Louis Guédet

Mercredi 14 mai 1919

1706ème et 1704ème jours

10h matin  Temps magnifique d’été, très chaud. Toute la nature est gaie, hélas !! Et cette végétation luxuriante jure avec nos ruines !! Je rentre du Cimetière du Nord pour faire enlever la serrure de la chapelle de Maurice Mareschal et refaire une clef. Je suis assailli de chaleur, et puis chaque fois que je parcoure les rues de Reims avec toutes ces ruines amoncelées, cela me crève le cœur ! Certes ! plutôt la mort que cette vie au milieu de cette Pompéi moderne !! Quelle misérable existence ! et quelle triste fin de carrière j’aurais eue, j’aurais vécue !

3h soir  quelques lettres. Visite de Dufay, mon propriétaire, qui me dit que la porte que je devais faire pour communiquer avec la maison voisine et la pièce que j’ai l’intention de louer me coûtera… 600 F !!! Avant-guerre cela aurait coûté 150 Francs… C’est formidable, tout cela me démonte !…  si seulement je n‘avais pas cette charge ! Dieu que je serais débarrassé si je pouvais la lâcher !… Il fait une chaleur torride !…  si cela continue cela ne pourra nous amener que des orages…

En tout cas je pense partir à St Martin vendredi pour 2 ou 3 jours là-bas !…

Je n’ai le goût à rien, je vais tâcher de sortir un peu ! mais là…  quoi faire ?

6h soir  Sorti pour faire un tour et me faire coiffer les cheveux, quand en passant devant l’École Professionnelle je m’entends interpeller, c’était l’ancien Directeur, M. Beauvais, qui a été si utile durant les bombardements. Il venait surveiller la remise en état de l’École. Il est maintenant Directeur de l’École des Arts et Métiers de Châlons où a été mon grand-père Jules Guédet au début de cette école en 1813/1814, comme fils ainé de 7 enfants, et où il a fait le coup de feu en 1814 (mars) contre les Russes et les cosaques dans les rues de Châlons. Pressé par les cosaques il ne dû d’avoir la vie sauve qu’en piquant une tête dans la Marne au Pont du Mau, et de remonter le courant jusqu’au barrage. C’était, parait-il, du reste un nageur de première force !!

Nous causâmes donc avec Beauvais, heureux de nous revoir… Il m’apprit qu’à la suite d’une imprudence du service de santé qui occupait une partie des bâtiments de l’École des Arts venait d’être incendiée…  et…  bien entendu les Galonnards du service de santé cherchèrent à faire endosser la responsabilité de l’incendie à ce vil civil de Directeur, mais ils sont tombés sur un bec de gaz !! Car Beauvais connait ces pierrots… Et justement c’était Boncourt ancien pharmacien à Reims, arrivé à 4 galons, Légion d’Honneur, etc…  qui comme tous ces parvenus-là, voulut le prendre de très haut…  mais çà n’a pas pris et il a dû en déchanter. C’est extraordinaire comment ces officiers de complément ont pris de la marque aussitôt qu’ils ont endossé l’uniforme !!…

Beauvais me disait qu’ils le paieraient cher car au lieu de comprendre qu’il va falloir rentrer dans le rang et la légalité, ils veulent continuer à parader et à régenter !! Ce temps-là est passé heureusement.

Il parait que notre nouveau Préfet du reste les a dans le nez tous ces galonnards et les fait pivoter, c’est, du reste, bien leur tour !! Rentré pour recevoir Brimont, avocat, qui va s’installer à Trigny, ne pouvant habiter Reims, sa maison étant démolie.

Bref j’en sais avec ma coupe de cheveux !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Trigny

Cardinal Luçon

Mercredi 14 – Visite de Mme la Marquise de Polignac. Mission Hellénique. Conférence avec M. Dufay. Visite du Capitaine américain Faure (Croix-Rouge)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 14 mai

Scheidemann a prononcé un grand discours à l’Assemblée nationale de Berlin. Il déclare les préliminaires de paix inacceptables, mais il ajoute qu’il veut continuer à négocier.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

Share Button