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Mercredi 27 février 1918

Louis Guédet

Mercredi 27 février 1918

1265ème et 1263ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Temps pluvieux, je suis exténué, je ne dors plus. Ces insomnies me tuent. J’ai hâte d’aller me reposer à St Martin.

8h soir  …Couru… Reims. Je suis nerveux.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

février 1918 -Suite du défilé, à la mairie, d’habitants de Reims à qui ont été remis des ordres de départ et qui viennent demander un sursis de quelques jours à leur évacuation.

Les capitaines Linzeler et La Montagne, auxquels est venu se joindre aujourd’hui M. Pizot, secrétaire général de la préfecture, se tiennent toujours là, en permanence, pour recevoir les doléances et accorder ou refuser le répit sollicité.

Quelques lignes complémentaires sont venues s’ajouter – aujourd’hui à l’avertissement officiel déjà publié hier dans L’Éclaireur et signé : La commission mixte. Les voici :

Les habitants qui désirent que les camions aillent les prendre à domicile, sont priés de se faire inscrire à la mairie.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 27 – Nuit tranquille. + 6°. Visite de Mlle Mahieu. Visite du Général Petit qui nous invite à dîner samedi ; aux Colonels Bonnery et Coignard, aux Sœurs de St-Vincent de Paul. Expédié lettre aux Évêques de la Province pour retarder l’assemblée annuelle. A 9 h. soir, pendant 5-10 minutes, bordées de bombes (sur batteries ?). L’Évacuation continue.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 27 février

Lutte d’artillerie assez vive sur la rive droite de la Meuse (région de Beaumont).
Sur le front britannique, un détachement ennemi qui tentait un coup de main sur un poste de la région de Saint-Quentin, a été rejeté par les feux d’artillerie de nos alliés et leurs jets de grenades, avant d’avoir pu aborder les réseaux.
Un autre détachement qui attaquait un poste au nord de Passchendaele a été également repoussé.
Nos alliés ont fait un certain nombre de prisonniers dans la partie nord du front.
Activité de l’artillerie allemande au sud-ouest de Cambrai, dans la vallée de la Scarpe, au sud d’Armentières et au nord-est d’Ypres.
L’artillerie britannique a attaqué et dispersé des groupes de travailleurs ennemis dans la région de la Bassée.
Les aviateurs anglais ont fait du réglage et des reconnaissances. Ils ont jeté des bombes sur divers objectifs, cantonnements, convois, etc. Les pilotes britanniques ont jeté plus de deux cents bombes sur des champs d’aviation ennemis vers Courtrai et sur des cantonnements au nord-est de Saint-Quentin. Ils sont tous rentrés indemnes.
Hertling et Payer ont parlé au Reichstag, l’un sur la situation internationale, l’autre sur la politique intérieure.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Vendredi 23 novembre 1917

Louis Guédet

Vendredi 23 novembre 1917

1169ème et 1167ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toujours le même temps gris. Combats violents vers 8h du soir hier et 3h du matin. A 8h du soir des obus asphyxiants rue du Champ de Mars, chez Delancin (à vérifier) et de Mumm. M. Mazzuchi consul d’Italie qui habite là a été un peu incommodé pas ces gaz qui sentent l’échalote… Dans la journée le calme. Courrier ordinaire, pas de lettres de St Martin. Le voyou de la censure de Châlons continue. Il se fera pincer un jour. Reçu visite de M. Ricoul, chef de la comptabilité de la Banque de France, de Reims. Explications, mise au point, etc…  pour l’emprunt. Il m’a quitté à midi 3/4. Après-midi été voir mon vieil expéditionnaire le papa Millet et lui porter un peu de travail. Rentré pour travailler après avoir acheté l’Écho de Paris qui m’apprend rien d’autre sur la Grrrrande victoire des Britanniques devant Cambrai ! Quelle comédie !! Rien vu, rien appris en route qui valent la peine d’être noté. Causé une seconde avec Charles, Receveur municipal et Beauvais. Je suis fourbu !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Vendredi 23 – + 10°. Après-midi, visite aux Sœurs de Saint-Vincent de Paul pour Fourneau économique. Via Crucis in Cathedrali à 4 h. Visite de M. Clesse.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 23 novembre

Lutte d’artillerie intense au nord du Chemin-des-Dames, entre Aisne et Miette et en Champagne. Les Anglais ont, jusqu’ici, libéré 12 villages autour et en avant de Cambrai et fait 8000 prisonniers.
Les Italiens ont vigoureusement contenu les offensives austro-allemandes sur le front de la Piave.
En Macédoine, actions d’artillerie sur la basse Strouma, dans le secteur du Vardar et dans la région de Monastir, où nous avons exécuté des tirs de destruction sur les batteries ennemies.
La disette s’accroît en Russie, où plusieurs armées se plaignent de manquer de tout.
L’Allemagne a annoncé une nouvelle extension de son champ de blocus maritime.

Sources : La Grande Guerre au jour le jour


Chemin des Dames – par Mayu

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Jeudi 26 juillet 1917

Paul Hess

26 juillet 1917 – Nos pièces ont tiré très violemment pendant la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 26 – + 15°. Violent combat d’artillerie du côté français et bombes sifflantes allemandes de 2 h. à 3 h. Indisposition : manqué la messe. Visite à Sainte Geneviève, à Saint Vincent-de-Paul. Au retour, des obus fusants crachent des shrapnells dans notre cour. Obus sur la tour nord ; un autre sur la Cathédrale. Canonnade de 9 h. à 10 h. soir. Lettre à Mgr l’Evêque d’Angers (Recueil, p. 133).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 26 juillet

La contre-attaque vigoureuse que nous avons menée contre les troupes allemandes en avant de Craonne a brillamment réussi.
Nos soldats ont repris tout le terrain perdu sur le plateau de Californie, hormis un petit ouvrage complètement détruit. Sur le plateau des Casemates, les Allemands ont été rejetés de la totalité des éléments qu’ils occupaient, et sur plusieurs points même, nous avons avancé notre ligne. Toutes les contre-attaques ennemies, menées après coup, ont échoué.
Sur le front belge, bombardement d’obus à gaz dans la région de Nieucapelle et Hazevind. Des avions ennemis ont jeté des bombes sur Adinkerke. Canonnade violente autour de Steenstraete.
En Macédoine, rencontre de patrouilles sur le Vardar. L’aviation alliée a bombardé les campements ennemis dans la région de Demir-Hissar et de Staravina.
Les Anglais ont réussi un nouveau coup de main en Flandre, près d’Oosttaverne. Ils ont repoussé une tentative près de Cherisy. L’aviation, sur leur front, a livré de nombreux combats.
Activité des Autrichiens sur le front italien (vals de Canonica et Giudicaria). Nos alliés ont dispersé un détachement ennemi sur la rive gauche du Rienz. Rencontre de patrouilles sur le front des Alpes Juliennes.
On signale un engagement naval en mer Baltique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 18 avril 1917

Louise Dény Pierson

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18 avril 1917

Le long de la grande allée centrale des parois de planches délimitaient des chambres où les familles trouvaient un peu d’intimité.
A côté de nous, couchaient des gendarmes et pour cette première nuit, il y eut chez eux un certain remue ménage qui nous tint éveillés.
Une de leurs patrouilles amenait un soldat d’un uniforme inconnu ; c’était un Russe et il fallait trouver un interprète, c’était un officier logé plus loin. Ce Russe faisait partie d’une division de l’armée du Tsar amenée à grands frais sur le front français. Pourquoi ? Mystère !
Peut-être pour remonter le moral de nos troupes qui était bien bas après l’échec de nos offensives des 16 et 17 avril…

A la fin de l’après-midi, le train blindé, ses canons repliés, est reparti vers Rilly-la-Montagne où il trouve un abri très sûr dans le tunnel. Il n’en a pas de même pour nous qui avons commencé à recevoir la riposte des Allemands dont les obus tombent un peu partout.
Alors que j’arrive à la porte de la maison, un sifflement très proche me surprend. Au lieu de me jeter à terre, comme on nous l’a appris, je m’élance dans le couloir en claquant la porte derrière moi, geste machinal qui ne m’aurait pas sauvée de l’obus mais peut-être des éclats et qui ne valait pas un rapide plat ventre ..
Nous sommes gratifiés, dans notre quartier, de deux variétés d’obus : l’Allemand dont on entend bien le sifflement avant l’explosion et l’Autrichien qui explose avant qu’on ait pu l’entendre venir, bien plus dangereux que l’autre.
Heureusement, si l’on peut dire, qu’il arrive plus d’obus allemands que d’autres. Pour cette nuit et les suivantes, qui menacent d’être agitées, nous quittons la maison de la vigne pour nous réfugier dans les caves Walfart plus solides et bien organisées pour recevoir les habitants voisins.

Ce matin, nous avons eu une surprise : un train que nous appelions peut-être à tort, blindé, est arrivé dans la nuit. Il est venu prendre position dans la grande tranchée du chemin de fer, tout en haut des vignes (Sur la photo, l’endroit est aujourd’hui le pont Franchet d’Espèrey).
Ce sont deux pièces d’artillerie de marine montées sur des wagons métalliques très longs, dont les bouches impressionnantes émergent de la tranchée.
Dès les premiers coups, c’est la panique parmi les travailleurs de la vigne, d’autant plus que des morceaux de cuivre rouge, arrachés de la ceinture des obus tombent çà et là. Un ouvrier a voulu en ramasser un et s’est brûlé les doigts.
Notre surveillante a voulu nous répartir aux deux extrémités de la vigne et continuer le travail mais un officier de la batterie est apparu en haut du talus et d’un ton sans réplique, s’adressant à la surveillante : « Je ne veux voir personne en avant des pièces, sortez tous immédiatement ou je ferai exécuter une évacuation totale et définitive du personnel civil travaillant sur ce terrain ».
Bon gré, mal gré, la surveillante a dû bien exécuter cet ordre et nous avons été répartis dans d’autres services des caves Walfart.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Louis Guédet

Mercredi 18 avril 1917

949ème et 947ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Temps gris brumeux, glacial, de la neige fondue, du grésil, de la pluie, sale temps. Nuit tranquille dans notre quartier. Mais boulevard Lundy, bombardement vers 2h du matin, tir de barrage. Pierre Lelarge a encaissé pour son compte 6 obus, Lorin rue de Bétheny un, etc…  etc…

Hier soir j’ai reçu la visite du bon R.P. Desbuquois, charmant homme, beaucoup de cœur, et qui me comprend très bien et sent mes souffrances auxquelles il compatit en même temps (rayé) qu’il n’est pas surpris de leur (rayé) cruauté même envers (rayé). Causé longuement, il reviendra me voir puisqu’il est revenu habiter rue de Venise au Collège, dans la crainte des gaz asphyxiants, rue St Yon où il habitait seul. Il était plus raisonnable pour lui de se trouver avec les collègues, c’était du moins plus prudent. Je pourrai ainsi aller le voir plus facilement.

Ce matin le calme. La bataille continue dans le lointain, toujours vers Berry-au-Bac, mon pauvre Robert !!!! Été à la Poste, trouvé lettre du Père Griesbach retirant sa plainte contre Dupont, son insulteur, et mis une lettre pour Madeleine. Été à la Ville, rien de saillant, on est sans nouvelle de la bataille. Les employés de la Ville sont toujours heureux de me voir, ainsi que les agents de Police.

Repassé chez Mazoyer, mes lettres d’hier ont été prises par lui. Çà va bien !! Ce soir j’en remettrai une pour ma chère femme. Rencontré en route Lesage, pharmacien, casqué comme un vrai poilu. Il a bonne tête là-dessous, cela lui va !! Il est las comme nous tous !! Rentré à la maison par un brouillard tombant frais ! On est glacé. Aussi bien physiquement que moralement. Il serait pourtant bien et temps que notre martyr cessât ! On est au bout de tout, forces physiques et morales, on vit en loques !

6h soir  A 2h été prendre mon courrier, reçu lettre de ma pauvre femme, toujours aussi angoissée. Je lui réponds de mon cabinet de juge. Elle me disait qu’elle avait reçu une lettre du 10 de Robert qui allait bien et disait que de la hauteur où il était il voyait les allemands qui en…  prenaient pour leur rhume !..

Carte de Charles Defrénois, du Répertoire Général du Notariat, très gentille et admirant ma conduite. Je lui réponds pour le remercier et lui dire que je ne pourrais lui régler les frais de légalisation, procuration Heidsieck qu’il me retournait que lorsque la Poste recevra le mandat Poste.

De là je vais à la Ville, monte avec Charbonneaux au campanile de la Ville, où je retrouve Lenoir député, le Maire et Sainsaulieu, architecte de la Ville. Nous contemplons le champ de Bataille de Brimont, malheureusement la pluie ne nous permet guère de bien voir quelque chose. Je termine ma lettre à Madeleine dans la salle du Conseil, et vais porter mes lettres à Mazoyer que je rencontre sous les loges (de la place d’Erlon). Il me dit qu’à l’État-major on est satisfait de la bataille.

Nous sommes au Mont Cornillet, Mont-Haut, Moronvilliers où je chassais. Le Mont Cornillet ! Quels souvenirs, c’est là où mes 2 grands artilleurs ont tué leurs 1ers lapins. Rentré à la maison, rencontré en route le Commissaire Central Paillet. Vraiment crâne ! Avec moi il se gausse de la fuite lâche de Speneux, commissaire du 3ème canton, de Mailhé, commissaire spécial près la Place, encore un crâneur celui-là, des employés des Postes, des bureaucrates, etc…  etc… « Tous foutu le camp ! M. Guédet » me dit le Brave Paillet. Nous nous quittons, et je lui dis : « on devra cingler après la Guerre ces peureux-là !! » Lui me reprend : « Oui, mais je dis on devrait !! car on n’osera pas !! » Moi de répondre : « Nous verrons bien !! »

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

18 avril 1917 – Au cours de la nuit, bombardement ; les obus sont tombés boulevard Lundy. Rien dans la journée. Le soir, forte canonnade, surtout par les 75, qui claquent bien.

La place Amélie-Doublié que j’ai tenu à revoir, aujourd’hui, a changé beaucoup d’aspect depuis une dizaine de jours. Là comme ailleurs, on a maintenant une impression de désolation, de des­truction qui, toutefois est bien pire encore avenue de Laon où les premières maisons de gauche sont entièrement détruites, de même que celles situées à droite et comprises entre la rue Lesage et le local de la poste. En passant, j’y ai remarqué un incendie en pleine intensité, brûler sans pouvoir être combattu, les maisons nos 7 et 9.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 18 – + 2°. Toute la nuit combats au loin autour de Reims. Obus. Visite du Général Lanquetot (venu pendant ce temps-là à la maison) dans les caves Walfard où les bureaux sont installés. Notes pour la presse approuvées par lui (sur les bombardements de la Cathédrale) et de la ville. Visite aux Sœurs de Saint Vincent de Paul. Familles Walfard et Bec­ker, à M. le Curé. On nous prévient que l’opération qui délivrera Reims sera dure et longue. Les Français ont attaqué du côté de Moronvillers : les objectifs assignés sont tous pris(1). Allemands résistent avec acharnement ; 2 400 faits prisonniers dans leurs défenses ou cernés. Visite du Général de Mondésir qui avait envoyé hier demander de nos nouvelles. Comme le général Lanquetot, il dit : « Vous n’avez rien vu ! Reims peut passer de très mauvais jours(2). » Il craint surtout les incendies et les obus asphyxiants.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Les sommets des monts de Champagne qui dominentla plaine de la Vesle sont effectivement entre nos mains (le Mt Cornillet, le Casque, le Téton, le Mt Haut, le Mt Perthois, le Mt sans Nom, le Mt Blond)
(2) Le général Pierron de Mondésir a malheureusement raison puisque les destructions de Reims atteindront leur pont culminant au printemps 1918, alors que la ville est heureusement évacuée en totalité.

Mercredi 18 avril

Au nord et au sud de l’Oise, activité intermittente des deux artilleries. Nos patrouilles ont ramené des prisonniers.

Entre Soissons et Reims, nos troupes se sont organisées sur les positions conquises. Dans la région d’Ailles, une forte contre-attaque allemande sur nos nouvelles lignes a été brisée par nos barrages et nos feux de mitrailleuses qui ont fait subir des pertes élevées aux assaillants.

D’autres contre-attaques ennemies dans le secteur de Courcy ont également échoué. Le temps continue à être très mauvais sur l’ensemble du front.

En Champagne, nous avons attaqué à l’ouest d’Auberive, sur un front de 11 kilomètres en enlevant la première ligne ennemie et, sur certains points, la seconde. Cette avance nous a valu de faire 2500 prisonniers.

Sur le front, entre Soissons et Reims, où les pertes allemandes ont été très considérables, le chiffre de nos prisonniers atteint à 11000.

Les ouvriers de Berlin se sont mis en grève pour protester contre le rationnement, qui est devenu insupportable. Des bagares sanglantes ont eu lieu, de même qu’à Leipzig.

Les aviateurs anglais et français ont accompli un raid aérien de représailles sur Fribourg-en-Brisgau.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 1er avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 1er avril 1917  Rameaux

932ème et 930ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 matin  A 4h20 des bombes, cela se rapproche, je m’habille, à peine étais-je vêtu qu’une bombe tombe dans notre rue, vers le 97-99 (exactement au n°99, clinique Lambert, à 50 mètres de la maison). Il faut descendre à la cave, cela se rapproche, une autre, je n’ai le temps de rien prendre ni sauver, cela dure jusqu’à 5h…  mais cela s’éloigne. Nos canons tapent dur vers le Faubourg de Laon et aussi vers Pommery, mais moins. A 5h1/4 nous nous décidons à remonter, nous sommes grelottants. Lise comme toujours est descendue très tard, la dernière, je renonce à la gronder. Quant à Adèle, à moitié habillée, elle a voulu sauver quelque chose, c’était son réveille-matin, son peigne et sa brosse à cheveux !! Jacques est toujours aussi calme. Un voisin vient nous demander asile, notre voisine habituelle, Mademoiselle Marie…  n’est pas venue. Cela m’étonne.

Je suis glacé, j’allume un peu de feu. Tout abattus, nous ne sommes plus forts, et puis à vrai dire on est rompu d’émotion, fatigué de privation de sommeil. Notre martyr ne finira donc jamais. Triste début de la Fête des Rameaux. Triste Rameaux. Il est vrai que c’est la fête des Morts, des tombes, des cimetières ! Vais-je me recoucher ? Oui, je tombe de sommeil, et puis je suis brisé, tâchons de prendre un peu de repos ! Encore bien heureux de retrouver mon lit, ma chambre intacte ! Quelle vie misérable que la mienne ! Et voilà le 31ème mois de cette vie qui commence. Et le 32ème mois de cette Guerre !!

8h1/2 soir  Dieu ! Quelle journée ! Bombardement sans discontinuer, de 4h20 à ce soir, partout. Donc j’ai vaqué à mes affaires et à mes courses sous les bombes. Je suis fourbu et demain il me faut recommencer, mais c’est pour voir mon pauvre Robert qui est à Nanteuil-la-Fosse, ou y était le 28 mars…  (Nanteuil-le-Forêt depuis le 8 février 1974) mais procédons par ordre.

M’étant recouché ce matin, j’ai sommeillé, mais mal. Levé avec difficultés à 8h habituel. Messe des Rameaux à 8h1/2. Tristes Rameaux. Distribution des Rameaux dans la chapelle de la rue du Couchant. Procession avec le Cardinal Luçon et comme assesseurs l’abbé Camu et le chanoine Brincourt. Les enfants ont leurs masques en sautoir, du reste nous sommes obligés de les porter, tous. Ce matin il y a encore eu 2 victimes rue Montlaurent. La messe paroissiale est dite par l’abbé Camu, curé intérimaire. Évangile de la Passion chanté à 3 voix, 2 vicaires et l’abbé Camu comme officiant. Rentré à 10h1/4 glacé. L’arrosage continue lentement, systématiquement pour toute la journée. Temps glacial avec grands nevus, giboulées, etc…  vent, bise…  Parti à midi, n’ayant pas mon courrier, pour le Cercle sous les bombes qui sifflent à plaisir. Nous sommes à la noce, cela nous rappelle les journées de 1914-1915. Au Cercle Charles Heidsieck, Camuset, (rayé). Dans les automobilistes militaires (rayé) toute cette (rayé) jusque la gré… (rayé) Charbonneaux, Albert Benoist, Pierre Lelarge (rayé) qui a fermé 5/6 (rayé) et les coudes sur la table…  digne réplique (rayé)?!

Et le Docteur Simon, arrivé en retard à cause des victimes de ce matin à opérer. Les 2 rue Montlaurent, le père fracture du crâne et gaz, le fils une égratignure au talon, mais asphyxié. Deux femmes faubourg de Laon, une l’éclat d’obus n’a fait qu’érafler le ventre, la jeune fille un boyau crevé. Causés tous très longuement et d’une façon très intéressante avec Charbonneaux. Je suis loin des engueulades de Nauroy pour une poule faisane tirée malencontreusement par Lucien Masson (père de Geneviève, qui épousera le 7 mai 1925 Jean Guédet (1874-1948)). Je m’entendrai avec lui, à moins que ce ne soit lui qui veuille s’entendre avec moi ????? (Rayé) et femme (rayé) et fromage de (rayé). Çà siffle toujours. Charles Heidsieck me cause de diverses affaires, puis nous filons sous l’acier chacun chez nous, chacun de son côté. En rentrant je trouve une lettre de Robert qui me dit être à Nanteuil-la-Fosse et m’attendre. (Rayé). Je combine, je cours chercher une voiture pour demain car après ce serait remis à vendredi à cause de mes audiences en rendez-vous. Enfin par le commissariat central j’arrive presque à réquisitionner une voiture qui me prendra à 5h1/2 pour arriver tôt à Nanteuil, si j’y trouve mon petit ! Mon but est tout indiqué, je viens comme Président de la commission d’appel des allocations militaires faire une enquête. Quand je serai sur place ce serait bien le Diable que je ne trouve pas le moyen d’embrasser mon brave et fier garçon, et déjeuner avec lui et passer une partie de la journée…

Je prie Dondaine de venir à 6h du soir recevoir la signature de mon lieutenant de vaisseau de Voguë, et je lui laisse une lettre d’excuses. Bref il est bon quelque fois d’être Président d’une commission d’appel. Tout s’aplanit et la Police marche. Dieu me pardonne. J’apporte à tout hasard chocolat, biscuit, saucisson et Villers-Marmery pour ce pauvre Roby. J’arrête, il faut se coucher. Tâcher de dormir, si les allemands ne continuent pas leur sarabande et me lever tôt demain matin. Je suis fourbu. Comme me le disait Raïssac et Houlon tout à l’heure nous ne sommes plus fort et nous n’offrons plus la même résistance après des bourrasques comme celles d’aujourd’hui, qui nous rappellent les jours sombres de novembre et décembre 1914…  février et mars 1915…  Quand donc serons-nous délivrés… ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 1er avril 1917 – A 4 h, nous sommes brusquement réveillés par un arrosage sérieux, avec obus asphyxiants. Au bout d’une demi-heure, des 75 du voisinage se mettent à riposter ferme, et, le bruit des coups de canon se mêlant à celui des explosions d’obus, il devient impossi­ble, pendant une heure environ, de percevoir les sifflements ; à 5 h 1/2, les arrivées qui, jusque-là se suivaient de très près, com­mencent à s’espacer puis, insensiblement, le calme revient.

Vers 10 h 45, tandis que je regagne la place Amélie-Doublié — après être allé à la mairie où je tenais, par précaution, à descen­dre au sous-sol, à côté des registres qui s’y trouvent installés depuis le 8 septembre 1915, ce qui me reste d’autres documents concer­nant le mont-de-piété — la séance de bombardement recommence et au moment où j’arrive sur le pont de l’avenue de Laon, un obus éclate à ma droite, sur le troisième hangar de la Petite Vitesse.

Jugeant qu’il me faut éviter de m’engager dans la rue Lesage, comme d’habitude, je continue droit devant moi, pour rentrer par la rue Docteur-Thomas ; avant que je n’y sois parvenu, une rafale de trois autres obus éclate, coup sur coup, sur le ballast, coupant trois voies du chemin de fer, à hauteur du n° 15 de la rue Lesage.

Pendant midi, les sifflements s’entendent encore et après une courte accalmie, les rafales de projectiles recommencent à tomber de tous côtés, sans arrêt, jusqu’à 19 heures.

Deux hommes, le père et le fils, ont été asphyxiés rue Monlaurent, par les gaz ; leurs dangereux effets ont atteint, en outre, d’autres personnes. Il y a d’assez nombreux blessés et les dégâts, dans certains quartiers, ont encore lieu de surprendre par leur grande importance.

Reims a reçu, ce jour, de 2 800 à 3 000 obus et, sauf le matin, nos pièces n’ont pas tiré. On ne peut, sans colère et mépris, songer aux déclarations si manifestement contraires à la vérité, faites maintes fois par les journaux de l’ennemi, pour justifier, soi-disant, sa manière féroce de faire la guerre ; au cours de cette pénible et triste journée, sa mauvaise foi a été trop évidente.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Avenue de Laon

Avenue de Laon


Cardinal Luçon

Dimanche 1″ – + 4°. De 4 h. 1/2 à 5 h. 1/2, formidable bombardement, rue du Barbâtre, du Jard, de Venise, de l’Equerre (où elles ont tué les deux chevaux des femmes qui conduisaient une voiture publique. Un homme a été atteint par des gaz asphyxiants dans son lit, on dit qu’il ne s’en relè­vera pas. Bombes sifflantes encore au moment de la grand’messe. D’autres ont sifflé encore à 10 h. 1/2, au retour, (sur batteries ?). Bombardement toute la journée : ai couché à la cave. 29 obus au Petit Séminaire devenu inhabitable. Curé de Saint-André n’a plus ni fenêtres, ni portes, ni toiture. Chapelle rue d’Ormesson dévastée : un obus y tombe entre la messe qui était à 10 h. et les vêpres qui se chantèrent à 3 h. Mur de Saint Vincent-de- Paul renversé. 2048 obus. Chapelle détruite, monceau de décombres disent les journaux ; lncipit Passio Urbis Remorum.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 1er avril

Au nord et au sud de l’Oise, faible activité.

Au sud de l’Ailette, nous avons attaqué avec succès les positions ennemies en plusieurs points du front Neuville-sur-Margival-Vrégny. Nos troupes ont réalisé de sérieux progrès à l’est de cette ligne et enlevé brillamment plusieurs points d’appui importants malgré l’énergique défense des Allemands.

Plusieurs contre-attaques ennemies ont été refoulées.

En Champagne, les Allemands ont multiplié les tentatives sur les positions reconquises par nous à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Ils ont dirigé successivement cinq contre-attaques violentes qui ont été brisées par nos feux de mitrailleuses et nos tirs de barrage. L’ennemi a subi des pertes très sérieuses. Le chiffre des prisonniers atteint 80 dont 2 officiers.

Échec d’un coup de main ennemi à Ammerstwiller, en Alsace. Nous dispersons des patrouilles près du Pfetterhausen.

Les Anglais ont pris les villages de Ruyaulcourt, de Sorel-le-Grand et de Fins et progressé vers Heudicourt où un certain nombre de prisonniers sont restés entre leurs mains. Ils ont rejeté une attaque au sud de Neuville-Bourgonval.

Le gouvernement provisoire russe a lancé une proclamation pour appeler à la vie une Pologne indépendante et unifiée.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 15 janvier 1917

Cardinal Luçon

Lundi 15 – 1°. Nuit tranquille en ville ; au loin canonnade continue nuit et jour. Dans la nuit. Mort de Sœur Gabrielle de Saint Vincent de Paul, rue de Betheny. Nous sommes allés prier près de sa dépouille mortelle. 5 h. 1/2, quelques bombes sifflantes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Rue de Betheny (actuelle rue Camille Lenoir)

Rue de Betheny (actuelle rue Camille Lenoir)


Lundi 15 janvier

Canonnade habituelle au sud de la Somme et dans la région de Verdun.
Plusieurs reconnaissances ennemies au sud de Berry-au-Bac ont été repoussées avec pertes.
Un avion ennemi a été forcé d’atterrir dans nos lignes, près de Pont-à-Mousson. Les aviateurs ont été faits prisonniers.
Un détachement ennemi a tenté un coup de main contre un des postes anglais au nord-ouest de Gueudecourt. Il a complètement échoué et a été rejeté avec pertes.
Les patrouilles britanniques ont exécuté avec succès diverses opérations dans les régions de Neuve-Chapelle et d’Armentières.
Les tranchées allemandes ont été bombardées avec efficacité au nord-ouest de Lens.
Activité d’artillerie au nord-est d’Ypres.
Canonnade croissante sur le front du Trentin. Les Italiens ont entravé des mouvements importants sur l’arrière du front ennemi. Ils ont pris sous leur feu des emplacements de batteries.
Les Russes ont repoussé une offensive allemande dans la région de Riga, au sud du lac Babit, à l’est du village de Kalnzem.
Les Autrichiens ont été rejetés dans la vallée de la Putna, en Valachie, et près de la vallée du Trotus.
Toutefois, les Russo-Roumains ont dû évacuer le village de Cotumihah, sur la rivière Sereth, près de Braïlow.
Succès russe au Caucase. Les Turcs prennent la fuite près de Kalkite.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 3 avril 1916

Louis Guédet

Lundi 3 avril 1916

569ème et 567ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Journée et nuit calmes. Soleil chaud et splendide. Vu Mt Dargent, avoué, qui est réfugié à Chaville (Seine). Il m’apparu assez abattu et découragé,

Vu le Procureur de la République assez pessimiste. J’ai tâché de le remonter…  quoique moi aussi j’en aurais bien besoin. Il suffirait de si peu de choses pour nous encourager, il me semble. En attendant c’est toujours la vie triste, solitaire, de cénobite comme le dit M. Bossu ! mon Procureur ! Je me suis occupé toute la journée mais sans conviction !! Des journées comme celle d’hier, comptent dans une vie et cela ne nous rajeunit pas. Je suis si las !! si triste ! et si inquiet de l’avenir pour mes chers aimés.

Le bas de la page a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Lundi 3 – Nuit tranquille sauf grosse canonnade par intervalles ; + 9. Visite à la Chapelle de la rue d’Ormesson (où se font les offices du diman­che… les offices du culte public depuis que l’église paroissiale a été dévas­tée) avec M. le Curé. Visite à Bethléem, 50 obus ! dévasté par 50 obus ! Et aux Sœurs de S. Vincent de Paul de S. André, 3 obus. Aumônier militaire tué à 3 h. à la tranchée, nantais d’origine. Visite de M. Marchand, Curé de Lonvergny qui revient de Captivité et nous raconte ce qu’il a vu. Il a été en Allemagne prisonnier avec d’autres prêtres du diocèse.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Prisonniers Français

Prisonniers Français


Lundi 3 avril

A l’ouest de la Meuse, bombardement violent de nos positions du bois d’Avocourt.
A l’est de la Meuse, l’ennemi a attaqué nos positions entre le plateau de Douaumont et le village de Vaux. Il a pénétré dans le bois des Caillettes, puis a été repoussé par une contre-attaque dans la partie nord de ce bois. Par quatre reprises, il avait renouvelé cet assaut avec de forts effectifs.
Activité d’artillerie en Woëvre.
Au bois le Prêtre, nos canons spéciaux ont abattu un aviatik.
Un second raid de zeppelins a eu lieu sur l’Angleterre.
Activité de l’artillerie sur le front belge.
Canonnade sur le front anglais entre Souchez et la redoute Hohenzollern, comme aussi près d’Ypres. Nos alliés repoussent trois attaques à la grenade près de Saint-Eloi.
Sur le front russe, les Allemands sont repoussés à la tête de pont d’Uxkul. Canonnade près de Dwinsk.
Sur le front italien, les Autrichiens sont repoussés près de Mori et de Rovereto. Une de leurs colonnes est dispersée sur l’Isonzo.

 

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