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Le Fort et le Cran de Brimont

Le fort de Brimont est un ouvrage militaire de la ceinture fortifiée de Reims, pensée par le Général Adolphe Séré de Rivières. Il se situe sur les hauteurs du village de Brimont à seulement 10 km de Reims.

Il faudra 4 années pour réaliser sa construction qui débuta en 1875.

Il faisait partie (avec le Cran de Brimont) d’un ensemble de forts construit en arc de cercle autour de Reims et solidaires les uns des autres : La Pompelle, Witry-lès-Reims, Nogent-l’Abesse et la « Vigie » de Berru, Montbré, Saint-Thierry, le « Réduit » de Chenay, Fresnes-lès-Reims et la Batterie de Loivre.

Voir la liste en détail sur le site Betheny1418.free.fr

Celui de Brimont était le plus important de cet ensemble et il pouvait accueillir 729 hommes.

L’accès au fort se faisait par un pont et un système de herse verticale, comme ceux utilisés dans nos anciens châteaux forts (pont levis). L’ouvrage était entouré de fossés eux même protégés par des caponnières et l’artillerie, quant à elle, était placée au centre du fort. Deux autres ouvrages situés à 1300 m de part et d’autre du fort ont également été construits : la Batterie de Loivre, et la Batterie du Cran de Brimont : leur rôle était de couvrir les « angles morts » pour le fort de Brimont.

Le Fort et le Cran de Brimont

Plan du Fort de Brimont :

1- Entrée

2-Caserne

3-Cave à Mortier

4-Poudrières

5-Caponnières doubles

6-Caponnière simple

7-Traverses de tir

Plan de la Batterie du Cran de Brimont :

Le fort appartient désormais à la commune de Brimont depuis le départ des militaires de la base aérienne 112 qui en ont eu la gestion durant de nombreuses années.

Hormis quelques destructions mineures survenues pendant les Première et Deuxième Guerres Mondiales, le fort de Brimont est resté dans un état de conservation exceptionnelle quand on connait l’intensité des combats qui se sont déroulés dans le secteur. Le fort a subi ses plus grandes mutilations après la guerre. Des pierres de taille prélevées dans certains fossés et les façades des casernements servirent à la reconstruction de Reims !

A l’heure actuelle le fort est encore debout et il est l’excellent témoin de ces années de guerre et de la vie qu’ont pu avoir les soldats. Malheureusement aujourd’hui, peu d’intérêt lui est porté et beaucoup de rémois ignorent même l’existence de ce grand site historique situé à seulement quelques kilomètres de leur ville.

La Batterie de Loivre, quant à elle, a complétement disparu, et le Cran de Brimont situé sur une zone privée, est maintenant inaccessible.

Le système Séré de Rivières :

Alors que la France tourne une page d’histoire douloureuse après la guerre de 1870, nous privant de l’Alsace et de la Lorraine et affaiblissant considérablement notre ligne de défense, le gouvernement français ordonne la construction d’une importante série de fortifications à travers le pays afin de défendre les nouvelles frontières françaises très modifiées avec la perte des places fortifiées de Strasbourg et de Metz.

Dès 1874 le Général Adolphe Séré de Rivières, alors directeur du Génie fut chargé de cette tâche colossale : concevoir la réalisation de plusieurs centaines d’ouvrages à travers la France, devant protéger les frontières terrestres et maritimes.

Portraits d'Eugène Turpin
Portraits d'Eugène Turpin

Portraits d’Eugène Turpin

Le système de fortifications appelé «Séré de Rivières » prévoit la construction d’ouvrages polygonaux, et enterrés ou l’artillerie y est installée à découvert, et simplement protégée par les monticules de terre extrait du sol lors de leurs constructions .

On trouve sur le territoire défendu, différents types d’ouvrages adaptés aux différentes stratégies de défenses pensées par le Général Séré de Rivière. Ils sont construits, selon les endroits, en ceinture fortifiée, c’est à dire plusieurs forts construits en arc de cercle autour des villes à protéger, comme c’est le cas pour Reims.

Ces forts sont appelés fort « de places » ou «de ceintures.»

Les forts pouvaient également être construits côte à côte et de manière linéaire, rejoignant deux places fortes à chaque extrémité. Ces forts sont alors appelés fort « de rideau » ou « de liaison ».

Enfin, certains forts de taille importante pouvaient être construits de manière isolée, et avaient la particularité d’être autonomes en cas de combats. Ces forts était capables de tirer des obus dans 5 directions différentes et était mieux armés que les autres, désignés eux « Forts d’arrêt ». Leur rôle principal était de stopper directement les troupes ennemies présentes aux abords.

Le Fort et le Cran de Brimont

Mais une récente découverte allait compromettre l’avenir de ces édifices en les rendant vulnérables. C’est la mélinite qui est développée en 1885 par le chimiste Eugène Turpin, et qui par ses propriétés nettement plus explosives que la poudre noire, permettait une propulsion des obus avec beaucoup plus de puissance. La mélinite va rendre « perméables » les ouvrages de maçonnerie : elle est capable de percer les voûtes en provocant des éboulements et les murs n’offrent plus une protection suffisante pour l’artillerie qui rappelons le, était installée sur des emplacements de tirs à ciel ouvert.

Dès 1886 Plusieurs expériences visant à tester la puissance de ces nouveaux obus à la mélinite fut menées au fort de la Malmaison dans l’Aisne (Chemin des Dames), qui est aussi un des forts de l’aire Séré de Rivières. Il servit de fort témoin, en recevant 171 projectiles de tous calibres tirés à l’aide d’une batterie située à 300 mètres du fort et spécialement installée pour l’occasion.

Le résultat fut sans appel. Devant les dégâts occasionnés par la puissance des impacts jusqu’alors jamais vue, les forts furent condamnés à l’obsolescence, beaucoup d’entre eux ne verront jamais le jour, les forts construits quelques années seulement auparavant seront démobilisés avant la Première Guerre Mondiale. Il sera seulement question de renforcer les ouvrages aux points les plus stratégiques, par du béton armé, ce qui s’avéra être une bonne solution.

En 1914 pratiquement tous les forts sont désarmés.

Reims n’échappa pas à la règle, et les forts furent eux aussi privés de leurs soldats.

Quand les Allemands pénètrent dans la ville de Reims le 4 septembre 1914, ils s’empareront de ces forts sans aucune résistance ou presque, leur offrant des positions stratégiques de premier choix. Reims en payera, par la suite les conséquences. Dès le 4 septembre 1914 les premiers obus tombe sur la Cathédrale : l’on y installe en hâte un drapeau blanc pour que les bombardements cessent. Le 13 septembre 1914 les troupes françaises reprennent la ville, mais les Allemands toujours retranchés aux alentours accentueront les bombardements de la cathédrale et du quartier des Laines avec des obus incendiaires dès le 14 septembre 1914.

Le Fort et le Cran de Brimont

Carte Postale : Collection T. Geffrelot

Le 16 avril 1917, les soldats russes de la première brigade du corps expéditionnaire envoyé en France par la Russie attaquent à Courcy, en direction de Brimont pour tenter de faire une percée dans les lignes ennemies, mais sans succès.

Le fort restera allemand jusqu’en octobre 1918.

Le Fort et le Cran de Brimont

Superposition « avant-après » : Thomas Geffrelot

Le Général Séré de Rivière laissera à la France un héritage très riche et intéressant, en terme d’architecture militaire. Les forts ne connurent certainement pas les honneurs qu’ils auraient mérités. Beaucoup de ces édifices ont pour diverses raisons montré leur importance capitale durant la Première Guerre Mondiale, bénéficiant tantôt à l’occupé tantôt à l’occupant qui s’y retranchèrent quand ils parvinrent à en prendre possession.

Comme pour tenter de raconter leur histoire,139 ans après, une quantité importantes de ces vestiges reste visible , même si certains de ces ouvrages ont complètement disparu.

Les forts de Vaux, et de Douaumont à coté de Verdun sont visités chaque année par des milliers de touristes du monde entier, montrant l’intérêt porté à ces lieux de mémoire prestigieux, ainsi que la nécessité de maintenir leur mise en valeur et l’aménagement d’accueil pour le public.

Le Fort et le Cran de Brimont

(Vue aérienne du fort de Brimont à la fin de l’année 1918) Collection : T. Geffrelot

Actuellement le fort de la Pompelle est en pleine restauration en vue du Centenaire. Malheureusement tous ces hauts lieux de l’histoire n’ont pas la même sort, ainsi certains sont laissés dans un total abandon, se dégradant chaque année un peu plus, et subissant les actes de vandalisme. Pensons-y, il est important de conserver ce patrimoine menacé par l’oubli. Il fait partie des dernier témoins de cette période de notre histoire locale, et il mérite tout notre intérêt

Les forts Séré de Rivières ont énormément d’histoire à raconter tant d’un point de vue mémoriel que pragmatique : hormis le fort de La Pompelle, les infrastructures datant de la premières guerre autour de Reims sont quasi inexistantes alors que Brimont possède toutes les caractéristiques requises pour offrir à d’éventuels visiteurs l’image réelle de la guerre comme on peut rarement la voir autour de Reims.

A l’heure du centenaire de la guerre 1914-1918, il serait intéressant de le voir mis en lumière pour que les visiteurs puissent en faire la découverte. Cela permettrait également que le fort puisse bénéficier d’une mise en valeur, et pourquoi pas plus Quand on voit ce qui a été fait pour l’emblématique fort de la Pompelle qui est visitable toute l’année et auxquels les gens de la région sont solidement attachés, il me semblerait intéressant de ne pas se désintéresser de ce patrimoine qui est si proche de nous et qui devient très vulnérable à force d’être oublié.

 

Portraits d’Eugène Turpin : Gallica.bnf.fr

Fort de Brimont
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Inauguration du Monument aux Morts de la Grande Guerre.

Le 1er Juin 1930, la ville de Reims inaugure son monument au Morts en mémoire aux victimes de la Première Guerre Mondiale. Le monument est l’œuvre de l’artiste Henri Royer, et de Paul Lefebvre, statuaire Rémois déjà connu pour son monument du « Poilu » du 132e régiment d’infanterie installé dans un premier temps Cours Langlet en 1925 puis place Léon Bourgeois en 1933.

Le monument se situe dans l’ancien square de la Mission datant de 1821 (entre l’actuelle place de la république, et le cimetière du Nord) . Sa construction fut faite sur une ancienne grotte, déjà présente dans le parc, et le programme de l’inauguration nous apprend que le comité en charge du monument tint à préserver la fameuse grotte. Le monument occupe une place de premier choix dans le centre de Reims, lui permettant une visibilité maximale et bénéficie d’une réelle mise en valeur, grâce à ses parterres fleuris avec originalité par les services des espaces verts de la ville .

84 ans après sa construction, il est toujours bien présent dans l’esprit des Rémois qui sont habitués à sa présence. De nombreuses commémorations s’y déroulent chaque année.

Je vais vous présenter en détail le déroulement de cette journée de cérémonie du 1er juin 1930, qui a très certainement été une journée pleine d’émotions et de souvenirs pour un grand nombre de Rémois présents ce jour là .

Le 1er Juin 1930, la journée d’inauguration débute à 11h30 par la réception des délégations d’anciens militaires, elle est donnée dans la cour de l’Hôtel de Ville de Reims par le ministre de la guerre de l’époque André Maginot et le Maréchal Philippe Pétain.

Puis la journée se poursuit à 14h30 devant le nouveau monument, où l’on joue la Marseillaise avant de respecter une minute de silence.

C’est maintenant au tour d’un grand mutilé de Guerre de venir allumer une symbolique flamme du souvenir, accompagné par deux jeunes pupilles de la nation.

Le Chant du souvenir est ensuite joué.

Le chant terminé, le monument est officiellement remis à la ville de Reims. S’en suit un discours de Paul Marchandeau (Maire de Reims) et du ministre de la guerre .

Un défilé des troupes de la garnison de Reims vient clôturer les cérémonies.

Les invités rejoignent ensuite l’Hôtel de Ville à 15h30 où se déroule une ultime réception en présence des membres du conseil municipal.

Un programme retraçant le déroulement de cette journée fut réalisé par l’imprimerie Rémoise « Le Centaure ». Adrien Sénéchal fut choisi pour réaliser l’illustration de la couverture sur laquelle il présente un blason de la ville de Reims. Le photographe Lucien Loth fournira six photographies du monument pour l’embellissement de la mise en page.

Le programme dresse une liste des différents régiments ayant défendu Reims pendant la Guerre 1914-1918, ainsi qu’une autre liste qui recense les associations d’anciens combattants, de mutilés de Guerre et de prisonniers existants à Reims.

Il donne également des explications sur la signification des différents éléments du monument .

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Texte extrait du programme :

La pensée accomplissant son effort de résurrection :  » Le poète sensible qu’est notre statuaire, a réalisé dans ce bronze rugueux un chef-d’œuvre d’anatomie, de plastique et de lignes; combien était difficile de traduire la pensée du relèvement des ruines de notre cité, sans tomber dans une inspiration provocante par son attitude même?

L’avenir confirmera, espérons-le, l’avis unanime du temps présent, qui place cette statue au premier rang de notre art national.

Notre architecte, dans sa composition d’ensemble, a su tirer un parti grandiose de son architecture, de quelque endroit qu’on l’étudie, comme le prouve cette vue prise sur le coté gauche de l’exèdre, mettant en valeur le déambulatoire aussi mystérieux qu’un entre-colonnement grec de Poestum.  »

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Sources : Ville de Reims Monument aux Morts, programme de l’inauguration du 01/06/1930

Collection personnelle : Thomas Geffrelot (réutilisation possible des images)

 

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La Guerre 14-18 – un peu de propagande !

La Guerre 14-18 - un peu de propagande ! Nous n’allons pas juger ici l’illustration de cette carte, même si on comprend fort bien le ressenti général. La carte est très explicite !

On peut noter sur cette carte adressée à Raymond, trois écritures différentes… en tête, un petit mot rapide…
Puis un long texte, assez tragique, écrit par Jeanne Campagne (?), sur la gauche de la carte…
… mais aussi et surtout, le commentaire sur la droite du verso qui ne manque pas de piquant ! et qui semble rédigé par une main beaucoup plus jeune, Marcelle ?

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Mon cher Raymond, je joins un petit mot à la carte de Marcelle pour t’envoyer toutes mes amitiés.
Je suis heureuse que tu sois toujours en bonne santé et je souhaite de tout cœur, ton retour parmi ceux que tu aimes, tu as sans doute appris le malheur qui m’a frappé, par Suzanne, tu ne doutes pas de mon chagrin et je ne puis encore croire à un tel malheur,
si je prends courage, c’est en pensant à mes pauvres parents, j’ai hâte de les retrouver, quelle joie pour moi ce jour-là et quelle douleur pour eux quand ils apprendront.
Enfin, il faut se résigner à tout.
Je suis heureuse d’avoir toujours de bonnes nouvelles de Suzanne, enfin bon courage et bonne santé.
Je t’embrasse, Jeanne C.

Et le fameux commentaire :

Fais en autant que le chien.
Ne prends pas cette carte sur toi dans le cas où tu ferais une rencontre de boche.

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Carte Coll. Pierre Cosnard

Un peu d’humour de la part de cette troisième personne, ce qui ne devait pas être évident quand le malheur venait ainsi frapper ces familles.
Comme on dit, la vie reprend le dessus et on ne peut vivre tout les jours dans la peine !
En tout cas, on essaie quand même de rester prudent, on imagine la réaction d’un soldat allemand mettant la main sur une telle carte !

Laurent Antoine LeMog – Amicarte51

Laurent Antoine LeMog – Amicarte51
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La Guerre 14-18 – …tué de même !

La Guerre 14-18 - ...tué de même ! Cette carte a été écrite peu après la guerre, mais mérite quand même qu’on s’y intéresse.
Le recto bien sûr, nous montre « encore une fois » le martyre de la ville.
Et le verso, est d’une lecture assez « croustillante ».

Les anciens (et les moins anciens) sont les premiers à critiquer l’orthographe de nos « jeunes »… et argumentent qu’avant, on savait écrire correctement, avec en poche le certificat d’étude.
Partant du principe que « nul n’est prophète en son pays », je retranscris donc ici cette correspondance, « dans son jus » et émaillée de ses « fôtes » d’orthographe qui lui donnent toute sa couleur et son cachet !

Cher Copain,
je tent voi ces quelques mots pour te dire que je suis toujour en bonne santée. J’espère que tué de même.
Je te dirait que jai été fété le 14 juillet à Amiens.
Nous avons tirait 70 cout de canon.
Encore du 220 (?) demain.
Si tu vas à la Cantine du 102 demande au Cantinier si il se con né un permutant pour aller au 17 Artillerie, tu me le dira.
Je termine en te serran cordaillem
ent la main.
Un Ami qui pense toujour à toi.
Albert H.

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« Tué de même » ? je pense qu’il s’agit du contre-coup de la guerre encore proche… et en ce qui concerne les « 70 cout de canon », on imagine bien qu’un tel nombre de tirs, soit très onéreux.
Mais ne nous moquons pas… ça peut arriver à tout le monde… ou presque ! c’était juste un peu concentré.

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Cette rue de l’École de Médecine à Reims, est devenue en 1941 la Rue Pol Neveux.
Fini les maisons sur la droite, ce sont maintenant les jardins de la Bibliothèque Carnegie.

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Et une dernière vue de cette rue de l’École de Médecine, centrée sur la voie et la cathédrale… et un cycliste qui slalome entre les décombres…

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Pierre Loti à Reims pendant la Grande Guerre en 1914 – 1915 – 1918

Pierre Loti (1850 – 1923) est venu à Reims quatre fois pendant la guerre, en mission et pour retrouver son fils Samuel mobilisé sur le front près de Suippes. On le sait par ses articles dans L’Illustration mais surtout par un journal de guerre publié en 1998 à La Table Ronde : Pierre Loti, Soldats bleus, journal intime (1914-1919), édition établie, présentée et annoté par Alain Quella-Villéger et Bruno Vercier.

ob_7a8d50_soldat-bleuCet ouvrage a été publié avec le concours de l’Historial de la Grande Guerre à Peronne. Le titre Soldats bleus, a été choisi par les éditeurs voir, parce que Loti mentionne souvent la couleur bleu horizon du nouvel uniforme de 1915, dont cette mention minimaliste, le 9 mai 1917, arrivant à Vic-sur-Aisne où il résidera : « le village, déserté et saccagé, n’est plus habité que par nos soldats bleus« . Pour l’adaptation de l’uniforme aux impératifs du camouflage en supprimant le rouge garance, dès fin 14 : voir des croquis de cette évolution sur le site « Les Français à Verdun« . Voir aussi la couleur du célèbre autochrome du soldat assis place Royale à Reims (par Castelnau, le 1/4/1917) article de B. Keller ; et la conférence de François Cochet le 6/12/2013 : L’état-major et la guerre : pour en finir avec le mythe du pantalon rouge.
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En janvier de cette année 2014, le 23, les éditions de La Table Ronde rééditent ce journal de guerre de Loti en édition de poche, collection La petite vermillon. Merci à La Table Ronde pour l’autorisation de mettre en ligne les extraits de cette édition concernant Reims. Sur la nouvelle couverture, on voit le portrait de Loti en uniforme d’officier de l’armée de terre avec un manteau de fourrure d’aviateur… Pour la chronologie des carrières navale et littéraire de Julien Viaud (Pierre Loti à partir de 1881), pour celle de ses voyages et de sa vie familiale, voir l’article de Wikipédia et la très complète préface de l’édition de son Journal de guerre : de 1867-1871 (reçu à l’École Navale, aspirant pendant la guerre contre la Prusse) à 1910 (mis définitivement à la retraite après 42 ans de service dont 12 en mer), en passant par 1891, nommé commandant de vaisseau et élu à l’Académie Française…
A partir du 25 septembre 14, Loti a réussi à se faire admettre dans l’Armée de Terre, comme officier de liaison sans solde et rattaché à l’État-major du général Gallieni. Il va participer à l’effort de guerre culturel et au bourrage de crâne mais avec une réelle expérience du métier de militaire ; situation exceptionnelle, à la fois à l’arrière et sur le front ; voir l’analyse, nuançable, du CRID 14-18, dans son dictionnaire biographique.

1 – Pierre Loti à Reims le 18 octobre 1914 : premier extrait de son journal et son article dans L’Illustration

Ce premier passage à Reims est un bon exemple des innombrables voyages automobiles de Loti qui mériteraient d’être cartographiés en détail ; Romigny est le village près de Ville-en-Tardenois mais « la Ferté-Hurder » reste un lieu non localisable en l’état [Perthes et Hurlus, villages du front au-delà de Suippes…?] La cathédrale et le Palais du Tau ont été incendiés depuis un mois quand Loti y vient…

copyright Éditions de La Table Ronde, 2014

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Article dans L’Illustration du samedi 21 novembre 14, n° 3742

(BMReims-Carnegie cote : PER X G 27)

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Pour l’état de solidité de la cathédrale « …lui dire adieu avant sa chute… » « …qui tient encore sa place comme par miracle…« , pour le démenti de Joffre au sujet des explications allemandes du bombardement de la cathédrale « …prétextes niaisement absurdes… », pour le début de l’organisation de la vie quotidienne sous les bombes : voir le journal de Paul Hess du 13 octobre (p. 175) au 21 octobre (p. 186). Le dimanche 18 octobre, Paul Hess détaille le prix des viandes dans un arrêté du maire J-B Langlet. « Le prêtre » qui reçoit Loti à l’archevêché pourrait être le curé L. Camus ou l’archiprêtre d’alors M. Landrieux ; prêtre qui aurait rapporté une rumeur, que Loti cite, d’un sacrilège « …préparé de longue main… », de toits arrosés d’avance d’une « …substance diabolique… » ! Loti semble bien avoir, ensuite, briévement rencontré le cardinal Luçon qui lui donne un guide pour aller à l’intérieur de la cathédrale. Il n’y a rien à cette date dans le journal du cardinal (publié dans Travaux de l’Académie de Reims TAR 1998, 173e volume, en accès libre dans la salle de lecture de Carnegie cote : PER CH IV 4) si ce n’est le quotidien des bombardements. Ce premier article de Pierre Loti publié le 21 novembre serait connu de Viviani et Léon Bourgeois en visite à la cathédrale le 8 novembre 1914… (cf. Hervé Chabaud : Compatir, soutenir, s’indigner, Les visites de personnalités à la cathédrale dans Reims 14-18, pp.79-81). En réalité, le premier article dans L’Illustration sur l’incendie de la cathédrale est d’un journaliste anglais alors présent à Reims, il est publié le 26 septembre, n° 3734 avec des photos. Suivent dans le n° 3735 un postscriptum d’Henri Lavedan et dans le n° 3736 un courrier du lecteur illustré de l’abbé Thinot, témoin direct de l’incendie.

Officier de Marine, Pierre Loti est sensible à l’équipement des Allemands en jumelles et il le mentionne souvent, d’une façon détournée, dans cet article : « … sous les jumelles féroces… des sauvages embusqués… » « … au bout de leurs lorgnettes, c’est la cathédrale, toujours la cathédrale… ». Le 23 octobre 1914, Pierre Loti note qu’il s’achète à Paris « …un de ces uniformes gris-bleu qui se voit de moins loin dans les jumelles allemandes… »

Voir l’article n° 2 sur Loti à Reims les 25 et 26 août 1915

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La Guerre 14-18 – Correspondance Rémoise… Cher Neveu !

La Guerre 14-18 - Correspondance Rémoise... Cher Neveu !

Nous avons eu le plaisir d'inaugurer en début de semaine une nouvelle série de billets, qui vont plus particulièrement s'intéresser au verso des cartes postales, sur ces correspondances en temps de guerre.
Même si ce ne sont pas toujours des informations de fonds, il n'en reste pas moins que ce sont des témoignages humains, ressentis durant ce premier conflit mondial. En tout état de cause, cela permet de comprendre et d'appréhender les joies et les peines de ces personnes, grâce à des petits courriers toujours très vivants et remplis d'humanité. Ne l'oublions pas, ça aurait pu être nous !

26 septembre 1917
Cher neveu,
c'est avec plaisir que j'ai reçu ta lettre me faisant part de ta bonne santé, et moi de pouvoir te faire part de même.
On me dit que tu t'attends tous les jours à monter sur le front.
C'est vrai que tu es dans l'Artillerie, c'est un peu moins dangereux, mais je t'assure que ce n'est pas le rêve.
Voilà 29 mois que je tiens les tranchées et j'ai eu le temps d'en voir un peu de tout, et c'est pas fini !
Nous devons changer demain mais nous allons pas loin, toujours aux alentours de la vue de cette carte.
Tu me parles que j'avais eu une perm de 20 jours, en effet, mais je peux te dire que cette fois, j'avais apporté un cafard qui a de la peine à me passer, car on voit que ce n'est pas encore près de finir.
Enfin, j'ai toujours d'assez bonnes nouvelles de ma petite famille, ça me console un petit peu.
J'ai passé aux mitrailleurs depuis 5 ou 6 jours, je pense que je ne serais pas plus mal.
Pour aujourd'hui cher neveu, je te quitte en t'envoyant mes meilleures amiti
ées.
Paul Chalamet, au 120è Territorial C.M.1 Secteur Postal 223.

La Guerre 14-18 - Correspondance Rémoise... Cher Neveu !

Comme on peut le lire dans cette correspondance d'un père de famille, son secteur ne doit pas être trop éloigné de la place de la République visible sur la carte envoyée.
Où précisément ? pas aisé à dire, mais déjà 29 mois de tranchées… difficile à imaginer !
On comprend aisément son cafard après 20 jours de permission… comment repartir vers l'enfer, comment quitter à nouveau ses proches ?
On le sent résigné, pour lui, sa famille et sa patrie… et il est bien conscient que l'issue de cette guerre est encore fort éloignée.

Sur cette carte de 1917, les constructions à l'angle de l'Avenue de Laon semblent encore en assez bon état, même si l'on détecte quelques dégradations éparses…
mais ça ne durera pas, comme on peut le constater sur la photo ci-dessous, montrant la Place de la République en ruines, après la retraite des allemands.

La Guerre 14-18 - Correspondance Rémoise... Cher Neveu !

Sans commentaire, la place n'est que tristesse et désolation, la belle fontaine Bartholdi n'a pas non plus été épargnée par les pluies d'obus.

 

Laurent Antoine LeMog – Amicarte51

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Le Poilu sur la place Royale

Bonne Année du Centenaire 1914-2014 et Meilleurs Vœux à tous les lecteurs de Reims 14-18. Un grand merci pour votre fidélité.

Autochrome de Paul Castelnau, daté du 1er avril 1917, sous-titré ainsi : « Déjeuner de poilu : soldat en bleu horizon avec au fond une librairie endommagée ».

Ce soldat fait une halte place Royale pour se restaurer. Vous remarquerez ses brodequins maculés de la terre crayeuse de Champagne. Part-il permission ? En fait c’est une mise en scène de la part du photographe, car le soldat et son « bardas » sont bien mis en scène et on retrouve ce soldat sur d’autres autochromes, avec sa bicyclette. Source : Culture.Gouv.fr

Rappelons que le 16 avril 1917, soir 15 jours après cette photo, débutera « l’Offensive Nivelle » tristement célèbre pour les conséquences qu’elle aura sur le « Chemin des Dames » (mutineries).

Le but de cette attaque de l’armée française : percer la ligne de front sur le Chemin des Dames et dégager Reims. Elle s’étendait de Soisson dans l’Aisne, aux « Monts de Champagne » dans la Marne.

C’est à cette occasion que les Français feront l’usage, pour la première fois, d’une nouvelle arme : les chars d’assaut, dans la plaine de Juvincourt au nord de Berry-au-Bac.

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Photo / Montage : Béatrice Keller pour Reims Avant

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