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Lundi 9 avril 1917

Louis Guédet

Lundi 9 avril 1917  Lundi de Pâques

940ème et 938ème jours de bataille et de bombardement

2h  Temps gris, maussade, du grésil, neige fondue. Toute la nuit bataille, bombardement, incendies. On affiche que tout le monde, tous ceux qui ne sont pas retenus par leurs fonctions doivent partir avant demain 10 courant midi, des trains C.B.R. et des voitures sont organisés pour cela. Devant le 1er Canton (Commissariat) de longs troupeaux d’hommes, femmes, enfants stationnent, attendant les autocars militaires et autres qui doivent les évacuer. C’est triste, lugubre, sinistre.

Un document est joint, c’est une feuille imprimée, avec en tête la mention manuscrite à droite :

Affiché le 9 avril 1917 au matin

AVIS

La Ville se trouvant, par suite des circonstances, dans l’impossibilité d’assurer le ravitaillement de la population, l’évacuation décidée par le Gouvernement et dont les habitants ont été prévenus DOIT S’EFFECTUER IMMEDIATEMENT.

NE POURRONT RESTER A REIMS, à partir du 10 avril, que les personnes qui y sont contraintes par leurs fonctions.

Des trains seront assurés à PARGNY, à partir de 6 heures du matin.

Les voitures pour EPERNAY continueront à fonctionner les 9 et 10 avril.

REIMS, le 8 avril 1917

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Je vais à l’Hôtel de Ville où je trouve Raïssac  et Houlon, Charlier, Honoré. C’est encore le désarroi. J’apprends que des incendies ont été allumés rue du Marc, faubourg Cérès, Mumm, Werlé, etc…  et pas d’eau !!!  Raïssac dit aux employés groupés autour de nous qu’ils les laissent libres de rester ou de partir. Alors un petit maigriot s’avance, disant qu’il préfèrent rester et qu’ils comptent sur la Municipalité pour les garder et les empêcher d’être compris dans l’évacuation, étant considérés comme étant obligés de rester de par leurs fonctions, selon les indications de la circulaire préfectorale et municipale dont j’ai parlé plus haut. A ce propos Houlon me confie que le sous-préfet Jacques Régnier est envoyé en disgrâce comme secrétaire Général de Marseille. Hier encore il était ivre à se tenir aux murs.

Restent à la Municipalité : le Maire Dr Langlet, les 2 adjoints Charbonneaux et de Bruignac, les conseillers municipaux Houlon, Albert Benoist, Pierre Lelarge, Guichard des Hospices, Raïssac secrétaire général de la Mairie, laquelle va s’installer, a été installée dans les celliers de Werlé, rue du Marc. Et moi, pour la Justice !!!! Tous les commissaires (central et cantonaux) restent aussi. La Caisse d’Épargne est partie ce matin. La Poste n’a pas fait de distribution, du reste le service de ses bureaux est déplorable au possible, c’est la peur dans toute sa laideur, ces ronds-de-cuirs si arrogants d’ordinaire ne songent qu’à fiche le camp. Il n’y a eu de réellement courageux que les facteurs, et on a cité à l’ordre ces lâches, mais pas les petits piétons qui seuls méritent cette citation.

En rentrant chez moi, tout le monde nous raccroche, Houlon, qui va aux Hospices et moi, pour nous demander s’il faut partir ou si l’on y est obligé. Ceux qui ne sont pas intéressants on leur dit de partir, aux autres on laisse entendre qu’ils peuvent rester, à leurs risques et périls. Rencontré Guichard rue Chanzy, devant le Musée. On cause. Nous poussons à la roue son auto qui ne veut plus repartir…  Elle démarre et il file.

Houlon me dit que l’entraide militaire nous assurera le pain – et les biscuits – Je réclame pour mon voisinage bien réduit : Melle Payart et Melle Colin, 40, rue des Capucins. Morlet et sa femme gardiens de la maison Houbart, rue Boulard, et mes 3 compagnes d’infortune Lise, Adèle et Melle Marie, qui est une commensale (personne qui mange habituellement à la même table qu’une ou plusieurs autres) de la maison Mareschal, c’est elle qui nous a donné les lits sur lesquels nous couchons à la cave. Je les rassure, elles ne veulent pas me quitter et se reposent sur moi. Rentré à midi, on mange vite, car la bataille qui grondait vers Berry-au-Bac s’étend vers nous. Bombardement. On s’organise et notre refuge peut aller, avec la Grâce de Dieu et sa protection.

Ce matin j’ai demandé à l’Hôtel de Ville et au Commissariat central la copie d’une affiche. Tous ces braves agents de police sont heureux de me voir et de savoir que je reste avec eux. De tous ceux-là c’est encore mon commissaire du 1er canton M. Carret et son secrétaire, qui me parait le plus calme.

1h après-midi  Neige, grésil, sale temps. J’esquisse une sortie, mais comme je causais avec le papa Carret au milieu de la foule qui attend les autos, des obus sifflent. Flottement, courses vers les couloirs pour s’abriter. Je reviens sur mes pas et rentre, c’est plus prudent. Çà siffle, çà se rapproche, shrapnells, bombes, etc…  Nous sommes tous en cave, groupés l’un près de l’autre. J’écris ces notes pour tuer le temps et me changer les idées qui sont loin d’être couleur rose !!

Ci-après une Note manuscrite rédigée dans les caves de l’Hôtel de Ville sur une feuille de 8,5 cm x 11 cm au crayon de papier.

9 avril 1917  11h

Sous-préfet nommé en disgrâce comme secrétaire général de Marseille. Incendies partout, impossible de distinguer ou dénombrer. Marc – Cérès – Werlé – Moissons –

C’est la panique du haut en bas. Restent le Maire, 2 adjoints, Houlon, Guichard et moi, la police, Raïssac, beaucoup s’en vont.

La Caisse d’Épargne part, et la Poste ne promet plus rien.

12h Bataille et bombardement

12h20 La Bataille cesse. Nous déjeunons en vitesse, car gare le choc en retour.

Affiche conseillant l’évacuation avant le 10. Tout le monde s’affole. Les autos militaires se succèdent. Devant le Commissariat du 1er canton ou le peuple se groupe pour partir, le service se fait bien grâce à M. Carret qui lui ne perd pas le nord ni son secrétaire.

1h la bataille recommence. Du grésil, de la neige, tout s’acharne contre nous, j’ai froid, il fait froid.

Les laitières font leur service.

Reprise du journal

Pas de courrier à midi. Nous voilà coupés du reste du monde et demain à midi le tombeau sera refermé sur nous !

9h  La bataille continue toujours et sans cesse. Avec Houlon nous nous sommes bien amusés avec le Père Blaise, rue des Telliers, qui nous arrête pour nous demander s’il est obligé de partir. Il gémit, et dans ses lamentations il nous dit qu’il a des provisions pour un mois et qu’il veut rester, nous lui répondons que cela le regarde, mais qu’il vaudrait peut-être mieux qu’il parte. Il ne veut rien entendre, puis il ajoute : « Pouvez-vous me dire si çà durera longtemps ??!!!… !! » Nous lui éclatons de rire au nez, comme si nous le savions !!!!

Le curé de St Jacques et ses vicaires partent, parait-il, cela m’étonne !! L’abbé Camu et les vicaires généraux, Mgr Neveux, restent avec son Éminence le cardinal Luçon. Je m’en assurerai dès que je pourrais.

Écris à ma femme, ce qu’elle doit être inquiète… !! J’écris aussi à mon Robert qui est vers Berry-au-Bac. Pauvre petit, chaque coup de canon que j’entends de ce côté et combien me résonne au cœur. Je crois que nous allons ravoir de l’eau, un souci de moins, cela m’inquiétait. Elle recommence à couler un peu.

8h1/2 soir  A 5h je n’y tiens plus, du reste la bataille cesse à 5h1/2. Je vais au Palais et je visite l’organisation des Postes, dans la salle du Tribunal (audiences civiles). Dans la crypte dortoir des facteurs et des employés, rien ne leur est refusé. Je trouve Touyard, le concierge, qui fait sa cuisine auprès du bureau du Directeur des Postes !! Ce qu’il y a dans cette crypte c’est effrayant !! Dossiers, mobiliers, cuisines, bureaux, dortoirs, etc…  etc…  l’Arche de Noé. Je me renseigne sur Villain dont j’ai trouvé le greffe fermé, il paraitrait qu’il partirait demain, cela m’étonne ! Je veux mon courrier non distribué aujourd’hui. Impossible de la trouver. Je laisse 2 lettres à la Poste. Je quitte le Palais, vais aux journaux, on n’en distribue plus chez Michaud. C’est le désert dans tout Reims ! Je me suis renseigné sur le service des Postes. Il faut que les lettres soient remises au Palais avant 9h, et il faut aller y chercher soi-même son courrier à partir de 10h. Les facteurs ne distribuent plus les lettres à domicile. Mais aurons-nous encore une Poste ces jours-ci.

Je vais pour voir l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, et je rencontre M. Camuset, nous causons un moment et il me confirme ce que je savais par la Municipalité, le Général Lanquetot qui est son ami lui a déclaré ce matin qu’il ne pouvait obliger qui que ce soit à partir de Reims. La question est donc réglée. Je vois un instant l’abbé Camu qui me dit que le Cardinal a donné l’ordre à son clergé de rester, sans exception. Donc ce qu’on m’avait dit du curé de St Jacques et ce qui m’avait étonné était faux. J’en suis heureux. Je rencontre Melle Payard et son Antigone Melle Colin, navrée la première, furieuse la 2ème de ce que leur curé veut qu’elles partent. Elles me proposent leurs provisions, j’accepte. Elles doivent me les apporter ce soir si elles partent définitivement. Je rentre à la maison par le calme, les avions et les quelques rares coups de canon n’ayant pas d’intérêt. C’est la même monnaie courante.

Restent encore comme conseillers municipaux Albert Benoist, Pierre Lelarge.

Après le grésil, une vraie tempête, de 3h1/2. Le temps est splendide, mais froid. A ce moment-là tout s’emmêlait, la tempête des éléments et celle des hommes.

Rentré chez moi, je trouve Adèle dans le marasme, le cafard, la peur je crois. Nous causons avec ses 2 compagnes. On met la table et nous dînons rapidement, on ne sait jamais !! Mon monde devient moins triste et moins lugubre. Après dîner je fais un tour dans le jardin, je vois la brèche du mur et je décide d’aller m’entendre avec Champenois, le menuisier, rue Brûlée. C’est entendu, il clôturera cette brèche d’ici 2 ou 3 jours. Je repasse par la rue du Jard remplie de décombres ou sont les Déchets (usine de traitement des déchets de laine). C’est lamentable. Je cause avec Mme Moreau la fleuriste et lui demande si son mari pourra venir replanter 2 ou 3 thuyas et arbustes déplantés par l’obus qui est tombé dans la fosse à fumier près de la serre, et qui a fait une brèche dans le mur mitoyen qui nous sépare de la société de Vichy. Mais ils partent demain. Je ferai ces plantations avec un aide quelconque, le Père Morlet, brave concierge des Houbart, et Champenois au besoin.

Rentré à 8h. A 8h1/4 nous descendons nous coucher. Ordinairement on monte se coucher, mais hélas c’est le contraire aujourd’hui et pour combien de temps ??

Voilà ma journée. Je vais aussi me coucher, nos voisins dorment déjà, il est 9h. Le calme, puisse-t-il durer, durer toujours !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

9 avril 1917 – A la mairie, dans la matinée, suite du déménagement des ar­chives du bureau de la comptabilité, dans les pénibles conditions de la veille.

Des collègues, Cachot et Deseau de l’Etat-civil, Montbmn, du Bureau militaire, s’inquiètent également et trouvent prudent, à leur tour, de ne pas laisser en place, au rez-de-chaussée de l’hôtel de ville, les plus importants documents de leurs services. Ils les des­cendent aussi pour les déposer dans un endroit du sous-sol.

— Nouveau bombardement très serré, au cours de l’après- midi, dans le quartier de la place Amélie-Doublié. Pendant les préparatifs de départ de ma sœur, vers 17 h 1/2, les obus se rap­prochent et, un aéro venant à se faire entendre alors que nous sommes fort occupés dans la maison n° 8, nous descendons rapi­dement, par instinct de méfiance, avec l’intention de gagner direc­tement la cave, sans courir ainsi que les jours précédents jusqu’à celle du n° 2. Bien nous a pris de ne pas sortir au dehors, car nous sommes arrivés à peine au bas de l’escalier que cette maison n° 2 reçoit un nouvel obus, qui éclate dans le grenier, déjà mis à jour par celui d’hier, et projette au loin les pierres de taille de son cou­ronnement.

Aussi, après être retournés bâcler prestement quelques pa­quets, nous quittons définitivement, ma sœur et moi, la place Amélie-Doublié vers 18 heures. Pour mieux dire, nous nous sau­vons de l’appartement qu’elle y occupait au n° 8, en abandonnant son mobilier. Elle a pu retenir une voiture qui viendra la chercher demain matin, aux caves Abelé, où nous nous rendons, mais elle désirerait emporter de Reims tout le possible en fait de linge ; cela ne facilite pas les choses, en ce sens que notre course qui devrait être très rapide en est considérablement ralentie. Le trajet que nous voudrions beaucoup plus court et que nous devons effectuer en vitesse, sous le bombardement, par l’impasse Paulin-Paris, le talus du chemin de fer à descendre et les voies à franchir est bien retar­dé par l’encombrement et le poids des colis à porter. Celui que j’ai sur les épaules me gêne terriblement, car les obus tombent tout près et il m’empêche d’accélérer l’allure ; j’ai des velléités de l’en­voyer promener sur les rails, dont la traversée ne finit pas. Enfin, nous parvenons au but vers lequel nous nous dirigions, le 48 de la rue de la Justice, où grâce à l’obligeance d’un excellent voisin qui nous attendait là, en cas de danger imminent, nous pouvons nous reposer dans une installation confortable offrant, en outre, des garanties de sécurité que nous sommes à même d’apprécier.

Nous dînons aux caves Abelé, puis nous y passons la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi de Pâques, 9 – Faubourg Cérès incendié totalement, Maison des Sœurs du S. Sauveur y compris. Tout le monde fuit. M. Dardenne dit qu’il est bien tombé 10 000 obus ; 30 au Petit Séminaire. A 2 h. reprise du bom­bardement ; canonnade française. Continuation du bombardement un peu loin de nous. Je n’entends pas siffler les obus. A 2 h. nuée de grêle ; à 3 h. 1/2, nuée de neige. Nos gros canons commencent à se faire entendre. Ils ton­nent depuis trois heures jusqu’à 7 h. et reprennent encore après. Presque toute la nuit ils parlent de temps en temps. Les Allemands envoient quel­ques bombes, mais beaucoup moins que les jours précédents. Un ou deux incendies. Évacuation prescrite.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 9 avril….début de la bataille d’Arras

En Belgique, nos troupes ont pénétré sur deux points dans les positions ennemies de la région de Lombaertzyde. De nombreux cadavres allemands ont été trouvés dans les tranchées bouleversées par notre tir. Une tentative ennemie sur un de nos petits postes, au sud du canal de Paschendaele, a été repoussée à coups de grenades.

De la Somme à l’Aisne, actions d’artillerie intermittentes et rencontres de patrouilles en divers points du front.

Les Allemands ont lancé 1200 obus sur Reims : un habitant civil a été tué, trois blessés.

Dans les Vosges, coup de main sur une de nos tranchées de la région de Celles a été aisément repoussé. Une autre tentative ennemie sur Largitzen a coûté des pertes aux assaillants sans aucun résultat.

Des avions allemands ont lancé des bombes sur Belfort : ni dégâts ni pertes.

Les Anglais ont progressé vers Saint-Quentin, entre Selency et Jeancourt, et atteint les abords de Fresnoy-le-Petit. Canonnade très vive vers Arras et Ypres.

Guillaume II, par un rescrit, annonce qu’il opérera des réformes après la guerre dans la constitution prussienne, en révisant la loi électorale et en réorganisant la Chambre des Seigneurs sur une base nouvelle.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Jeudi 4 novembre 1915

Louis Guédet

Jeudi 4 novembre 1915

418ème et 416ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Nuit de canon. Journée fort occupée. Je ne sais comment l’organiser et la rappeler en ma tête.

Hier j’ai quitté mes aimés, qui souffrent là-bas.

Hier soir en arrivant à Pargny un embarras avec la voiture qui m’attendait. Le cocher, à moitié ivre, en voulant traverser la voie a fourré sa voiture de guingois entre un entrelacs de rails et s’était bloqué de telle façon que ni cheval ni voiture ni homme ne pouvait avancer. Heureusement que deux artilleurs, de l’artillerie lourde s’il vous plait, comme l’un d’entre eux me le fit remarquer conquièrement (de façon conquérante…), s’attelèrent à l’attelage qu’ils enlevèrent comme une plume. Bref, cahin-caha je rentrais à Reims après un voyage de 1h1/2 pour faire 7 kilomètres !!

Aujourd’hui travail d’arrache-pied, mis correspondance, dossiers, notes au courrier. Vu M. Langlet, Maire, pour le transfert des valeurs du Docteur Lévêque, de Tony-aux-Bœufs, son beau-frère à Épernay. Ce sera pour la semaine prochaine. Vu de Bruignac pour une question de réquisition, dommage ou cantonnement, question fort délicate. J’ai bien peur qu’il ne se trompe sur l’interprétation de l’article 1er du §2 du décret du 4 février 1915, qui dit : dommages, réquisitions quant il s’agit de cantonnement et pillage de guerre : dommages réglés comme indemnité. Je crois qu’il tombe sous le coup de la seconde interprétation (pillage) et non (dégâts). Je vais voir le Président du Tribunal pour lui demander s’il interprète comme moi ce texte, et le cas de M. de Bruignac. D’autre part je vais tâcher de rapprocher ce dernier avec le sous-intendant militaire pour causer et pouvoir s’organiser à arriver à une entente.

Journée fort remplie. Le canon a tonné formidablement au loin vers l’Est. Massiges, Tahure. Dormirai-je tranquille ??

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf quelques gros coups de canons. Bombes sur Saint-Benoît. Visite rue Saint-Thierry, aux Sœurs de l’Espérance et aux soldats du Bain-de-pieds. Visite aux Sœurs du Saint-Sauveur, 163 rue du Faubourg Cérès. Vers 6 h. violente canonnade à l’Est. Visite au Petit Séminaire avec M. Dardenne. Reçu télégramme par la poste comme une lettre le 4 novembre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

ob_bed1d9_thomasJeudi 4 novembre

Nous avons bouleversé sur la somme, près de Frise, d’importants travaux de mines ennemies. Lutte d’artillerie et d’engins de tranchées dans le secteur de Beuvraignes.
En Champagne, les Allemands, après un bombardement d’obus suffocants, ont tenté d’aborder nos positions du Sud de la ferme Chausson (près de Massiges). Ils ont été partout repoussés, hormis de quelques éléments de tranchées avancées à la cote 199. Leurs pertes ont été lourdes.
Dans les Vosges, notre artillerie a tiré efficacement sur les tranchées et ouvrages ennemis de la région du Violu.
Les Bulgares marchent de Velès sur Perlepe, mais ils ont été arrêtés par les Serbes dans les défilés du massif montagneux.
Le cabinet Briand s’est présenté devant le Parlement. Il a lu sa déclaration et a obtenu un vote de confiance à l’unanimité.
Les manœuvres pacifistes que l’Allemagne tente dans différentes capitales neutres ont piteusement avorté.
Les journaux allemands continuent à dénoncer le manque de vivres et reprochent au gouvernement l’insuffisance des mesures
adoptées par lui.

Source : la Grande Guerre au jour le jour


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Jeudi 5 août 1915

Louise Dény Pierson

5 août 1915 ·

Au début du mois d’août, ma sœur est avisée que son mari va bénéficier d’une permission de 6 jours, ce sont les premières que les poilus du front vont avoir depuis le début de la guerre ! Mais par une bizarrerie du règlement, les permissionnaires ne peuvent la passer dans la zone des combats.
Heureusement les beaux-parents de ma sœur ont des parents à Saint Mard-les-Rouffy qui s’offrent à nous recevoir tous. J’y vais avec toute la famille, 8 personnes, mais la permission est retardée… Je reviens à Reims avec mon père et ma mère, sans avoir vu mon beau-frère.
Ma sœur, ses filles et ses beaux parents restent à Saint Mard jusqu’à l’arrivée tant attendue du permissionnaire, après cette rencontre, personne ne le reverra…. jamais plus !
>> Sur cette photo (prise à l’occasion de cette permission), on voit ma sœur Émilienne, son mari et leurs deux filles

L’image contient peut-être : 4 personnes, personnes debout et enfant
Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Jeudi 5 août 1915

327ème et 325ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Aujourd’hui calme, temps orageux lourd. Travaillé à mettre tout mon retard et mon courrier à jour. Vu le Procureur qui est bien las ! au point de vue espoir, mais qui fait toujours face à l’Ennemi, nous sommes d’ailleurs d’accord sur ce point ! Tenir quand même ! C’est le Devoir.

Parmi toutes les lettres reçues, Dagonet mon vieux camarade de classe et ami de 40 ans m’annonce que je fais partie d’une liste de futurs décorés civils après la Guerre avec la certitude d’être parmi les élus. « Quelle sera la couleur ? me dit-il ? » – « Attend !! » Peu m’importe car le Devoir accompli n’a pas de couleur. Toutefois je préfèrerais la Croix de Guerre pour que l’on sache bien que le ruban que je porterai aura été cueilli sous le feu, sur le front. La Légion d’Honneur serait certes, plus belle mais je craindrais que l’on croit que civil je l’ai gagnée pour services…  politiques…  par…  platitudes ! Non, j’aimerais mieux n’en jamais porter ! plutôt qu’on crût cela. Bref la Croix de Guerre ! serait de mon choix parce que…  non achetée ! Tout plutôt que cela et plutôt ne jamais à avoir à découdre ma boutonnière gauche pour y mettre un ruban…  douteux, c’est-à-dire qu’on pourrait croire que je l’aurai reçu avant ou après la Guerre ! Je la veux pour Faits de Guerre sinon…  rien ! J’aurai le Devoir accompli pour moi.

Une décoration ne doit pas être mendiée, elle doit être donnée pure, loyale et sous le feu, sur le front, de façon que mes enfants ne puissent jamais en rougir. Et qu’ils sachent que le vieux sang de leur Père qui eut tant aimé avoir comme vos aïeux toujours une épée au côté, tenue claire et fière, tranchante et souple, brillante comme un éclair, mais qui veut tout au moins que sa plume ait la même noblesse, puisque ce sera par ma plume et ma prose que j’aurai gagné cette décoration devant l’Ennemi sous le feu quotidien, sur le front.

A Dieu Vat !  Momo !

Pour mes aimés chéris, mon vieux noble Père et ma tendre aimée Madeleine. Quoiqu’elle en dise !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf trois ou quatre bordées de gros canons ou bombes. Visite à S. J.B. de la Salle avec M. Camu : rue d’Alsace-Lorraine, de Cernay, de Jean de La Fontaine (50 enfants sont préparés à la lère Com­munion par M. Dardenne).

Visite aux enfants du catéchisme en retraite de lère Communion. Vers 9 h. du matin, aéroplane français, sur lequel tirent les Allemands. Vu à 17 h. des éclats des obus tirés contre les aéros ce matin même ; départ des hirondelles dans les premiers jours d’août, comme en 1914.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 5 août

Combats à la grenade, en Artois, près du château de Carleul. Lutte assez vive en Argonne. Les Allemands ont prononcé deux attaques : l’une entre la cote 213 et la Fontaine-au Charmes, l’autre à Marie-Thérèse. Ils ont été partout repoussés. Fusillade au Four-de-Paris et à la Haute-Chevauchée. Combats à coups de grenades et de pétards dans les Vosges, au Linge et au Schratzmaennele. Au Barrenkopf, nous repoussons une attaque ennemie.
Les Italiens ont refoulé, en Carnie, une nouvelle offensive contre le Monte Medatta. Dans le Carso, ils ont brisé également une offensive autrichienne au Monte Sei Busi. Ils ont fait environ 350 prisonniers dans cette affaire.
Les Russes ont remporté des avantages sur les Allemands dans la région de la Narew, mais dans l’ensemble, ils ont poursuivi, en infligeant de très lourdes pertes à l’ennemi, leur mouvement de repliement du saillant de Pologne. Leurs torpilleurs et contre-torpilleurs poursuivent la destruction systématique de la marine marchande turque, portant des renforts ou des munitions, dans la mer Noire.
La Roumanie accentue ses mesures de prohibition de transit de la contrebande de guerre à destination de l’empire ottoma
n.

Source : La guerre au jour le jour


 

ADN-ZB I. Weltkrieg 1914-1918 - Entrée de la cavalerie allemande le 5 août 1915 à Varsovie. (Wikipedia) Osteuropäischer Kriegsschauplatz: Deutsche Truppen besetzen am 5. August 1915 Warschau. 14639-15

Entrée de la cavalerie allemande le 5 août 1915 à Varsovie. (Wikipedia)

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Lundi 19 avril 1915

Louis Guédet

Lundi 19 avril 1915 

219ème et 217ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Journée calme. Temps magnifique. Je prends mes dernières dispositions. Je pars demain à Paris à 6h1/4. A 5h1/2 je serai à la Banque de France pour prendre les valeurs Mareschal et la voiture me prendra à 6h1/4 pour filer à Épernay. Que Dieu me protège. Nous protège et que je voie enfin la fin de nos peines !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 19 – Nuit tranquille, sauf fortes bombes entre 11 h et minuit.

Matin : à 5 h ½, aéroplane, mitraillades continues.

Visite à S. J. B. de la Salle avec M. le Curé et M. Dardennes. Bombes au commencement de la visite. Nous étions tout près et en vue des tranchées allemandes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Lundi 19 Avril 1915.

Mon tit Lou, aujourd’hui je suis allée voir tes parents à Sainte Anne avec notre Blanchette. Tu vois mon Charles, je fais ce que je peux pour leur faire plaisir. J’y suis allée par un bombardement violent. La poste et la rue Cérès ont eu leur part. Et toujours des bombes incendiaires, mais maintenant cela fait moins de dégâts. On a fait venir quelques pompiers de Paris.

Pour revenir à tes parents, ils étaient contents et ta maman aurait voulu que je couche chez eux, mais je ne suis pas assez hardie et puis en ce moment quand il faut être à charge des autres, ça ne me va pas. A 5 heures je suis donc revenue en passant chez Syren chercher ma petite lampe à alcool. Si tu voyais les dégâts … Et c’est partout comme cela à Reims. Je dois même aller rue de Beine voir si notre maison est toujours là car il y en a une tombée chez Mme Desjardins. Ton parrain a été un moment travailler dans le bureau du marquis et maintenant son bureau est dans les tunnels. Encore bon car aujourd’hui il en est arrivé une et le bureau du marquis a été réduit en miettes.

Ton papa voudrait encore que je sorte André. C’est bizarre : ils ont peur pour eux et ils disent qu’il n’y a pas de danger pour André. Ton parrain me conseille de ne pas le sortir.

Bons bécots. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Le quartier Sainte-Anne et la poste de la rue Cérès

Le quartier Sainte-Anne et la poste de la rue Cérès


Lundi 19 avril

Attaque allemande au bois de Saint-Mard, dans la vallée de l’Aisne : elle est vigoureusement repoussée par le feu de l’artillerie et par une charge de baïonnette.

En Champagne, près de Perthes, l’ennemi doit évacuer l’entonnoir où il s’était installé à la suite d’une explosion de mines : nous lui enlevons aussi quelques dizaines de mètres de tranchées.
Canonnade en Woëvre. Une série de petites offensives allemandes sont brisés par nous au nord et au sud de la forêt de Parroy.
En Alsace, nous refoulons une attaque à Orbey, trois attaques au Reichackerkopf, et nous gagnons du terrain au Schnepfenrieth près de Metzeral.
La bataille des Carapates semble traverser une phase d’accalmie.
Nouveau succès anglais en Mésopotamie.
Un sous-marin britannique, en reconnaissant un champ de mines dans les Dardanelles, s’est échoué à la pointe de Képhis. L’équipage aurait été capturé par les Turcs, d’après un communiqué de Constantinople.
Un navire grec, l’Ellispontos, a été torpillé en mer du Nord.
Le club Union et Progrès a été fermé à Stamboul, sur l’ordre d’Enver pacha et de Talaat bey.

 

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