• Daily Archives: 18 décembre 2014

De Louis Brauer à Joseph Kircher

Correspondance 14-18 - De Louis Brauer à Joseph Kircher Mes biens Chers
Aujourd’hui à midi, j’ai reçu votre bonne lettre qui m’a fait plaisir.
J’ai été heureux de vous savoir en bonne santé mais peiné du manque de nouvelles de nos chers exilés, espérons que Charles a pu passer la frontière et pu combattre pour notre sainte cause.
L’offensive est de nouveau reprise, Dieu aidant, ce sera une histoire décisive et la libération définitive de notre territoire ainsi que de l’immortelle Belgique.
Sur l’autre front, nos alliés russes font de la bonne besogne quant à la glorieuse subie, elle se couvre de gloire, nous pouvons reprendre en toute justice la phrase de Guillaume l’assassin « Dieu est avec nous ».
Courage donc, et confiance, encore quelques efforts et nous serons débarrassés de ce terrible cauchemar, et ceux qui survivrons pourront vivre en paix.
Oui cher Joseph, la manche a sonné pour nous et la grande victoire de la Marne a marqué un point dans l’histoire. Finissons avec plus d’énergie si possible l’œuvre commencée et après, il nous sera permis de reprendre notre place au foyer en continuant de travailler en paix à la gloire de notre chère patrie.
Redoublons de ferveur dans nos prières afin que le chant de Noël « peuple à genoux, chante ta délivrance » s’applique aux événements actuels.
Merci mes biens chers de votre délicate attention en joignant à votre lettre un mandat de 5 francs. Jusqu’à ce jour, je n’ai manqué de rien et notre solde vient d’être augmentée, aussi, je viens de retourner chez moi l’argent que j’avais emporté en y joignant quelques petites économies.
Petit Joseph va mieux, il se lève. Je suis en bonne santé et même inoculé contre la typhoïde et prochainement, contre la variole.
Marguerite doit être une grande et gentille fillette, je lui souhaite un gracieux Noël et de tout cœur je vous em
brasse toutes.
Louis

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Une fois n’est pas coutume, pas de carte postale… il s’agit ici d’une carte-lettre destinée à la correspondance des soldats et ce, sous franchise postale.
Même s’ils avaient la possibilité d’acheter de vraies cartes postales illustrées, ces cartes étaient également bien pratiques pour assurer un traitement aisé par l’administration militaire, le recto regroupant de manière rationnelle toutes les informations utiles au bon acheminement : nom – grade – régiment – compagnie ou bataillon, en ce qui concerne l’expéditeur… et bien sûr l’adresse du destinataire. Le verso était destiné à la correspondance, comme n’importe quelle carte postale, avec quand même en tête, les recommandations d’usage :
Cette carte doit être remise au vaguemestre. Elle ne doit porter aucune indication du lieu d’envoi ni aucun renseignement sur les opérations militaires passées ou futures.
S’il en était autrement, elle ne serait pas transmis
e.

En effet, ces cartes voyageant sans enveloppes, les services de censure pouvaient aisément assurer les contrôles, sans avoir à ouvrir les enveloppes.

Terminons par un petit commentaire sur le texte, sans entrer dans les détails.
Écrite fin décembre 1914, cette lettre est pleine d’espoir quant à une fin proche. Il faut dire que la victoire franco-britannique de la bataille de la Marne de septembre 1914 a dû galvaniser les esprits et renforcer ce sentiment de supériorité, et bien sûr, donner de l’espoir. Mais encore une fois, la fin est bien loin !
On peut voir que Louis est plutôt économe, au point de renvoyer ses économies à la maison !
Et la santé dans tout çà ? Louis a eu droit à une vaccination antityphoïdique ! Elle est obligatoire dans l’armée française depuis mars 1914.
Si les jeunes recrues reçoivent l’inoculation dès leur mobilisation, il n’en est pas de même pour ceux qui sont déjà au front, mais sera totalement systématique fin 1914, comme en témoigne Louis !

Laurent ANTOINE LeMog – AMICARTE 51

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Vendredi 18 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

18 DECEMBRE – vendredi –

Soir ; je rentre de Bétheny où j’ai passé une délicieuse journée avec les chasseurs… J’ai failli tirer sur les Boches du haut d’un observatoire, avec des balles et un fusil boche… J’ai reculé au dernier moment ; je n’ai pas le droit de tirer sur un homme.

Il y avait 8 ou 10 morts sur un champ vert, à droite de la petite station du C.B.R. Les allemands n’osent pas venir les relever…

Belle et reposante journée malgré les balles dans le clocher.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Bombardement encore, une partie de la matinée.

Le Courrier n’a pas de chance ! Hier, il protestait de nouveau contre la censure qui lui avait mutilé un article et, immédiatement derrière sa protestation, dans la même colonne, un texte d’une quarantaine de lignes était caviardé. Il devait suivre ce titre, laissé seul :

« Le Gouverneur de Verdun »

Aujourd’hui, tout un article lui a été supprimé, même avec le titre et dans le blanc existant à son emplacement, il a imprimé ceci, composé avec des grands espacements :

ici
a été violé par la censure
la loi du 5 août 1914

—-

Lecteurs rémois traités en paris,
Protestons ensemble contre cette iniquité !

On pourrait parier que cela ne servira à rien. Mais alors, que valent les tartines que nous servent les journaux de Paris ? Si nous en jugeons par ce qu’ils disent d’exact sur Reims !

Le Courrier de la Champagne fait preuve d’une belle opiniâtreté ; cela n’empêche qu’en la circonstance, il est le pot de terre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 18 – Toute la nuit, bombes sur la ville, 200 obus, dit « Le Courrier de la Champagne » du 19 ; vers les 4e, 3e et 2e cantons. Après-midi, visite aux Réfugiés rémois, à Tinqueux, Petit Séminaire et route de Bezannes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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Eugène Chausson

18 – Vendredi – Même temps que la veille, temps gris avec quelques éclaircies.

Nuit assez calme

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Vendredi 18 Décembre 1914.

Oh mon Charles, quel parrain tu as ! Nous pourrons le bénir jusqu’à la fin de nos jours. Il est venu me voir cet après-midi et sais-tu ce qu’il m’a dit ? Après m’avoir embrassée « Pour quand attendez-vous la naissance de ce petit là ? me demanda-t-il. Vers fin janvier, donc le mois prochain. Et où comptez-vous aller ? »

« Pour commencer, lui répondis-je, j’avais pensé aller à l’hôpital, mais mes deux parents n’ont pas voulu. La maman Breyer m’a offert sa maison, mais je sais que ce n’est pas facile car Gaston est là. Malgré cela je suis allée voir Mme Louis et elle m’a dit qu’elle voulait bien venir rue de Metz, pas rue de Beine. Rue de Beine, je ne pourrais déjà pas y aller puisque ma maison est à tous les vents. Ce qu’il y a aussi, c’est que Mme Louis est peureuse et ne sort pas quand cela bombarde. Je ne peux pas dire que j’irai en chercher une autre, elles sont toutes parties ».

« Eh bien ! me dit ton parrain, Je viens vous offrir ma maison puisque Maria est chez vous ; elle vous soignera. D’abord Juliette doit vous écrire pour vous en parler. Acceptez-vous ? ».

« Je crois bien que j’accepte et c’est du plus profond de mon cœur que je vous remercie ».

J’en avais les larmes aux yeux et je t’assure que quand je l’ai embrassé à son départ, ça a été d’un bon cœur. Tu vois, mon Lou, dans mon malheur j’ai encore des amis. Reviens vite et nous serons deux pour le remercier. C’est la bonté même.

Je t’aime toujours. Ta Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 18 décembre

Nos soldats ont enlevé des tranchées à la baïonnette entre Nieuport et Ostende et consolidé leurs positions à l’est d’Ypres, progressé à Vermelles, atteint Saint-Laurent-Blangy sur la route d’Arras à Douai, réalisé de sérieuses avances à Ovillers, Mametz et Maricourt, dans la région de Péronne-Bapaume, tandis que notre artillerie lourde affirmait sa supériorité sur l’Aisne, dans l’Argonne et sur les Hauts-de-Meuse.
On apprend que nos aviateurs, au cours de leur raid à Fribourg-en-Brisgau, ont déterminé des dégâts énormes.
Le raid des croiseurs allemands, qui n’a d’ailleurs nullement ému l’Angleterre a fait de nombreux morts et plus de 400 blessés.
M Sonnino a déclaré au Parlement italien que la Turquie donnait complète satisfaction au cabinet de Rome au sujet de l’incident d’Hodeidah (Arabie).
Des désordres éclatent dans les grandes villes de l’Autriche et de la Hongrie, Vienne, Prague, Budapest; la population est lasse de la guerre : elle souffre du manque et du renchérissement des vivres et se plaint aussi de l’incapacité des généraux qui laissent envahir le pays au nord-est et au sud-est.
La Serbie publie un Livre Bleu d’où il résulte qu’après le meurtre de l’archiduc François-Ferdinand elle avait fait une démarche spontanée à Vienne pour dégager sa responsabilité.
M. de Bulow est arrivé à Rome.
L’armée monténégrine a progressé au delà de Visegrad en Bosnie.

Source : La grande Guerre au jour le jour

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