d’avoir, le directeur et moi, j’ai trouvé difficile d’admettre une absence de sa part, si courte soit-elle. Sans avoir eu le temps de lui demander des directives, en raison des graves circonstances que nous traversons, je me vois seul pour porter les responsabilités effectives de l’établissement, dans un moment des plus critiques où il faut s’attendre au pire. Ma résolution est vite prise de les accepter, maïs je ne puis cependant m’endormir que très tard dans la nuit.

Source Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre 1914-1918

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Marcel Morenco

Reims, lundi 31 août 1914

Il est mentionné sur le fascicule attaché à mon livret militaire, qu’en cas de mobilisation, un sursis d’un mois m’est accordé au titre d’économe de lycée, que cependant, je dois me replier si le territoire de ma résidence est envahi par l’ennemi. Je me trouve, fort heureusement, avoir satisfait à ce dernier ordre.

Étant presque au terme du sursis d’appel, je me présente au bureau de recrutement. Je trouve porte close, il est parti sans laisser d’adresse. Je stationne devant la porte pendant quelques minutes, et je constate que les réservistes convoqués ne savent que faire. Les uns vont à la Sous-Préfecture, les autres à la Mairie, à la caserne Colbert. Partout, on lève les bras au ciel: que voulez-vous que nous fassions de vous? Quelqu’un me dit: le bureau de recrutement est transféré à Châlons-sur-Marne. Je tente d’y aller à bicyclette, mais je suis arrêté en cours de route par l’armée française et je dois me replier sur Épernay. La population très inquiète encombre la gare et les rues du voisinage. Les communications avec Reims et avec Châlons-sur-Marne sont interrompues.

Deux régiments de dragons campent dans le coquet square du Jard. Je passe la nuit en gare d’Épernay.

Marcel Marenco
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Dimanche 30 août 1914

Paul Hess

Dimanche – Après avoir travaillé dans nos bureaux une partie de la matinée, je vais, dès que je puis me rendre libre, à la mairie pour délivrer des laissez-passer.

Dans la cour de l’hôtel de ville, plus de cent personnes attendent, à l’angle de droite, leur tour pour pénétrer dans le couloir, côté rue de Mars, et monter au premier étage où se trouve installé le personnel chargé du service. Quelques hommes de la police ont été commandés pour empêcher les bousculades et maintenir l’ordre, car tous ceux qui posent là, avec impatience, sont pressés de partir et le plus tôt possible ; un vent de panique souffle de plus en plus sur Reims.

Afin de me frayer un passage, je suis obligé de mettre le brassard n° 63 qui m’a été délivré par le commissariat central, lors de mon inscription comme volontaire et je vais m’asseoir à la table où j’ai l’habitude de travailler. Les collègues, surmenés, me voient arriver avec satisfaction et jusqu’à midi, nous n’avons pas une minute de répit.

L’après-midi, l’affluence est la même aux « laissez-passer », de 14 h à 18 h Journée très fatigante.

Les dépêches disent que rien n’est décisif, dans les Ardennes.

– Une affiche signée du Maire et datée du 29 août 1914, est apposée en ville en voici le texte :

« République française

Ville de Reims

Le maire prescrit aux particuliers qui possèdent des fusils de chasse, revolvers et armes autres que celles de guerre, de les déposer immédiatement au Dépôt central des pompes, rue Tronsson-Ducoudray, de 8 h à midi et de 2 à 6 heures.

Avant de remettre ces armes, les propriétaires devront les décharger s’il y a lieu, et coller sur chaque objet une étiquette indiquant leur nom et leur domicile.

Le maire de Reims prie ses concitoyens de ne pas s’alarmer de cette précaution nécessaire, qui a d’ailleurs été demandée par un certain nombre d’habitants.

Reims, le 29 août 1914, Le maire, Dr Langlet »

Afin de me conformer à cette prescription, je fais un paquet de sept ou huit vieux sabres que je destinais vaguement à une panoplie, avec l’intention de les envoyer rue Trosson-Ducoudray. Quant aux revolvers que j’ai enterrés avant-hier, je les trouve mieux à leur place qu’au dépôt des pompes.

– Un bijoutier du voisinage, ayant appris que nous sommes décidés à rester à Reims, est venu me demander, ce matin à 9 h avant de partir aussitôt pour la Creuse avec toute sa famille, de lui rendre le service de garder à mon domicile trois caisses volumineuses qu’il ne pouvait enlever, dont deux sont remplies de pièces d’orfèvrerie en argent. J’ai accepté ce dépôt de valeur sans empressement et, le soir, je descends ces caisses en seconde cave, avec l’aide des enfants.

Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Le Maire, le docteur Langlet

Le Maire, le docteur Langlet


Marcel Morenco

Attigny, dimanche 30 août 1914 – Au jour, nous nous dirigeons sur Reims, en suivant l’armée française. Nous traversons un barrage d’artillerie, nous trouvons des convois qui se replient plus loin, massés dans un pré, 15 ou 20 aéroplanes, enfin le village de Machaux. Nous venons de faire plus de 100 Km et comme nous n’avons pas dormi, nous sommes fourbus. A force de recherches, nous trouvons à acheter de la bière, des biscuits (à champagne) et des sardines. Ces aliments sont engloutis comme une lettre à la poste.

Nous gagnons Beine où nous sommes à midi. Couchés sur le bitume de la gare, nous nous reposons jusqu’à 14 heures. A cette heure, nous partons pour Reims (en chemin de fer) où nous arrivons à 15 heures. Dans le trajet, nous constatons que les forts qui entourent la ville sont occupés par nos troupes; que d’importants travaux de défense ont été faits, que des canons de siège ont été hissés sur les collines avoisinantes. Nous en concluons que Reims sera défendu et que peut-être une grande bataille s’engagera incessamment dans la plaine.

Marcel Marenco dans son journal

Juliette Breyer

Aujourd’hui dimanche, où sont les nôtres, si bons d’habitude ? Où nous étions si bien en famille. Quand tout cela reviendra-t-il ?

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Octave Forsant

Dès le 30 août, on percevait au loin la canonnade alle­mande ; le 31 août, on l’entendait très distinctement et, le 2 sep­tembre, les Allemands étant à nos portes, le conseil de se replier fut donné officiellement aux fonctionnaires dont le séjour n’était pas indispensable dans la ville. Deux jours plus tard, le 4 septembre 1914, les Allemands entraient dans Reims qu’ils avaient au préalable, et « par erreur, » disent-ils, arrosé d’obus pendant une bonne demi-heure l’après-midi. Ils devaient l’occuper jusqu’au 12 au soir, date où ils en furent délogés par nos troupes qui, malheureusement, ne purent les refouler assez loin pour mettre la ville hors de leur atteinte. Ils s’instal­lèrent sur les hauteurs qui, au Nord et à l’Est, dominent la ville et, dès le 13, commencèrent à la bombarder. La jour­née du 19 fut parmi les plus terribles : c’est à cette date qu’eurent lieu le bombardement et l’incendie de la cathédrale, ainsi que de toutes les rues avoisinantes; le quartier des Laines, les abords de la place Royale, le centre de la ville et une grande partie du deuxième canton furent également très éprouvés. Comme la mobilisation avait beaucoup réduit le corps des sapeurs-pompiers, les incendies prirent rapidement de grandes proportions et leurs ravages furent considérables. Les jours suivants, eurent lieu des attaques françaises sur Brimont et près de la Pompelle et des ripostes allemandes dans ces deux secteurs avec le but évident de reprendre la ville. L’in­succès fut le même d’un côté et de l’autre. Nous occupâmes Brimont pendant quelques heures, les Allemands nous le reprirent; par contre, un régiment de la garde prussienne se fit écraser à Cormontreuil et laissa entre nos mains quelques centaines de prisonniers en essayant de rentrer à Reims par le canal.


Dimanche 30 août

Des combats violents se sont encore livrés sur les Vosges et en Lorraine.
Sur la Meuse, prés de Verdun, à Dun, un régiment d’infanterie allemande qui tentait de passer le fleuve a été complètement anéanti.
Dans la région de l’Aisne et de la Somme, l’aile marchante de l’armée ennemie nous a forcés à nous replier.
La Belgique envoie une délégation composée de trois ministres d’État en Amérique pour protester contre la destruction de Louvain et les autres actes de férocité commis par les allemands.
Mais Guillaume II, de son côté, a chargé le comte Bernstorf, son ambassadeur à Washington, et M.Dernburg, sous-secrétaire d’Etat des colonies, de riposter à ces accusations. Cette riposte ne trompera personne.
Les Russes livrent une grande bataille sur tout le front en Galicie à l’armée austro-hongroise à laquelle ils ont causé des pertes cruelles.
Sur la Vistule, ils livrent bataille aux corps allemands qui subsistent encore et qui ont été renforcés des garnisons de Graudenz et de Thorn.
Le cardinal Agliardi, vice-doyen du Conclave, a l’intention de proposer à celui-ci d’intervenir auprès des belligérants pour qu’ils concluent un armistice durant le conclave.

 

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Samedi 29 août 1914

Paul Hess

Lorsque j’arrive au bureau, vers 7 h 3/4, l’un des employés, Lépine, me demande :

« Avez-vous entendu le canon ? »

Oui, en effet, au cours de la nuit, j’avais distinctement perçu des détonations sourdes très fréquentes, sur la nature desquelles il n’y avait pas à se tromper.

– Des différentes parts, surtout par les émigrants des Ardennes, on apprend qu’une sérieuse action est engagée au-delà de Rethel, vers Novion-Porcien et Signy-l’Abbaye.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

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Marcel Morenco

Reims, samedi 29 août 1914 En compagnie d’un ami, M. Cardon, j’essaie de rentrer à Charleville. Nous partons de Reims à 1 heure du matin par chemin de fer pour Tagnon où nous arrivons à 4 heures.

De Tagnon, nous voyageons à bicyclette en remontant (spectacle inoubliable) la population de Rethel qui fuit devant les Allemands. Nous traversons Rethel inhabité mais nous n’allons pas au delà car nous entendons une canonnade endiablée (on se bat à Signy l’Abbaye, à Noiron- Porcien, à Launois, à Amagne… ) la route est barrée par l’armée française.

Nous faisons un détour et nous essayons de passer sur la droite par Attigny en suivant les convois militaires. Avec beaucoup de difficultés, nous arrivons à 14 heures à Poix (15 Km de Charleville) en passant par Attigny, Tourteron, Charbogne, et nous sommes arrêtés par l’avant -garde française et immobilisés. Il faut rebrousser chemin à pied (à cause de l’encombrement) jusqu’à Attigny où nous arrivons exténués à 22 heures. Le village est encombré de soldats. Après avoir vainement cherché à acheter un morceau de pain, nous soupons avec quelques ronds de saucisson des gaufrettes et un verre d’eau et, les soldats occupant tous les locaux, écuries et remises comprises, nous couchons dans la rue, sans paille, sans couverture, par une nuit glaciale.

Marcel Marenco
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 Juliette Breyer

Mon pauvre Lou,

J’ai su qu’hier tu étais passé à Reims et impossible de te voir. J’aurais été si heureuse. Figure toi que je l’ai su presque aussitôt. Tu te rappelles M. Thierry qui habitait près de chez nous et qui est parti à Lorient ? Eh bien il est venu hier matin me dire bonjour et comme je lui disais que tu étais au 354e, il m’a répondu que le régiment venait de passer en gare de Reims. A peine si je voulais le croire. Mais cette fois quand un camionneur est venu me l’affirmer – puisque tu avais fait une course rue de Courcelles – je n’ai plus eu de doute. Et tu penses si l’après-midi je me suis empressée d’y courir. Et la dame du comptoir m’a certifié que tu étais en bonne santé. Et chose encore plus certaine : aujourd’hui j’ai reçu ta carte.

Etre si près et ne pouvoir se voir. Il faut tout de même que je reprenne courage car mon pauvre Charles, tu es bien plus malheureux que moi. Ton petit coco, vois-tu, pense toujours à toi ; il veut « écrire » à papa.

Enfin je te quitte et je t’envoie tout mon cœur.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Samedi 29 août

La progression de nos forces s’accentue en Lorraine -nous sommes maîtres de la ligne de la Mortagne.
Sur la Meuse, aucun combat ne s’est produit.
Violente action, mais sans résultat décisif, dans la région Lannoy, Signy-l’Abbaye, Novion-Porcien, etc. Ici l’attaque sera à reprendre.
A l’aile gauche, grande bataille, où quatre de nos corps ont été engagés. Succès à la droite, où le 10e corps allemand et la garde prussienne, décimée une fois de plus, ont été repoussés.
Mais repliement à la gauche, les forces allemandes progressent ici dans la direction de la Fère.
Le général Pau, qui est venu conférer avec M. Millerand, à Paris, est reparti pour le front.
L’armée russe a remporté de nouveaux avantages sur les débris des corps allemands qui s’étaient repliés de Gumbinnen et qui avaient reçu de nouvelles troupes. Elle occupe Allenstein et investit Königsberg. En Galicie, se déploie une grande bataille austro-russe, qui met un million d’hommes aux prises et qui doit durer plusieurs jours.
Un Zeppelin a été abattu en Pologne russe.
Le bombardement de Kiao-Tchéou se poursuit.
Le gouverneur militaire de Paris, le général Gallieni, a ordonné de démolir les immeubles édifiés dans la zone des forts anciens et nouveaux.

 

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Vendredi 28 août 1914

Louis Guédet

Vendredi 28 août 1914

8h1/2 matin  Ce matin passe devant chez moi une compagnie du 161ème qui va rendre les honneurs à un général mort des suites de ses blessures à la clinique Roussel, rue Noël, 9.(Il s’agit du général Achille Pierre Deffontaines, commandant la 24ème DI, gravement blessé le 22 août, il décède à Reims le 26 août 1914) Les nouvelles paraissent rassurantes ce matin sur toute la ligne, mais que la journée d’hier et celles précédentes avec tous ces fuyards ont été angoissantes. Il m’a fallu hier plus de courage que tout ce que j’en ai mis depuis l’ouverture des hostilités.

Depuis la fusillade de dirigeable « Dupuy-de-Lôme » qui est réparable, mais on a déploré la mort du lieutenant aviateur Jourdan qui était un pilote de grande valeur. Bref dans cette affaire tout le monde a perdu la tête, depuis les chefs jusqu’au dernier pioupiou. Il parait que tous les habitants étaient descendus dans les rues à peine vêtus et tout cela a déclenché la panique d’autant plus que tous les fuyards et transfuges des campagnes occupées par les belligérants ont accentués cette panique. Il est fort regrettable que toute cette foule, je devrais dire « tourbe » car peu m’ont paru intéressants de ces fuyards, n’ait pas été dès son débarquement à Reims parquée au fur et à mesure de leur arrivée dans des usines et éloignée de tout contact avec notre population et ensuite canalisée, évacuée militairement dans le centre de la France. On aurait évité cet affolement des habitants de la ville de toutes classes, ce qui n’était pas encore arrivé à ce point depuis la déclaration de Guerre. Bref nous sommes débarrassés de tous ces fuyards, geignards, pleurards, ainsi que des peureux et froussards de notre cité. Bon débarras !

Pour revenir à cette malheureuse erreur de dimanche soir : je suis surpris, attendu que les Prussiens abusant toujours comme cela a toujours été chez eux (1870, 1813, etc…) de nos couleurs et ne se gênant pas de peindre notre cocarde tricolore sur leurs avions, je suis surpris dis-je que l’État-major ne décide pas que nos avions devront porter (en outre de la cocarde tricolore sous les ailes) une flamme de guerre de diverses couleurs qui, comme le mot d’ordre, changerait chaque jour. On éviterait ainsi de fatales erreurs et il y aurait beaucoup de chance que les sauvages arrivent à en deviner le roulement journalier de longtemps.

Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Le 20e territorial d’infanterie défile le matin, au complet, avec drapeau, tandis que je passe sur le boulevard Louis-Roederer. Les hommes bien équipés, ont très belle allure. Ce régiment. se dirige vers le quai d’embarquement de la gare pour partir par Noisy-le-Sec.

Les dépêches annoncent la reddition de Longwy, après un bombardement de vingt-quatre jours. J’éprouve une certaine angoisse, en lisant cette nouvelle à la sous-préfecture et je me demande comment il a été possible à une garnison et à la population civile de supporter un aussi long bombardement. Cela me paraît presque surhumain.

Sur le soir de cette journée, mon beau-père vient nous voir. Nous parlons de la situation et, m’en rapportant à son expérience. je décide de mettre en lieu sûr, pour peu de temps je l’espère, mes armes personnelles dont j’ai toujours eu le plus grand soin. C’est d’abord un revolver de poche genre bull-dog, puis un revolver d’ordonnance mod. 92 auquel je tiens beaucoup, car il me servait de temps en temps, le dimanche pour les séances d’entraînement au tir et pour les concours. Sur la présentation de mon beau-frère, Simon-Concé, les officiers du 46e territorial avaient bien voulu, en effet m’admettre comme de la société de tir du régiment, quoique je n’aie pas eu à accomplir de service militaire, en raison de l’infirmité de naissance dont je suis malheureusement affligé.

J’enduis donc copieusement ces armes, intérieurement et extérieurement de la graisse verte spéciale dont je me servais pour leur nettoyage, les enveloppe dans plusieurs épaisseurs de flanelle de laine, afin d’éviter la rouille dans la mesure du possible, en fais enfin un paquet roulé dans toute l’épaisseur d’un sac de toile, et le tout, bien ficelé, est enterré assez profondément en un endroit de ma cave repéré par ses distances des murs, dont je prends note, car après remise en place de la terre, tassement et balayage, il n’y paraît rien.

 Source : Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Reims, vendredi 28 août 1914 – Départ de tous les émigrants dont on tient à se débarrasser. A 10 heures 30, grâce à l’intervention du Commissaire de la gare, M. Propice, un de mes amis, je puis malgré l’encombrement inouï, réussir à installer les familles Lemaigre et Moulis dans un même compartiment de première classe d’un train en partance sur Paris. La famille
Lemaigre doit se rendre à Lyon et la famille Moulis à Tarascon sur Ariège. Je leur remets les laissez-passer qui leur permettront d’effectuer gratuitement ces voyages, j’y ajoute un panier de provisions. A 11 heures, le train s’ébranle, je leur souhaite bonne chance.

Ce que je viens de faire, je l’aurais fait pour tous mes amis…. Oui, mais MM. Lemaigre et Moulis ne sont pas mes amis, loin de là! Ce sont des personnes qui froidement et de concert m’ont causé les pires ennuis…. ce que j’avance est bien en dessous de la réalité. Et il est certain qu’en toute autre circonstance, je ne leur aurais point pardonné. Je suis très heureux d’avoir pu rendre le bien pour le mal.

Marcel Morenco

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Vendredi 28 août


La situation de notre front, de la Somme aux Vosges, est restée ce qu’elle était la veille. Les forces allemandes paraissent avoir ralenti leur marche. Il est certain que les deux armées belligérantes se replient vers Königsberg et Allenstein, la défense mobile de Königsberg est refoulée sur la place.
En Galicie, les Russes marchent sur Lemberg dont ils ne sont plus séparés que par une trentaine de kilomètres.
La famine menace Berlin et les rumeurs socialistes circulent.
Lord Crewe annonce à la Chambre des communes que les troupes de l’Inde vont venir en Europe. Le gouvernement anglais publie un Livre Bleu d’où il ressort que le chancelier Bethmann-Hollweg considérait le traité de neutralité de la Belgique comme un chiffon de papier.
Les Allemands ont bombardé Malines sans y entrer.
Des forces anglaises occupent Ostende.
La flotte anglaise a livré une première bataille navale à Héligoland, coulant deux croiseurs et deux contre-torpilleurs allemands, incendiant un troisième croiseur.

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Jeudi 27 août 1914

Louis Guédet

Jeudi 27 août 1914

9h1/2 soir  Je ne voudrais pas recommencer une journée semblable à celle-ci et aussi déprimante. Tout le monde se sauve, tout le monde fait (dans ses culottes!).

A 11h3/4 je trouve la rue Thiers qui était noire de monde, d’émigrants, peuple peu intéressant qu’enfin on évacuait dehors au diable ! on ne se figure pas ce que ces gens (intéressants peut-être) ont fait de mal ici au point de vue moral. On comprend ce que peut la panique de la foule bête ! veule ! Bon débarras ! Ce soir mon jeune lieutenant du Trésor me quitte pour Noisy-le-Sec. Très gentil, très crâne le petit Brizard, très doux ! Il m’apprend que notre 11ème corps a décimé et mis en déroute le XXIème corps allemand vers Sedan. Souhaitons que le reste de nos troupes ait fait d’aussi bon ouvrage ! Certainement on a cédé à une panique depuis le 20 août…  C’est terrible et honteux mais aussi bien angoissant et il faut se cuirasser le cœur 3 fois pour résister à de telles dépressions !!

Les Mareschal partent demain, rien à leur dire !!

Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nous n’avons toujours pas de nouvelles précises sur ce qui s’est passé après les combats qui ont eu lieu près de Charleroi. Depuis hier soir, on sait seulement que la préfecture et les services administratifs des Ardennes ont évacué rapidement Mézières. Des habitants de ce département surtout, continuent à passer à Reims. Le spectacle de ces malheureux arrivant par groupes et ne sachant où aller se réfugier est vraiment pitoyable. Remarqué entre autres misères, aujourd’hui, dans leur défilé, une charrette à moisson attelée d’un cheval et d’une vache, transportant une femme et de jeunes enfants avec un pauvre mobilier entassé hâtivement dans de la paille.

Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Réfugies belges avec leurs chevaux de trait, Source Wikipédia

Réfugies belges avec leurs chevaux de trait, Source Wikipédia


 Marcel Marenco

Reims, jeudi 27 août 1914

Arrivée de plusieurs milliers d’immigrants, pour la plupart belges. Les malheureux campent sur les places publiques, dans la cour de l’Hôtel de Ville, à la gare, sur les promenades… C’est un spectacle lamentable. Vers 14 heures, je rencontre le proviseur et le censeur du lycée Chanzy et leur famille, en panne sur le boulevard Roederer, à côté d’une montagne de colis. Partis du lycée Chanzy bien avant moi, ils sont arrivés à Reims à 20 heures, après moi…..

En arrivant, ils ont fait une démarche auprès du Commissaire de la gare qui a refusé de s’occuper d’eux, ils ont visité tous les hôtels et restaurants voisins qui, archicombles les ont refoulés…. Ils déclarent ne savoir que faire…
Comme j’ai habité Reims pendant 10 ans, et que je le connais à fond, mon plan est vite établi. Je file à la mairie où j’ai la chance de rencontrer le secrétaire général qui me remet une liasse de laissez-passer en blanc (mais signés et timbrés) pour rapatriement gratuit par chemin de fer, en me disant d’en faire l’usage que je voudrai. J’emmène les familles Lemaigre et Moulis au lycée de jeunes filles, ma femme et moi les réconfortons, les logeons, les nourrissons.

Marcel Marenco
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Mercredi 26 août 1914

Louis Guédet

Mercredi 26 août 1914

11h soir  Journée déprimante. Tout le monde est affolé et se rue vers la gare pour se sauver. On ne connait plus rien, plus personne. On se sauve pour sauver…  sa chère petite peau !! Si ce n’était triste et écœurant…  ce serait très drôle. Là on juge et on jauge les bravoures !! Les noblesses de cœur !!

Les deux lignes suivantes sont rayées.

Toute la sainte et haute séquelle (ce mot était à l’époque un terme péjoratif qui désignait les clients d’un homme méprisable) quoi !! s’enfuit, non pas vers la frontière non ! mais vers les plages agréables de l’ouest. Là on pourra parader, raconter ses hauts faits, lire avec de petits frissons, si agréables quand on est bien à couvert et à l’abri des coups, lire dis-je les horreurs de la Guerre, les incendies, les pillages, les assassinats…  les mutilations surtout de ces bons Diables de rémois qui ont été assez vernis (parce qu’ils n’ont pas eu les moyens ou encore parce qu’ils ont estimé que leur devoir était de rester là) de ne pas faire…  tête…  non dos à l’ennemi. Ah ! que ce sera charmant de se retrouver dans quelques mois et de reprendre ses petits potins et papotages d’antan…  Ma chère ! Ma Mignonne oh ! ah ! que nous avons été malheureuses !! nous n’avons même pas pu avoir du Champagne dans la plage où nous étions, il n’y avait personne à voir ou à recevoir…  Pas de viande tendre, pas de beaux turbots…  Oh ! que nous avons soufferts !! Pas de nouvelles ! etc…  etc…  Et ensuite par remord de conscience, oh ! si peu ! Et Mme X ? et M. Z ? Melle B ? M.M. D et R, ces jeunes gens si biens ?…  « Morts, morts, tués, blessés !!! oh que c’est malheureux !! Vraiment ce n’est pas de chance, et patati et patata !!  Oui mais notre petite peau est bien fraîche ! bien rondelette et surtout pas trouée par ces petites balles de mitrailleuses qui sont si gentilles à voir.

Malédiction sur ces gens là !! C’est tout ce que je puis dire !! Quand on a passé une journée comme celle que je viens de passer au milieu de tous ces affolés !

Et cependant je ne puis croire que Reims sera occupé. Que nous n’aurons pas la Victoire !! C’est une obsession pour moi, nous devons être victorieux d’ici quelques jours !

A midi le fils Eydoux, de Besançon, me fait dire par un sergent du 132ème qu’il est là au buffet de Reims avec son auto conduisant le général Bonneau (limogé suite à la perte de Mulhouse qu’il avait libéré (1851-1938)) à qui on vient de retirer son commandement après ses fautes en Haute-Alsace où il a laissé décimer ses troupes à Dornach. J’y cours et je vois ce brave garçon qui est plein d’espoir et me quitte en me confiant un casque du 99ème allemand et une épée ramassée sous les feux de Dornach. A côté de lui un lieutenant-colonel d’infanterie me dit : « Vos Rémois sont bien affolés. Ce sont des imbéciles !! » – « Je quitte le Général Joffre et tout est à l’espoir au succès pour lui et son entourage !! »

Je lui réponds « Colonel je suis de votre avis, les Rémois sont des peureux et des idiots, moi aussi j’ai Confiance et Espoir ! Dieu nous entende ! ».

mpressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dès le matin, la cour de la gare est remplie de soldats belges échappés de Namur et arrivés par Rocroi, qu’ils avaient gagné à pied.

Il y a des chasseurs à pied, de l’artillerie, du génie, de l’infanterie, de la cavalerie et quelques prêtres portant le brassard de la Croix-Rouge ; les vêtements de la plupart de ces hommes sont salis et déchirés. L’un d’eux est coiffé avec un képi du 91e français ; un prêtre l’est avec une casquette ordinaire à visière.

Un télégraphiste militaire auprès de qui je me renseigne, me donne une cartouche de son Mauser. « Souvenir de la Belgique », me dit-il, en m’expliquant que ce groupe représente une partie de la garnison de Namur, ou plutôt des 6 à 7000 hommes qui en restent, alors qu’elle comptait 40000 combattants.

– Un certain énervement peut être constaté parmi la population de Reims. Au bureau, tout à l’heure, un engagiste s’est étonné qu’il ne soit pas question d’évacuer. Depuis hier, l’affluence est considérable au service des « laissez-passer » fonctionnant à la Mairie. De nombreuses familles s’en vont. Notre ville se vide à vue d’œil.

Autour des évacués arrivant en foule, des groupes se forment, écoutant leurs récits fort impressionnants. Cet exode continu des habitants des Ardennes, la rareté des nouvelles que l’on soupçonne très graves et, au surplus la déplorable et malheureuse histoire du dirigeable, dont les journaux n’ont dit mot, ne sont pas pour rassurer nos concitoyens. Ils fuient.

– Aux « laissez-passer », un inspecteur du Travail de Charleville, nous apprend qu’aussitôt le départ du train qui l’a amené, la nuit précédente, les voies ont été coupées.

Un collègue me met en garde contre les laissez-passer délivrés à Pagny s/Moselle, le cachet de la mairie ayant été pris par les Allemands à cet endroit, d’après une dépêche communiquée par la sous-préfecture.

Source : Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

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Un aller-retour à Reims

Liard, mercredi 26 août 1914
Grâce à cette circonstance, nous franchissons les postes sans l’ombre d’une difficulté, et nous arrivons à Liard à 4 heures du matin. Les automobiles, les voitures et les bicyclettes parties en même temps que nous, arrêtées fréquemment en cours de route, n’y arrivent que vers 10 heures.

A 11 heures et demi, départ en chemin de fer pour Laon, les wagons sont archi-combles. Les voyageurs partagent leurs provisions. A 14 heures et demi, arrivée à Laon, à 15 heures et demi, départ pour Reims où j’arrive à 17 heures. J’y trouve ma femme (très malade) en train de présider à l’installation d’un hôpital.

Marcel Marenco

L’auteur : Marcel (dit Jules) MARENCO

Marcel Marenco est né en 1867 à Saint Jean des Vignes (Saône et Loire), petit-fils d’un émigré italien, fils d’un contrôleur des Contributions, il est le dernier d’une famille de trois enfants.

Parcours professionnel :

à 10 ans, il entre comme pensionnaire au collège d’Autun d’où il sortira avec le baccalauréat. Il commence sa vie professionnelle comme maître d’étude, puis commis aux écritures dans un lycée. Après avoir passé plusieurs concours, il devient économe de lycée.

Pendant toute sa carrière professionnelle, il sillonne la France: Avallon, Caen, Saint-Quentin, Macon, Brest, Tours, Reims, Châlons-sur-Marne, Rochefort, Charleville…

Quand éclate la guerre en août 1914, il a 47 ans et occupe le poste d’Économe du Lycée Chanzy de Charleville depuis 5 ans. Il vit seul à Charleville: son épouse, elle aussi économe, exerce à Reims, (mari et femme n’ont pas pu obtenir d’être affectés dans la même ville), un de ses frères habite à Alger, l’autre à Paris, et sa mère vit en Saône et Loire (il a perdu son père vingt ans plus tôt).

A la déclaration de guerre, il décide, conscient qu’il va être témoin d’évènements hors du commun, d’écrire un journal dans lequel il inscrit au jour le jour, sa vie à Charleville, il prend des photos, glane et entasse objets et documents. Ce journal débuté en août 1914 prend fin brusquement en septembre 1917 le jour où il apprend le décès de sa femme, elle est morte deux ans plus tôt sans qu’il en ait été averti.
Après la guerre, il est nommé à Metz pour y réorganiser le lycée. Il continue sa carrière à Bordeaux, puis Sceaux et Vanves (région parisienne).

Il prend sa retraite en 1929 et partage alors sa vie entre la région parisienne et la Saône et Loire. A cette époque, il se remarie, le couple a cinq enfants.

Marcel Marenco décède en 1958 à l’âge de 91 ans.

Les extraits, où il est question de Reims, cités dans ce site viennent de son journal du Lycée Chanzy voir le lien ci-dessus

(extraits – © Marenco 2004)

Voir la suite sur ce lien : http://www.cenelle.fr/charleville/01-charleville.html


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Juliette Breyer

Mon Charles,

Ton parrain est libéré, mais pas pour longtemps. Il est venu chez nous la semaine dernière et il a voulu que je lui fasse à dîner pour lui et deux de ses camarades. Encore bon qu’il faisait beau: j’ai pu les installer dans la cour. Notre cuisine est si laide. J’aurais été honteuse. Enfin j’ai fait du mieux que j’ai pu et ils ont été contents.

Mme Blanchard, la marchande de légumes, est revenue une seconde fois pour réclamer une vingtaine de francs mais je ne lui donnerai pas tant que tu ne l’auras pas certifié.

Il y a beaucoup de troupes de passage; on parle très bas d’une retraite de notre Armée. Ce serait désolant. Sacrifier tant d’hommes et ne pas gagner. Mais j’interroge un soldat et il me dit que c’est une retraite voulue. Enfin j’ai confiance au pays et surtout pourvu que tu me reviennes. Le reste m’importe peu.

Si tu voyais, mon Charles, ces pauvres diables. Ils me demandent si j’ai des petites cartes, un bout de papier, peu importe. Ils n’ont pas d’argent et ils veulent écrire à leur famille. Je pense à toi et c’est d’un bon cœur que je leur distribue. Ils ont les larmes aux yeux. C’est le meilleur des mercis, mais en voyant leur détresse je me demande si tu n’es pas plus malheureux. Les quelques lettres que je reçois me remettent un peu le cœur mais tu ne te plains pas. Tu me le caches peut-être. Pauvre Lou, on était si heureux. Quand tu reviendras, je te ferai oublier toutes tes misères.

Je te quitte aujourd’hui, plus triste que d’habitude. Encore bon que j’ai mon petit coco pour me consoler un peu.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mercredi 26 août

Notre action offensive se développe dans la région lorraine, entre Nancy et les Vosges. Elle progresse même sur plusieurs points, malgré le retrait sur St-Dié. L’ennemi, en tout cas, a subi des pertes considérables. Plus de 1500 cadavres ont été relevés sur un espace des plus restreints. Dans la Woëvre, à l’est de Verdun, aucune attaque ne s’est encore produite.

Dans le Nord, la grande bataille se livre et notre résistance continue vigoureusement, bien que la ligne franco-anglaise ait été légèrement ramenée en arrière.
On annonce la mort sur le champ de bataille du prince Frédéric de Saxe-Meiningen, parent de Guillaume II par alliance.
Un Zeppelin a vainement essayé de bombarder Anvers; le maréchal von der Goltz, technicien militaire, ancien instructeur des troupes turques, a été nommé gouverneur général de Belgique.
Les Russes ont enlevés de nouvelles villes dans la Prusse orientale.
Le cabinet Viviani s’est réformé sur des bases nouvelles : Mr Millerand prend la Guerre, Mr Delcassé les Affaires étrangères, Mr Ribot les Finances. Deux socialistes entrent dans la combinaison : Mr Sembat aux Travaux Publics et Mr Jules Guesde, ministre sans portefeuille.
Le général Galliéni est nommé gouverneur militaire de Paris. Un décret est pris pour assurer la nomination à des grades supérieurs et sans condition d’ancienneté d’officiers qui se seraient distingués sur les champs de bataille. C’est le rajeunissement des cadres.

 

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Mardi 25 août 1914

Louis Guédet

Mardi 25 août 1914

10h soir  Je suis rentré de St Martin avec Robert à 5h soir. Partis à 9h de St Martin, pris le train à Vitry-la-Ville 10h, arrivés à Châlons 10h3/4 rencontrés des trains de blessés venant du Nord. Attendu dans Châlons de 11h à 1h. Déambulés dans les rues et acheté journaux nous annonçant retraite sur nos lignes de défense, défection des bataillons du midi, qu’on aurait dû fusiller séance tenante sans jugement (il parait cependant qu’on a fait des exemples) Partis de Châlons à 1h1/2 pour Reims, après avoir fait voir à Robert certains coins pittoresques de cette vielle ville que j’aime et si poétique dans sa mélancolie de vieille cité de Champagne Pouilleuse. Passé devant l’École des Arts, dont a fait partie mon Grand-Père qui lui a fait le coup de feu dans les rues de Châlons comme Artiste en 1814 contre les Russes.

Arrivés à Reims à 5h après avoir attendu 1h au pont Huet le droit d’arriver à la gare. A Saint-Hilaire-au-Temple invasion de transfuges de Sedan, d’Étain, geignards mais peu intéressants. Ce sont ces gens-là qui démoralisent et font courir de faux bruits.

Reims a un aspect moins ferme qu’à mon départ, nervosité et…  affolement, pourquoi ? « Mais hier soir, Monsieur ! Un Zeppelin ! a survolé Reims pour la bombarder ! » Conclusion on avait tiré avec nos mitrailleuses sur un dirigeable français malgré les signaux de reconnaissance : tués, blessés et…  peut-être destruction du dirigeable !! Mais mutisme sur toute la ligne !

On perd la tête quoi. Autre histoire, vraie, celle-ci : Le 132ème serait décimé, on le reforme à Troyes d’où il est refoulé ! 1000 hommes.

A la gare je me cogne dans le Beau-Père et cri du cœur…  non du ventre ! Sans dire bonjour : « Ah Marrthe a les Boileau ?? (qu’é qu’c’est q’çà ?) à dîner et elle vous invite à dîner avec eux !! Je l’envoie bouillir !!

Comment, son mari, à cette petite pimbèche amorale, est parti avec son train sanitaire sur le front où, mon Dieu il peut attraper un accroc. C’est peu probable, mais cela peut arriver. Et la turlurette invite à dîner des amis et connaissances !! Il faut se distraire…  repriser un peu la vie triste et si peu agréable par ces temps !! C’est honteux…  penser à dîner, à inviter des étrangers quand on meurt et souffre à la Bataille !! Dieu y a-t-il une justice qui cingle les pécores de cette espèce !!

Le Beau-Père n’est pas encore revenu de mon refus !! Comment refuser sa proposition ?! refuser une si belle occasion de se remplir le ventre !! et…  de rire un peu !! on a si peu de distractions !! C’est si triste la Guerre !!…

Ilote ! Va ! vieux cochon Porc !! et Lâche !!! comme son fils du reste…  J’en reparlerai demain !! (Ilote : esclave, sens péjoratif)

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

25 aout 1914 – Ce jour, le communiqué annonce l’échec de notre offensive en Belgique.

A la caserne Colbert, l’après-midi, on prépare le départ d’un détachement du 132e pour combler les vides sans doute.

Source Paul Hess - La Vie à Reims pendant la guerre 1914-1918 - Notes et impressions d'un bombardé

Mardi 25 août

Les Allemands ont repris l’offensive dans le Nord contre nos troupes. Ils ont été vigoureusement contenus.
Les forces franco-anglaises, qui reçoivent sans cesse des renforts, sont en bonne posture avec Givet comme centre. A l’Est de la Meuse, nous tenons tous les débouchés de l’Ardenne, et nous avons repris l’offensive vers Virton, où le 6e corps s’est distingué.
Le généralissime a arrêté la poursuite pour reformer la ligne de front.
En Lorraine, deux armées françaises ont pris l’offensive, partant l’une du Grand-Couronné, l’autre des environs de Lunéville. Le canon s’éloigne de Nancy. Le 15e corps a fait une contre-attaque brillante sur la Vezouze. Le moral est excellent là comme partout.
La Haute-Alsace a été évacuée par ordre du généralissime qui voulait concentrer ses forces sur la Meuse.
Des postes de uhlans ont fait leur apparition dans notre département du Nord, mais leur écrasement est certain.
Un Zeppelin a jeté des bombes sur Anvers et tué huit personnes. Namur tient toujours et les Belges ont repris Malines.
Les Russes sont entrés à Osterode, à 240 kilomètres de leur frontière Occidentale, en Prusse, et entourent Königsberg.
Un oncle de Guillaume II a été tué dans la bataille de Charleroi.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Haybes-sur-Meuse : Ville Martyre

En ce mois d’août 1914, quittons Reims pour nous rendre dans le département des Ardennes, plus précisément dans la vallée de la Meuse à quelques kilomètres de la frontière Belge, dans la petite ville de Haybes, qui va devenir en quelques jours l’une des premières Villes Martyres de France.

Rappelons que l’Allemagne, dès la déclaration de guerre, viole la neutralité de la Belgique et envahit ce pays, en direction de la France, l’objectif du plan Schlieffen étant de prendre Paris

L’invasion de la Belgique est brutale, la ville historique de Louvain est réduite en cendres, Liège, Dinant, puis tout le pays, après une résistance remarquable de l’héroïque armée Belge, tombent aux mains de l’ennemi. Et du 21 au 23 août c’est la très célèbre Bataille de Charleroi qui voit s’affronter la Ve armée française du général Lanrezac et la IIe armée allemande du général Von Bülow.

Déjà la population Belge est victime des atrocités allemandes.

Au fur et à mesure de l’avancée de l’ennemi, cela va être le tour des populations du nord-est de la France de subir cette barbarie. Les habitants de la Marne ne tarderont pas à voir arriver dans leurs villes des réfugiés des ces régions envahies, fuyant en masse devant l’horreur.

Haybes-sur-Meuse : Ville Martyre

C’est le 24 août que les Uhlans arrivèrent à Haybes. Extrait du blog La Libre Gazette : « Un soldat allemand fut tué par un soldat français embusqué sur la rive faisant face au village. En signe de représailles, les civils allaient payer un lourd tribut, alors qu’ils étaient parfaitement innocents. Le village sera occupé durant tout le temps de cette guerre, après avoir été pillé et bombardé par l’aviation allemande. 60 habitants seront humiliés, avant d’être exécutés, et 600 maisons seront incendiées.

Des Uhlans, ces fanatiques sanguinaires autant que primitifs, n’hésitèrent pas une seconde à poursuivre femmes et enfants, à travers ruelles et jardins, voire à l’orée du bois. Ils ne tirèrent pas pour se défendre, face à une population désarmée et apeurée, mais juste pour le simple plaisir de tuer et de voir couler le sang, tels de véritables bourreaux et bouchers, sans une once de sentiment et sans l’ombre d’un regret. »

Lire la suite sur La Libre Gazette

Lire également l’émouvant témoignage de Marie-Louise DROMART, poétesse et infirmière, native de Haybes, qui sera témoin du massacre. Extrait :  » Une patrouille de Ulhans qui effectue alors une reconnaissance à cheval est prise pour cible par les soldats français du 348ème Régiment d’Infanterie (ou 148ème de ligne), alors postés dans la colline qui surplombe Haybes. Un Uhlan est abattu. Les habitants sont accusés de cette attaque, malgré les fermes dénégations du maire. En représailles, le bourg va être bombardé. Il fallait un prétexte à la destruction de Haybes, l’ennemi l’a trouvé.

Les ordres sont donnés. Bientôt, les obus s’abattent sur les maisons durant plusieurs dizaines de minutes. Sitôt l’arrêt des tirs, l’ennemi poursuit sa progression dans Haybes, protégé par des habitants faits prisonniers et placés en tête des détachements. Marie Louise Dromart proteste énergiquement et se propose de remplacer seule ces malheureux Haybois. Le commandant allemand refuse la proposition de cette femme qui, peu de temps avant, avait déjà sauvé la vie d’un douanier à la retraite en interposant son bras muni de l’insigne des Croisés, entre le canon d’un fusil allemand et le pauvre homme mis en joue ». Cliquez ICI pour lire la suite.

Haybes-sur-Meuse : Ville Martyre

Le 1er décembre 1919, le président de la République Raymond Poincaré décore la ville de la Croix de Guerre. La mairie occupe un baraquement provisoire.

Haybes-sur-Meuse : Ville MartyreHaybes-sur-Meuse : Ville Martyre

Annotations des cartes postales ci-dessous :

– HAYBES (Ardennes) — La Grand’Rue en ruines — Cet important village de 2 200 habitants, fut incendié complètement par les Allemands le 24 août 1914. 600 maisons furent détruites et 60 civils massacrés.

– Les crimes des Allemands à HAYBES (Ardennes) – Tombe renfermant 17 personnes fusillées le 24 août 1914. A cette date les Allemands incendièrent complètement l’important village de Haybes (2 200 habitants). Ils détruisirent ainsi 600 maisons et massacrèrent 60 civils.

Haybes-sur-Meuse : Ville MartyreHaybes-sur-Meuse : Ville Martyre
Haybes-sur-Meuse : Ville Martyre

Rappelons aussi que le département des Ardennes sera le seul département de France entièrement occupé pendant 50 mois. Ses habitants subiront au quotidien : les exécutions, le travail obligatoire, la famine, les humiliations, les réquisitions, les camps, le bagne de Sedan, les déportations en tout genre… Le département sera pillé pendant quatre ans.

Liens :

Haybes.fr

Centenaire.org : exposition Visages d’Ardennais dans la Grande Guerre

Centenaire.org : tourisme de mémoire dans les Ardennes

Livre de Roger Szymanski : « les Ardennes terre de France oubliée en 1914-1918″

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Lundi 24 août 1914

Paul Hess

24 août – Lucien, toujours à l’affût de nouvelles, a trouvé l’occasion de causer, le long du talus de chemin de fer, rue Villeminot-Huart, avec quelques blessés descendu d’un train en stationnement ; l’un d’eux a reçu trois balles, une à l’épaule, une au bras, l’autre à la jambe. ces soldats reviennent de Tamines près de Charleroi, où leur régiment a donné hier ; il lui ont dit qu’une grande bataille est encore engagée dans cette région.

Vers 21 h 1/4, ce jour, alors que nous devisions tranquillement, à la maison, nous entendons une fusillade nourrie éclater subitement en ville – pas bien loin – se prolonger pendant quelques temps et se terminer insensiblement avec des coups de feu isolés. Nous nous précipitons à la fenêtre ouverte et voyons sur la droite, c’est-à-dire vers le nord-ouest d’où est venu le bruit, une fusée monter dans le ciel, décrire une petit courbe et éclater à une certaine hauteur. Supposant qu’on a voulu éclairer, pour les tireurs, un aéroplane allemand, je sors et vais jusqu’à la place royale où je rencontre des personnes intriguées comme moi et qui se demandent aussi ce qui a pu se passer. Il est impossible de découvrir exactement de quoi il s’agit. Un receveur des tramways dont la voiture vient de s’arrêter, peut dire simplement qu’elle a reçu une grêle de balles ; certains parlent de simple manœuvre, sans savoir, pour avancer quelque chose.

Le lendemain matin, nous avons la stupéfaction et la douleur d’apprendre que les mitrailleuses postées sur le toit de la gare ont ouvert le feu sur un de nos dirigeables : les tringlots-conducteurs de la file des poids lourds automobiles en station le long du boulevard de la République, alertés ainsi, se sont mis, eux aussi à tirer avec leurs mousquetons, des soldats se trouvant dans un train arrêté sous le pont de l’avenue de Laon, en sont descendus avec leurs fusils pour en faire autant et, fatalement, le ballon français, dont un officier a été tué et un autre grièvement blessé, s’est abattu à proximité de la Neuvillette.

Comment a-t-il été possible de commettre une aussi épouvantable méprise, une telle erreur ? Chacun se demande anxieusement. La question des responsabilités est tout de suite agitée. L’arrivé de ce ballon avait dû être signalée ; alors ! cela ne devait pas se produire. Mais, nous ne serons guère fixés. on se questionne réciproquement et personne ne sait rien. Ceux qui, peut être seraient à même de satisfaire la curiosité publique en émoi ne veulent rien dire ou préfèrent maintenir tout le monde dans le vague. Des bruits tendant à démentir la fâcheuse nouvelle, qui s’est répandue comme une trainée de poudre, paraissent même vouloir se faire jour. Tout ceci est effroyablement ridicule devant l’évidence, et laisse supposer que la tragédie lamentable est résultée tout autant d’une formidable gaffe que d’une ou plusieurs négligences coupables.

Cependant, Lucien, toujours curieux et de plus fort débrouillard, a vite fait de courir vers la Neuvillette. Il trouve le moyen d’approcher du ballon descendu et de voir l’enveloppe qui est bien celle de l’un de nos dirigeables, le « Dupuy-de-Lôme » !

Nous avions eu l’occasion et le plaisir d’admirer ce bel aérostat, avant la guerre, un jour qu’il avait survolé Reims, effectuant un voyage d’essai ; nous revoyons t nous nous représentons facilement sa silhouette gracieuse se découpant nettement, en jaune, dans l’azur du ciel.

Une émotion intense nous étreint, lorsque nous nous imagions les angoisses, le martyre moral qu’ont dû endurer ses malheureux officiers quand il se sont rendu compte qu’ils n’avaient que bien peu de chance d’échapper à la mort, en s voyant mitrailler et fusiller avec un pareil entrain par leurs frères d’armes.

Beaucoup plus tard, incidemment, la nouvelle m’est donnée que le « Dupuy-de-Lôme » était parti de la place Maubeuge.

Dans quel but avait-il entrepris son voyage à Reims ?

Quelle était sa mission ?

  • Le japon déclare la guerre à l’Allemagne
  • De nombreux blessés arrivent à Reims. Parmi eux, à la gare, un officier aurait, paraît-il déclaré, que nous avons reçu une belle « raclée » en Belgique
Source Paul Hess - La Vie à Reims pendant la guerre 1914-1918 - Notes et impressions d'un bombardé

Gaston Dorigny

Les journaux nous donnent des nouvelles qu’on veut bien leur permettre de publier.

Le soir à 8 heures 1/2 on entend au-dessus de la ville et principalement de la rue Lesage le ronflement d’un dirigeable.

Croyant à un Zeppelin, les divers postes de mitrailleuses établis dans différents endroits de la ville tirent sur le dirigeable.

On s’aperçoit trop tard de l’erreur, c’était un dirigeable français, « L’adjudant Réaux » ou le « Dupuis de Lome » le malheureux fracassé va s’échouer entre la Neuvilette et Merfy. Par bonheur seul le pilote, le lieutenant Jourdan, a été tué, les autres passagers étant indemnes.

Gaston Dorigny, journal fourni par son petit-fils Claude Balais

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Juliette Breyer

C’est aujourd’hui la Sainte Marie. Les autres années nous nous réunissions pour la fête de ta maman. Mais cette année, rien. Je n’ai pas voulu quand même laisser passer la fête sans lui faire un petit plaisir. Maman a fait un bouquet à André et lui a offert tout gentiment. Elle a pleuré, la pauvre maman.

Gaston a écrit aussi. Il est à Aubrives près de la frontière belge et il s’étonne de ne pas avoir de tes nouvelles. Je lis tes lettres à tes parents. Ils sont contents. J’ai reçu une carte de toi cette semaine. Je vois, mon pauvre Lou, que tu fais beaucoup de chemin et que tu couches sur le dur, mais je suis heureuse aussi que tu aies des copains avec toi; comme cela on parle du pays. J’ai déjà vu Mme Landa et elle n’a pas encore eu de nouvelles de son mari.

Mais que je te raconte ma  semaine. Maman est tombée malade tout d’un coup; c’est-à-dire qu’il y a déjà longtemps qu’elle aurait dû se soigner. Elle ne peut même plus boire une cuillère de bouillon et puis pas de médecin.

Comme elle loge six soldats, ils ont été gentils et ils ont été chercher un major qui n’a pas demandé mieux que de venir. Il n’a pas caché à papa qu’elle était à bout de souffle et qu’elle ne pourrait guérir que si elle réagissait d’elle-même. Elle ne peut même plus bouger dans son lit. A peine a-t-elle la force de me dire: «Vois-tu, il faut que tu reprennes André; cela me fait beaucoup de peine mais je ne peux plus le garder».

Je l’enlève. Je suis heureuse de l’avoir avec moi car je ne te le cache pas : je commence par m’ennuyer après toi, mon Charles. Cela me sera une distraction, surtout que je n’ai plus autant de travail. La vente va toujours bien, mais c’est un peu de la vente en gros, toujours pour les soldats. Pauvres diables! Vois-tu, ils viennent me conter leurs peines. Ils ne reçoivent pas de nouvelles et cela me fait penser à toi, qui n’a pas encore reçu les miennes. Et puis encore, ce qui me tracasse aussi, c’est que tu es dans un pays où le soldat n’est pas bien regardé.

Il est passé ce matin devant chez nous deux Marocains qui venaient des Ardennes. L’un d’eux était blessé et il était porté par un âne, l’autre était à vélo. Il avait si mauvaise mine. Je lui ai demandé s’il voulait quelque chose. Il a accepté une menthe. Il y avait pourtant peu de monde sur le pas de la porte mais ceux qui étaient là ont fait une quête et il a ramassé quatre francs. « Merci Madame, m’a-t-il dit,  cela portera bonheur à votre mari ». Puisse-t-il dire vrai et que j’aie le bonheur de te savoir toujours bien portant.

Ces jours-ci nous avons été surpris d’entendre sur le soir un bruit formidable comme celui que ferait un coup de canon. J’ai su hier ce qui avait fait cela. Il y a eu méprise et c’est bien malheureux. Un dirigeable français signalé pour telle heure est passé une demi-heure plus tôt et n’a pas fait les signaux conventionnels. Un canon se trouvant sur la gare a tiré dessus et a tué celui qui le dirigeait. Etre tué par les siens, c’est triste la guerre.

Enfin voilà encore une semaine de passée. Quand serons-nous à la dernière ? Bons baisers et à bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Lundi soir, 24 août

Nos armées, après avoir pris l’offensive sur toute la ligne, ont dû se replier sur la frontière du Nord et du Nord-Est.Les forces anglaises ayant été attaquées, nos force se sont portées à leur secours. Nos soldats d’Afrique ont été admirables et ont infligé d’énormes pertes à la garde prussienne, à l’ouest de la Meuse.A l’est de la Meuse, nous avons foncé vers la Semoy, mais nous avons été contenus. En somme, notre retraite s’est opérée par ordre et avec discipline. Nous seront temporairement sur la défensive du côté de Maubeuge.Les Russes progressent de toutes parts. Une première armée a détruit les trois corps allemands de la Prusse orientale, une autre marche vers Dantzig, une troisième va vers Thorn, une quatrième vers Posen, une cinquième vers Breslau, en Silésie. Elles mettront en œuvre des contingents énormes.La flotte japonaise a continué le bombardement de Tsing-Tao (Kiao-Tcheou), où 5000 Allemands ont reçu l’ordre de résister jusqu’à la mort.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 23 août 1914

Paul Hess

Au retour d’une visite en famille, faite ce dimanche chez nos amis Bienaimé, nous voyons, vers 18 h 1/2, le lamentable défilé de pauvres gens de Charleroi et environs ayant dû quitter précipitamment leur pays, au moment où la bataille s’y est livrée. La colonne formée par ces évacués – 5 à 600 personnes, surtout femmes et enfants, pourtant des paquets de linge et de hardes – débouche de la rue Colbert, traverse la place Royale et prend la rue du Cloître pour se rendre au lycée de garçons; elle est guidée par la police. Tous ces malheureux Belges parlent d’atrocités épouvantables commises sur les leurs, par les Allemands. Nous rentrons tristement impressionnés par ce tableau navrant

Source : Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918 - Notes et impressions d'un bombardé
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Samedi 22 août 1914

Louise Dény Pierson

22 août 1914 ·

 Le mois d’août s’écoule sans événement pour moi, plus occupée par les vacances qui viennent de commencer… Mon père qui est toujours dehors, nous rapporte les bruits qui courent en ville : les Allemands entrés dans les Ardennes, les premiers réfugiés à Reims, puis ensuite

le bruit du canon qui se rapproche tous les jours, jusqu’à être tout près.

L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes qui marchent et plein air
Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Paul Hess

Promenade matinale vers le boulevard Louis-Roederer où stationnent, toute la journée, quantité de curieux attendant l’arrivée des convois de blessés. Justement, un train entre en gare. Je suis des yeux des allées et venues et me dirige rapidement près de la porte de sortie de la Grande Vitesse, où j’arrive pour voir la voiture de service de la Croix-Rouge se mettre en route ; elle contient plusieurs blessés ou malades et, derrière elle, marche péniblement un groupe composé de quelques hommes du 3e génie, des fantassins du 284e, deux ou trois artilleurs du 14e, un zouave et un tirailleur algérien. Ces soldats éclopés, chargés de leurs sacs et de leurs fusils ont du mal à suivre ; ils n’en peuvent plus. Le spectacle fait pitié.

  • Une dépêche de ce jour, dit que les Allemands ont occupé Bruxelles et imposé cette vile d’une contribution de 200 millions.
 Source : Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918 - Notes et impressions d'un bombardé

  • Le 22 août 1914 est le jour le plus meurtrier de l’Histoire de France : 27 000 soldats français sont tués pendant cette seule journée dans les Ardennes belges (quatre fois plus qu’à Waterloo2), dont près de la moitié à Rossignol.
  • Belgique : la Bataille de Rossignol et le massacre de Tamines.
  • Pologne : le socialiste polonais Józef Piłsudski organise et prend la tête des légions de volontaires polonais qui combattront aux côtés des Austro-Hongrois.

source Wikipédia Août 1914


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Samedi 22 août

la retraite de nos troupes s’est accentuée en Lorraine. Elle nous a coûté des pertes assez sérieuses, mais l’ennemi a subi des pertes égales. Il a été arrêté par nos contingents au nord de Lunéville et aucune de nos unités n’a encore traversé la Meurthe. D’ailleurs les opérations qui ont lieu sur ce front n’auront qu’une valeur secondaire.
Tout l’intérêt se porte sur la Belgique. Ici, les Anglais ont pris contact à Waterloo avec les Allemands. Nos forces se sont heurtées aux forces ennemies en avant de Charleroi, entre cette ville et Namur, c’est-à-dire sur un champ de bataille classique et qui a été souvent favorable à nos armées. Les troupes allemandes cantonnées à Bruxelles ont quitté précipitamment cette capitale pour descendre vers Namur par Nivelles.
Les nouvelles de la Haute-Alsace sont bonnes. Nous occupons très fortement les cols des Vosges.
Le succès des Serbes et des Russes se confirment. Les troupes du tsar ont abordé maintenant la Galicie par deux côtés. Elles ont dépassé en Prusse, Gumbinnen.
Le Japon est prêt à bombarder Kiao-Tchéou, son ultimatum étant arrivé à échéance sans que l’Allemagne ait donné une réponse favorable.
L’Angleterre prêtre 250 millions à la Belgique pour lui permettre de se libérer de ses contributions de guerre de Bruxelles et de Liège vis-à-vis de l’Allemagne.

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Vendredi 21 août 1914

Louis Guédet

Vendredi 21 août 1914

9h soir  Grande nouvelle !!?? Désespoir des uns, calme des autres ! Je suis de ces derniers. Bruxelles est occupé pris ? par les allemands ! C’est une défaite pour nous, une victoire pour Eux !!! Et pourquoi ?

Ne nous emballons pas inutilement ! Je ne suis en aucune façon grand clerc en stratégie ou en tactique ! mais il me semble qu’il n’y a pas lieu de se désoler. Quoi ? les allemands sont entrés à Bruxelles ? L’ont-ils pris de vive force ? non ! Alors où y a-t-il eu défaite ? Comment on se retire même très vite pour leur laisser la place libre. Où est la grande victoire allemande ? Nulle part. Et à mon humble avis j’estime qu’en ce moment nos Sauvages sont en train de s’embouteiller. On les canalise, voilà tout ! Ils passent où nous voulons qu’ils passent. On leur a ouvert la porte et comme des imbéciles ils se sont précipités pour enfoncer la…  porte ouverte !

Nous verrons la suite, mais je crois bien que Messieurs les Prussiens vont se faire flanquer une pilée magistrale dont on garde le souvenir pour toujours. Nos bons Belges, d’Anvers, vont leur tomber sur le flanc droit au moment où ils vont faire leur conversion à gauche, c’est très dangereux cela ! Quand les Anglais « Aoh ! Yes !! » leur tiendront tête et nous les Français nous leur tomberons dessus du côté gauche (côté du cœur) et on les coupera en 2. Le tronçon de tête sera flanqué à la mer via Ostende, on fera de la soupe de Prussiens ! un peu salée pour eux ! quant à la queue…  eh bien ? nous la mangerons ! ou la culbuterons sur le Rhin. Je ne crois pas me tromper…  et espère bien que je suis bon prophète !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Aujourd’hui, les dépêches annoncent que la cavalerie allemande est à Bruxelles. Dès hier, il y avait lieu de prévoir semblable nouvelle. Que nous réserve la suite ?

  • Les journaux nous annoncent la mort de N. S. Père le Pape, Pie X.
  • Vers 13 h 1/4, vu la fin d’une éclipse de soleil.
  • Le bruit court, en ville, que le Général Sarrail, bien connu à Reims, puisqu’il commandait la 12e Division d’Infanterie lors de la mobilisation, serait passé en gare, hier, appelé à Paris, à la suite d’une affaire où de fortes pertes auraient pu être évitées.

Tenons compte que le défaut de nouvelles, actuellement, ne peut que donner crédit aux potins des gens soi-disant informés. Il n’en manque pas !

 Source : Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918 - Notes et impressions d'un bombardé
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Jeudi 20 août 1914

Louis Guédet

 Jeudi 20 août 1914

9h soir  Toujours le vide, le silence, sur ce qui se passe à la frontière et en Belgique !

On dit ce soir que : 1) les Prussiens (les sauvages) ont passés la Meuse entre Liège et Namur (c’est possible)  2) qu’ils ont pris Bruxelles !! (c’est moins possible) etc…  etc…

3) que Pie X est mort, çà ? cela se pourrait. Attendons à demain ! les uns ne considèrent cela que comme un évènement…  secondaire, tout en s’écriant : à cette fois si cette vielle ganache de François-Joseph veut mettre son veto ! J’espère bien que nos cardinaux le mettront dans leurs poches et s’assiéront dessus en disant : « Assez F…tez nous la paix, vieille canaille !! »

Les autres et de nos amis (Heidsieck, Mareschal) trouvent que c’est un trait de la Providence qui permettra, l’Italie restant neutre, pour le moment, aux cardinaux de se réunir facilement pour le Conclave et nommer un Pape ! soit !! mais, ma foi ! J’aimerais plutôt mieux que l’Italie déclarât de suite la Guerre à l’Autriche et se mette avec nous. Foin du Pape ! (Dieu me pardonne !) mais : « Un bon tient vaut mieux que deux tu l’auras ! » et une bonne frottée aux Autrichiens par les Italiens ! me plairait bien mieux tout de suite que dans un mois et puis après nos vénérés cardinaux auraient toujours le temps de nommer un successeur à Jésus-Christ qui peut très bien lui se passer d’un Vicaire en ce bas Monde pendant quelques temps, tout en nous donnant la Victoire. La Fille aînée de l’Église (la France !) a besoin de Dieu et peut, à mon humble avis, se passer de son Représentant sur terre pendant quelques mois pour faire éclater la Justice contre la Force et la Fourberie et nous permettre de battre à plates coutures les Germains et le Protestantisme !!

Déjeunant ce matin chez mon bon ami Maurice Mareschal avec le curé de la Cathédrale M. l’abbé Landrieux nous sommes venus à parler, dans la conversation, des fêtes de Nuit du Parc Pommery (parc des sports) qui ont été données  au commencement de juillet 1914, et ce dernier faisait un rapprochement de ces fêtes, réminiscence des Grecs et de la décadence avec les évènements qui nous troublent et inquiètent actuellement. Lui comme moi disait : Que ces fêtes ou des femmes du monde (la haute bourgeoisie de Reims) n’avaient pas craint de se montrer à peine vêtues au public, à la masse du peuple, étaient à son point de vue, le dernier défi donné à Dieu et presque une provocation au châtiment qui, quelques jours, quelques heures plutôt, après devait fondre sur nous. « La Guerre ! avec ses suites ! et ses conséquences !! »

Oui ! J’ai, moi aussi, à ce moment-là réprouvé ces saturnales ! (oh ! le mot paraitrait dur à tous nos petits snobs d’alors !!) mais je répondrais : Ne distinguons pas !! Saturnales ? Mot trop dur ? Soit ! Traduisez-le en grec et vous serez satisfaits, car le mot n’aura changé que de costume ou de fard et il n’y aura que la différence qui existait jadis entre les Romains et les Grecs !! Plus délicats, ceux-ci que ceux-là ! plus raffinés ! plus fins ! soit ! mais tout aussi Pervers ! par suite, plus coupables devant le Monde ! devant l’Histoire ! A cela, il fallait le châtiment ! La Rafale ! qui courbât tous ces fronts étroits de nos snobs efféminés ! Allons ! Mesdames ! Faites des Grâces ! Dansez ! Faites des effets de jambes ! de torses ! Minaudez ! Livrez-vous aux regards de la populace ! Vos mâles (maris) sont à la Frontière !!


Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Les journaux de ce matin parlent d’une seconde bataille, à Dinant, où les Allemands auraient encore été repoussés sans avoir pu franchir la Meuse. Au bureau, où naturellement le personnel commente les communiqués, on espère qu’ils n’y parviendront pas, malgré leurs efforts.

Nous n’avons cependant pas tous la même confiance, ou la même manière de voir les choses, un collègue ne nous apprenait-il pas hier, en revenant à 13 h 1/4 reprendre son service, que les Allemands étaient à Mézières : ses propos nous ont paru inconsidérés – nous le connaissons pessimiste – mais, malgré tout il faut reconnaître qu’ils ont produit, sur l’ensemble, l’effet d’une douche glaciale.

Après déjeuner, accompagné de mon fils Jean, je vais lire les dépêches à la sous-préfecture. Nous sommes avides de nouvelles, à Reims, car elles ne nous sont pas prodiguées depuis quelques jours. Celles d’aujourd’hui ne me semblent pas de bon augure. Il est annoncé uniquement ceci : « On apprend que les Allemands, en forces imposantes, auraient réussi à passe la Meuse, entre Liège et Namur », sans autres détails pour un événement aussi considérable ; je pense que c’est bien peu et quant à la nouvelle elle-même, beaucoup trop, malheureusement. Ce ne doit pas être sans une sérieuse résistance qu’ils sont parvenus enfin à franchir la Meuse que, sitôt l’entrée en campagne, ils ont cherché à traverser à Visé et deux fois depuis, à Dinant sans réussir. Il nous faut forcément attendre pour savoir autre chose, et il me paraît évident qu l’on ne nous dira plus dorénavant, que ce qu l’on ne pourra pas cacher.

 Source : Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918 - Notes et impressions d'un bombardé

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Jeudi 20 août

Les Allemands ont atteint, en Belgique, à l’est de la Meuse, la ligne Dinant-Neufchâteau.

Des masses ennemis ont franchi la Meuse, près de Huy, et sont arrivées sur la Dyle,entre Bruxelles et Anvers.
Enfin, une avant-garde de cavalerie allemande a occupé Bruxelles.
Dans la Haute-Alsace, brillant succès français. Combat à notre avantage entre Altkirch et Mulhouse, reprise de cette ville; capture de nombreux prisonniers et de 24 canons. Occupation de Guebwiller. En Lorraine annexée, nos avant-gardes rétrogradent jusqu’à la Seille et au canal de la Marne au Rhin. Mais le gros de nos troupes est là solidement établi.
Succès des Russes qui, après avoir culbuté les Allemands à Eydtkuhnen, ont pris la ville importante de Gumbinnen en Prusse. En Galicie, ils poursuivent leur marche vers Lemberg.
Échange de télégrammes cordiaux entre M.Poincaré et Georges V.

 

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Mercredi 19 août 2014

Louis Guédet

Mercredi 19 août 1914

10h1/2 matin  Je suis parti pour St Martin vendredi 14 courant à 3h comme d’ordinaire. Trajet insipide comme d’habitude, lenteur, arrêt de 1h1/2 à Châlons. On nous expulse de la gare. Il faut attendre notre train dehors. Arrivée à St Martin vers 8h1/2. Tout mon monde va bien. Le 15 se passe sans nouvelles. Du reste Saint Martin est d’un calme ! On ne se douterait pas qu’on est en guerre. Quelle différence avec Reims ! où il y a toujours du bruit, cohue sans désordre, mais fébrilité.

Je conte à mes enfants et à Madeleine que l’officier que je loge m’a dit avoir vu la nuit du 13/14 août un chasseur à pied, blessé et mutilé par les prussiens qui lui avaient coupé les 2 oreilles !

Les sauvages !! il vit aussi un gamin de 15 ans avec une balle dans le poignet reçue dans les rues de Liège qui n’avait dû son salut qu’en faisant le mort, les prussiens achevant tout blessé qui avait le malheur de remuer !

Le 16 août je décide d’aller à Vitry-le-François pour tâcher de voir Fernand Laval gendre de M. Lorin des Galeries Rémoises, dont la famille est sans nouvelle.

Anna Laval (Lorin) femme de Fernand Laval, restée avec ses enfants à Carteret est affolée de n’en pas recevoir. Je prends avec moi Marie-Louise et André.

Nous partons à pied pour Songy où nous prenons le train à midi 50, arrivée à Vitry-le-François vers 1h3/4. Entrée rigoureusement gardée, on voit qu’on est au siège du Grand État-major : on le garde bien. Vitry est bondé de troupes : cavaliers surtout, même aspect que Reims comme autobus automobiles etc…  qui garnissent toute la Place d’Armes. Je me renseigne et on me dit que le 6ème bataillon territorial du Génie, 47ème Compagnie dont fait partie Fernand Laval comme maréchal des logis est caserné à la caserne Lefol près des Halles. J’y arrive et voit Fernand qui me montre la flottille de péniches (40) amarrées à quelques mètres de là sur le canal et dont il commande une des unités. Il doit au premier ordre partir avec son peloton et 4 chevaux, à vide, vers une ambulance du front pour prendre un chargement de blessés qui sera fait et organisé par les infirmiers de la Croix-Rouge de l’hôpital évacué, et revenir à un point intérieur qu’on doit lui indiquer à ce moment-là seulement. Je vois M. Maurice Gosset 24, rue des Templiers. Tous deux me donnent des lettres pour les leurs.

J’apprends que le drapeau du 132ème allemand a été apporté par le chasseur à pied qui l’a pris en automobile du front pour le remettre au Général Joffre. Celui-ci est installé avec son état-major au Collège de Vitry, place Royer Collard ; cette place au pied de l’église Notre Dame de Vitry est gardée militairement et encombrée d’automobiles de luxe pour le service du Général et de son État-major qui a aussi près de lui des officiers du Grand État-major Belge, Anglais et Russe. Mes deux enfants ont été enchantés de rencontrer dans les rues des ordonnances et des officiers anglais et russes ainsi que des Cosaques. La T.S.F. est installée sur les tours de l’Église et reliée par téléphone au Collège. Le Général Joffre sort peu et ne se transporte qu’en auto. Il se promène quelques fois sur les routes de Vitry vers les Indes, route de Châlons (vers Loisy et St Martin) il est précédé de deux gendarmes, révolver au poing, et suivi de 2 autres gendarmes également au garde à vous, accompagné de deux ou trois de ses officiers armés et de 2 ou 3 agents de la sûreté armés d’un révolver.

Nous revenons vers 4h sans encombre.

Je reviens ici le mardi 18 après avoir remis la barque à flot pour mes enfants qui en étaient bien privés, il suffisait seulement qu’elle fut cadenassée et dissimulée dans les herbes ou sous des (arbres) saules et non rentrée dans les habitations.

En rentrant ici même aspect de la ville, mon payeur est toujours là ! Je vois les Lorin, Laval, donne des nouvelles. Vu hier soir Mareschal et sa femme, on cause toujours sur le même sujet, la Guerre. Maurice Mareschal me dit qu’il y a à l’Hôpital Mencière rue de Courlancy où il est affecté comme officier intendant des blessés français, la plupart aux jambes. Un sergent lui disait que les Allemands tiraient trop bas et que leurs balles plus petites que la notre faisaient des blessures rarement graves, par contre la notre cause dans l’organisme des désordres terribles et les blessures sont toutes très graves. Une supériorité de plus sur ces sauvages avec notre artillerie de 75. Gare à eux. Je crois qu’ils s’en rendent très bien compte car ils se sauvent aussitôt, et nous aussi nous nous en rendons compte de notre supériorité. Les rôles sont changés depuis 1870.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Ce jour, visité rapidement l’hôpital temporaire de la clinique Lardennois. La moitié de la salle est déjà occupée par des blessés ou des malades.

 Source : Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918 - Notes et impressions d'un bombardé

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Mercredi 19 août

Les troupes françaises continuent à progresser dans la Haute-Alsace, mais les Allemands ont repris Villé, dans une vallée latérale à l’Ill. En Lorraine annexée, nos soldats occupent la ligne de la Seille, Château-Salins, Dieuze, Delme et Morhange, localité importante, puisqu’elle commande la ligne de Sarrebourg à Metz.
En Belgique, Les Allemands ont bombardé Tirlemont, entre liège et Bruxelles. Ils ont ensuite poussé au delà vers le nord-est. Les populations effrayées s’enfuient, devant eux, dans la direction de Bruxelles et d’Anvers.
Les forts de Liège tiennent toujours. Les forces germaniques, ont décidément tourné la place par l’est, s’approchant même des premiers forts d’Anvers.
Entre Liège et Namur, des masses allemandes ont franchi la Meuse – vraisemblablement à Huy.
Notre cavalerie a eu un succès sur la cavalerie ennemie à Florenville, dans le Luxembourg belge.
Une note officielle dit que, désormais, et d’après des documents sérieux, la responsabilité du haut commandement allemand dans les atrocités de Belgique et de la Lorraine française est absolument démontrée.

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Mardi 18 août 1914

Louise Dény Pierson

18 août 1914 ·

Dans le courant du mois d’août une tragique méprise se produit lorsqu’un dirigeable français vient survoler la ville de Reims : des soldats de garde à la gare, non avertis de son passage, tirent dessus et l’abattent.
Deux officiers qui étaient à bord sont tués. Le lendemain mon père m’emmène avec lui assister à leurs obsèques au cimetière du Nord. Il y avait beaucoup de monde.

L’image contient peut-être : une personne ou plus, arbre, plein air et nature
Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Paul Hess

Le mouvement provoqué par la mobilisation se ralentit ; nous en sommes au 17e jour. Des réservistes de certaines classes n’ont cependant pas encore reçu leurs ordres d’appel individuels. Aujourd’hui, séjournent en ville, les soldats du 19e territorial d’artillerie.

 Source : Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918 - Notes et impressions d'un bombardé

 

Hôtel des Postes, Paris - 1914 Domaine public Agence Rol — Gallica (Bibliothèque nationale de France)

Hôtel des Postes, Paris – 1914 Domaine public Agence Rol — Gallica (Bibliothèque nationale de France)


Mardi 18 août

Rapport concis et éloquent du général Joffre, daté de Vitry-le-François. Nous tenons les vallées des Vosges : les Allemands ont battu en retraite au sud de Sarrebourg. Nous occupons une bonne partie de la Lorraine annexée, nous sommes les maîtres de la vallée de la Seille et dominons celle de la Sarre; Château-Salins est à nous. Partout notre artillerie a produit un effet démoralisant sur l’adversaire.
Des nouvelles de Hollande confirment le bruit que le Kronprinz a été blessé. Le Kaiser serait auprès de son fils à Aix-la -Chapelle.
Les Allemands ont évacué Landen, en Belgique, sur la ligne de Liège à Bruxelles. Ils ont tenté vainement de passer la Meuse, au dessus de Houx, car nos batteries ont fait, dans leurs rangs, d’effroyables ravages. Les Belges attendent avec sang-froid la grande bataille dont on parle depuis tant de jours.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 17 août 1914

Paul Hess

P. Simon-Concé, mon beau-frère, que je n’ai pas rencontré la veille à son hôpital, passe le soir à la maison et nous dit avoir été réveillé, au cours de la nuit précédente, pour recevoir 16 blessés de l’affaire de Dinant ; ce sont des hommes des 33e et 148e d’infanterie.

Source : Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918, notes et impressions d'un bombardé 
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Lundi 17 août

Continuation de nos succès dans la vallée des Vosges. Les Allemands se replient en grand désordre vers Strasbourg, laissant entre nos mains une quantité énorme de matériel.

En Lorraine et en Alsace nos troupes ont dépassé en moyenne de 10 à 20 km la ligne frontière.
Dans l’adriatique, la flotte franco-anglaise par l’amiral Boué de Lapeyrère, a coulé un croiseur austro-hongrois devant Antivari.
Les Serbes ont repoussé victorieusement les Autrichiens, à Chabatz, sur la Save. Ils ont pris quatorze canons.

On confirme la nouvelle que le Kronprinz a été grièvement blessé. Est-ce à la suite d’un attentat ? Est-ce sur le champ de bataille ?
La Turquie désarme les croiseurs allemands.

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