
Le 6 avril 1915
Ma chère maman,
Voilà longtemps que je ne t’ai écrit, que dois-tu penser ? Je rentre des tranchées et pour une fois, du reste, nous avons eu un temps merveilleux. J’ai eu une lettre de Mme Hinge. Je vais lui écrire et la remercier. Pour l’appareil photographique, inutile, je te remercie, car mon camarade de peloton en a un très pratique et me le prêtera à l’occasion. Si tu peux m’envoyer des pellicules, cela sera suffisant (4 ½ – 6).
Je ne sais si je t’ai accusé réception de ton paquet, en tous cas, je l’ai et les bandes sont très bien, et le tabac a été transformé en cendres depuis longtemps, car je fume presque tout le temps la pipe. Je ne sais aussi si je t’ai dit que j’avais quitté le ravitaillement car il y avait un sous-off qui ne pouvait plus monter à cheval à cause de ses narines
Donne-moi des nouvelles de tout le monde et en particulier de Jean et Georges.
Et à la maison, comment allez-vous tous ? Tu ne me gâtes pas beaucoup dans les lettres.
Peux-tu, quand tu auras l’occasion, m’envoyer des mouchoirs, du savon, pâte dentifrice, peigne et si tu as un rasoir mécanique, genre Gillette, c’est le seul pratique et, si je me souviens, il y en avait plusieurs à la maison. Pas d’autre linge car nous touchons de tout pour l’instant. Le papier à lettres aussi et une paire d’éperons si possible.
Nous menons toujours notre petite vie de fantassins, peut-être pour peu de temps maintenant, en tout cas je l’espère. Nous jouons au football et dimanche, nous avons eu grand match devant le colonel, et 6 bouteilles de champagne à l’équipe gagnante. Malheureusement, nous avons fait match nul, ce qui remet cela à dimanche prochain. Cela fait passer le temps.
Il y a aussi des intermèdes. Nous avons un clown de Médrano qui nous fait tordre et 2 ou 3 acrobates.Tu vois que l’on s’occupe pour nous faire passer le temps.
J’ai toujours ma jument, depuis le 2 octobre, elle ne vaut pas la première mais, enfin, elle est très bonne. Malheureusement, elle est grise et on va les teindre tous en alezan. J’ai peur que cela ne soit pas très beau. Pour que cela ne leur retire pas leurs qualités, c’est le principal.
Dis donc à Raoul de m’écrire de temps en temps, il me fera grand plaisir.
Le temps n’est plus très beau mais nous avons eu dernièrement une période de temps épatant, même chaud.
Au revoir, je vous embrasse tous de tour coeur.
Jacques