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Mardi 17 avril 1917

Louise Dény Pierson

17 avril 1917 ·

Le lendemain 17, c’est la bataille pour les Monts de Champagne, Mont Cornillet, Mont Blond, Mont Haut… Reims se trouvait au milieu de ces combats qui s’étendaient au moins sur 50 km de front.
Le travail dans les vignes n’en étant point arrêté pour cela, tous les matins dès 6 heures. il fallait s’y mettre.

Aucune description de photo disponible.
Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Mardi 17 avril 1917

948ème et 946ème jours de bataille et de bombardement

11h1/2 matin  Pluie hier soir et aujourd’hui, nous n’avons pas dû être bombardés la nuit. Le combat continue toujours sur notre front vers Brimont. Toute la nuit nos canons ont grondé, vers 3h du matin j’en étais réveillé et assourdi. Quel martelage !! Poussé jusqu’à l’Hôtel de Ville voir aux nouvelles. Rue de Vesle, face chez Bienvenot, le sellier, un des gros obus d’hier a crevé la chaussée et l’égout, excavation de 8 mètres de profondeur. Chez Brémont, rue des 2 Anges, maison éventrée. La Cathédrale est fort endommagée, surtout ses contreforts. Elle a reçu au moins 12 ou 14 obus énormes. Du reste il ne fait pas de doute qu’ils ont tirés carrément dessus.

A la Ville, vu Lenoir, Raïssac, Guichard. Le communiqué est bon : nous avons fait ici 10 000 prisonniers. Nous encerclons Brimont, nous avons Bermericourt. D’aucuns disent que nous serons en ce moment à Juniville. Enfin attendons, mais que cela finisse bientôt…  Raïssac me donne une lettre pour la Commission d’appel des Allocations Militaires que j’ai à remettre à Martin à la sous-préfecture établie au Palais. Il me demande aussi de la part du Maire l’adresse d’Hanrot, notaire, (rayé) fichu le camp à Paris 70, rue d’Assas, et prétend être resté toujours à Reims, quand il y fait des apparitions de 4/5 jours (rayé). Vu Charlier et les employés de la Ville. 2 employés de l’État-civil et une dactylographe du même bureau sont seuls restés ici, le fameux Cachot est filé. Bref toujours les fiers à bras qui ont donné le signal de la peur et de la lâcheté.

11h3/4  La bataille devient formidable direction faubourgs Cérès, Bétheny, Cernay. Allons-nous enfin être délivrés… ??

1h1/2  Je sors pour avoir mon courrier. En arrivant devant la Cathédrale je vois de la fumée, d’où vient-elle ? On me dit que c’est du pâté de maisons qui sont entre le pont de l’avenue de Laon, la place de la République et la rue Chaix d’Est Ange. Les pompiers de Paris, sur l’ordre de leur capitaine, se refusent à porter secours. Il parait que ce capitaine est au-dessous de tout comme…  lâcheté.

Le vent souffle du nord ouest en rafale et tempête, la fumée vient jusqu’à la rue des Capucins, de cet incendie avenue de Laon.

En longeant certaines maisons je souris en voyant les moyens enfantins employés pour garantir des bombes les soupiraux des caves : 3 ou 4 briques et c’est tout. Après ce que j’ai vu des effets des bombes d’hier des 190 doubles, on sourit malgré soit. Comme quoi il n’y a que la foi qui sauve.

Je prends mon courrier, juste une lettre de ma chère femme. Toujours désolée, effrayée. Je passe chez le R.P. Griesbach, rue des Chapelains, pour le prier de m’écrire une lettre me disant qu’il se désiste de sa plainte d’hier contre Dupont. Je serais en règle et nous serons parés contre toutes entreprises de cet embusqué, de ses acolytes et des galonnards de la Place. S’ils bronchent, je les cinglerai.

A l’Hôtel de Ville, Raïssac, Houlon, Charbonneaux et…  Goulden ! Que vient-il faire là !! Non, ce garçon-là manque absolument de sens moral ?! Il est dans le cabinet du Maire absolument comme chez lui. Il est désarmant d’inconscience !!

J’écris un mot à ma chère Madeleine dans la salle des pas perdus d’attente de la Ville sur un coin de table. Nous n’avons aucune nouvelles. Houlon me dit que dans les ambulances ont met le français dans les lits et le Boche par terre sur la paille. On est encore bien bon !! Je les tuerais moi !

Vers 4h je rentre chez moi, fatigué, déprimé. J’en ai assez, je tomberais malade si c’était pour durer encore longtemps.

On causait à la Ville du bombardement d’hier de la Cathédrale. Les uns disaient que c’était peut-être le P.P.C. d’une de leurs grosses pièces. Les autres croyaient que ce n’était qu’un tir de réglage pour pouvoir démolir notre Merveille le jour où ils seraient obligés d’abandonner les hauteurs de Berru, Nogent l’Abbesse et Brimont. Ils en sont bien capables ! les Bandits !!

Vu l’abbé Dupuis, curé de St Benoit, très affecté de la mort de sa sœur et de la destruction de son église, qui venait d’être terminée vers 1913. Ils en veulent à toutes nos églises ! St André n’existe plus, St Remy fort abîmé comme St Jacques, et hier c’était le tour de la Cathédrale. La Bataille continue toujours. Je tremble pour mon pauvre Robert.

Je songeais en marchant dans les rues à ce que m’avait dit dans les cours de la Semaine Sainte le Pasteur Protestant (en blanc, non cité) (?) que je voyais dans le couloir de la Police à l’Hôtel de Ville où on délivrait les passeports, et qui venait justement chercher le sien pour quitter Reims : « J’ai dit à mes fidèles de partir, de quitter Reims », me disait-il d’un ton onctueux, « et alors le Pasteur suit son troupeau !! » L’excuse était toute trouvée, mais bien faible à mon avis. Nos Prêtres ne pensent pas de même ! Le troupeau est bien parti, mais eux restent au Devoir, au Danger.

C’est là toute la différence qui existe entre le clergé Protestant et le clergé Catholique !! et la supériorité de celui-ci sur celui-là.

Et moi, je reste bien, malgré que tous mes justiciables soient partis.

Vu Lenoir à l’Hôtel de Ville, où on lui a dit ce qu’on pensait de la Place et des Pompiers !! de Paris !! Il est renseigné. Le capitaine des Pompiers de Paris refusant ses hommes pour éteindre les incendies !…  sous prétexte qu’on n’a pas d’eau. On pourrait tout au moins faire la part du feu, en faisant des coupures !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

17 avril 1917 – Quelques obus seulement dans le quartier de l’hôtel de ville, à midi 1/4. Après les journées atroces et les nuits vécues depuis le 6 courant, cela donnerait une impression de calme, sans la canon­nade épouvantable qui tonne de façon ininterrompue au loin, toujours dans la même direction, nord-nord-est. Voici une dizaine de jours que nous entendons des roulements effrayants de coups de canon, qui se confondent en un grondement continu et ce soir, vers 20-21 h, le tapage infernal redouble encore. Le nombre des pièces en action, par-là, doit être considérable.

Aujourd’hui, mon voisin occasionnel, le gardien de l’im­meuble Polonceaux, mitoyen avec celui de mon beau-frère, m’a proposé, quand je sortais ce matin, de me mener voir dans l’hotel du Commerce, où il habite seul, à l’angle des rues du Cloître et Robert-de-Coucy, un 210, tombé là hier sans éclater, mais non sans avoir annoncé son arrivée par une secousse terrible, paraît-il, et j’ai vu l’engin, qui est survenu pendant le tir sur la cathédrale et ses environs ; ses dimensions sont vraiment imposantes. En le con­templant, allongé sur des gravats, nous exprimions l’un et l’autre le souhait qu’il demeure inerte car, autrement, il pourrait provoquer de sérieux dégâts dans les deux propriétés, si l’on songe qu’un pareil projectile pèse plus de 100 kilos.

Rien ne prouve, d’ailleurs qu’il n’aura pas d’amateur tel qu’il est. Il se pratique à Reims, depuis longtemps, un véritable com­merce occulte des différents obus que nous envoient les Boches ; ceux qui n’ont pas explosé sont par conséquent considérés comme une aubaine et recherchés par quelques-uns de nos concitoyens. Ne se contentant pas, en effet, de courir déjà bien des risques d’une façon normale, si l’on peut dire, ils s’ingénient à arriver pre­miers pour se les procurer, les dévisser, les débarrasser de leur charge d’explosif et les vendre ensuite, principalement aux per­sonnalités de passage. Tous ne réussissent pas, à coup sûr, leurs délicates manipulations ; il en est qui se sont fait déchiqueter. Plu­sieurs de ceux qui ont acquis une réputation d’habileté, dans ce genre d’opérations, infiniment dangereuses, nous sont bien con­nus.

L’un d’eux a eu, il y a peu de temps, une surprise dont on n’a pu que rire, parce que, heureusement, elle a été amenée sans ac­cident.

Un obus de 150, qui traînait sur la place des Marchés, avait été bien repéré, certain matin, au passage, par le chauffeur d’une auto, que son service particulier empêchait de s’arrêter avant d’al­ler, ainsi que chaque jour, jusqu’à l’hôtel de ville. Naturellement, le dit chauffeur se proposait bien de retourner l’enlever sitôt libre. Cet obus, tombé la veille au soir, après avoir heurté de biais le haut de la maison Girardot, s’était borné à dégringoler sans éclater et à rouler jusque vers la maison Fossier ; il venait seulement d’être remarqué. Mais, quelques secondes plut tard, un pompier sorti de la permanence toute proche de la rue des Élus, pour humer l’air frais, avait eu, lui aussi, son attention attirée par ce projectile qui s’offrait ainsi ; aussitôt, sans plus de façons, il s’empressait de le soulever et de le placer sur son épaule pour l’emporter — cepen­dant, mal maintenu en raison de son poids sans doute, l’obus glis­sait et retombait sur le pavé… sans exploser encore. Le pompier s’en chargeait donc de nouveau, avec plus de succès — peut-être en pensant tout de même qu’il avait eu de la veine dans sa mal­adresse — et, lorsque le chauffeur vint à repasser, avec sa « Ford », il s’aperçut qu’il était trop tard.

J’ai eu l’occasion de voir dernièrement, rue de la Justice 18, une collection probablement unique à Reims, montée par les soins de M.H. Abelé et présentée d’une manière originale, au milieu d’un cadre magnifique, spécialement aménagé dans ses caves. Les spé­cimen de tous les genres ou à peu près, des projectiles employés sur le secteur s’y trouvent réunis en une copieuse variété, depuis les différents modèles de grenades, torpilles, etc. jusqu’aux obus de tous calibres et de toutes les longueurs — du plus minuscule aux projectiles de rupture.

Ch. Legendre, avant la guerre agent général de la compa­gnie d’assurances L’Aigle, qui s’est mis à la disposition du maire et, comme chauffeur, le conduit chaque jour de sa maison à l’hôtel de ville, et vice-versa, a rassemblé, lui aussi, à son domicile, 8, rue de la Belle-Image, une série assez importante de projectiles divers.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 17 – Nuit active autour et près de Reims ; tranquille à peu près dans notre voisinage immédiat. Journée très active d’artillerie sur le front. 18 contre-attaques, dit-on ; à l’est de Reims, à Moronvillers, a dit le Géné­ral Lanquetot(1). Vers 6 à 10 h., très violent combat d’artillerie. Toute la nuit, roulements de canons au loin. Bombes assez près de nous vers 2 h. 1/2. Les Sœurs se sont levées. Je n’ai pas entendu. Obus tombé à l’angle que notre maison fait sur la rue du Cardinal de Lorraine et la rue de l’Ecole de Médecine et de l’Université.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) L’attaque sur les monts de Champagne, par contre, fut une opération particulièrement bien réussie à partir du 17 avril 1917.

Mardi 17 avril

Entre Saint-Quentin et l’Oise, tirs de destruction sur les organisations allemandes. La riposte ennemie à été vive dans la région au sud de Saint-Quentin.

Au sud de l’Oise, nous avons continué à progresser vers l’est, sur le plateau, entre Barisis et Quincy-Basse et occupé de nouveaux points d’appui ennemis. Nos patrouilles sont au contact des tranchées allemandes sur la lisière ouest de la haute forêt de Coucy.

Entre Soissons et Reims, après une préparation d’artillerie qui a duré plusieurs jours, nous avons attaqué les lignes allemandes sur une étendue de 40 kilomètres. La bataille a été acharnée.

Entre Soissons et Craonne, toute la première position allemande est tombée en notre pouvoir. A l’est de Craonne, nous avons enlevé la deuxième position ennemie au sud de Juvincourt. Plus au sud, nous avons porté notre ligne jusqu’aux lisières ouest de Berméricourt et jusqu’au canal de l’Aisne, de Loivre à Courcy. De violentes attaques déclenchées par l’ennemi au nord de la Ville-au-Bois ont été brisées. Le chiffre de nos prisonniers actuellement dénombrés dépasse 10.000. Nous avons également capturé un matériel important non encore recensé. Lutte d’artillerie sur le reste du front de Champagne.

Les Anglais ont fait au total 14000 prisonniers et ont capturé 194 canons.

Echec des Germano-Bulgares en Macédoine, dans la boucle de la Cerna. Fusillade dans le secteur italien.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Jeudi 26 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

26 NOVEMBRE – jeudi –

A 10 heures, je vais faire des photos chez Mme Pommery qui a reçu en pleine façade de son habitation un « 150 ».

Je m’installais ensuite pour prendre l’ouverture abominable faite chez Chatain… sssszzzz… c’est une deuxième séance. Elle n’a pas été moins furieuse que la première… les obus se suivent, se suivent ! Les éclatements sont épouvantables tout autour… Mon Dieu ; il y en a qui vont très loin, très loin… la clameur ouatée des maisons qui s’écroulent me fait frémir… J’entends fort bien les départs. Un silence glacial… puis le cri lointain de l’engin de mort vous courbe le dos ; on rentre la tête dans les épaules… Que de ruines vont être accumulées !

Les espions ont-ils fait une confusion ? C’était hier que le général Joffre était à Reims !

5 heures 1/4 ; Nous venons de passer une des plus abominables journées que nous ayons vécues depuis 18 et 19 Septembre.. ! Je revis les dures émotions de ces jours de deuil. La séance de 1 heure est marquée par un acte de sauvagerie inouïe ; St. Marcoul a été atteint ; 18 morts et 30 blessés. C’est horrible ! Je viens de voir ces 18 corps allongés dans la salle au fond de la cour en entrant. La salle dans laquelle la catastrophe est arrivée est au premier étage à droite ; il n’en reste rien. C’est affreux ! affreux ! On amenait les cercueils déjà ! Les plus blessés étaient transportés à l’hôpital civil…

J’étais allé à la cathédrale aussitôt la séance de 1 heure ; près l’adoration Réparatrice, je trouve l’énorme culot d’un « 220 » tombé auprès de 1’Hôtel du Commerce Je fais le tour de l’abside face au trou énorme de l’Hôtel du Commerce… la chapelle rayonnante est vidée de ses vitraux J’entre à la cathédrale pour mesurer le désastre… Je cours d’abord à la chapelle St. Nicaise. Sacrilège ! La chasse – vide depuis la Séparation – est jetée à terre, la chapelle criblée de débris de vitraux, fers, verres et plombs en paquets, que la poussée d’air a précipités… J’ai l’âme fendue ! Je m’agenouille.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 26 novembre 1914

75ème et 73ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Nuit tranquille à la cave, on n’entend rien, si ce n’est les obus qui peuvent passer au-dessus de la maison. Quant à de la fusillade et des engagements de nuit je ne puis n’en entendre là ! Ce matin à 8h bombardement, tous les obus passaient au-dessus de nous pour aller tomber vers la gare ! C’est toujours la vie misérable, quand cela finira-t-il ?

On n’ose rien entreprendre ni commencer car on ne sait si on terminera et on ne peut se mettre de suite à ce que l’on fait. On mène une vie végétative, sans but, sans rêve, à la diable, à bâtons rompus. On commence quelque chose, puis un sifflement ou un boum ! et il faut laisser tout là ! Je tâcherai cet après-midi de sortir un peu, mais où aller on ne sait où ? de peur de se trouver sous les bombes !! Je deviens craintif !!! C’est insensé !! Pourvu que je ne tombe pas malade !

4h soir  A 2h bombardement côté rue Libergier, Palais de Justice, rue Chanzy, Gambetta. Nombreuses victimes. Emile Charbonneaux fort abîmé ! St Marcoul (ancien hôpital entre la rue Brûlée et la rue Chanzy) 16 morts et 40 blessés dit-on ! A 2h1/2 je vais porter mes lettres à l’Hôtel du Nord avec une pour mes chers aimés, de là je pousse boulevard de la République. Au 39 je trouve la porte de Brouchot, avoué, défoncée. J’entre, une bombe déjà vieille. Il y a-t-il eu cambriolage à la nuit, je ne crois pas. Je file à la Police où je suis plutôt reçu fraichement, je cours au Parquet. Une bombe venait de tomber 1/4 d’heure avant, tout est en désarroi. Le Procureur à qui j’explique l’affaire me dit d’aller voir le Commissaire de Police du 1er canton rue des Capucins, M. Pottier, qui me reçoit fort obligeamment et me dit que le nécessaire sera fait de suite pour barricader l’immeuble. Je le prie de ne rien dire à l’agent qui m’a si mal reçu à la Ville. Je veux aller chez Mareschal, mais un obus qui n’éclate pas me rappelle à la raison. Je rentre chez moi.

4h05  En voilà 3 qui sifflent sans éclater je crois, il est prudent de descendre… Et j’ai pourtant encore une lettre à écrire. Je puis dire que malgré les tempêtes et les rafales d’obus mon courrier a toujours été à jour ! Est-ce qu’il en sera autrement aujourd’hui ? Mon Dieu me protégera et me permettra de faire mon courrier.

5h35  Voilà mon courrier terminé, me voilà en règle et tranquille sur ce point. Maintenant je vais bientôt descendre dîner avec ma brave fille Adèle, et ensuite nous irons coucher à la cave. Dans un tombeau pour ainsi dire ! Quand donc pourrai-je revenir coucher ici dans cette chambre où il ferait si bon de rêver à mes aimés au coin du feu, seul en attendant le sommeil réparateur, tranquille d’une nuit sans tempête, sans rafale, sans combat, sans bombardement, sans canonnade ni fusillade, sans obus sifflant, hurlant, éclatant au-dessus de vous, broyant, effondrant, tuant autour de vous !! Mon Dieu, quand la Délivrance !!

Et le doux revoir de tous mes chers aimés, femme, enfants, Père et St Martin !! Allons ! Pauvre martyr, lève-toi, prend ta lampe pauvre misérable, quitte ton coin où tu aimerais tant rester, passer la nuit, descend aux Catacombes !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Après une nuit calme, le bombardement a repris brusque et serré vers 8 h, ce matin, tandis que nous étions en route, mon fils Jean et moi pour passer à la criée. Les obus ont tombé tout le temps que nous avons mis pour arriver à l’abri rue du Cloître 10, en passant par la rue de Vesle, rue des Élus et la place des Marchés, que nous avons trouvée déserte. Jean a pris la précaution de se mettre à plat, plusieurs fois.

En arrivant un peu plus tard à la mairie, j’apprends qu’un jeune homme, ancien employé du service de l’architecture, M. Huart, vient d’être tué, avec sa mère, rue du Levant. Un homme inconnu jusqu’alors, la été aussi près de la gare ; je viens de voir son cadavre qu’on a transporté à l’hôtel de ville.

Le bombardement dure toute la matinée et reprend à 14 heures.

Au cours de l’après-midi, le sergent Eloire, des pompiers vient nous voir, au bureau. il nous annonce qu’un obus est tombé tout à l’heure sur un des bâtiments de l’hospice Noël-Caqué (anciennement Saint-Marcoul) 88, rue Chanzy, où sont assistés des vieillards, infirmes ou incurables. Le projectile ayant éclaté dans une salle où étaient réunies des pauvres femmes aveugles, seize de ces malheureuses ont été tuées sur le coup et une quinzaine plus pou moins grièvement blessées.

Les pompiers et les brancardiers appelés en hâte au secours des survivantes, ont vu là, un épouvantable charnier. Eloire nous dépeint en peu de mots le triste et affreux tableau. Nous marchions dans le sang et les débris des cervelles, dit-il et il conclut, ému encore par cette horrible vision, en disant : Pauvres vieilles.

Oui, elles attendaient dans cet hospice une fin paisible à leur misérable existence, les pauvres femmes. oui, pauvres vieilles, victimes de la barbarie teutonne, massacrées par un ennemi qui s’acharne de plus en plus sur Reims et sa population civile !

A la sortie du bureau, j’allonge un peu mon trajet afin de me rendre compte, dans la mesure du possible, de nouveaux dégâts de la journée. Pour le peu que j’en vois, ils sont considérables. Les magasins Paris-Londres, (angle de la rue de Vesle et de la rue de Talleyrand) ainsi que les maisons voisines sont démolis ; le café Saint-Denis, rues Chanzy et Libergier, est effondré, rempli des matériaux de sa construction à l’intérieur et sans vitre.

Lorsque, pour arriver rue du Jard, je passe à hauteur du 52 de la rue des Capucins, un amas de pierres, de gravats et un cadavre me barrent le passage. Une énorme brèche, faite par l’explosion d’un projectile, en traversant le mur de clôture de cet immeuble, m’explique suffisamment que l’homme étendu là sur le trottoir, avec la tête fracassée, passait malheureusement pour lui, à ce moment de l’arrivée de l’obus, et, en rentrant à la maison, j’apprends qu’un autre projectile est tombé tout près, au 112 rue du Jard.

Il y a pour cette terrible journée, 60 tués ou blessés grièvement, et on parle maintenant de mille victimes civiles environ, pour notre ville.

En partant au bureau, ce matin, je puis me rendre compte des dégâts causés hier, par l’obus qui a ouvert le mur de la propriété Mareschal, 52 rue des Capucins (1).

Les maison situées de l’autre côté de la rue, ont été très fortement endommagées par son explosion ; des nos 83 à 91, leurs façades de pierres de taille sont criblées de traces profondes d’éclats.

En dehors de l’homme tué, que j’ai vu dans une mare de sang, ii y a eu, paraît-il, deux blessés dont une jeune fille, attente grièvement aux deux jambes. Cette malheureuse n’a pu que s’asseoir sur le seuil de la maison n° 57 ; il est encore toute ensanglanté.

L’hôtel particulier EM. Charbonneaux, rue Libergier, à été touché ; il avait déjà reçu précédemment des éclats d’un obus, tombé sur le trottoir. Le patronage Notre-Dame, rue Brûlée, a été atteint aussi. Un obus est tombé rue Robert-de-Coucy, devant l’hôtel du Commerce ; un autre sur le parvis de la cathédrale, auprès de la statue de Jeanne d’Arc, etc.

– Pendant l’heure du déjeuner, assez fort bombardement qui se prolonge encore l’après-midi.

(1) M. Mareschal, négociant en vins de Champagne et mobilisé comme officier d’administration des hôpitaux, a été tué ainsi que plusieurs de ses camarades, par un obus tombé rue de Vesle, dimanche dernier, 22 novembre, après-midi

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Jeudi 26 – 8 1/2 h. Bombes sur la ville, à coups précipités. C’est terrible. On sent la rage des bombardeurs. 2 personnes tuées rue du Levant. Bombes à 10 h. Bombes à 2 h. Une d’elles tombe sur la maison, c’est la quatrième, une autre tombe à S. Marcoul, tue 16 personnes, et en blesse 90 autres, dont 10 au moins moururent de leurs blessures. Déjà 14 bombes y étaient tombées sans blesser personne. Celle d’hier en aura tué 16 et blessé 30. J’irai demain à la levée des corps. Nuit absolument tranquille.

On a démeublé salon et salle à manger propter periculi gravitatem.

Visite officielle à Reims de la délégation des Neutres. Ils ont entendu. Plusieurs sont descendus dans les caves, disant : Ce n’est pas que j’ai peur, mais j’ai une femme et des enfants.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

26 – jeudi. Brouillard intense, ce qui ne m’empêche pas les Allemands de nous canarder. ils ont commencé à 8 h du matin jusqu’à 9 heures et repos jusqu’à 1 h 1/2 du soir ; à 1 h 1/2 ça recommence jusqu’à 3 heures, bombes en ville. Dans toutes ces bombes, j’ai remarqué qu’un grand nombre, par bonheur, n’éclataient pas ce qui diminuait un peu l’intensité de la destruction et le nombre des victimes qu’est toujours trop élevé. A 5 h du soir, j’écris ces ligne dans un semblant de calme car on ne peut jamais dire : c’est fini, non. La nuit fut des plus terribles, 25 tués et 30 blessés à l’hospice Noël Caqué. Impossible de dormir de la nuit.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy



Octave Forsant

Jeudi 26- — Encore un bombardement qui peut compter parmi les plus terribles. — A huit heures dix du soir, alors que le couvre-feu venait de sonner pour les civils, cinq officiers sortant de leur « popote » se rendaient chez eux à l’extré­mité de la rue de Vesle, lorsqu’un 210 vint s’abattre à quelques mètres, en tua trois et blessa les deux autres. Détail atroce : la cervelle de l’un d’eux, le commandant…, rejaillit à la figure de son fils qui l’accompagnait, mais qui ne fut pas blessé. Jamais jusqu’ici l’ennemi n’avait tiré si loin dans le faubourg de Paris. C’était k cent mètres environ du pont d’Épernay. Dès le lendemain, beaucoup de gens du quartier déménageaient, les uns quittant Reims, tes autres allant sim­plement se loger plus haut, à la Haubette. L’autorité militaire ordonna aux marchands qui, jusque-là, tenaient leur éventaire à cette extrémité de la rue de Vesle, de s’installer dorénavant avenue de Paris, au Sud du pont d’Épernay : on ne devait pas tarder d’ailleurs à s’apercevoir qu’ils n’y étaient pas plus en sécurité. La rue de Vesle perdit ainsi beaucoup de son ani­mation et de son pittoresque. Il était vraiment original, ce marché en plein vent, tant par son installation rudimentaire que par l’attitude de ces marchandes qui, bruyamment, inter­pellaient les passants et appelaient la clientèle. Avec cela, très fréquenté : c’était comme le rendez-vous quotidien de tout le faubourg de Paris, c’est-à-dire de^ plusieurs milliers de per­sonnes.

Source 1 : Wikisource.org


Victimes civiles de ce jour à Reims

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Mercredi 11 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

11 NOVEMBRE –mercredi –

Bombardement toute la matinée ; on ne compte plus les points touchés… Une bombe rue Tronson-Ducoudray, qui a déplacé assez d’air place du Parvis pour défoncer les barrages de planches des deux porches latéraux.

10 heures soir ; Louis Midoc était venu dîner avec moi. En le reconduisant, je suis passé prendre M. le Curé, qui a bien voulu sortir avec nous et entrer avec moi à Notre-Dame.

Je laisse donc Louis sur le Parvis. Avec M. Landrieux, nous gagnons, par la porte engagée dans le barrage, le porche droit largement ouvert, puisque le bâti de planches est étalé. Je suis M. le Curé à son bras… nous enfilons la basse nef dans l’obscurité ; les vitraux ou le vide des ogives nous guident… parce que nous connaissons les lieux. Victor Hugo dit, dans l’Ange Liberté (Fin de Satan)

Là les vents ailés comme de sombres oiseaux en liberté Battent des ailes, s’ébrouent, vont et viennent en longs bruits effilochés, des ogives du nord à celles du sud, des fenêtres des croisillons à la rose vidée, ainsi la tempête dans une forêt aux chênes immenses, dans la hauteur et la profondeur d’inconcevables futaies…

Les portes claquent sèchement et sourdement dans les hautes galeries, des portes folles que rien ne retient plus… un tintinnement de haut en bas qui s’écrase sur la pierre ; ce sont des débris de vitraux que le vent chasse, des éboulements sinistres qui se répercutent exagérément ; ce sont les éboulis, les scabreuses réserves dans les angles de l’architecture admirable, qui croulent soudain, et relisent la destruction des obus meurtriers. Ainsi, depuis le haut de la Tour Nord… où le drapeau de la Croix Rouge doit bien claquer…

Nous avons dit avec M. le Curé trois dizaines de chapelet et le « Salve Regina », à l’autel de la T. Ste Vierge, l’autel de ma première messe ; j’ai pleuré là le tragique de l’heure, les pleurs de mon sacerdoce…

Nous sommes revenus avec M. le Curé, pénétrés l’un et l’autre, sans nous le dire… et si recueillis.. !

Des murs croulaient là-bas dans les ruines où les cheminées et les pans de mur bravent la tempête – car c’est une vraie tempête – et des lueurs intenses marquaient le ciel du côté où l’incendie avait fait rage toute la soirée, vers Cérès.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mercredi 11 novembre 1914

60ème et 58ème jours de bataille et de bombardement

4h35 soir  Depuis une heure le canon gronde sans discontinuer du côté de Berry-au-Bac, Cormicy, Loivre… Est-ce la délivrance ? Il parait que mon clerc Loeillot aurait dit à mon boulanger Metzger que Witry-les-Reims serait repris ?! J’en doute, car ce village est sous les feux croisés de Brimont, Fresnes et Berru !! Ce serait trop beau !! Nos galonnés seraient marris de ce succès ! Pensez donc, ils seraient obligés de quitter leurs cantonnements d’hiver si bien organisés !!

8h soir  A 6h je somnolais au coin de mon feu après avoir traîné ma misère dans les rues pour aller chercher mon journal chez mon brave boulanger, et repassé à St Jacques… que dire ? Oh ! rien… on priait ! Je n’ai eu qu’un mot : « Oui, priez tous les autres pour moi, je ne puis plus prier ! » Je rentrais et là somnolait. Je m’endormais quand un coup d’obus éclatant me fait sursauter. Je descends à cet avertissement à la cave ! Bien humble, bien docile… mais brisé. Non, il ne faudra pas que cela dure trop longtemps, sans cela j’y laisserai certainement mon intelligence, ma volonté, mon vouloir et… ma santé !! Après tous les ébranlements de 60 jours de bataille et de 58 jours de bombardements plus ou moins intensifs, et aujourd’hui c’était une des rééditions des beaux désastres, eh bien non ! Je n’en puis plus !!

Or vers 6h1/2 nous remontons, ma pauvre Adèle et moi, bien démontés. « Et M’sieur, quand çà finira-t-il ? » – « Oui, quand cela finira-t-il ?? »

Remontant dans ma chambre je regarde à ma fenêtre, il était exactement 6h35. Une lueur d’incendie, derrière chez Martinet, loin, et qui tonne encore (8h20). Ils ne laisseront rien de notre pauvre ville.

8h20  En ce moment il fait une tempête de vent terrible, vent du sud presque sans pluie, chaud et agréable en toute autre heure !

Vent des Avents qu’enfant j’entendais avec tant de plaisir, mêlé à un peu de crainte quand dans mon petit lit de St Martin, je ronronnais et rêvais à la joie de revivre le lendemain mes jeux d’enfants !! et que je pensais à Noël et au jour de l’An ! Et mon Dieu nous étions, oh ! bien humbles ! bien simples ! (passage rayé) J’avais l’Espace, mon vieux chien et tout ce qui m’entourait !! Le vent qui soufflait, la pluie qui cinglait ! Les feuilles qui tourbillonnaient, la caresse chaude de ces vents de l’Avent qui, tout en vous faisant frissonner vous réchauffaient de leur air pur et vivifiant qui vous fouettait. J’étais heureux ! Je n’avais pas d’histoire ! Et las ! maintenant ? Je vis ma misère ! Reverrai-je jamais mon cher St Martin ? les coins aimés, les arbres que j’ai plantés avec une caresse du regard et de la pensée ? Serais-je encore dans mon pauvre jardin de mon Père ?? oui, j’ai tant vécu, tant pensé et surtout tant voulu le bonheur, la tranquillité, la sécurité des chers Miens, Père, Mère, Femme, et Enfants ?? Leur joie de vivre sans soucis !! Et être digne d’eux ! Dieu me permettra-t-il d’y revenir mourir, dormir de mon dernier sommeil comme Chateaubriand sur son rocher de St Malo !! Oui ! Dormir ! Mourir !! Dans mon St Martin !

Saint Martin ! C’est votre fête aujourd’hui ! Sauvez ! Protégez ! Délivrez l’enfant de votre village de Champagne !! Et faites que bientôt il revoie, libre, les siens ses chers aimés et le foyer Paternel, et qu’il puisse prier en action de Grâces dans votre pauvre et chère église de St Martin !

Le demi-feuillet suivant a été découpé

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit mouvementée ; il a fallu se relever. Des obus sont tombés autour de la cathédrale.

En me dirigeant, le matin, vers le quartier Saint-André, je vois, en débouchant de la rue des Élus, un véritable sauve-qui-peut sur la place des Marchés, où il y a beaucoup de monde, aujourd’hui mercredi ; il est 8 h 20, un obus vient d’éclater rue Pluche.

– Bombardement toute la journée. Vers midi 1/2, un projectile explose à l’imprimerie coopérative.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

La place des marchés, actuelle place du Forum

La place des marchés, actuelle place du Forum


Cardinal Luçon

Mercredi 11 – Toute la matinée, bombardements intermittents, mais fréquents. 1 heure, reprise du bombardement, bombes très rapprochées. Une d’elles tombée chez M. Amouroux, dans notre jardin et, de là dans la maison ; elle était incendiaire (1). L’ébranlement de l’air a brisé les fenêtres de M. Compant, qui demeurait au-dessus de la salle à manger (2 carreaux de la fenêtre la plus rapprochée de la maison voisine), une fenêtre de la cave à la porte sous ma fenêtre, et enfin un verre de la fenêtre de mon bureau, près de ma table de travail, dans l’angle de la maison et de la maison Milton.

Visite de M. Desgranges ; d’un prêtre de Lille.

9 h du soir, bombes ; presque toute la nuit, mais lointaines, à 4 h du matin du 12.

Lettre du Pape dans La Croix du mercredi 11.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Un lent bombardement répartissant des obus un peu partout a sévi toute la journée ; c’est entre 12H1/2 et 13H1/2 seulement qu’il nous a forcés à abréger le déjeuner pour nous garer de ses effets.

Beaucoup d’éclats sont tombés devant le 23, provenant des projectiles qu’ont reçus les immeubles des docteurs Simon et Lelièvre.

À 13H45 : lettre de J. D. (9 9bre) donnant des détails sur l’organisation de la vie de famille d’Épernay ; pas pour nous d’aller leur tenir compagnie.

Honorine veut aussi rester avec elles.

Ce n’est pourtant qu’à 23H que je leur donne le bonsoir définitif, car à partir de 21H il avait fallu à nouveau se mettre à l’abri.

La tempête fait rage ; on ne peut s’empêcher de songer que si des bombes incendiaires nous étaient lancées le feu se propagerait avec une rapidité et une intensité qui rendraient tout secours illusoire. Avec cette hantise, dormez si vous pouvez.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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