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Dimanche 17 juin 1917

Louis Guédet

Dimanche 17 juin 1917

1009ème et 1007ème jours de bataille et de bombardement

1h1/2 après-midi  Nuit plus qu’agitée, des bombes un peu partout à chaque instant, bataille, peu ou pas dormi. Chaleur torride ajoutée à cela. On est à moitié démoli. Ce matin messe à 7h dite par Mgr Neveux. Le Cardinal a lu une lettre relative au vœu au Sacré-Cœur pour la délivrance et le triomphe de la France fait par tous les archevêques et évêques de France, et célébré à partir du Sacré-Cœur tous les ans le vendredi de la Fête-Dieu. Assez de monde. (Rayé) qui était (rayé) comme (rayé) il ne voulait pas (rayé). Pensez donc ? On (rayé) en ce moment ! Quant au Cardinal, c’est la bonté et le sourire même, quelques communions et la communion consommatrice de la même fidèle de l’Hostie qui a servie à la bénédiction du Salut après la messe.

Rentré travailler, mais fatigué de la nuit. Eté au courrier rue Libergier. Peu de lettres, aperçu Beauvais, toujours la bouche en cœur, on décore donc en ce moment même notre bon Cardinal. (Rayé) et Dramas de l’Éclaireur de l’Est. Ces (rayé) déshonorent la (rayé) 3 premiers. Ma foi je ne vais pas (rayé) là, non j’aime mieux avoir ma croix de la Justice et…  même tout seul. Vraiment mon (rayé) me semble être le (rayé) et Dieu sait quels piètres (rayé). Je passerais encore (rayé) mais (rayé) un politicien, arrivé à peine depuis 8/10 mois, qu’on décore avec ceux qui sont restés tout le siège de Reims (34 mois) et qu’à-t-il fait, rédigé l’Éclaireur de l’Est qui (rayé) avait (rayé) ici par Lenoir et Mignot pour éclairer le Monde (?) non Reims dans les ténèbres de l’obscurantisme, puisque l’Éclaireur n’éclairait plus notre ville en deuil de sa bonne parole. Bref au marché entre pantins…  Lenoir disant à Dramas : « Viens à Reims et dans 6 mois on te décorera !… » Je me demande si Dramas, ayant ce qu’il désire, ne va pas fiche le camp comme les autres décorés…  Mme Fouriaux, Guichard qui ne cherche qu’un prétexte, et autres blédards de même tonneau. Pantins. Je le répète.

Je n’ai qu’un désir, c’est que bientôt et vite le Ministre de la Justice me décore à la barbe de tous ces pleutres-là. Au moins j’aurais la satisfaction de penser que je ne leur dois rien, en attendant que je leur dise, et en plein bec. C’est moi qui aurais eu le sourire…  Et ma foi, ils ne l’auront pas volé.

1h3/4  Çà tape toujours, heureusement que nos décorateurs décorent dans les caves Werlé où est installé l’Hôtel de Ville. (Rayé).

Je vais tâcher d’aller faire un tour pour tuer mon temps, en attendant d’être tué…  moi je ne puis espérer qu’une croix de bois, et encore est-elle bien nécessaire pour que je repose de mon dernier sommeil. Un peu de gazon ! C’est suffisant !

4h1/2 soir  Porté travail à mon vieil expéditionnaire M. Millet, rue Souyn, revenu par les marais et les tilleuls. Les pauvres tilleuls !! Ils sont radicalement mangés par les chenilles. C’est navrant, et plus d’ombre. Retourné pour prendre un journal que je trouve place d’Erlon. Je ne vais pas plus loin et me dispose à rentrer chez moi quand je rencontre M.M. Albert Benoist et Lelarge qui m’annoncent la venue de Poincaré, Président de la République, accompagné de Léon Bourgeois, Vallé, Monfeuillart, etc…  des généraux Micheler (commandant la Vème Armée depuis le 22 mai 1917), Fayolle (commandant le groupe d’Armées du centre depuis mai 1917) pour décorer le Cardinal qui était très ému, parait-il. Échange de discours parfaits me disent ces Messieurs…  Émile Charbonneaux, de Bruignac, Beauvais, Dramas et ce bon M. Martin, secrétaire de la sous-préfecture, il l’a bien gagnée. Croix de Guerre à Mmes Luigi et Tonnelier des Hospices, et enfin des citations à l’ordre…  assez nombreuses. Et voilà les nouvelles.

On voit bien que le Président de la République venait, car on ne voyait pas un soldat et encore bien moins nos galonnards fêtards et pillards. Il fallait jeter de la poudre aux yeux, et éviter de montrer les désordres journaliers de nos rues…  Brutes, va !!

Comme je causais avec ces messieurs, le bon Père Gérard, un original, m’interpelle : « Eh ! bien ! M. le juge de Paix, vous n’êtes pas décoré des 2 croix, Légion d’Honneur et Croix de Guerre ?! » Alors de lui répondre : « Pensez-vous ? Il n’en peut être question. Et puis vous dites des choses qu’on ne doit pas dire, encore bien moins penser parce qu’elles n’arriveront jamais ». Alors lui de protester, mes 2 interlocuteurs étaient plutôt en harmonie. Je les quittais en rentrant mélancoliquement chez moi, dans ma prison. Beau jour pour les uns et tristesse pour moi.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 17 juin 1917 – Bombardement, le matin, vers Pommery.

Dans la matinée, à la mairie où j’étais allé, comme d’ha­bitude, M. Raïssac m’a fait savoir que le président de la République doit venir cet après-midi remettre quelques décorations, notam­ment la croix de chevalier de la Légion d’Honneur à Mgr le cardi­nal, MM. Em. Charbonneaux et de Bruignac. M. Raïssac exprimait le désir que l’invitation d’assister à la cérémonie qui aura lieu à 14 h, dans le cellier d’expédition de la maison Werlé & Cie, 6, rue de Mars, et ne devait pas être connue plus tôt, soit transmise aux collègues qui pourraient en être avertis.

Je vais sans tarder, faire part de cette invitation du secrétaire en chef à Cullier.

A 14 h 1/2, M. R. Poincaré, président de la République, en vareuse, jambières et casquette à visière de cuir, descend d’une auto qui vient de s’arrêter aux caves de la maison de vins de Champagne de Mun, 6, me de Mars (dont la raison sociale est : Werlé et Cie). Il est suivi de quelques personnages officiels.

Montant rapidement les marches accédant dans la salle où se trouve réunie une assistance peu nombreuse, il va directement vers Mgr Luçon, à qui il donne l’accolade, salue le maire, puis les futurs légionnaires s’étant alignés, le président de la République exalte leurs mérites en un petit discours très élevé, disant combien ils se sont montrés dignes de la récompense qu’il a la joie de leur ap­porter, au nom du gouvernement de la République.

Mgr le cardinal répond par quelques mots seulement, pour remercier M. le Président de la République, en reportant sur son clergé, dont il loue l’attitude, les mérites du grand honneur fait à sa personne.

M. R. Poincaré remet alors aux nouveaux décorés, dans l’or­dre suivant, la croix de Chevalier de la Légion d’Honneur, qu’il épingle sur leur poitrine, après lecture de la citation concernant chacun d’eux, par un colonel : S. Em. le cardinal Luçon ; MM. Em. Charbonneaux et de Bruignac, adjoints au maire ; Beauvais, direc­teur de l’école professionnelle ; Martin, secrétaire général de la sous-préfecture ; Dramas, rédacteur de L’Eclaireur de l’Est ; M. le Dr Harman, absent, est également nommé.

La croix de guerre est décernée ensuite à Mlle Luigi, directrice de l’hôpital civil et à Mme Tonnelier, puis, sont cités à l’ordre du jour civil : MM. Marcelot, chef-fontainier du Service des eaux ; Plichon, chef-mécanicien à l’Usine des eaux ; Raullaux, directeur du Service des Eaux ; Dr Gaube ; Palliet, commissaire central de police ; Speneux, commissaire de police du 3e Canton : Grandin, chef du service du Ravitaillement ; Rousseaux, directeur de l’abat­toir.

Le personnel de la mairie, fier de voir à l’honneur ceux qu’il a vus à l’œuvre depuis septembre 1914 — M. Emile Charbonneaux et de Bruignac, adjoints, ainsi que des collègues ou camarades dont le rôle a été particulièrement remarqué — est heureux aussi d’assister à cette réunion toute d’intimité, qui se déroule sans pro­tocole, sans service d’ordre et sans le moindre apparat dans une salle bombardée, dont les murs laissent voir la brèche d’entrée d’un obus. Aucune tenture, aucun écusson ne sont venus amoin­drir le caractère inopiné de la visite présidentielle, que ce cadre non apprêté rend d’une simplicité émouvante, dans une atmos­phère toute de sympathie.

Le service d’honneur est fait par quatre hommes du 410e d’infanterie, commandés par un lieutenant et escortant le drapeau du régiment.

Deux ou trois gendarmes, venus en même temps que les voitures, étaient restés dans le chartil.

Pendant le cours de cette cérémonie qui se termine dans l’ab­solu mélange des personnalités et des invités désirant présenter leurs félicitations aux décorés, j’ai entendu le ronronnement d’un avion chargé sans doute d’exercer une surveillance au-dessus du local où elle avait lieu.

Étaient présents : les sénateurs et députés de la Marne ; le préfet, le sous-préfet, le maire de Reims, M. le Dr Langlet, les géné­raux Fayolle, Mucheler, Cadoux et d’autres officiers, quelques membres du clergé de l’archevêché ayant accompagné Mgr Luçon, avec M. le chanoine Lecomte, secrétaire général, trois ou quatre dames et les représentants des services municipaux ayant pu être prévenus — mairie, police, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Sur la photo autour du Président et du Maire Langlet : Chapron , Valle, Monfeuillard, Baillez, Cadoux, Harman, Guichard, Bataille, Charbonneaux, de Bruignac, Beauvais, Martin, Dr, Raissac, Paillet, Lejeune, Demaison, Rousseau, Raullaux, Chatelle.

Source de la photographie : Archives Municipales et Communautaires, Reims


Cardinal Luçon

Dimanche 17 – A 8 h., + 23°. Messe Chapelle du Couchant, lecture par moi-même de la Lettre pastorale n° 101, et du Vœu au Sacré-Cœur. Aéro­planes, tir contre eux ; tir continu (les 2 batteries ?) toute la matinée. Visite à Reims du Président de la République. Il remet la Croix de Chevalier de la Légion d’honneur à MM. de Bruignac, Charbonneaux – et autres, et à moi. Je le remercie. Je lui fais visiter la Cathédrale. Au sortir, il me fait remettre un billet de 500 f. pour mes œuvres. Bombes jusqu’à 3 h. 2 obus à Saint- Maurice. Plusieurs personnes ont été blessées dans la matinée. M. Poin­caré va les visiter.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

17 juin 1917, visite du président Poincaré à Reims, ici avec le Cardinal Luçon, au fond à gauche, le Docteur Langlet Collection Gallica-BNF


Dimanche 17 juin

Canonnade assez vive sur le front de Champagne.

Près de Courcy, nous avons repris une tranchée dont tous les occupants ont été tués ou capturés.

Sur le front italien, à l’est du massif de l’Adamello, des détachements d’un bataillon alpin et des skieurs, malgré une défense acharnée de l’ennemi, ont attaqué la position de Corno-Cavento (3400 mètres d’altitude), qu’ils ont prise d’assaut. Les Italiens ont fait des prisonniers et capturé 2 canons de 75, un mortier et 4 mitrailleuses. Sur tout le front du plateau d’Asiago, l’ennemi a entretenu un violent feu d’artillerie.

Sur l’Ortigaro, les positions italiennes ont été de nouveau attaquées avec une extrême violence. L’ennemi a subi de très lourdes pertes; il lui a été fait 52 prisonniers. Une autre tentative a échoué dans la vallée de San Pellegrino. Des colonnes de camions autrichiens ont été atteints par l’artillerie italienne sur la route de Chiopovano ainsi que des détachements de troupes à l’est de Castagnovizza.

Les troupes franco-anglaises continuent à progresser en Thessalie au delà de Trikalu et de Colombaka.

M. Venizelos a envoyé un télégramme de remerciements à M. Ribot au nom de la Grèce libérée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 28 novembre 1916

Louis Guédet

Mardi 28 novembre 1916

808ème et 806ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps brumeux, surtout la neige, froid glacial. Déjeuné chez les Abelé dans leurs caves, avec Charles Heidsieck. Marcel Heidsieck et M. (en blanc, non cité), parlé de choses et d’autres, des événements, de la Roumanie, de la crise ministérielle. Marcel Heidsieck disait que Poincaré avait été très mal reçu par les soldats aux tranchées qui lui envoyaient des pierres, résidus, etc…  et réclamant Briand, alors que l’on voudrait déboulonner Briand. On dit…  qu’est-ce qu’on ne dit pas. Tout cela est fort triste, de plus les anglais prépareraient une grande attaque dans le nord pour soulager la Roumanie. Attendons, mais quand verrons-nous la fin de tout cela.

A deux heures simple police, rien de saillant, sauf que mon brave Commissaire Speneux dit qu’il a été malmené par le Procureur, chose que j’ai difficile à croire, et que maintenant il ne dira plus rien à l’audience, et qu’il ne demandera plus que l’application de la loi. Il fera bien et s’il croit m’embarrasser il se trompe, sa mauvaise humeur et celle de Palliet (né en 1859 et décédé à Nice en 1939) se passeront. En tout cas je suis débarrassé des procès honteux que l’on m’envoyait. On me dit que Colas et Girardot partiraient, suite de l’affaire Goulden et de la mienne. Bon voyage si cela est vrai.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 28 – Nuit silencieuse. + 2°. Journée silencieuse sauf quelques coups de canons.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

AMardi 28 novembre

Canonnade habituelle sur divers points du front de la Somme et du secteur Douaumont-Vaux. Un groupe de nos avions a bombardé dans la nuit du 26 au 27 novembre les terrains d’aviation de Guizancourt et de Marigny. Les projectiles ont porté au but. Le front britannique est relativement calme, hormis une certaine activité d’artillerie de la part de nos alliés, vers la Bassée. Sur le front de la Cerna, une contre-attaque bulgare, lancée sur les positions serbes, dans la nuit du 26 au 27, a été repoussée avec des pertes sanglantes pour l’ennemi. Au nord de Monastir, la lutte d’artillerie se poursuit, violente, de part et d’autre. Les zouaves ont pris la cote 1050, à l’est de la route de Prilep. A notre aile gauche, les troupes italiennes continuent à progresser dans la région montagneuse de Dchovo. Les Roumains ont perdu une partie de la vallée de Wede, affluent du Danube. Mackensen a occupé Alexandria, à 80 kilomètres au sud-ouest de Bucarest, tandis que Falkenhayn s’avance de Rymnik sur Curtea de Arges, en franchissant la vallée du Polog. La lutte a repris, assez violente, en Dobroudja. Canonnade sur le front italien, dans les secteurs du Trentin et du Carso.

Source : La guerre au jour le jour

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Lundi 16 octobre 1916

Louis Guédet

Lundi 16 octobre 1916

765ème et 763ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Pluie et beau temps qui s’élève l’après-midi, froid. Vu le maréchal des logis de Robert ce matin. Mon pauvre petit est fort fatigué, il a grandit d’un centimètre 1/2 et s’élargit de poitrine, ce qui le fatigue. Il a eu un étourdissement l’autre jour et est tombé de cheval. Il ne se plaint pas le pauvre enfant, il a fallu que ce brave Rousseau qui est de Taissy qui est son sous-officier direct me le dise. Ce Rousseau a la Croix de Guerre, blessé. Il aime bien Robert, mais il dit que ces enfants-là ne sont pas assez bien nourris. Pauvre petit, il faut que je passe par toutes les tortures. Travaillé ensuite. Après-midi fait des courses, Hospices, Hôtel de Ville, rencontré Martin, Houlon, Palliet commissaire central, qui m’a donné un coup en me disant qu’on ne me pouvait rien parce que volontaire, que sinon on m’aurait déplacé, et que j’en serai quitte pour une admonestation du Garde des Sceaux. Je me demande pourquoi ou de quel droit ? Cela m’a retourné. Entré dans le cabinet du Maire, causé avec lui et Raïssac et malgré moi dit ce que Palliet m’avait dit et les larmes sont parties. Je ne suis plus fort et je suis à bout de nerfs. Très gentiment ils m’ont remontés, Houlon tout affectueux, Raïssac et le Dr Langlet tout paternel qui en me quittant m’a dit : « Ne vous tourmentez pas de cela, et s’il faut qu’on parle pour vous à la Chancellerie, ce sera fait ! » Cela m’a un peu remis, mais j’étais à bout de forces. Enfin attendons.

Rentré chez moi et travaillé. Je suis bien las, bien à bout !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 16 – Nuit tranquille. + 7° ; pluies. 19 obus sifflent (sur batteries ?)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 16 octobre

Au nord de la Somme, l’ennemi a tenté plusieurs contre-attaques sur les positions dont nous nous étions emparés. Quelques-unes ont été dispersées par le feu de notre artillerie avant d’avoir atteint nos lignes; les autres ont toutes été brisées par nos fantassins, qui ont maintenu et consolidé tous leurs gains.
Grande activité d’aviation et d’artillerie dans la région de la Somme. Le nombre des prisonniers valides faits au cours des combats de la veille dans le secteur Ablaincourt-Belloy est de 1100, dont 19 officiers.
Les Anglais ont pleinement réussi dans leurs tentatives au sud de l’Ancre. Au nord de la redoute Stuff, ils ont enlevé deux lignes de boyaux de communication et fait 101 prisonniers. A la redoute Schwaben, gains plus considérables encore et fortes pertes pour l’ennemi. Les troupes britanniques ont pénétré dans les tranchées allemandes à l’ouest de Serre, au nord de Roclincourt, au nord-est de Festubert et au nord de Neuve Chapelle. Elles ont fait des prisonniers et bouleversé les défenses ennemies.
En Macédoine, les troupes anglaises ont bombardé la région de Sérès et de Doiran. Les Serbes ont progressé sur la rive gauche de la Cerna.
Un escadron français a coupé la voie ferrée au sud de Sérès.
Les Italiens ont remporté des succès dans le Trentin.
Les Roumains résistent toujours avec avantage à la passe de Tomos.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Ablaincourt, le pressoir,1916, 16e RI

Ablaincourt, le pressoir,1916, 16e RI

 

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Vendredi 13 octobre 1916

Louis Guédet

13 octobre 1916

…Autre son de cloche. Le chauffeur du commissaire Central (?) M. Honoré, comme je repassais tout (rayé) courut après moi place d’Erlon au coin de St Jacques et me dit : Ah ! M. Guédet, vous ne savez pas le raffut que font contre vous Colas et Girardot. Ils écrivent au Chef d’Armée, au ministère de la Guerre, au Ministre de la Justice. Colas ne décolère pas contre vous !! Mais si vous sauf mon avis, çà ne prendra pas et j’espère bien que ce sera ces 2 pierrots là qui seront déboulonnés. Je ne savais pas que j’avais déchainé une telle rage et une telle fureur. Mon Dieu, cela ne m’émotionne guère. J’ai pris cette charge de juge de Paix pour rendre service au Tribunal, si on me demande, on exige, ma démission, je m’exécuterai. Cela me sera dur, mais je n’aurais rien à me reprocher du moins.

De plus il m’a dit que Colas faisait courir le bruit qu’il avait donné l’ordre au Commissaire Central de me laver la tête et de m’attraper en m’éreintant et ils ajoutaient que Palliet m’a arrangé de la belle manière !! On voit ce que cela a été plus haut le 6 octobre, mais je suis enchanté de cela car Palliet m’a menti dans sa lettre en me disant que Colas ne l’avait par chargé de me faire des observations, etc…  Joli Monde ! En tout cas Colas lui a intimé l’ordre.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 13 – Nuit tranquille. + 14°. A 8 h. des bombes sifflent sur batteries. Via Crucis in cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 13 octobre

Les Anglais ont attaqué les hauteurs qui séparent leur front de la route Bapaume-Péronne. L’opération, qui leur a valu de faire un certain nombre de prisonniers, a donné de très bons résultats. L’ennemi a bombardé les positions britanniques de le Sars et du nord de Courcelette. L’aviation anglaise a montré beaucoup d’activité. Des bombes ont été jetées sur les lignes de communication et les aérodromes ennemis, ainsi que sur plusieurs détachements d’infanterie en marche.
Sur le front d’Orient, la cavalerie britannique s’est avancée jusqu’aux abords de Sérès.
Les Russes ont repoussé trois attaques sur le front de la Duna.
Les Italiens ont repoussé une série d’offensives autrichiennes au Pasubio, avec de très grosses pertes pour l’ennemi. D’autres attaques ont été brisées dans les hautes Alpes. L’infanterie italienne a complété ses avantages de la veille du côté de Gorizia et sur le Carso. Elle a fait 1771 prisonniers nouveaux dont 35 officiers.
Le gouvernement grec a accepté toutes les conditions que l’amiral Dartige du Fournet avait réclamées au nom des Alliés : internement de la marine, démantèlement des forts, contrôle des voies ferrées.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 10 octobre 1916

Louis Guédet

Mardi 10 octobre 1916

759ème et 757ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Beau temps chaud, du soleil, quelques obus. Ce matin répondu aux nombreuses lettres reçues depuis 6h jusqu’à midi. Écrit à Marie-Louise et à André. Envoyé à celle-ci des timbres de la Côte d’Ivoire reçus de M. Gentil, secrétaire du Gouverneur de Bingerville (Capitale de la Côte d’Ivoire de 1900 à 1934).

Cette après-midi l’affaire de mes procès de simple police du 3 me tracassant et voulant tenir le Président au courant de ce qui se disait et aussi de ce que j’avais écrit pour le transfert de mes justices de Paix à Épernay. J’ai poussé jusqu’au Parc de la Haubette où j’ai rencontré le Président Hù et M. Texier à qui j’ai conté mes on-dit. Quand je leur ai dit que Colas, le Proconsul Gouverneur de la Place, avait intimé l’ordre à Palliet, commissaire central, le mercredi 4 de me faire des observations sur ma manière de juger, le Brave Président en a tellement sursauté qu’il faillit en laisser tomber sa calotte et Texier de même bondit. Comment Palliet a osé vous dire cela à vous magistrat ? Je lui répondis que le Commissaire Central me l’avait dit vendredi dernier 6 octobre vers 9h rue de Vesle, en face de la rue St Jacques, et que Colas lui avait donné un coup de téléphone le mercredi soir même 4 octobre. Ils ne pouvaient en revenir. Alors le Président m’a donné l’ordre d’écrire à Palliet pour qu’il me donne les termes exacts des observations que Colas voulait qu’il me fasse. C’est fait, j’attends la réponse du Commissaire Central. On va s’amuser.

Le Président et M. Texier jubilaient d’avance de la lettre que j’aurais à écrire à ce sujet au Général de la Ve Armée. Ils m’ont remonté très gentiment, très affectueusement. J’en avais les larmes aux yeux.

Il parait que cet âne et cet imbécile de Colas aurait dit qu’il ne comprenait pas que j’ai osé indiquer les motifs pour lesquels j’avais acquitté ou condamné les inculpés de l’autre jour !! C’est phénoménal !!

Un galonné qui veut nous donner des leçons de droit. Ces gens-là ne doutent de rien. Cela les dépeint bien, ils n’admettent aucune critique. Bref me voilà d’aplomb et je suis soutenu et approuvé par mes Pairs. Jusqu’ici la gauche comme on dit (jusqu’à la garde, complètement). J’ai bien fait d’aller là-haut. Le Président Hù me disait que le Procureur Général ne pouvait même pas me faire d’observations sur la manière dont je jugeais et rendais mes jugements. Et il me l’a prouvé, codes et textes de lois en mains. Me voilà donc fixé sur la suite de cette affaire qui aura révolutionné bien du monde ici, et je n’ai qu’à attendre sous l’orme (attendre très longtemps, en vain). J’aime mieux ma place que celle de Colas, Girardot, Lallier et consorts.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

10 octobre 1916 – Trois obus sifflent et vont éclater sur le Port-sec à 14 h.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mardi 10 – + 14°. Nuit tranquille. Temps couvert. Quelques bombes sifflantes, probablement sur les batteries. Visite de M…, Directeur de la Banque de France à Reims, remerciant pour lettre sur l’emprunt. Bombes longuement sifflantes. Salut au 403e à la chapelle de l’École Professionnelle S.J.B. de la Salle. Allocution.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 10 octobre

Sur la Somme, activité soutenue de notre artillerie et riposte de l’ennemi, particulièrement vive dans la région sud-ouest de Barleux et dans celle de Belloy et de Deniécourt.

A la suite d’une opération secondaire, les Anglais ont progressé au nord de la redoute Stuff, en infligeant des pertes sérieuses à l’adversaire et en lui faisant plus de 200 prisonniers dont 6 officiers.

Les Serbes ont progressé entre Vardar et Cerna, faisant 100 prisonniers. Ils ont pris Skocino sur la rive gauche de la Cerna, capturant encore 200 ennemis.

Trois sous-marins allemands sont venus opérer sur les côtes américaines : ils ont torpillé neuf navires.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 6 octobre 1916

Louis Guédet

Vendredi 6 octobre 1916

755ème et 753ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps magnifique. Course toute la journée dans la ville. Les personnes que j’ai vues paraissent enchantées de mes jugements, et la population m’approuve. Mais. Mais les citoyens Colas et Girardot ne sont pas contents. Oh ! mais non ! et  ils accusent le coup. Tandis qu’ils avaient si belle occasion de se taire et de laisser passer ! Voici. Le Commissaire Central m’a rencontré cet après-midi rue de Vesle et il m’a dit que Colas, dès mercredi après-midi, lui avait téléphoné pour lui demander des explications sue ce qui se passait en simple police, ou on paraissait avoir un certain parti-pris contre les gardiens de l’autorité militaire (sacro-sainte ?) !! etc…  en lui demandant de m’avertir, etc…  C’est grotesque ! Palliet a simplement répondu qu’il n’avait pas qualité pour m’en parler et surtout me faire des observations même militaires, et que du reste il savait que certains procès étaient abusifs !! Bref, colère, cris…  les marmots n’étaient pas contents ! Menaces d’un référé au Procureur de la République pour faire aller certains procès en cassation, etc…   toute la lyre quoi.

Bref ces Messieurs ne sont pas contents…  qu’un juge de Paix les empêchent de molester le public à leur guise. Çà se passera !! En tout cas s’ils en parlent au Procureur de la République je suis bien tranquille. Quand je lui aurai expliqué mes raisons il sera…  de mon avis…  Ils ont reçu le soufflet, qu’ils l’encaissent, mais quels imbéciles ils sont d’avoir montré leur mauvaise humeur.

J’ai même dit à Palliet qu’ils feraient mieux de surveiller les avortements faits par leurs médecins galonnés. Cela a jeté une douche sur mon brave Palliet qui n’a pas insisté.

Article du Courrier de la Champagne, daté du vendredi 6 octobre 1916, relatant cette mémorable audience.

A l’audience de simple police

Le juge de paix prend la défense des Rémois molestés.

Depuis quelques temps, les contraventions se sont remises à tomber sur nos concitoyens aussi dru que la pluie. Il n’y avait pas moins de cent cinquante deux affaires appelées à l’audience de simple police de mardi dernier, présidée par M. Guédet, juge de paix suppléant, ayant M. Speneux, commissaire de police du 3ème canton, comme ministère public, et M. Landréat comme greffier.

Une nombreuse assistance emplissait le prétoire de la juridiction, que le bon populaire a surnommé « le tribunal des chiens », en raison du grand nombre de toutous qui, naguère, ont valu des procès-verbaux à leurs propriétaires.

Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les propriétaires de toutous, mais tous les Rémois, sans distinction, qui sont traités comme des « chiens ».

Les trois premiers criminels appelés à la barre étaient des employés de la Ville, qui se sont signalés par leur dévouement ; des commerçants, et un médecin, dont le ministère public a pu dire avec raison qu’il s’attendait plutôt à le voir monter les marches du perron de l’Hôtel de Ville, pour y recevoir une récompense, qu’à le voir gravir les degrés du grand escalier qui conduit à l’auditoire de la simple police, pour s’y entendre reprocher un grave méfait.

Le docteur Simon, mandé d’urgence auprès d’une malade à Tinqueux, se permit d’oser tenter d’aller visiter cette malade sans le nouveau visa d’un laissez-passer, expiré de la veille.

Pour ce délit « d’intention », qui ne fut pas suivi d’exécution, un gendarme lui dressa procès-verbal.

C’était également un délit d’intension qui était reproché à un cocher nanti d’un procès-verbal devant Sainte-Clotilde, pour avoir manifesté des velléités, non réalisées, de conduire à Cormontreuil une voyageuse munie d’un laissez-passer en règle.

Enfin parmi les « causes » les plus extraordinaires, il nous faut insister sur celle de MM Robiolle et Cousin, rentrés tardivement de leur service de distribution de charbon, sans avoir de lumière à leur vélo ce qui était conforme à un ancien arrêté mais contraire à un nouveau, inconnu du public, lequel exige que les vélos soient munis de lampions ; celle de deux voyageurs rentrés à Reims, cinq minutes après l’heure légale par suite d’un cas de force majeur (leur cheval boitait).

Le docteur Simon et M. Robiolle ont présenté leur défense en fort bons termes. M. Robiolle a très bien fait ressortir ce qu’il y avait de mesquin à tracasser la courageuse population rémoise par des verbalisations qui sont d’autant plus irritantes qu’elles sont appliquées à des personnes qui remplissent avec dévouement des fonctions d’utilité générale,

Prenant fait et cause pour les prévenus, M. Guédet a relaxé MM. Simon, Robiolle, Cousin, Oudin, Joliot, Hentz et beaucoup d’autres inculpés, motivant chaque acquittement, en outre des considérants particuliers par les motifs suivants d’ordre général, que nous sommes heureux de reproduire,

…Attendu qu’il résulte des termes des procès-verbaux et de la déposition des témoins entendus, que les faits qui sont imputés à charge au docteur S…, à R…, à H…, etc., ne caractérisent pas suffisamment la contravention pour laquelle ils sont poursuivis ;

Attendu en effet, que des faits doivent être certains, précis, et non équivoques ;

Attendu que l’instruction seule ou même la tentative ne peuvent donner lieu à une poursuite contraventionnelle ;

Que les faits qui constituent la contravention ou l’inexécution d’un règlement doivent être appréciés avec esprit de tolérance, que justifient le courage, l’endurance, et les souffrances des habitants qui n’ont point abandonné la ville de Reims, malgré les bombardements constants et terribles ;

Que faire des règlements une application trop étroite serait interpréter les textes et la pensée de ceux qui les ont faits d’une manière mesquine et injuste ;

Qu’ainsi – devant la menace du gendarme P… de service dans l’intérieur du territoire de verbaliser contre lui pour défaut de laissez-passer – Hentz ayant renoncé à conduire à Cormontreuil sa cliente qu’il a fait descendre de voiture la laissant continuer sa route à pied, tandis que lui-même tournait bride pour regagner son dépôt, n’a commis ni perpétré aucune contravention.

Qu’ainsi le docteur Simon, sur les observations de P… et ses menaces de dresser procès-verbal contre lui pour défaut de laissez-passer, a été contraint de renoncer à aller donner ses soins à la malade qui le réclamait à Tinqueux et qu’il est retourné sur ses pas sans aller plus loin.

Qu’il est donc pertinent que le docteur Simon n’a pas commis de contravention et qu’il est regrettable qu’il ait été empêché de secourir une malade et d’accomplir sa mission d’humanité.

Qu’il y a même lieu d’ajouter que l’agent qui par malveillance, dressa procès-verbal dans des conditions inexactes ou pour des faits insuffisamment caractérisés et, par là, causa un préjudice à celui qui en est l’objet, sort de la légalité, et peut s’exposer à une demande de dommages intérêts, ainsi que celui qui l’y a incité ;

Par ces motifs,

Relaxe…

A la suite de ces acquittements, les applaudissements crépitèrent dans l’auditoire. D’autres acquittements suivirent. Une condamnation très minime fut prononcée contre un coupable, qui avait commis, je ne sais plus quelle peccadille sur le territoire de Reims (Ardennes), ce qui motiva, ce conseil très judicieux du magistrat à l’auteur du procès-verbal « Faites donc l’achat d’une géographie ! »

Il était six heures du soir, lorsque cette mémorable audience prit fin. Espérons que nous n’en reverrons de pareilles et que l’on s’abstiendra désormais de lancer gendarmes aux chausses de nos concitoyens et de les faire revenir chargés de 152 contraventions pour aboutir à un résultat aussi piteux. La population rémoise sait du reste parfaitement à quoi s’en tenir et n’ignore pas que les agents de la maréchaussée à Reims sont généralement plein d’égards et de bienveillance.

Des articles similaires ont été publiés dans deux autres journaux, joints au dossier :

  • L’Éclaireur de l’Est du vendredi 6 octobre 1916.
  • Le Petit Rémois du dimanche 8 octobre 1916.
Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 6 – Nuit tranquille. Via Crucis in cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 6 octobre

Nos soldats ont enlevé 9 canons de 88 millimètres dans la région de Morval. Nous avons poursuivi notre progression à l’est de cette localité et repoussé une forte contre-attaque allemande sur les tranchées nouvellement conquises par nous au nord de Frégicourt.

En Macédoine, les forces alliées poursuivent victorieusement leur mouvement en avant. Elles ont atteint et franchi la Cerna vers Obroveni-Brod. Progressant d’autre part, malgré le verglas, sur les deux versants des monts Baba, elles ont dépassé Buf et Popli.

Les Roumains ont retraversé le Danube, leur opération ayant eu un caractère purement démonstratif.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


fregicourt

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Lundi 8 mai 1916

Louis Guédet

Lundi 8 mai 1916

604ème et 602ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Pluie, froid, tourne au beau. Le calme. Vu pas mal de gens pour renseignements, actes, etc…  Vu cet après-midi le Commissaire central M. Palliet qui me demandait de lui donner une procuration pour son divorce. Et là entrée de Creté, le juge (rayé) comme je causais avec M. Palliet et la conversation est venue tomber sur la panique et les déménagements ! A vrai dire ces 2 là ne sont guère encourageants. Ils ne parlent rien moins qu’on nous fera partir au dernier moment, qu’on évacuera tout le monde. Alors ce sera le pillage ! En tout cas ils ne sont guère rassurants !! Mon Dieu est-ce qu’il me faudra faire le sacrifice du peu qui me reste ?? me voir piller et ruiné. Non, ce serait trop. Mon Dieu faites que je meurs avant de voir cela !! Cela me tue, me broye, me brise, et il faut que je garde cela pour moi seul et que je me fige dans ma confiance (??)…  pour les autres !! C’est dur, pénible et pas une petite lueur d’espoir, de consolation, de sérénité, de réconfort et de « rassurance » !! Mon Dieu !!!! Quel martyr.

Et puis, pour en revenir à ces 2 semeurs de panique, n’est-ce pas une propagande intéressée qu’ils font ainsi. Ils sont furieux d’être obligés de rester sous les bombes à Reims, alors ils seraient enchantés qu’on nous évacue, eux avec nous, ils n’ont rien à perdre et ils mettent leurs « petite peau » à l’abri. Peu leur chaut qu’on pille ces bons Rémois. Ils seront nommés ailleurs et leurs traitements courront toujours ! Et quand on songe que cela peut arriver de par la mentalité de ces gens-là, qui sont pour ainsi dire de connivence avec l’autorité militaire…  pillarde ! on reste anéanti devant un tel cynisme.

Bref, c’est le mot d’ordre pour semer en douceur la panique et…  vider ainsi Reims. Triste ! et triste monde ! Où allons-nous ? à l’anarchie ! au socialisme ! à la Révolution ! Je l’ai toujours dit.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 8 – Nuit tranquille sauf quelques gros coups ; + 12°. Vers 3 h. bombes sifflantes, sur les batteries sans doute. Visite d’adieu du Capitaine de Dampierre de Paris. Départ pour Paris. Visite à M. Letourneau, Curé de S. Sulpice, en me rendant aux obsèques du Card. Sevin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 8 mai

Au nord de la Somme, les Allemands, après une intense préparation d’artillerie, ont prononcé une attaque sur nos tranchées, au sud de Lihons. Arrêtée par nos tirs de barrage, l’attaque s’est dispersée avant d’avoir atteint nos fils de fer.
Sur la rive gauche de la Meuse, le bombardement, très violent, qui dure sur la région de la cote 304, a été suivi d’une forte attaque allemande appliquée entre la cote 304 et le Mort-Homme. L’ennemi, après des efforts répétés, a pénétré dans un boyau à l’est de la cote 304. Partout ailleurs, il a été repoussé avec des pertes sérieuses.
Sur la rive droite, après une intense préparation d’artillerie, les allemands ont prononcé plusieurs attaques sur nos tranchées entre le bois d’Haudromont et le fort de Douaumont. Dans la partie ouest du front attaqué, ils ont pris pied sur une longueur de 500 mètres dans nos éléments de première ligne; ailleurs, leurs assauts ont été brisés.
Au sud de Saint-Mihiel, nous avons repoussé une forte reconnaissance ennemie.
En Lorraine, nous avons surpris une patrouille au sud-est de Nomény.
Au cours d’une bourrasque, plusieurs de nos ballons captifs ont été emportés dans les lignes allemandes.
Lutte d’artillerie sur le front belge.
Canonnade réciproque dans les secteurs anglais.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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