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Mardi 10 juillet 1917

Paul Hess

10 juillet 1917 – Attaque allemande, au cours de la nuit, vers les tranchées de Courcy. Pendant une heure et demie, nos pièces font un vacarme assourdissant.

Mauvaise nuit… passée après beaucoup d’autres.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 10 – De 3 h. à 5 h. Combat très près de Reims, à La Neuvillette. Visite du nouveau Major qui remplace le Colonel Frontil, que des blessures obligent à quitter Reims. Visite à MM. Gaube, Houlon, Hamel. A 8 h. soir, quelques obus sifflent et tombent vers Sainte-Clotilde.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Jeudi 5 avril 1917

Louis Guédet

Jeudi 5 avril 1917

…pauvres petits. Que faire ? Que dire ? Que décider ?

Vu M. et Mme Becker qui m’ont dit grand bien de mon grand Jean, son capitaine en dit beaucoup de bien, et son collègue le capitaine Cornet. Il est très bien noté par ses chefs.

Ce soir audience de réquisitions militaires, à 2h1/2.

6h1/4 soir  Vu ce matin à l’Hôtel de Ville M. Charlier, le chef de bureau des allocations militaires, commission cantonale, qui m’apprend que sa maison rue de Courcy, 52, (rue Roger-Salengro depuis 1946) a été broyée hier par le bombardement, 3 ou 4 obus. Vu Camuzet qui me dit les ruines des terribles bombardements, rue St André (rue Raymond Guyot depuis 1946), rue Jacquart, place de Bétheny (place du Docteur Knoëri depuis 1927) qui n’est plus qu’une ruine, rue Coquebert, rue de Savoye, clinique Lardenois, clinique Lardenois, rue Werlé, maison Girardin fort abîmée (rayé). Enfin de tout cela des ruines, toujours des ruines. Beau champ d’expériences militaires, comme le disait avec tant…  d’humour nos galonnards. C’est tout ce que trouvent à dire ces soudards à qui il ne manque plus que l’uniforme allemand pour être complets.

Les Postes Muire et Vesle sont installées au Palais de Justice dans la Chambre civile. Là j’y rencontrais hier l’un des Directeurs (rayé) qui hier, blanc de peur  me dit : « oh ! mais si çà bombarde…

La demi-page suivante a été découpée.

Audience de réquisition militaire, 2 affaires, dont l’affaire Janin, entrepreneur de bois de construction. Son frère, clerc de notaire est venu pour lui. J’ai saisi l’occasion de dire à celui-ci que je n’admettais pas que son frère qui ne jugeait pas à propos de se présenter, accusant Payen d’avoir voulu se dérober au danger il y a un mois lorsqu’il avait été convoqué la première fois !! Payen n’était pas venu à cause du verglas, et parce que l’autorité militaire ne lui avait pas permis de venir à Reims… Non ces gens-là sont inconscients. Ce sont eux qui se défilent depuis 1914 et accusant les autres de se dérober !! C’est un comble !!! Janin a senti la leçon ! Il pourra la répéter à son pleutre de frère.

Je ne pars pas demain. Je n’ai pas de voiture. Dois-je partir samedi ou dimanche ??? Je ne sais !! Cette incertitude me fait réellement souffrir. Je suis pris entre le Devoir civique et le Devoir paternel, l’affection paternelle ! Celui-ci, celle-ci, il est vrai doit passer après celle-là ! C’est dur ! Mon Dieu, éclairez-moi. Et faites que je puisse aller à St Martin embrasser mon père et ma femme et mes Petits. Il n’y aura que mon Robert qui me manquera. Pauvre Petit. Aucune épreuve ne m’aura été épargnée, aucun sacrifice !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Le communiqué en date de Paris, 4 avril, 7 h, que nous lisons ce matin dans les journaux, annonce notamment ceci :

L’ennemi a violemment bombardé la ville de Reims, qui a reçu plus de 2 000 obus ; plusieurs personnes de la population civile ont été tuées.

— Aujourd’hui, au cours de l’après-midi, des obus tombent à proximité des voies du chemin de fer, impasse Paulin-Paris, rue Duquenelle et, la nuit, les sifflements se font entendre de nouveau

à plusieurs reprises, tandis que les projectiles éclatent vers la porte de Paris, l’avenue de Laon, les Promenades, la rue de Cormicy,

— Le Courrier donne les différentes communications ou formations suivantes :

Nouvel avis à la population.

En raison de la fréquence et de l’intensité des bon dements, le sous-préfet de Reims, au nom du gouvement par son ordre, engage les habitants de Reims qu’une obligation impérieuse ne retient pas, à quitter la ville pour quelques temps. Il insiste principalement sur le devoir absolu des chefs de famille de mettre sans retard en sécurité leur femme et leurs enfants.

Ainsi qu’il a été dit, toutes facilités seront donnée: le retour des personnes qui se trouvent actuellement à Reims, dès que les circonstances le permettront.

Le sous-préfet de Reims : Jacques Regnier

Ville de Reims.

Le service du ravitaillement dispose de deux mille de cassoulet (viande et haricots) qui peuvent être cédées immédiatement à la population aux prix de :

– 0,85 F la boite de 500gr.
– 1,55 F la boîte de 1 kg.
et d’une petite quantité de morue.

S’adresser à l’abattoir municipal et aux soupes populaires de Melle Foubiaux et de Mme Perottin.

Départs.

Les autos militaires qui conduisent à Epemay nos concitoyens n’étant pas toutes remplies par les vieillards et les jeunes enfants, les places restantes seront mises à la disposition des autres personnes désirant quitter Reims.

On devra s’inscrire, à partir de 5 h du soir au commissariat central.

Contre les gaz asphyxiants. Conseils.

Des personnes ayant été incommodées en portant secours à d’autres personnes victimes d’accident, il est rappelé que le premier soin à prendre est de revêtir son propre masque, et, si possible, d’appliquer celui du blessé.

Revêtir également son masque lorsqu’on pénètre dans une maison qui a reçu des obus asphyxiants.

L’adieu aux partants.

M. le maire de Reims était présent au premier convoi automobile emmenant des vieillards et des enfants.

Il les a salués en termes pleins d’émotion et avec un at­tendrissement visible.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi-Saint – Jeudi 5 – + 3°. Nuit assez agitée ; bombardement violent jusqu’à 10 h. soir. Ronflement lointain de la canonnade toute la nuit, Berry- au-Bac et la Neuvillette, attaque allemande. Le matin, silence jusqu’à l’heure de la messe à 8 h. Visite à Clairmarais ; autel et abside anéantis. Retrouvé sept hosties sur 10. Les personnes pieuses ont demandé d’être communiées avec ces 7 hosties retrouvées. Ciboire écrasé sous le piédestal de la statue du Sacré-Cœur. Bombardement à partir de 2 h. Visite à Saint-Remi : un obus est entré par une fenêtre du chœur (Nord-Est à peu près) ; est tombé près du tombeau de Saint Remi, y a projeté des débris de maçon­nerie d’une arcature du triforium, sans faire aucun mal au tombeau. Bom­bes toute la soirée. Canons français de 10 h. à minuit. Bombes allemandes jusqu’à 4 h., sur l’abattoir où elles font une brèche à la maison du con­cierge ; le Café du XXe siècle a sa devanture brisée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 5 avril

Nos troupes ont continué à refouler l’ennemi sur le front de la Somme à l’Oise et l’ont rejeté au delà d’une position dominante très importante, jalonnée par les villages de Grugies, Urvillers, Moy, qui ont été enlevés brillamment par nos troupes.

Au nord de la ferme de la Folie, les Allemands, bousculés par une attaque irrésistible de nos soldats, ont lâché précipitamment trois lignes de tranchées précédées de réseaux de fils de fer en abandonnant des blessés, et un important matériel; trois obusiers de 150 et plusieurs camions d’escadrille sont tombés en notre possession.

Au sud de l’Ailette, aucun changement dans la situation.

Violente lutte d’artillerie dans la région de Margival et de Laffaux.

En Woëvre, nos pièces à longue portée ont pris sous leurs feux des détachements signalés en gare de Vigneulles.

Dans les Vosges, un avion allemand a été abattu par le tir de nos canons spéciaux.

Les Anglais ont infligé un échec aux Allemands à 1’ouest de Saint-Quentin.

Les Russes ont été refoulés sur le Stokhod par les Austro-Allemands.

Jusserand, ambassadeur de France, a été longuement acclamé par la foule à New-York.

Goremvkine, ancien premier ministre russe, qui avait été emprisonné, est devenu fou.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Jeudi 22 mars 1917

Louis Guédet

Jeudi 22 mars 1917

922ème et 920ème jours de bataille et de bombardement

6h35 soir  Temps gris maussade le matin, avec des papillons de neige, il fait vraiment froid. Le temps s’élève vers midi, et devient réellement beau. La nuit avait été calme, et c’était la première fois depuis près de 8 jours que j’ai dormi sans être en éveil.

Je me lève assez tôt pour finir quelques lettres avant midi. A 11h je vais à l’Hôpital Général où j’avais rendez-vous avec Guichard, vice-Président, et Gustave Houlon, membre de la Commission, pour parler d’une difficulté soulevée par la propriétaire, au sujet d’un bail d’un hôtel à Monnetier-Mornex (Haute-Savoie), loué par les Hospices de Reims pour y loger leurs pensionnaires de la Maison de Retraite. Question d’interprétation de la clause de prix progressif, avec ristourne du loyer. J’en ai conclu que les Hospices devaient payer, la clause, pour une raison qu’il ignore, n’étant pas rédigée comme cela avait été convenu lors de la signature de tous les baux similaires conclus en même temps. Ces messieurs étaient de mon avis du reste. C’est 1 000 F environ que les Hospices perdent à la suite de l’étourderie du rédacteur, qui était Pétiot, ancien notaire à Châlons-sur-Marne, représentant le Ministère de l’Intérieur, qui est du reste d’une légèreté inconcevable. Cela ne m’a donc nullement surpris de lui. J’en avais prévenu Houlon à cette époque-là en lui recommandant de se méfier du citoyen.

Le bas de la page a été découpé.

Lettre de Narcisse Thomas qui me dit avoir été fort souffrant d’une congestion pulmonaire, il y est sujet. Heureusement que ma lettre pour Bossu et mon ruban s’est croisée avec la sienne, 24 heures plus tard, certainement je n’aurais pu lui écrire ce que je lui demandais. J’ai fini toutes mes lettres, chose rare !

A 4h1/2 bataille vers St Brice qui ne cesse pas encore, on ne s’entend pas.

8h soir  Enfin voilà cette canonnade infernale terminée. 4h durant. On est assourdi et les nerfs sont exaspérés, mais quelle canonnade. Durant ce temps nos voisins nous envoyaient des bombes. Heureusement pas dans notre quartier, mais quel vacarme. En dînant je m’attendais à chaque instant à être obligé de descendre à la cave, et j’étais d’autant plus inquiet que le tintamarre de la bataille et de la canonnade m’empêchait d’entendre les sifflements des obus qui arrivaient et qui m’auraient permis de savoir où ils allaient et d’où ils venaient. Il me fallait me baser sur les éclatements. Au milieu de tout ce bruit, allez donc vous y reconnaitre !! Bref, j’ai plutôt mal mangé, et…

Le bas de la page a été découpé.

8h1/4  Le silence absolu ! C’est lugubre, mais on respire mieux tout de même. Allons-nous être tranquille et pouvoir dormir cette nuit ! Par quels étranges sensations aurais-je passé, passons-nous ? La vieille Lise en est malade. Adèle, elle ? elle grogne !! moi, je tâche de dompter mes nerfs ! Depuis le temps je ne devrais plus en avoir cependant !! à force d’avoir été brisés…  broyés…  tendus, cassés, distendus, tordus, pilés.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

22 mars 1917 – Une canonnade commence à 16 h ; elle prend très vite une grande intensité. Le bruit effrayant au milieu duquel se distinguent encore les fortes explosions des torpilles, se continue sans inter­ruption jusqu’à 20 h.

Le communiqué nous apprend, par la suite, que les Alle­mands avaient déclenché une attaque au nord-ouest de Reims. Cette attaque s’est produite vers la Neuvillette et les Cavaliers de Courcy, partie de secteur tenue par les troupes russes.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

l’hôtel de ville de La Neuvilette


Cardinal Luçon

Jeudi 22 – 0° ; quelques flocons de neige. Visite aux Trois Fontaines. Aux Sœurs de Saint-Thierry. A 4 h. 1/2, canons français ; bombes alleman­des. On dit que Bazancourt et Fismes(1) sont en feu ?? De 4 h. 1/2 à 8 h., attaque allemande aux Cavaliers de Courcy(2) ; défense française. A 8 h., silence des deux côtés.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
  1. Fismes ne sera profondément détruit qu’en 1918 à la seconde bataille de la Marne
  2. Les « Cavaliers de Courcy » étaient le nom porté par deux levées de terre artificielles qui bordaient le canal de l’Aisne à la Marne, de part et d’autre, entre La Neuvillette et Courcy. Cette zone fut l’enjeu d’âpres combats pendant toute la guerre (le canal était un véritable cloaque bien qu’il ne fût plus en eau)

Jeudi 22 mars

Au nord de Ham, la situation est sans changement. Nos éléments légers restent au contact de l’ennemi entre Roupy et Saint-Quentin.

A l’est de Ham, nous avons forcé en deux endroits le canal de la Somme, malgré une vive résistance des Allemands. L’opération, conduite avec vigueur, nous a permis de dégager les rives nord et est du canal et de refouler l’ennemi jusqu’aux lisières de Clastres et de Montescourt. Des inondations sont tendues par l’ennemi dans cette région.

La plupart des villages en avant de nos lignes, dans la région de Saint-Quentin, sont en flammes. Nous avons progressé au nord de Tergnier. Quelques escarmouches dans la vallée de L’Aillette. L’ennemi bombarde nos lignes.

Au nord de Soissons, nous avons réalisé de sérieux progrès et livré des engagements assez vifs. La plupart des villages conquis sont entièrement détruits.

A l’est de la Meuse, plusieurs tentatives ennemies sur la tranchée de Calonne ont échoué.

Les Anglais ont occupé 40 nouveaux villages.

Le président Wilson a décidé de convoquer le Congrès américain pour le 2 avril.

Une tentative de meurtre a été commise par un officier contre le ministre de la Justice russe, M. Kerensky.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 10 février 1917

Cerny-les-Bucy

Louis Guédet

Samedi 10 février 1917

882ème et 880ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toujours grand froid avec un beau soleil. On souffre tout de même et on voudrait bien que ce fut fini. Caisse d’Épargne ce matin, peu de monde. Après-midi sorti pour aller jusqu’aux caves Charles Heidsieck, 46, rue de la Justice, vu Braudel (à vérifier), toujours aussi convaincu de son importance, cet homme n’a jamais pu changer sa manière Boche !! Fondé de pouvoir, dans les caves où les bureaux sont parfaitement organisés. Rentré par un soleil splendide. Le cœur serré, comme toujours, et puis je n’ai goût à rien. Je me suis forcé à écrire mon courrier mais sans goût et avec lassitude.

Il y a 17 500 habitants, peut-être un peu plus à Reims. Je croyais qu’il n’y en avait que 15 000, mais il a été demandé plus de 17 500 cartes de sucre…  et…  Voilà ma journée et tout ce que j’ai appris…  Peu ou pas de canon.

J’ai été gelé hier dans mon cabinet au Palais de Justice, à tous vents. J’ai demandé à Touyard le concierge du Palais de me faire mettre du papier aux fenêtres afin qu’on gèle moins, juges, greffiers et justiciables. Je tiens mes séances dans mon cabinet, portes ouvertes sur la pièce donnant sur la rue Tronsson-Ducoudray. De même pour les audiences de simple police, la grande salle étant glaciale…  Bref on gèle, et je lis dans l’Écho de Paris que les juges se plaignent d’avoir froid dans leurs salles chauffées, je voudrais bien les voir ici dans mon Palais !! sans carreau ni fenêtre. Comme la maison de Cadet Rousselle (d’après les paroles d’une chanson populaire datant de 1792).

9h soir  J’ai froid. Je n’ai pas sommeil et ne peut me décider à me coucher. Je rêve, somnole près de mon poêle, mon esprit erre à un tas de souvenirs qui me font souffrir. Cet état est bien pénible. Je suis comme extériorisé. Je vais, je viens, j’écris plus comme si je n’existais pas, sans savoir bien, c’est comme un engourdissement. Après trente mois de ma vie, cela se conçoit un peu, je n’ai plus de vie humaine. C’est une vie de paria, de bête traquée, de machine. Une vie de veilleuse qui s’éteint. Mon Dieu ! c’est peut-être là la mort la plus douce !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 10 – Nuit tranquille. – 8°. Visite de trois officiers : Colonel M, Colonel Nieger, un Lieutenant-Colonel qui était à La Neuvillette quand les Parlementaires allemands s’y sont présentés (3 Septembre 1914), 1 Capitaine.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 10 février

Dans la région à l’est de Reims, nous avons réussi un coup de main et ramené des prisonniers.

Nos batteries ont exécuté des tirs efficaces sur les organisations ennemies du secteur de la cote 304. Un dépôt de munitions a explosé. Canonnade intermittente sur le reste du front.

Un de nos pilotes a abattu un avion allemand près de Cerny-les-Bucy (Aisne). Nos avions de bombardement ont lancé des projectiles sur les usines militaires et la gare de Bernsdorf, ainsi que sur la gare de Fribourg-en-Brisgau (grand-duché de Bade).

Canonnade sur le front belge, spécialement au sud de Nieuport.

Les Anglais ont exécuté des coups de main heureux à l’est de Vermelles et au sud-est d’Ypres. Un grand nombre d’abris ont été détruits et des prisonniers ont été faits.

Les Allemands, après un violent bombardement, ont tenté d’aborder les lignes britanniques, au sud d’Armentières. Ils ont été décimés et rejetés. 37 prisonniers ont été faits, dont 2 officiers. Nos tirs de contre-batteries ont provoqué deux explosions dans les lignes allemandes. Un groupe de travailleurs a été dispersé par le feu britannique, vers la butte de Warlencourt.

La Republique Argentine a remis à l’Allemagne une note de protestation énergique contre le blocus.

La Suède a décliné la proposition de M. Wilson tendant à instituer une action collective des neutres contre la guerre sous-marine.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Cerny-les-Bucy

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Mardi 1 décembre 1914

Paul Hess

Dès ce matin, violent bombardement dans le quartier du Barbâtre et rue Gambetta, par volées de quatre, cinq et six gros obus à la fois. Plusieurs maison sont démolies ; la boulangerie Cochain-Courty, rue du Barbâtre 41, touchée sur l’arrière, l’est en partie.

– Le soir, vers 7 h 3/4, après être passé aux nouvelles rue du Cloître 10, je regagne par une véritable tempête et une totale obscurité, la rue Bonhomme, afin d’y passe ma deuxième nuit.

Le trajet, au milieu de la rue Cérès déserte – accessible seulement entre les énormes ta de décombres obstruant complètement les trottoirs et en grand partie la chaussée : avec des pans de murs resté en équilibre plus ou moins stables, à droite, d’où viennent les bruits divers produits par des persiennes en fer accrochées encore aux emplacements des fenêtres et violemment agitées par le vent ; par des moreaux de zinc, plus loin, furieusement balancé aussi et voulant s’envoler ; par des pierres ou d’autres matériaux tombant lourdement sur le sol – sans rencontre âme qui vive, est affreusement lugubre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Collection : Véronique Valette

Collection : Véronique Valette


Cardinal Luçon

Mardi 1er – Nuit et matinée tranquilles. L’Action Française publie ma réponse au Duc d’Orléans qui m’avait écrit une belle lettre de sympathie. Écrit au Ministre de la Guerre par M. Elinot. A 10 h, bombes sur la ville, nous obligent à lever la séance du Conseil. Visite d’un prêtre, soldat à Lille (à Taissy) avec un autre soldat. Réception de la lettre du Cardinal Brown me priant de demander par Lettre Collective, à tous les diocèses de s’unir aux Catholiques Anglais pour Un jour de <prières demandées par le Roi.

Nuit tranquille. un seul coup vers 11 h ou minuit. Canon français ou obus allemands ? C’était une explosion, peut-être, du parc de Pyrotechnie des Allemands à Vitry-les-Reims. On en pâtit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Mois de Décembre 1e Mardi – Temps un peu couvert qui permet de voir au loin. Comme toujours canonnade et bombardement qui commence. Vers 12 h 1/2 du matin 8 ou 10 bombes rue des Orphelins et les abords ; 4 en 10 minutes tombent sur l’usine du Mont Dieu. En même temps un fort incendie à la Neuvillette parait-il. L’après midi fut un peu moins dur ; à 6 h du soir, le calme parait un peu rétabli. La pluie tombe abondamment. Nuit tranquille en apparence.

A 10 h 50, du soir, une explosion terrible se fit entendre, les maisons tremblèrent sur leur base. Les vitres des fenêtres semblaient se briser et on ne sut à quoi attribuer ce coup.

D’aucuns disaient que c’était le fort de Brimont que l’on avait faite sauter, d’autres disaient que c’était la fabrique d’auto à Vitry où les Allemands avaient un important dépôt de projectiles qui était sauté ; en un mot personne ne savait rien. le reste de la nuit fut assez calme à part un coup terrible à 3 h du matin, à quoi attribuer ce coup ! Comme les autres, je n’en sais rien.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

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Dimanche 6 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

6  SEPTEMBRE – Midi – Des centaines de blessés sont arrivés ce matin ; ils sont rue de l’Université et des bandes de soldats éreintés passaient rue Vauthier tout à l’heure.

Rencontré à Notre-Dame M. de Bruignac, prisonnier hier encore avec les autres conseillers, à propos des réquisitions. On fournit celles-ci difficilement. Ainsi, il fallait 20.000 kilos de pain pendant 5 jours ; on arrive à peine à la moitié. Toujours cette histoire des parlementaires qu’on ne retrouve pas. On a suivi leur piste assez loin ; on continue les recherches. L’autorité prussienne convient pourtant que la ville n’y est pour rien. Tout l’obscur de cette affaire s’éclaircit quand on sait que Saxons et Prussiens se disputaient l’honneur d’entrer à Reims. Les Saxons y étaient quand les Prussiens, qui avaient envoyé des parlementaires, lesquels ne revenaient pas, ont bombardé. Les Saxons ont vite envoyé un des leurs pour arrêter les Prussiens. Les parlementaires prussiens avaient été arrêtés à La Neuvillette parce qu’on leur avait dit qu’il n’y avait plus d’autorité militaire à Reims. Ces parlementaires sont repartis avec les officiers français qui les accompagnaient (un colonel et un général. On a perdu leurs traces et on ne sait où ils sont, mais il est certain que vendredi à 3 heures, les Prussiens voulaient recommencer le bombardement.

Je vais me procurer un appareil ; il faut absolument que je fasse des photographies.

Après Vêpres seulement, avec la jumelle de Poirier, je suis allé faire un tour et j’ai photographié une affiche Place Royale ;

Du P. Etienne, ces mots entendus ;

1°) à la Poste, du factionnaire questionnant certaines personnes ; « La guerre, chose cruelle, pas morale… »

2°) un bonhomme qui l’aborde ; « Monsieur, je ne sais pas de votre bord, mais si on n’avait pas chassé les bonnes sœurs, nous n’en serions pas là.. ! »

A rapprocher de l’apologue d’un gaillard accostant l’abbé Midoc, place de l’Hôtel de Ville pendant les premiers jours de la mobilisation ; « Monsieur l’Abbé, nous ne sommes pas dans les mêmes idées, les poules et les coqs se battent toujours dans la basse-cour, mais quand l’épervier arrive, tout le monde est d’accord ».

Entendu également dans un café, de la bouche d’un officier allemand ; « Si nous avions vos soldats, nous serions déjà à Paris, mais vous devez bien vous apercevoir qu’ils sont mal commandés… »

Il paraîtrait que nos ennemis auraient été battus aujourd’hui à Montmirail.

Épernay n’a pas été bombardée, au dire de Antoine, chauffeur de la Maison Pommery (réquisitionné hier par un officier prussien tandis qu’il transportait les meubles de Stanford). On n’y veut pas croire que Reims aurait été bombardée… !

Une chose qui navre tous les honnêtes gens et les patriotes, c’est la familiarité avec laquelle la partie inférieure de la population traite avec les allemands. Sans parler de l’ignominieuse conduite des filles, affichée au grand jour. On souffre d’un grand manque de dignité ; on pouvait avoir une attitude calme sans avoir cette condescendance … presque flatteuse… j’allais dire dégradante… Je comprends qu’un soldat ait dit ; « Les Français ne veulent pas la guerre ; c’est l’Angleterre et la Russie » et cette autre parole d’un officier supérieur pendant les discussions « J’aime mieux mes deux parlementaires que vos m 100.000 c… de rémois.. ! »

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Dimanche 6 septembre 1914

9h matin  Me voilà seul et à 44 ans de distance à quelques jours près (étant arrivé à Paris le 24 août 1870 et y étant resté jusqu’au 18 février 1871). Ma femme, mes enfants et moi nous sommes dans  la même situation où se trouvaient mon Père, ma Mère et moi ! Je suis seul ici à Reims, et ma pauvre chère femme et mes petits je ne sais où. Si je savais seulement qu’ils sont en bonne santé et sains et saufs à Granville ! Moi peu m’importe que je souffre plus ou moins, mais pourvu que j’ai de leurs  bonnes nouvelles. Mon Dieu, faites que je ne sois pas, comme en 1870, six mois sans avoir de leurs nouvelles. Je n’y résisterai pas. Voir deux fois la Guerre c’est trop.

En revenant de la messe de 7h1/2 à St Jacques je suis passé par la place Drouet d’Erlon square Colbert côté gare, boulevard de la République et rue de la Tirelire pour reprendre la rue de Talleyrand et rentrer.

Un obus a éclaté dans la rue place Drouet d’Erlon, au coin de l’Hôtel Continental qui m’a paru assez abîmé. Chez Mme veuve Marguet, 35 rue de la République, un obus lui a enlevé son balcon et a éclaté dans l’immeuble, cela doit être bien arrangé.  Cet obus venait de Bétheny. Preuve nouvelle qu’ils ont tiré de tous les côtés et non des Mesneux seulement comme ils l’affirment. Non ce n’est pas une erreur, c’est de la Terreur qu’ils ont commis.

En en faisant le bilan : Collomb, rue du Clou dans le fer, Camuset, Léon Collet, esplanade Cérès. Le bureau de Mesurage, rue Eugène Desteuque, Marguet, 35 Boulevard de la République. L. de Tassigny, (maison Debay) rue de l’Écrevisse, Girardot, Place des Marchés, École Professionnelle, rue Libergier, Mauclaire syndic rue Libergier, Veuve Gilbert, rue du Carrouge, Lanson, boulevard Lundy, Hourlier, rue Eugène Desteuque, Maison Prévost et Lainé, rue St Pierre les Dames, Grandbarbe, rue St André, 1, Veuve Sarrazin, esplanade Cérès (1 tué), Banque Adam, rue de l’Hôpital (rue du Général Baratier depuis 1937). Vaillant, 1 rue Legendre, Dr Gosset, 2 rue Legendre, (en blanc) au 21, rue Cérès et Luxembourg (coiffeur du coin), de Tassigny-Maldan 18, rue Cérès (maison où habitait Clémence d’Anglemont de Tassigny (1856-1953), veuve de Théodore Maldan (1844-1899), elle aurait quitté sa maison en feu sans son chapeau, au grand dam de sa gouvernante)(elle est par ailleurs l’arrière grand-mère maternelle de François-Xavier Guédet), Rémond-Faupin (maison de Colbert) rue Cérès, Place Royale, Habitation d’Alexandre Henriot. Kunkelmann rue Piper 1/3, Goulden (Auguste) 5, rue Piper, Dufay, rue St Symphorien, l’Éclaireur de l’Est.

Mais ils ont surtout tiré sur les alentours des églises Cathédrale, St Remi et St André qui leur servaient à n’en pas douter de point de mire. La Cathédrale a eu 3 obus près d’elle rien que dans la rue (Notre-Dame). 2 dans le terrain vague de l’ancienne prison. L’église St Remi en a eu une quinzaine autour d’elle, plus les 2 qui sont tombés dedans. Pauvre verrière flamboyante du portail sud, il n’en reste pas un verre. Je n’ai pas encore vu St André, je n’en ai pas encore eu le courage, mais il parait que la sacristie est en miettes. Le buffet et les orgues sont abîmés.

11h matin  Vers 9h3/4, je ne peux m’empêcher de faire un tour par le boulevard de la République. Je passe rue de la Tirelire et remonte le boulevard vers la Porte Mars, puis je prends le boulevard Lundy. Pas de dégâts sauf un trou qui n’a pas du faire beaucoup de mal à la maison de M. Wenz fils. Deux soldats allemands entrent à l’hôtel Werlé, ces messieurs les officiers se logent bien. Deux plantons d’ambulance à la Maison de Commerce Roederer. Chez Henri Lanson un obus est entré par la fenêtre du salon, il doit y avoir de beaux dégâts. Rue de Bétheny (rue Camille-Lenoir depuis 1932) rien. Rue St André 1 (rue Raymond-Guyot depuis 1946), maison Grandbarbe, côté ouest sur la place, une baie de 5 mètres de haut sur 3 à 4 de large, ça doit être beau à l’intérieur. Église St André, la sacristie est saccagée, les vitraux brisés, on chante la Grand’messe en grande pompe.

Je reviens sur mes pas par la rue du faubourg Cérès. Esplanade Cérès, rue Legendre 2, maison du Docteur Gosset et Maison Vaillant en face gros dégâts, l’obus du Docteur Gosset venait de l’ouest et celui de Vaillant de l’est. Je le répète on a tiré de tous les côtés, rue de l’Hôpital maison Banque Adam un trou énorme, gros dégâts. Le coiffeur du coin rue Cérès et rue de Luxembourg est en miettes. La maison de Tassigny-Maldan en face est aussi fort endommagée. Rue de la Gabelle, chez la pauvre petite dame Mahieu, 5 rue de la Gabelle, la toiture est sautée, tout est pulvérisé. Elle me donne un vieux livre, une petite Histoire de France sur lequel on lit le nom Louise Marchais, traversé par un éclat d’obus.  Je reviens sur mes pas. Place Royale, au coin de Christiaens le pharmacien un obus a éclaté sur le pavé, peu de dégâts, quelques glaces de cassées, une vitrine intérieure traversée. Dégâts beaucoup plus graves chez Alexandre Henriot, au coin de la place et de la rue du Cloître. Les 2 étages et le rez-de-chaussée doivent être broyés à l’intérieur. Au rez-de-chaussée succursale de Mignot, ancien café de la Douane où j’ai pris pension pendant près d’un an en arrivant à Reims en mai 1887 comme 3ème clerc de Mt Douce, notaire, 24 rue de l’Université.

Je rentre et ma bonne m’apprend que mon Beau-père est venu et m’a laissé un mot (voir la carte jointe) pour me dire qu’il allait à l’usine Deperdussin avec des officiers du Génie qui prétendent qu’elle est minée. Qu’est ce que c’est encore que cette histoire. Vraie chicane d’allemand ? (Tout à l’heure M. Wenz fils m’apprenait devant le temple protestant du boulevard Lundy qu’on avait retrouvé la trace à Épernay des officiers allemands tant recherchés hier (ceux de sang royal) qu’ils étaient prisonniers de nos troupes, on parle de demander qu’on les relâche. Cette chicane leur échappe pour voler quelques millions de plus et pour fusiller quelques notables, ils ont recherché autre chose. Quelle race ! Ce sont des démons !)

Bref M. Bataille m’écrit qu’il part comme otage avec Diancourt, Lejeune, Chavrier, Chézel  à l’usine Deperdussin pour accompagner ces officiers du Génie, et que je ne me tourmente pas. Que va-t-il encore sortir de cette histoire ? Ils ne se rendent pas ! Après celle-ci c’en sera une autre.

11h3/4  Le canon tonne furieusement du côté de Soissons à l’ouest, c’est un roulement continu. Que Dieu nous protège ! Nous ne risquons ici que plaies, malheurs et bosses. Si les allemands avancent ils nous étrangleront,  s’ils sont obligés de reculer, il ne faut pas se faire d’illusion, ils nous brûleront, bombarderont, saccageront, ils nous tueront tous. A moins d’un miracle !! Faisons le sacrifice de notre vie, c’est le plus simple et je le fais bien volontiers. Pourvu que ma pauvre femme et mes chers petits soient sains et saufs et bien portants.

6h soir  Comme une âme en peine je pars faire le tour de la Ville. Boulevard de la République, rue du Champ de Mars, au 2 une bombe, rue Havé des ponts je vois les rails sautés à l’intersection des aiguillages rue Léon Faucher. Sur les lignes personne, à la gare de triage et au garage des locomotives 1 homme, 2 tout au plus. Au champ d’aviation quelques officiers et soldats. En haut  du pylône de l’orientation des vents le drapeau prussien noir, blanc, rouge. C’est le 1er que je vois. Rue du Chalet, cimetière de l’Est, boulevard Dauphinot, les casernes dans lesquelles sont quelques soldats. Je n’ai pas le courage d’aller plus loin. En résumé nous sommes maîtrisés par quelques hommes qui ont l’audace, la superbe de l’oser !

Une ville de 100 000 âmes dominée par 4 hommes et un caporal !

Je reviens par les Vieux Anglais qui ont reçu 4 obus, rue Piper 3 obus, 1 chez Goulden qui a fort abîmé sa cour d’honneur. 1 chez Kunkelmann et 1 dans la rue, rue St Symphorien, Maison Dufay architecte, l’étage supérieur est dévasté, il n’y a plus de toiture. Rue de l’Université à l’Éclaireur de l’Est une bombe. Place Royale, une affiche au coin de la « Société Générale » :

Ordre  Ayant pris possession de la ville et de la forteresse (??!!) de Reims, je signifie aux habitants etc…  etc…  toute la lyre ! quoi ! otages, fusillades, rançons etc…  je les reconnais là, signé ! Le Général commandant la Place. On n’est pas plus prussien. Nous ne savons même pas le nom de notre…  fusilleur.

8h1/2 soir  Rentre de dîner chez Charles Heidsieck avec Pierre Givelet qui y est pour quelques jours. Mon Beau-père a été relâché vers 4h après avoir trouvé chez Deperdussin 40 moteurs Gnôme et 30 aéroplanes intacts !! Le général Cassagnade (ancien gouverneur militaire de Reims) a été d’une incurie et d’une incapacité inqualifiable. Dans les forts on a retrouvé quantité de munitions intactes, dans les magasins des quantités de farine, pailles, etc…  C’est honteux.

Pendant le dîner on cause des événements et on espère. Il parait que des Allemands et des Prussiens c’est le XIIème Corps saxon qui nous a occupés. Les Prussiens (la Garde) sont furieux étant arrivés trop tard. Ces troupes n’avaient plus de pain depuis 9 jours !! C’est-à-dire leur état plutôt lamentable. Aussi ne sont-ils pas aussi sûrs que cela du succès final. Il parait qu’il ne nous restera à loger qu’environ 500 hommes. Tant mieux.

L’hôtel de Mme de Polignac route de Châlons (Hôtel Restaurant Les Crayères depuis 1983) est occupé par 15 officiers !! Ils savent choisir. M. Givelet m’a raconté deux histoires assez drôles sur notre bon et pacifique secrétaire général de notre Académie de Reims, j’ai nommé le bon et doux M. Jadart, les voici !

Quand on a parlé de l’entrée des troupes allemandes à Reims pour le 4 septembre, M. Jadart s’est souvenu qu’il y avait un musée lapidaire à Clairmarais et qu’en sa qualité de bibliothécaire et un peu conservateur des Musées de Reims, il devait à n’en pas douter sauvegarder ce petit musée oublié contre toute atteinte de l’ennemi. Il s’empressa de faire préparer un écriteau : Ville de Reims Musée Lapidaire de Clairmarais. Défense d’entrer. Et muni de cette pancarte il se dirige sur les 9h du matin, de son pas paisible et trottinant vers le susdit Musée. Il la fixait à l’entrée quand les premiers coups de canons du bombardement, (par erreur) se font entendre. Notre digne secrétaire se dit : « Tiens voilà qu’on bombarde Reims il est temps de rentrer ! » et de son pas menu il file vers le Bureau de Police du Mont d’Arène pour s’y réfugier. Là un inflexible agent le prie de circuler d’un ton péremptoire et mon bon M. Jadart s’en va et se dirige vers son logis sans plus s’inquiéter des obus, des schrapnels et de leurs éclats et mon Dieu, il y a un saint aussi pour les braves gens, il arrive sain et sauf au logis rue du Couchant (rue des Jacobins depuis 1924) sans le moindre accroc et Dieu seul sait par quel miracle !

Voici mon autre histoire : le lendemain matin de ce jour mémorable Monsieur (non précisé) rencontre le même M. Jadart, un récidiviste quoi ! sortant de chez lui et tenant à la main une carabine Flobert qu’il avait dû retrouver et qu’innocemment il allait remettre aux allemands à la Mairie. Monsieur (non précisé) lui montra son imprudence et lui conseilla de jeter l’arme chez lui dans un puits. Il n’en n’avait pas bref on la jeta dans le plus proche égout de la Ville.

Mon bon La Fontaine, si tu vivais encore tu ne serais pas le seul à avoir des distractions. Je n’ai pu m’empêcher de noter, de consigner ces deux petites aventures arrivées à mon bon M. Jadart, et je suis sûr d’avance qu’il me l’a déjà pardonné ! Je souhaite aussi surtout que nous en rirons ensemble quand nous ne serons plus sous la botte du teuton.

En allant chez Charles Heidsieck j’ai vu que la salle des adjudications de notre Chambre des Notaires servait de poste à la Garde préposée à la surveillance de l’Hôtel de Ville. Qui eut dit ou cru cela il y a presque un mois le 29 juillet 1914 à pareille heure, lors de notre dernière réunion de Chambre. Je ne me doutais guère que j’y verrais des prussiens vautrés dans la paille qui jonche cette salle.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche – L’après-midi de ce jour, rencontrant mon ami et voisin R. Collet, je l’accompagne dans une courte promenade, puisqu’il désire, comme moi, se rendre compte des dégâts causés par le bombardement dans les environs du quartier que nous habitons et nous nous dirigeons vers l’église Saint-André. Nous voyons la maison Grouselle, rue de l’Avant-Garde, qui a été dévastée par deux obus, dont l’un a éclaté dans le jardin et l’autre à l’intérieur où il a pénétré par la toiture. La maison n° 12 de la même rue a été entièrement démolie par un projectile.

Tandis que nous sommes arrêtés, passent deux soldats allemands qui regardent à peine, jetant un coup d’œil indifférent à ces ruines qui nous émeuvent. Il est vrai qu’ils en ont vu d’autres depuis leur entrée en campagne. ils se promènent en fumant des cigares, comme des troupiers qui ont quartier libre ce dimanche.

A l’église Saint-André, un obus est entré à gauche du petit portail et a éclaté en abîmant entièrement une chapelle et en crevant ou tordant les tuyaux du petit orgue, rendu complètement hors d’usage.

– Au cours d’une seconde sortie faite avec mes deux fils, Jean et Lucien, nous devons nous arrêter longuement, avant de rentrer, pour laisser passer un régiment d’infanterie arrivant en ville, par la rue Cérès, l’arme sur l’épaule. Les hommes défilent en chantant le Deutschland über alles !. Ce spectacle produit sur nous une sensation pénible. La mélodie de leur chant ne nous est pas inconnue ; nous avions cru le remarquer déjà le 4, dans l’après-midi, sans avoir pu nous imaginer exactement ce qu’il était, lorsque nous avions perçu, de la maison, quelques bribes de ce qui une sorte de cantique. En effet, c’est l’air de l’hymne national autrichien et, sur cette musique d’Haydn, nous avons souvent entendu adapter un Tantum ergo dans les églises, en France.

Les soldats, comme ceux déjà vus les jours précédents, n’ont pas le moins du monde l’apparence de gens qui auraient subi des privations. Avec leurs faces rondes, colorées à la suite de la marche qu’ils viennent de fournir, leurs têtes passées à la tondeuse si courte que l’on croirait presque qu’ils ont le crâne rasé, ils donnent, dans l’ensemble, une impression de jeunesse vigoureuse. En les regardant, je me rappelle avoir lu dans les journaux, au début d’août, que leur ravitaillement devenant difficile, ils étaient tellement rationnés, qu’à Visé, lors des premiers combats en Belgique, les Allemands se rendirent aux Belges qui leur montraient des tartines de beurre. Peut-on écrire de pareilles âneries ! Ah ! ce ne sont pas ceux-là qui crevaient de faim, cela se voit tout de suite. En dehors de cela, leurs vêtements, leurs équipements sont en excellent état. Les officiers ont des chevaux superbes, harnachés de neuf, et chacun est à même de constater que les autos assurant leurs différents services, en imposent par leur beauté et leur souplesse.

En examinant cette masse grise de troupe d’où toute couleur voyante a été éliminée, où tout ornement ou accessoire brillant a été camouflé – les petits clairons même de la clique paraissent avoir été peints afin de supprimer la visibilité du cuivre de l’instrument -, en voyant avancer cette colonne uniformément terne, suivie de ses convois interminables, on ne peut se défendre de penser que l’armée ennemie a poursuivi de longue haleine, et dans les plus infimes détails, une préparation à la guerre ne ressemblant pas à la nôtre. Avec son matériel, elle donne une impression de force disciplinée, d’organisation et de puissance redoutables.

Nous voyons là, de nos yeux, et nous sommes obligés de constater que les journaux nous ont encore bien trompés.

Malgré cela, il est clair aussi que nos soldats, s’ils arrivaient en vainqueurs, s’ils chantaient comme ceux-ci, pour s »entraîner a défiler, auraient individuellement un autre aspect. Ils se tiendraient la tête haute, tandis que sauf le cadre – officiers et sous-officiers -, le reste, tout en faisant entendre de jolies voix, avance en troupeau, au pas mais sans respecter l’alignement et sans marquer le moindre souci de se présenter en prenant une allure martiale, pour entrer victorieusement dans une grande ville ennemie.

De nouvelles affiches ont fait leur apparition sur les murs, en ville. Voici exactement comment elles sont libellées, l’une et l’autre :

« Ordre Ayant pris possession de la ville et forteresse de Reims, j’ordonne ce qui suit :

Les chemins de fer, les routes et les communications télégraphiques et téléphoniques dans la ville de Reims même, ainsi que dans la proximité immédiate de la place, doivent être protégés contre toute possibilité de destruction ; il est surtout nécessaire de protéger, par une surveillance minutieuse, les bâtiments publics situés le long des lignes de communication. La ville sera tenue responsable de toute contravention contre cet ordre ; les coupables seront poursuivis et fusillés ; la ville sera frappée de contributions considérables.

J’ajoute qu’il est, d’ailleurs, dans le propre intérêt de la population de se conformer aux prescriptions précédentes. Elle aura ainsi le moyen d’éviter de nouvelles graves pertes en reprenant en même temps ses occupations ordinaires.

Le Général allemand, commandant en chef. »

Le texte de la seconde est :

Proclamation.

« Toutes les autorités du Gouvernement français et de la municipalité, sont informées de ce qui suit :

1 ° Tout habitant paisible pourra suivre ses occupations régulières en pleine sécurité, sans être dérangé. La propriété privée sera respectée absolument par les troupes allemandes. Les provisions de toute sorte servant aux besoins de l’armée allemande

seront payées au comptant.

2° Si, au contraire, la population oserait, sous une forme quelconque, soit ouverte ou cachée, de prendre part aux hostilités contre nos troupes, les punitions les plus diverses seront infligées aux réfractaires.

3° Toutes les armes à feu devront être déposées immédiatement à la mairie ; tout individu trouvé une arme à la main, sera mis à mort.

4° Quiconque coupera ou tentera de couper les fils télégraphiques ou téléphoniques, détruira les voies ferrées, les ponts, les grandes routes, ou qui conseillera une action quelconque au détriment des troupes allemandes, sera fusillé sur-le-champ.

5° Les villes ou les villages dont les habitants prendront part au combat contre nos troupes, feront feu sur nos bagages et colonnes de ravitaillement ou mettront entrave aux entreprises des soldats allemands, seront fusillés immédiatement.

Seules, les autorités civiles sont en état d’épargner aux habitants les terreurs et les fléaux de la guerre. Ce seront elles qui seront responsables des conséquences inévitables résultant de la présente proclamation « 

Le Chef d’Etat-major général de l’armée allemande, von Moltke

Le troisième placard, rédigé dans le même esprit, ne paraît pas s’adresser à nous. Il déclare, sous ce titre :

Proclamation s’adressant à la population.

 » D’après les informations reçues, la population du pays a, à plusieurs reprises, participé dans les actions hostiles. Il est prouvé que les habitants du pays, cachés en embuscades, ont tiré sur les troupes allemandes. Ils sont allés jusqu’à tuer des soldats allemands blessés ou à les mutiler d’une manière atroce. Même les femmes ont pris part à ces atrocités.

En outre, sur plusieurs routes, des barrages ont été construits, dont une partie était occupée et fut défendue par la population. La guerre n’est faite que contre l’Armée de l’ennemi et pas contre les habitants, dont la vie et la propriété resteront intactes.

Si cependant d’autres violences, de quelque sorte que ce soit, seront commises contre les troupes allemandes, j’infligerai les plus graves punitions aux coupables ainsi qu’aux habitants des communes dans lesquelles des combats contre la vie de nos soldats seront entrepris.

La population répond, avec sa vie et sa propriété, de ce qu’aucun complot aura lieu contre les troupes allemandes. Il est donc dans l’intérêt des habitants d’empêcher tout acte de violence qui pourrait être commis contre nos troupes par quelques individus fanatisés, en tenant compte de ce que la commune entière sera tenue responsable du crime commis. »

Le général commandant en chef

Si l’autorité militaire allemande ne recherche pas la correction absolue pour présenter les termes de sa prose, elle a du moins le talent indéniable de la mettre à portée de tous, au point de vue de la compréhension.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

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Renée Muller

6 septembre -aujourd’hui c’est dimanche- avec Maman je vais à la messe. Lucie ne vient pas – pauvre petite messe basse – où est–elle l’autre. Déjà on ne dit pas grand’chose de crainte de se faire ramasser par les boches ; je vais chercher du tabac pour Papa ; j’arrive à en avoir avec des difficultés, car le buraliste CHARPENTIER n’étant pas là, les boches ont pillé un peu sa maison comme celles que les gens avaient abandonné a eu à souffrir du passage des boches ; quelques uns de ses meubles ont été porté chez les voisins ainsi qu’une lanterne et quelques chaises…

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille

Voir la suite sur le blog de sa petite cousine : Activités de Francette: 1914 : 1er carnet de guerre d’une jeune fille : Renée MULLER

Dimanche d’un grand calme : assistance aux offices et promenades, au fg de Laon pour les uns, en ville pour les autres, en ont occupé les longues heures.

De la rue du Carrouge, on a rapporté des légumes trouvés à la cave ; on y a aperçu un fût de bière en perce qui sera transporté en détail et utilisé au 23.

Des affiches apposées sur les monuments publics et signés « Voir Moltke », précisent les peines, de mort pour les individus, d’incendie pour la ville, qu’entraînerait tout attentat contre les soldats ou les services allemands.

Il paraît vraiment n’y avoir que de très peu de troupes ici ; on en voit beaucoup, mais qui ne font que passer, allant vers la bataille. Où ? C’est ce que nous ne savons pas.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Suite :

 

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