• Monthly Archives: décembre 2015

Vendredi 31 décembre 1915

Hôtel de Ville

Paul Hess

31 décembre 1915 – Au cours de l’après-midi, un appariteur passe dans les bu­reaux pour inviter, de la part de M. le maire, le personnel à se rendre dans la salle des mariages pour 16 h 1/2. A l’heure indi­quée, les employés de la mairie, auxquels se sont joints ceux de la sous-préfecture s’y trouvent réunis. Une table chargée de flûtes a été dressée.

  1. le Dr Langlet arrive ensuite, suivi de MM. Em. Charbonneaux, Gustave Houlon et du secrétaire en chef, M. Raissac, qui annonce que les maisons Werlé et Cie et Palisse ont gracieusement offert des bouteilles de champagne pour les services de l’hôtel de ville, à l’occasion de la fin de l’année.
  2. le maire prend alors la parole pour exprimer l’espoir que l’année 1916 nous apportera la délivrance par la victoire.

Réunion toute simple, de caractère assez grave, mais em­preinte surtout d’une grande cordialité.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Hôtel de Ville

Hôtel de Ville


 Cardinal Luçon

 Vendredi 31 – Nuit tranquille. + 5 degrés – A 8 h. matin, canonnade contre deux avions, l’un français, l’autre allemand.

Visite du Colonel Colas, et de M. Gouloubow.

Lettre à Mgr l’Evêque d’Agen (Recueil, p. 89).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Juliette Breyer

Vendredi 31 Décembre 1915. Mon bon tit Lou, une année de passée. Triste en tous points, de longs jours sans espoir et je veux espérer que celle qui va commencer nous réunira et je la bénirai

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 31 décembre

En Artois, notre artillerie a fait sauter un dépôt de munitions (sud-ouest de Beaurain).
Entre Avre et Oise, nos canons de tranchées bombardent les ouvrages ennemis et détruisent un dépôt de munitions près de Beuvraignes.
Entre Oise et Aisne, à Bailly, nous anéantissons des abris de mitrailleuses.
Au nord de Soissons, un tir de notre artillerie réglé par avions, a endommagé une batterie allemande.
Canonnade active dans les Vosges, notamment à l’Hartmansswillerkopf, à Metzeral et au Linge. Un de nos obus a provoqué dans la vallée de la Fecht cinq détonations successives. Une attaque allemande dans la région du Rehfelsen a été aisément repoussée.
Sur le front belge, accalmie.
En Macédoine, nos avions ont bombardé les parcs bulgares de Petrik, près du lac Doiran.
Aux Dardanelles, violente canonnade. Les Turcs visent nos tranchées de Seddul-Bar. Un cuirassé français a opéré contre la côte d’Asie. Un avion ennemi a été mis en fuite.
Deux contre-torpilleurs autrichiens ont été détruits dans l’Adriatique par les forces alliées.
Le cabinet anglais a, de nouveau, discuté le problème de la conscription. George V est rentré à Londres.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 30 décembre 1915

La Porte de Mars

Cardinal Luçon

Jeudi 30 – Nuit tranquille. + 7 degrés – Via Crucis in Cathedrali anticipé à cause du premier jour de l’An. 3 h. canon français ; visite de M. de Bruignac.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

La Porte de Mars

La Porte de Mars


Jeudi 30 décembre

L’artillerie s’est montrée active, de part et d’autre, en Belgique et en Artois.
Au nord de l’Aisne, nous avons détruit par notre tir des abris de mitrailleuses et dispersé des travailleurs autour de la Ville-aux-Bois.
En Argonne, nous avons fait exploser deux mines au nord de la Fille-Morte. Un poste allemand a sauté.
Sur les Hauts-de-Meuse, nous avons canonné une batterie allemande repérée au bois de Warmont, au nord-est de Saint-Mihiel.
Canonnade assez vive dans les Vosges, entre Fecht et Thur, et violente à l’Hartmannswillerkopf.
L’ennemi a contre-attaqué; malgré tout, nous sommes restés maîtres d’une série d’ouvrages allemands entre le Rehfelsen et le Hirzstein; 300 Allemands ont été pris; nos captures totales s’élèvent à 1668. Les pertes de l’ennemi sont très considérables.
Les Russes ont obtenu un succès sérieux près de Riga, où une division allemande et demie leur était opposée.
Le cabinet anglais continue à délibérer sur la conscription. On croit que la majorité de ses membres sont disposés à établir le service obligatoire pour les célibataires.
Les Serbo-monténégrins ont victorieusement refoulé les armées autrichiennes sorties de Bosnie et d’Herzégovine.
Les Athéniens ont célébré la fête de M. Venizelos.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 29 décembre 1915

Eglise Saint-Jacques

Cardinal Luçon

Mercredi 29 – Nuit tranquille. Canonnade assez importante, mais inter­mittente entre batteries. 10 h. aéroplanes allemands ; tir de canons fran­çais ; 11 h. 1/2 violents coups de canons français.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Eglise Saint-Jacques

Église Saint-Jacques


Mercredi 29 décembre

Notre artillerie, en Belgique, fait sauter un dépôt de munitions en face de Steenstraete.
En Artois, nous avons bombardé la gare de Lens et le secteur d’Angres.
Près de Reims, un tir de nos batteries, dirigé sur les ouvrages ennemis à l’ouest de Prunay, a provoqué un grand incendie.
En Lorraine, nous avons canonné avec succès les ouvrages de Domèvre et de Bréménil.
Lutte d’artillerie dans les Vosges, entre la Plaine et le Bonhomme.
Nous avons pris quelques tranchées nouvelles à l’Hartmannswillerkopf, entre le Rehfelsen et le Hirzstein. Nous avons capturé un officier et une centaine d’hommes.
Les batteries belges ont détruit un blockhaus près de Dixmude.
Des combats d’avant-postes ont eu lieu dans le secteur nord du front russe.
Une patrouille d’alpins autrichiens a été ensevelie par une avalanche, dans la région de Tonale.
Le cabinet anglais a tenu deux conseils pour examiner la question de la conscription. Des divergences de vues se sont manifestées et l’on a même parlé d’une crise éventuelle.
Les Bulgares ont pris El Bassan, en Albanie.
Le général anglais Townshend a remporté un succès sur une division turque en Mésopotamie.
Une révolution a éclaté dans la Chine du Sud contre Yuan-Chi-Kaï qui veut se proclamer empereur.
La tension s’accroît à nouveau entre Autriche et Amérique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 28 décembre 1915

Maison J. Masson et fils

Cardinal Luçon

Mardi 28 – Nuit tranquille. Forte et violente canonnade entre 11 h. et minuit. Item de temps à autre, mais entre batteries. Beau temps. + 7 degrés – Vers 9 h. quelques obus sifflent sur les batteries. Aéroplanes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 28 décembre

Notre artillerie a obtenu de bons résultats, en Belgique, en canonnant les positions ennemies entre la grande Dune et la mer. Nous avons détruit les parapets en plusieurs endroits et fait sauter un blockhaus de la première ligne allemande.
Nous avons provoqué l’explosion d’une mine, en Artois, au nord-ouest de la cote 140.
Notre artillerie a dispersé un détachement ennemi entre Somme et Oise, au nord-est de Chilly.
Entre Somme et Reims, nos batteries ont endommagé un ouvrage allemand, au nord de Moussy.
En Champagne, près de la cote 193, l’ennemi, après nous avoir bombardés, a attaqué vainement nos lignes : il a été repoussé.
Dans les Vosges, au Linge, nous avons démoli une batterie casematée. Nous avons aussi bombardé avec succès les tranchées du Schratzmaennele.
L’artillerie belge a dispersé de l’infanterie ennemie près de la Maison du Passeur.
Le calme règne dans le secteur de Macédoine et aux Dardanelles.
Les russes ont fait quelques coups de main heureux en Galicie.
Les Roumains ont réquisitionné toute une série de navires.
Le cabinet anglais a examiné la question du service militaire obligatoire.
De violents combats d’artillerie ont eu lieu sur le front italien, au val Giudicaria.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Maison J. Masson et fils

Maison J. Masson et fils

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Lundi 27 décembre 1915

Vue aérienne de la ville

Paul Hess

27 décembre 1915 – Bombardement vers le boulevard de Saint-Marceaux. Des sol­dats ont été victimes, paraît-il.

II y a deux tués, un homme et un enfant et une douzaine de blessés grièvement dans la population civile.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

 Lundi 27 – Visite du Général Bizot qui bougre et qui sacre pour la gloire de Dieu. 9 h. 1/4, deux bombes sifflent longuement (mais je n’ai pas en­tendu l’explosion. Une 3e éclate plus fort et assez près de nous, puis 3, 4, 5, 6) et toute une série… Toute une série de bombes, mais tirées contre les batteries. Visite de M. l’abbé Goubernard, curé de Saint-Thierry. Il m’apprend que le bombardement de ce matin a fait 7 victimes, dont 1 artilleur qu’il a pu absoudre, rue de Cernay et faubourg Cérès, je crois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vue aérienne de la ville

Vue aérienne de la ville


 Juliette Breyer

Lundi 27 Décembre 1915. Ce matin je m’en allais à neuf heures pour aller au lait et mener les deux cocos à la crèche, quand, arrivée à la porte, j’entendis un sifflement. Bon, c’était les boches qui recommençaient leur folie. Je fais demi-tour, je reconduis les enfants et je repartis chercher mon lait. Ils continuaient de bombarder mais ça avait l’air de tomber à mon idée entre Walbaum et Saint André. Je pouvais m’en aller sans crainte puisque la crèche se trouve boulevard Victor Hugo. Ils n’arrêtèrent que vers midi et là on me dit que tout était tombé du côté de la rue de Beine.

L’après-midi j’étais occupée à coudre quand j’entendis dans le couloir longeant notre campement M. Douline fils qui disait à Mme Passins : « Pensez, on compte du bombardement de ce matin plusieurs tués et une trentaine de blessés. M. Couronne a un parent qui habite par là ; sa maison s’est effondrée, il n’a plus rien et il a été obligé de se réfugier chez M. Couronne ». Un parent, dis-je à maman, ça ne peut être que le papa Breyer. Je veux en avoir le cœur net.

Justement Marguerite arrive goûter et elle me dit : « Il paraît qu’il y a un contremaître des Anglais qui serait tué ». Je ne fis qu’un bond. Tout cela était pour me faire peur et je courus au bureau questionner ton parrain. Il me dit que chez ton papa rue de Metz il y avait eu une bombe mais que ta maman et Juliette venaient de descendre à la cave. Elles n’ont rien eu ; sans cela elles auraient été tuées. C’est le 1er étage et le grenier qui ont été abîmés. Du moment qu’il n’y a pas de victimes, c’est une bonne chose. Demain matin j’irai voir.

Mon bon tit Lou, tu vois que nous n’avons pas été épargnés mais le jour où tu reviendras on oubliera tout. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Lundi 27 décembre

Grande activité de notre artillerie au sud de Bailleul et dans la région de Blaireville, au sud d’Arras.
Dans la région de la ferme Navarin, en Champagne, nous avons effectué des tirs heureux sur des travailleurs ennemis.
En Woëwre, nous avons fait sauter un dépôt de munitions de l’ennemi au nord-est de Regniéville.
Dans les Vosges, nous avons pris sous notre feu un train de munitions arrêté en gare de Hachimette (sud-est du Bonhomme). Nos observateurs ont constaté une forte explosion.
Sur le front belge, l’activité a été faible. L’artillerie de nos alliés a contrebattu quelques batteries allemandes.
Le général de Castelnau a été reçu à Athènes par le roi Constantin.
Le gouvernement grec a démobilisé partiellement son armée qui montrait des dispositions hostiles aux Bulgares.
Le marquis de Muni a été nommé ambassadeur à Paris, en remplacement du marquis de Valtierra.
L’ancien ministre de Bulgarie à Paris, M.Stanciof, a été mis à la retraite : ses sentiments francophiles étaient connus.
On signale des émeutes à Cologne et à Munster, en Wesphalie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 26 décembre 1915

Joyeux noël 1915

Paul Hess

26 décembre 1915 – Bombardement, même endroit qu’hier.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 26 – Nuit tranquille. Tempête et pluie. Ordination d’un dia­cre de Cambrai. Quelques bombes sifflent et éclatent au loin peu bruyam­ment.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

26 Dimanche 26 décembre 1915. Bombardement, même endroit qu'hier. Dimanche 26 décembre

L’artillerie a été très active en Belgique, de part et d’autre, dans la région de Lombaertzyde.
En Artois, nous avons canonné avec succès les ouvrages allemands au sud d’Angres et dans la région d’Arras.
Nous avons dispersé un convoi ennemi en Champagne, sur la route de Tahure à Somme-Py.
Duel d’artillerie dans les Vosges. L’ennemi a bombardé vainement nos positions sur le front de Hirzstein et sur les pentes nord de l’Hartmannswillerkopf.
Le communiqué belge annonce que nos alliés ont exécuté des tirs de démolition sur les travaux allemands de Vicogne et sur un ouvrage important de Dixmude.
Le général de Castelnau, major général de l’armée, a visité Salonique où il a conféré avec le général Sarrail et son collègue britannique, sir Bryan Mahon.
Une scène violente s’est produite à la Chambre roumaine entre M. Thomas Jouesco et M. Baltejearis.
Des avions autrichiens ont jeté quatre bombes sur Scutari d’Albanie, tuant cinq personnes et en blessant seize autres.
L’artillerie russe a opéré avec succès dans le secteur de Riga.
Les Italiens ont repoussé des attaques près de Goritz
et sur le Carso.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

Joyeux noël 1915

Joyeux noël 1915

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Samedi 25 décembre 1915

Noël 1915

Paul Hess

25 décembre 1915

Deuxième fête de Noël passée tristement à Reims, dont l’as­pect est de plus en plus désolé.

— Bombardement vers le dépôt du chemin de fer. De 450 à 500 obus tombent l’un après l’autre, à intervalles réguliers, dans les parages de la rue de Brimontel.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 25 – NOËL – Nuit tranquille. + 7 degrés – temps nuageux et pluvieux. J’ai entendu siffler et éclater un obus. Vêpres à Sainte-Geneviève. Mgr Neveux célèbre la Messe Pontificale de Noël à Épernay.

Lettre à Mgr l’Évêque d’Angers (Recueil, p. 41).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Juliette Breyer

Noël 1915. Je suis un peu moins découragée que l’année dernière. J’ai plus d’espoir. Je vis en ce moment avec l’idée que je recevrai bientôt de tes nouvelles. C’est une idée fixe, un pressentiment si tu préfères. Mais malgré cela, aujourd’hui ma pensée ne te quitte pas. Si tu étais parmi nous, quelle fête que nous ferions avec nos deux petits !

André est un petit homme. Il aura de la volonté ; ce sera un chercheur. Je lui vois un avenir rempli de beau travail. Blanchette, elle est déjà d’une intelligence au-dessus de son âge. Elle a une adoration pour ton portrait. Que nous serions heureux et fiers d’avoir de si beaux petits. Si tu entendais André quand il dit : « Tu verras ma soeusoeur, quand mon tit papa viendra on ira se promener. Tu ne le connais pas mon papa mais il te fera un bon bec ».

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Samedi 25 décembre

Lutte d’artillerie très vive en Belgique; notre feu a dispersé de l’infanterie allemande qui se rassemblait dans les tranchées et les boyaux de la région de Lombaertzyde.
N
os batteries ont démoli un ouvrage allemand, entre Somme et Oise, à l’ouest de Lassigny, et endommagé la tour Roland.
Sur la rive sud de l’Aisne, près de Berry-au-Bac, nous avons fait jouer deux camouflets qui ont bouleversé les travaux de l’ennemi.
A l’Hartmannswillerkopf, l’ennemi après un violent bombardement, a prononcé une attaque sur tout le front de nos positions conquises entre le sommet et les abords de Wattwiller. Il a été partout repoussé.
Pas de changement sur le front balkanique. Les travaux de fortification se poursuivent autour de Salonique. La frontière grecque n’a pas encore été franchie par nos adversaires.
Aux Dardanelles, notre artillerie lourde a contrebattu les positions ennemies.
Les Italiens ont procédé à un bombardement intense dans la région de Tolmino.
M. Gounaris se montre peu pressé de reprendre le pouvoir à Athènes. On parle d’une démobilisation partielle de l’armée gre
cque.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 24 décembre 1915

Fortification de la cathédrale

Louis Guédet

Du Vendredi 24 décembre 1915 468ème et 466ème jours de bataille et de bombardement au 7 janvier 1916 – à Saint-Martin

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Vendredi 24 – Nuit tranquille. + 4 degrés – Pluie, tempête toute la nuit. Via Crucis in Cathedrali. Canon vers 4 h. du côté du Nord. J’ai entendu siffler et éclater un obus.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Vendredi 24 Décembre 1915.  Je suis allée chez vous. Je suis montée au grenier ; tout est retourné. Et dans le malheur j’ai encore de la chance. Pense qu’il n’y a pas longtemps j’avais encore tout mon mobilier. Si je l’avais laissé je n’aurais plus rien retrouvé. Ton grand portrait qui se trouvait dans la chambre n’a rien et pourtant il y a beaucoup d’éclats. Je l’ai rapporté aux caves. Si tu avais vu notre petite quand je suis rentrée avec ! « Papa » a-elle dit, et pourtant tu es bien plus jeune que sur le portrait de soldat. Toute la journée je l’ai laissé sur la table. Je suis sure que si tu revenais, en te voyant elle te dirait papa …

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 24 décembre

Notre artillerie s’est montrée active en Artois (région de Givenchy et abords de la route de Lille).
Nous avons bombardé efficacement un convoi automobile sur la rive nord de l’Aisne, entre Condé et Vauteuil.
Lutte de mines en Woëvre (sud-est de la forêt d’Apremont).
A l’Hartmannswillerkopf, à la suite de contre-attaques ennemies, nos éléments de gauche sur les pentes au nord du sommet sont revenus à leurs positions de départ.
Au centre et à droite, sur les croupes au sud-est du sommet, et plus au sud jusqu’en face de Wattwiller, nous avons gardé entièrement le terrain conquis sur un front de 2 kilomètres. La neige a interrompu les opérations finalement. L’ennemi a canonné les pentes nord et le sommet de l’Harmannswillerkopf.
Les Turcs ont ramené à Constantinople une partie des troupes de Boulaïr (presqu’île de Gallipoli).
La concentration austro-allemande s’accentue à la frontière de la Macédoine grecque.
M. Skouloudis annonce qu’il va remettre sa démission au roi Constantin.
Une panique a eu lieu à Hambourg, sur la rumeur de l’arrivée d’avions alliés.
Les Russes ont remporté des succès et fait des prisonniers sur le
front de Galicie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 23 décembre 1915

Dancourt (Somme)

Louis Guédet

Jeudi 23 décembre 1915

467ème et 465ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps. Pas de canon proche, mais lointain. J’ai eu mon audience ce matin, conciliations, réquisitions et jugement. Hayon (contre Racine) cf. Autorité militaire. Je me déclare incompétent, sans aucune arrière-pensée. Je fais tous mes préparatifs de départ. Demain à 6h je filerai sur St Martin. Qu’est-ce qui m’y attendra. Je suis si las et si découragé…  Voilà donc les derniers mots que j’écris et prends pour 1915 ! Année lugubre, épouvantable, terrible et dure au dernier chef pour moi…  J’envisage l’arrivée de 1916 sans intérêt, comme sans goût, sans espoir. Je deviens indifférent à tout, à quoi bon faire des projets, songer à l’avenir…  Je ne puis qu’avoir des peines, des douleurs, des malheurs. Aussi que 1916 soit ce qu’il veut. Peu m’importe. «Ανἀγκη » Fatalité. Dégout de la Vie. Aucun espoir de joie ou de bonheur pour moi. C’est le malheur de quelque côté que je me retourne. Dieu m’a abandonné. Dieu m’abandonne. (Rayé). Alors, à quoi bon !! Espérer et croire. Il n’y a pas de justice, pour les malheureux, les parias comme moi. Aux autres bonheur et joie, à moi Malheur et malédiction. S’il n’y avait que moi encore qui souffre, mais ma pauvre femme ! mes pauvres enfants !!…

Je quitte 1915 sans regret ! J’entrerai dans 1916 sans espoir…  de chance, de bonheur, de Paix, de réussite pour moi et pour nos aimés !! Je crois que je suis maudit… ! 1916 dira !! Oui ou non ! si j’ai droit comme les autres au bonheur, à la chance et à la Prospérité.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Jeudi 23 – Nuit tranquille – + 5 degrés – Pluie. Visite du Général qui vient demander de prendre les cloches(1) pour servir à avertir de batterie en batterie de l’émission du gaz par les Allemands.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume
(1) Il semble qu’il y ait une constante dans l’attirance exercée par les cloches sur les armées, que ce soit pour les fondre ou les faire sonner en guise de tocsin. En l’occurrence, des douilles d’obus vides feront parfaitement l’affaire pour diffuser l’alerte aux gaz.

Jeudi 23 Décembre 1915. La femme de ton parrain est revenue avec ses enfants dans sa maison. Elle s’ennuyait trop. Mais comme disait le parrain depuis quelques temps, c’est tranquille. Les voilà revenus. Le bombardement va peut-être reprendre.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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Jeudi 23 décembre

L’avance que nous avons effectuée à l’Hartmannwillerskopf, nous avait valu la capture de 1300 Allemands dont 21 officiers, mais nous avons reperdu une partie des tranchées occupées par nous.
Canonnade intense en Belgique (Hetsas et Boesinghe).
Nous avons effectué des tirs heureux au sud d’Arras, près de Beaurains. Une de nos mines, en explosant, a endommagé une tranchée ennemie.
Près de Roye, à Dancourt, nous avons mis en fuite une forte patrouille allemande.
Sur les Hauts-de-Meuse (bois Bouchot), nous avons provoqué l’explosion d’un dépôt de munitions.
L’artillerie belge a canonné les positions allemandes sur la rive gauche de l’Yser. Elle a achevé la destruction d’un blockhaus au nord de Dixmude.
Les Anglais ont infligé de sérieuses pertes aux Allemands près de Loos.
Le Conseil fédéral suisse a déclaré, en réponse à une interpellation, qu’il ne pouvait prendre, au moins pour le moment, l’initiative d’une intervention en faveur de la paix.
Le président du groupe parlementaire socialiste d’Allemagne, M. Haase, a donné sa démission de son poste, après avoir voté contre le
s crédits de la guerre.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Mercredi 22 décembre 1915

Le Courrier du 22 décembre 1915

Louis Guédet

Mercredi 22 décembre 1915

466ème et 464ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  mauvais temps. Allocations militaires, sorties et insolences cet imbécile de (rayé). Surchargé de besogne. Après-midi été à l’intendance militaire où j’ai été reçu, comme de droit, comme un chien dans un jeu de quille…  d’embusqués. Relevé tout ce monde-là d’importance (Action de noter des observations ou des mesures). Je les attends. (Rayé) et autres embusqués rémois. Gare à l’application de la loi Dalbiez (loi assurant la juste répartition et une meilleure utilisation des hommes mobilisés et mobilisables) s’ils osent m’attaquer…  Non ! Ils sont trop bien rive gauche de la Vesle !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

22 décembre 1915. Aujourd’hui, Le Courrier de la Champagne a un article, en chronique locale, de deux colonnes supprimé par la censure, qui n’en a même pas laissé le titre, ainsi que cela est arrivé quelque­fois.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Mercredi 22 – Nuit tranquille en ville. Autour quelques coups de fusils. Visite du Père Pfisger, de M. Houlon, le Tertiaire.

Parlé à M. Camu au sujet de la cure de la Cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 22 décembre

Le mauvais temps qui sévit généralement a gêné les opérations.
En Belgique et entre Soissons et Reims, nous avons bombardé des tranchées et dispersé des convois ennemis.
En Champagne, nous canonnons les ouvrages allemands de la butte du Mesnil.
Nous avons opéré un tir de destruction efficace sur un saillant du Haut-de-Rieupt, près de Pont-à-Mousson.
A l’Hartmannswillerkopf (Vosges d’Alsace), après une bonne préparation d’artillerie, nous avons déclenché une attaque d’infanterie. Nous avons occupé une bonne partie des ouvrages ennemis et fait des prisonniers.
Les Belges ont détruit par leurs obus un blockhaus construit dans la digue même de l’Yser. Ils ont atteint les cantonnements d’Eessen et de Clercken.
M. Asquith a annoncé aux Communes le rembarquement des troupes anglaises de Suvla (presqu’île de Gallipoli). Il n’y a eu que trois blessés.
Les élections grecques ont été un succès pour M. Venizelos, qui avait recommandé l’abstention. Un tiers seulement des électeurs ont voté. L’Allemagne et l’Autriche ont adressé des réponses évasives à la Grèce, qui leur demandait d’interdire aux Bulgares d’entrer sur son territoire. La Bulgarie elle-même menace le cabinet d’Athènes.
Prévoyant la rupture, les consuls austro-hongrois en Amérique se préparent à partir.
M. Asquith a demandé au Parlement anglais d’autoriser la levée supplémentaire d’un million d’hommes. Après un discours favorable d’un député ouvrier et un discours contraire du député irlandais Redmond, il a obtenu gain de cause.
Une flotte russe a bombardé le port de Varna, sur la mer Noire.
Le Reichstag a adopté les crédits de guerre de 12 milliards et demi. La minorité socialiste a voté contre.

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En 1914, j’avais 16 ans… (Livre)

Voici un nouveau livre à découvrir pour les rémois passionnés par l’histoire de leur ville et la guerre de 1914-1918 :

Résumé – Quatrième de couverture :

« Les cahiers de guerre 14-15, sous la plume de René PETIT, représentant le témoignage unique d’un adolescent rémois de 16 ans sous les bombes allemandes.

Lorsque la «Grande Guerre» de 1914-1918 a éclaté, René Petit, venait tout juste d’avoir 16 ans. Il décida de consigner chaque jour sur des cahiers d’écolier les évènements qui se déroulaient au cœur de Reims, ville située en première ligne du front durant ce conflit. Ses écrits s’arrêtent brutalement le 8 avril 1915 lorsque l’immeuble qui abrite sa famille est détruit par des obus.

Ces cahiers retracent l’histoire de Reims, la «martyre» à travers les yeux du jeune homme. Des ruelles détruites aux bombardements de la cathédrale, cette «chronique» quotidienne est un véritable hommage à la ville de Reims, qui laisse imaginer aisément la constante inquiétude des habitants et le caractère incessant des bombardements. Indépendamment de ce cortège de victimes et de destructions, René PETIT évoque également le courage et l’entraide qui existaient dans la vie quotidienne des rémois ».

Nous devons ce livre à Claude PETIT, fils de René PETIT.

Soucieuse du respect de l’authenticité de ces écrits, la maison d’édition DEFG a fait le choix de publier les textes en manuscrit avec pour illustrations des cartes postales d’époque et de vielles photos appartement à la famille Petit.

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En 14 j’avais 15 ans

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En 14 j’avais 16 ans

ob_5b8a57_16-ans-3Article du journal l’Union

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Mardi 21 décembre 1915

Angle rue de Cernay et rue Croix St-Marc

Louis Guédet

Mardi 21 décembre 1915

465ème et 463ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 soir  Journée exténuante. Y suffirai-je. Pluie glaciale. Signifié au sous-inspecteur Magny de l’enregistrement qu’il aurait dû me prévenir pour vérifier mes minutes. Charles Heidsieck est venu me conter son aventure Schülz qui se greffe sur l’affaire Goulden Lelarge et Cie par le Parquet général !!! Quelle histoire pour rien. Louis Leclerc, mon liquidateur est venu me voir en permission. Au 120ème de ligne, il est toujours aux Éparges. Dieu quelle vie pareille, et il raconte cela avec un calme inouï. Quand nous chargeons à la baïonnette, çà entre comme dans un sac de son, c’est mou !! Voilà son impression ! Pauvre garçon ! Il a déjà été cité 2 fois à l’ordre du jour et attend la Croix de Guerre.

Je prépare mon voyage à St Martin, mais y arriverai-je !! Je n’ai plus la force de causer avec mes notes. J’aurais cependant tant de choses à leur confier !! à ce cahier de Guerre !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 21 – Nuit tranquille, sauf canonnade assez active jusque vers 10 h du soir. Le reste paisible. Matinée tranquille sauf vers 11 h quelques gros coups de canons. Messe des morts pour les fondations. rénovation des promesses cléricales ; allocution à Chapelle du Couchant ; à l’Est dans la soirée, violente canonnade ; les batteries de la ville tirent activement jusqu’à 11 h soir.

Annoncé à la grand’messe, la nomination de Mgr Landrieux à l’épiscopat.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mardi 21 Décembre 1915.  Encore une déception. J’étais partie de bon matin pour arriver à l’ouverture des bureaux. En effet il n’y avait encore personne. Tout le long du chemin j’avais fait des rêves, encore une fois écroulés. Bref, quand on me remet ma correspondance il y avait tout d’un coup une carte de Marcel Thomassin. Je ne sais pourquoi il a eu l’idée de m’écrire. Datée du mois d’août. Et comme lettre du Ministère, c’était un avis de dépôt m’avisant de donner mon adresse par retour du courrier (il y avait un mois de cela) pour qu’ils puissent me renvoyer tes habits civils avec lesquels tu étais parti lors de la mobilisation. Cela m’a fait plaisir quand même ; je ne comptais jamais les ravoir. C’est le costume dans lequel je t’ai vu la dernière fois. Je ne le reverrai pas sans serrement de cœur. Je te vois encore descendre la rue Croix Saint Marc ; dans mes oreilles j’ai encore le bruit de tes pas. Comme c’est loin …

Je quittai la Poste et en repartant j’entrai dire bonjour à Mme Dreyer. Toujours sans nouvelles, elle aussi. Sa petite fille qui a un mois de plus que notre Blanchette court toute seule, tandis que la nôtre marche à la main. Elle s’appelle Geneviève ; elle n’est pas vilaine mais notre fille, mon Charles, est plus fine, plus belle. On cause un peu ; elle s’ennuie.

Je pars remercier Mme Forgeât et lui dire ce qu’il résulte des lettres. M. Biset vient de revenir en permission. Pour lui faire une surprise ils avaient mis leur petit garçon en culotte. Tout cela me navre mais j’ai pu établir la comparaison avec notre coco. Le petit Biset est aussi grand mais il est loin de parler franchement comme André. J’ai causé un peu et je suis repartie. Voilà encore une journée pas plus gaie que les autres.

Mais je veux toujours espérer. Je t’aime.

Ta petite femme qui t’aime toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mardi 21 décembre

Actions d’artillerie violentes en Artois (Loos, Bully, Givenchy).
Entre Soissons et Reims, nos obus ont démoli une passerelle à Vailly. Notre artillerie a déterminé trois explosions dans les ouvrages allemands de la Ville-au-Bois.
Nous avons canonné et dispersé une troupe ennemie en marche près d’Auberive, en Champagne. Nous avons endommagé une voie ferrée près de Gratreuil, en y paralysant toute activité.
En Argonne, nous avons bombardé des tranchées allemandes de la Fille-Morte. Aux Courtes-Chausses, nous avons fait sauter un dépôt de munitions.
Près de Saint-Mihiel, nous avons exécuté un tir efficace sur le bois de Lamorville, en atteignant un blockhaus de mitrailleuses.
Quatre de nos avions de bombardement et sept appareils mitrailleurs ont opéré sur la gare de marchandises de Mulhouse.
A Salonique, nos troupes complètent leur organisation défensive. Les Grecs ont fait des démarches à Vienne, Berlin et Sofia pour obtenir que ni les Bulgares ni les Turcs ne passent leur frontière.
Les troupes anglaises qui avaient débarqué au cap Suvla (Dardanelles) se sont rembarquées sans difficulté. Elles seront affectées à un autre service.
Les Italiens ont progressé dans plusieurs val
lées alpestres.

Source la Grande Guerre au jour le jour


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Lundi 20 décembre 1915

Place de la République

Louis Guédet

Lundi 20 décembre 1915

464ème et 462ème jours de bataille et de bombardement

11h soir  Beau temps, dégel. Je suis exténué. Couru la matinée pour ouvrir le coffre-fort de Mme Désaubeau 16, rue des Consuls, Hôtel de Ville service, Comptoir des Escomptes dépôts des valeurs retirées de son coffre. Palais pour le testament, rentré à 12h et trouvé 3-4 personnes à répondre. Réglé rente Martin pour Mareschal. Déjeuné entretemps, et à 1h parti pour Ville-Dommange pour la levée des scellés Mimil, rentré à 6h du soir, trouvé lettre de Charles Heidsieck, m’appelant d’urgence rue St Hilaire pour causer de l’affaire Schülz qui se complique pour lui, parce qu’associés. C’est une vaste fumisterie et du chantage. La maison Charles Heidsieck n’ayant jamais d’associés qu’entre eux, et Schulz était suisse. Et tout cela remue ciel et terre au Parquet général à Paris. C’est honteux si ce n’était grotesque. Rentré dîner à 8h et me voilà à 11h1/2 finissant ma journée. C’est fatiguant…  exténuant.

Vu l’abbé Landrieux ce matin, parlé de son sacre. J’irais donc à Dijon comme je lui avais déjà dis le 2 février 1916. Il a paru sensible à cela. Remis 1000 Fr pour la famille Mareschal et donné somme de 200 Fr pour moi et Maurice comme fabriciens. Je voudrais bien que ce voyage puisse correspondre avec celui que je dois faire à Bâle pour les valeurs Mareschal. Je n’ai plus le temps d’écrire ! Suffirai-je à ma tâche… ?? Je n’ai encore lu aucun journaux… !  Je ne sais vraiment pas comment je vie. En ce moment, en cet instant où j’écris, des coups de feu d’échange espacés, comme en batterie, et c’est très rapproché…  les coups sont toujours vers Bétheny !! On dirait des tirs à la Ville. On n’y fait plus attention.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20 décembre 1915. Bombardement vers la rue de la Justice, le Boulingrin et la place de la République, passage toujours dangereux. Quelques blessés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 20 – Nuit tranquille pour la ville. Peu d’activité autour.

Visite aux Petites Sœurs de l’Assomption. + 2 degrés – Visite de M. le curé de Merfy. Visite à l’École des Caves Chauvet. Pluie toute la journée ; + 4 degrés.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Lundi 20 Décembre 1915. Cet après-midi Mme Forgeat, qui habitait rue Baron et qui actuellement se trouve à Courlancy, s’est dérangée de là-haut par une pluie battante pour venir me dire qu’à la Poste il y avait des lettres à mon adresse de la rue de Beine, dont une du Ministère de la Guerre. Tu penses dans quelle impatience je suis. C’est parce qu’il était trop tard, sinon j’y serais partie tout de suite. Je crois que je ne dormirai pas beaucoup.

Ta petite femme qui t’aime toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Lundi 20 décembre

L’activité de l’artillerie demeure intense.
En Belgique, les batteries françaises et britanniques ont violemment bombardé les tranchées allemandes d’où partait une émission de gaz suffocants dirigés vers le front anglais. Il n’y a pas eu d’attaque d’infanterie. Des avions ennemis ont survolé la région de Poperinghe et jeté une dizaine de bombes. Une femme a été tuée. Une femme et deux enfants ont été blessés.
Notre artillerie a dispersé des travailleurs dans le secteur de Thelus, au nord d’Arras. Cette ville a reçu une centaine d’obus ennemis.
Entre Somme et Oise, nos engins de tranchées ont détruit un ouvrage allemand à Dancourt.
Entre Soissons et Reims, notre artillerie a pris à partie les lance-bombes et les batteries de l’ennemi, à l’est de Berry-au-bac.
Notre artillerie lourde a causé de sérieux dommages à Sainte-Marie-à-Py, en Champagne, aux première lignes ennemies.
Canonnade près de Saint-Mihiel.
Sept de nos avions ont bombardé la gare de Metz-Sablons. Un de nos appareils, arrêté par une panne de moteur, a atterri sans incident dans nos lignes, à Dieulouard.
Aucun incident ne s’est produit dans le secteur français de Macédoine.
Le croiseur allemand Bremen et un torpilleur allemand ont été co
ulés en Baltique.

Source la Grande Guerre au jour le jour


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Dimanche 19 décembre 1915

Aéro

Cardinal Luçon

Dimanche 19 – Nuit un peu plus bruyante ; échanges de coups de canons entre batteries adverses, de 8 h. à 4 h. Duel assez violent d’artillerie pres­que toute la journée autour de Reims. Tir contre aéroplane. Visite de M. Abelé. 6 h., énormes coups de canons français.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 19 décembre

Entre Somme et Oise, bombardement intense des tranchées allemandes de Frise. Une de nos patrouilles a surpris une patrouille ennemie et lui a fait des prisonniers.
Notre artillerie s’est montrée active entre Soissons et Reims, spécialement à Beaulne où nous avons réduit au silence les batteries et endommagé les organisations de l’adversaire.
En Champagne, nous avons dispersé un convoi et des groupes de travailleurs près de la ferme Chausson.
Tir efficace sur les ouvrages ennemis dans la région d’Apremont (sud-est de Saint-Mihiel).
Aucun incident dans le secteur français de Macédoine. Les Bulgares ni les Austro-Allemands n’ont franchi la frontière grecque. L’organisation du camp retranché de Salonique se poursuit.
Le ministre allemand à Athènes a fait une démarche auprès de M. Skouloudis. Il a annoncé que si les travaux de fortifications de Salonique ne cessaient pas, l’armée allemande entrerait en Grèce.
Une forte concentration austro-allemande, qui vise apparemment la Roumanie, a lieu à Routchouk, en Roumanie.
La réponse que l’Autriche a adressée à l’Amérique au sujet de l’Ancona est jugée non s
atisfaisante.

Source la Grande Guerre au jour le jour


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Reims 14-18… nous buvons une coupe de champagne à ta santé

18 décembre 1915
Mon cher camarade,
tu excuseras mon retard pour te faire réponse. Depuis ton départ, nous n’avons pas eu une minute à nous.
Le bataillon, à sa sortie des tranchées était éparpillé un peu partout.
Un compagnie à Montchenot, deux à Verzenay, une à Rilly.
Moi et François avons passé 3 jours de suite à Mailly, impossible de te voir. Nous avons bien regretté.
Maintenant, tout le bataillon est ici.
A part çà, rien de nouveau, sauf que tous les matins, François ne peut plus dire « allons Minault lève-toi », et c’est moi qui supporte tout.
Malgré cela, de temps en temps, nous buvons une coupe de champagne à ta santé car il ne se passent pas de jours sans qu’il soit question de toi.
Au revoir, mon vieux camarade, et crois dans la sincérité d’un ami qui ne t’oubliera jamais.
(signature illisible)

PS: François t’écrira demain car aujourd’hui, il a « la gueule de bois », il te souhaite bien le bonjour, à

bientôt de tes nouvelles.

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Quant au visuel de la carte, encore et toujours des ravages.

Nous sommes ici Rue de l’Université, avec un commerce que nous connaissons bien à Reims, les Grands Magasins de Vêtements Gillet-Lafont qui, après la guerre, s’installeront rue de Talleyrand.

Une autre carte postale du même lieu nous apprend que ces destructions sont dues principalement aux bombardements du 18 septembre 1914, soit un peu plus d’un an avant l’envoi de ce courrier.

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Pour ceux qui ne reconnaîtraient pas la rue de l’Université, il s’agit ici de la partie qui arrivait Place Royale, dont on reconnaît l’architecture bien spécifique. Aujourd’hui, c’est la rue du Grand Credo, la rue de l’université a été raccourcie et s’arrête au niveau de la bibliothèque Carnegie.

Ci-dessous, une autre photo du magasin, prise depuis la Place Royale… dont il ne reste que la façade.

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Samedi 18 décembre 1915

Quartier Mars - CPA Pierre Fréville

Cardinal Luçon

Samedi 18 – Nuit tranquille. Violente canonnade vers 8 h. matin.

Ordination par Mgr Neveux dans notre oratoire. Visite du Docteur Jacquinet, à M. Poullot administré il y a un mois. Très violente canonnade vers 3 h. A 4 h., aéroplane français très bas. 5 h. canons français.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 18 décembre

Vive canonnade sur l’ensemble du front.
Notre artillerie et l’artillerie britannique ont exécuté des tirs heureux dans les secteurs de Belgique et d’Artois.
Nos canons ont éteint, en Champagne, au nord et à l’est de Massiges, le feu de plusieurs batteries allemandes.
Nous avons pris, au nord de Malancourt, en Argonne, un convoi ennemi sous le feu de nos pièces.
Nous avons, par notre tir, endommagé les organisations de l’ennemi aux Eparges et près du bois Le Prêtre.
Deux de nos avions ont lancé des obus de gros calibre sur la gare de Metz-Sablons.
Il y a accalmie sur le front russe et aussi dans le secteur italien, où l’on ne signale qu’un bombardement de Goritz par nos alliés.
Le général Sarrail a poursuivi l’organisation défensive de Salonique.
Le cabinet de Washington examine s’il y a opportunité de rompre avec l’Autiche-Hongrie a propos de l’affaire de l’Ancona.
Les forces russes ont poursuivi leurs progrès en Perse, et les Allemands ont dû abandonner leur abri de Kovno.
Un zeppelin a exp
losé près de Namur.

Source la Grande Guerre au jour le jour


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