Louis Guédet

La première feuille de 1919 a été découpée.

Mardi 1er janvier 1919                                                 

Général Pierre Joseph Maxime Cherfils

6h soir  Quelle triste journée passée !! Travaillé et songé à ma détresse. Rien de saillant dans l’Écho de Paris, seul le Général Cherfils (Général Pierre Joseph Maxime Cherfils, ancien professeur de tactique appliquée à la cavalerie à l’École Supérieure de Guerre (1849-1933)) revient sur la question de l’armistice trop prématuré. Il est d’avis qu’on aurait dû demander la capitulation de l’armée allemande ! Cela a toujours été mon avis, on n’a pas été assez dur pour les allemands ! Il fallait exiger qu’ils déposent les armes purement et simplement. On parle aussi de futures élections. Puissent-elles envoyer au pouvoir des hommes qui ne veulent que l’intérêt de la France et surtout ne se noieraient pas dans la politique. Mais de Grâce ! que nous soyons délivrés des pantins, des fantoches qui déshonorent actuellement le Palais Bourbon ! Au risque d’une révolution que je préfèrerais à tout cela pourvu qu’on balaie tous ces gens-là ! toute cette voletaille ! Ah ! si je pouvais me jeter dans la mêlée ! Comme je m’y jetterais à plein cœur si je n’avais pas d’autres soucis que celui du pain quotidien des miens ! Comme je lutterais et comme je cinglerais toute cette tourbe en leur montrant le vrai chemin de l’honneur, du devoir, de la France ! au-dessus de tout, écrasant sous son pied vengeur l’Allemagne abattue et râlante ! Mais pour moi pauvre paria, tout cela ne sont que rêves et chimères ! Je n’ai que juste le droit de souffrir et de traîner mon fardeau de misères et de ruines ! Cette belle mission est réservée aux ambitieux, aux embusqués, aux égoïstes et l’on m’en éloigne toujours. Parce que je serais trop indépendant et que je serais trop désintéressé et ne penserais qu’au bien et à la prospérité de la France ! sans m’abaisser à profiter de ma situation pour recevoir le prix de mes faveurs ou de mes condescendances, au détriment du droit et de la justice. Pour la gloire de mon Pays !…

Triste jour de l’an ! 1919 est en route. Va ! ton chemin. Dois-je continuer ces notes. Ce serait si bon cependant de montrer Reims prospère ! Reims pour lequel j’ai tant souffert sous le feu de l’ennemi. Ce serait la résurrection et un peu ma récompense.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 1er – Visite de M. Reboucha, Charles Abelé. Tempête pendant la nuit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Mercredi 1er janvier 1919

Les Polonais, à la suite d’une sanglante bataille de rues se sont rendus maîtres de Posen, mais les Allemands ont fait venir des renforts dans la ville.
M. Lloyd George prépare un remaniement de son cabinet. Un certain nombre de ministres se déclarent, en effet, fatigués.
Le Sénat, après la Chambre, a adopté les crédits militaires, mais il n’a ouvert aucun débat politique à ce sujet.
Les troupes et unités navales françaises ont été accueillies avec enthousiasme tout le long de la côte dalmate.
M. Wilson a prononcé un grand discours à Manchester. Il s’y est déclaré, une fois de plus, favorable à la Société des Nations et hostile aux combinaisons et alliances.
Vilna est tombé aux mains des bolchevistes. Ils auraient aussi pris Riga, mais en ont été ensuite chassés par les Lettons. Ils voudraient attaquer de nouveau la ville. Ils ont subi des défaites au sud d’Arkhangel.
Le prince Frédéric Charles de Hesse a fait savoir au gouvernement finlandais qu’il renonçait à la couronne d’ Helsingfors.
Le gouvernement allemand se pose la question de savoir s’il quittera Berlin pour une ville de l’Allemagne centrale. Un complot contre-révolutionnaire a été découvert à Münich.
La démission de M. Bissolati semble devoir entraîner un remaniement total du cabinet italien.
M. Balfour, ministre des Affaires étrangères d’Angleterre, est arrivé à Paris. Il a eu une longue conversation avec le colonel House.
Cette conférence, qui fait suite aux conversations que M. Wilson a eues avec MM. Lloyd George et Balfour à Londres a permis d’arrêter les détails d’organisation de la conférence de la paix.
La commission interalliée, composée de quatorze délégués d’Amérique, de France, d’Angleterre et d’Italie, pour étudier la question alimentaire de l’Autriche allemande, est partie de Berne pour Vienne.
Le nouveau parlement anglais sera convoqué pour le 21 janvier. L’opposition à la Chambre des Communes sera conduite par M.Thomas, député travailliste.
Max de Bade sera candidat à la Constituante allemande.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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