• Tag Archives: Saint-Jacques

Dimanche 19 août 1917

Eglise Saint-Jacques

Louis Guédet

Dimanche 19 août 1917

1072ème et 1070ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Nuit aussi agitée que la soirée. Bataille vers 10h et vers 2h du matin bombardement vers St Remy. Par prudence nous descendons en cave pendant une demi-heure. Très mal dormi, de la fièvre avec des cauchemars terribles. Je suis dans un état indescriptible ce matin, la tête vide avec étourdissements. Si je ne tombe pas malade avec tout cela ce serait étonnant. Adèle est plus calme, mais quelle énervée et dans quel état elle était hier. Elle ne parle plus de s’en aller…  mais je ne compte plus là-dessus, car dans son énervement c’est une question qui peut se soulever à nouveau. Il ne faut pas li en vouloir. Je crois que tout le monde en est là. Très énervé et très excité, et de plus fort irritable. Tout cela résultant de la lassitude, de la fatigue physique et morale, inquiétude, souffrances. J’estime que si nous survivons à tout cela ce ne sera pas pour longtemps après la Guerre !! Pour mon compte du moins, car je suis usé.

6h soir  Journée chaude, lourde, monotone, si j’avais pu partir seulement aujourd’hui, j’aurais gagné un jour de calme. J’ai de la fièvre, je suis très énervé. Vais-je tomber malade ? Je le crains. Tous ces débris vus hier et avant-hier me tuent. Je ne puis plus subir ces chocs poignants. Il me faudra de plus en plus aller me reposer. Un mois de cette vie n’est plus possible pour moi, 15 jours/3 semaines au plus. Verrons-nous la fin de cette guerre ? le verrai-je ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 19 – A 2 h. violent bombardement, sur la ville ? Reste de la nuit tranquille ; + 15°. Prêché les soldats du 1er Corps, 164e Division, à Saint-Jacques : Commandant Chanoine Rémond. Dîner avec les officiers à 11 h. 1/2.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Dimanche 19 août

Assez grande activité d’artillerie dans les régions des plateaux de Vauclerc et de Californie et sur les deux rives de la Meuse.
Sur le front britannique, les Allemands ont fait une tentative infructueuse au nord-est de Lens. Ils ont subi de lourdes pertes. Deux autres contre-attaques ont été exécutées l’une à l’est de Loos, l’autre vers le bois Hego. Sur le premier de ces points, les assaillants ont été pris à courte distance sous les barrages et les feux de mitrailleuses de nos alliés. Ils ont reflué en désordre en subissant des pertes élevées. Bien que soutenue par des jets de liquides enflammés, la seconde attaque n’a pas permis à l’infanterie ennemie de parvenir jusqu’à nos tranchées.
L’artillerie allemande s’est montrée plus calme sur le front de la bataille d’Ypres.
Sur le front d’Orient, activité moyenne d’artillerie.
L’aviation française a bombardé les installations ennemies de la région de Demir-Hissar, l’aviation anglaise, celles de la région de Resna.
M. Poincaré et le roi d’Italie ont échangé des télégrammes cordiaux à l’occasion de la visite du président sur le front de Moldavie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Dimanche 12 août 1917

Louis Guédet

Dimanche 12 août 1917

1065ème et 1063ème jours de bataille et de bombardement

10h  La nuit a été calme et j’ai pu dormir à partir de 11h, à moins que je n’ai rien entendu ! Ce matin réveillé en sursaut à 6h3/4. Je m’habille en hâte pour la messe, croyant être en retard, et…  j’arrive à l’offertoire de la messe de 6h1/2 du matin. En sorte que j’assiste à une messe et demie. L’abbé Divoir officiait, messe de paroisse ordinaire avec de moins en moins de monde. Aperçu Gustave Houlon et de Bruignac, toujours aussi guindé et aussi rempli de sa personne. La noblesse sans la valeur ! Rentré à la maison désemparé, et toujours aussi douloureusement attristé, si je m’écoutais je pleurerais continuellement. Non ! Cette agonie est trop longue et atroce. Je ne crois pas que j’aurais le courage d’entreprendre ici le 4ème hiver !! Je ne puis plus résister aux obus ! (Rayé et troué) au grand plaisir à (rayé). Ce n’est pas comme cela qu’on s’obtient quelqu’un (rayé). Justices, (rayé) une récompense si (rayé).

5h1/2 soir  Voilà ma journée de dimanche tirée. J’ai travaillé, fait des affaires de capacité de petit clerc pour tuer le temps, mais j’en ai assez de cette vie. Je suis de plus en plus découragé, dégouté de la vie. Une loque ! Bon Dieu quand donc serai-je mort ?!… Reçu lettre de Madeleine qui est loin de me tranquilliser sur mes 2 Grands qui sont très exposés devant Verdun d’après ce qu’ils lui écrivent. Bien entendu, il aurait été étonnant que je sois tranquille de ce côté. A moi toutes les peines et tourments et aux lâches toutes les joies et chances. (Rayé) de l’espèce des (rayé). Ah ! à ceux-là il (rayé) clique !!

6h1/2 soir  Porté mes lettres, une dizaine, sans compter celles de ce matin, j’en compte en ce moment 15 à 20 en moyenne par jour. Les dernières 7 promotions sur modèle préparé et 7 lettres d’envoi !! J’en étais abruti. Vers 3h un officier et un soldat m’accostèrent sur ma porte pour me demander où se trouvait la maison du Docteur Lambert (pour le voir ?!) (ce médecin était mobilisé) Comme je leur répondis que je ne pouvais leur donner ce renseignement que sur un mot du docteur lui-même, ils tombèrent de leur haut et la trouvèrent mauvaise. Je leur fis alors comprendre que si j’étais si discret je le faisais avec juste raison, même avec des galons !! et pour cause ! (pillages) Je crois qu’ils ne la digèreront pas facilement. En tout cas ils peuvent conter leur aventure, cela fera peut-être réfléchir leurs collègues et comparses !

Demain matin à 6h1/2 je vais faire un inventaire à Nanteuil- la-Fosse (Nanteuil-la-Forêt depuis le 8 février 1974), décès Macquart, pour mon malheureux confrère Montaudon. J’y vais en voiture avec Barré son principal clerc. Ce va m’être un repos et une distraction s’il fait beau comme je le suppose. Si seulement c’eût été il y a 5 mois j’aurais pu voir mon cher Robert qui y a cantonné 15 jours avant d’aller à Berry-au-Bac… Jeudi je dois aller à Ormes pour une succession Cousina – Suply, et je pense, après avoir expédié mes archives, pouvoir partir le 19 à St Martin me reposer ! Hélas pour recommencer ma vie de misère après !! Que je suis donc profondément dégouté de la vie, de cette existence où je n’ai qu’écœurements et souffrances, et jamais une consolation, un encouragement, une joie !! Je suis Maudit !! Fatalité ! Voilà ma vie.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 au 15 août 1917 – Voyage à Épernay.

Les avions ennemis effectuant, depuis quelque temps, de fré­quentes incursions sur Épernay, où leurs bombardements ont fait d’assez nombreuses victimes et mis la population en émoi, je vais, au cours d’un congé de quelques jours, faire mes adieux à ma famille, sur le point de quitter la ville, pour se rendre à La Châtre (Indre).

Je désire ardemment que ma femme et mes enfants trouvent enfin, dans cette région éloignée, avec la sécurité complète, le calme, le repos qui leur sont devenus si nécessaires à tous.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Une ambulance à Épernay


Cardinal Luçon

Dimanche 12 – Nuit tranquille. Prédication aux soldats du 174e ; 2e ba­taillon, à Saint-Jacques, abbé… Dîner avec les officiers. Visite du Président de la Jeunesse Catholique de Haute-Saône. Obus vers 4 h. 1/2. Obus sur l’église Saint-Remi : 2 tués. 8 h. soir + 20°.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 12 août

En Belgique, la lutte d’artillerie s’est maintenue très vive au cours de la journée.
Au nord de Saint-Quentin, une tentative nouvelle des Allemands sur nos positions, à l’est de Fayet, a été arrêtée net par nos feux.
En Champagne, l’activité des deux artilleries s’est un peu ralentie dans la région des Monts. Durant la nuit, les Allemands, en même temps qu’ils attaquaient vainement dans le secteur du Cornillet, ont, par deux fois, attaqués nos tranchées au mont Haut. Les assaillants pris sous nos feux ont dû refluer vers leurs tranchées de départ. D’autres tentatives sur le mont Blond ont subi le même sort.
Deux avions allemands ont été abattus par nos pilotes.
Notre aviation de bombardement à bombardé l’aérodrome de Schlesladt et les baraquements de la forêt d’Houthulst.
Sur le front britannique, un violent combat s’est engagé pour la possession des importantes positions que nos alliés avaient enlevées à l’est d’Ypres. Nos alliés ont gardé la totalité de leurs lignes et réalisé une nouvelle avance sur la route d’Ypres à Menin.
Les Russes ont rejeté une offensive dans la région de Brody. Les Russo-Roumains ont brisé une offensive sur la Sereth. Les Roumains ont reculé sur la Dobra et au sud-ouest d’Oves.
M. Henderson, ministre socialiste du cabinet anglais, a démissionné à la suite de la décision prise par son parti d’aller à la conférence de Stockholm.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

Share Button

Mercredi 18 juillet 1917

Eglise Saint-Jacques

Paul Hess

18-19 juillet 1917 – Le communiqué annonce 1 200 obus sur Reims, pour ces jours.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 18 – Visite de M. l’Abbé Schimberg. Visite à M. le Curé de Saint-Jacques. Violente canonnade française. Violente canonnade allemande sur batteries. Dans la nuit, projections allemandes vers 1 h.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Eglise Saint-Jacques

Eglise Saint-Jacques


Mercredi 18 juillet

Entre Somme et Aisne, l’ennemi a prononcé une série de forts coups de main, précédés de bombardements. Trois tentatives, au sud-est de Saint-Quentin et à l’ouest d’Allemant, ont échoué sous nos feux.
Au sud de Corbeny, plusieurs détachements ont attaqué nos petits postes : ils ont été refoulés.
En Champagne, après un violent bombardement du Mont-Haut et du Téton, les Allemands ont lancé des forces importantes à l’assaut des positions que nous avions conquises la semaine écoulée. Nos troupes ont résisté avec une ténacité indomptable à un ennemi très supérieur en nombre.
Au Téton, les Allemands n’ont pu entamer nos lignes. Au Mont-Haut, le combat très acharné s’est terminé pour eux par un sanglant échec. Leurs vagues d’assaut successives ont été détruites.
Reims a de nouveau reçu 1600 obus.
Canonnade sur le front anglais vers Armentières, Wytschaete et Nieuport. Nos alliés ont bombardé quatre gares importantes et un grand camp de repos à l’intérieur des lignes allemandes.
Les Italiens ont détruit les positions autrichiennes dans le secteur du Vallone. Ils ont capturé 11 officiers et 264 soldats.
Les Russes ont fait 916 prisonniers nouveaux, portant le total depuis le 1er à 36500.

Source : La guerre 14-18 au jour le jour

 

Share Button

Lundi 6 mars 1916

Rue Buirette

Louis Guédet

Lundi 6 mars 1916

541ème et 539ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Le calme, de la neige pourtant ce matin au lever du soleil, vite fondue du reste, par le beau soleil qu’il a fait toute la journée. A 10h une bombe d’aéroplane est venue tomber au coin de la rue Buirette et de la rue Caqué avec une explosion formidable, gros dégâts. Quand j’ai entendu l’explosion j’ai cru que c’était un obus qui tombait à quelques mètres de la maison, et elle est tombée facilement à 7/800 mètres de là…  Couru les rues pour mes courses. Vu Melle Valentine Laignier toujours fort aimable, mais un peu plus nerveuse que de coutume, l’effet des bombardements des jours derniers, nous n’y étions plus habitués, et la nervosité que je constatais en septembre octobre 1914 nous est revenue. Question de psychologie et de physiologie assez curieuse. En tout cas je souffre beaucoup en ce moment. Je suis d’une tristesse !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

6 mars 1916 – Un aéro boche laisse tomber une bombe, vers 9 h, sur la maison 56, rue Buirette, qui est disloquée jusqu’au 1er étage ; celle qui lui est voisine, où est installée une succursale des Comptoirs Français (angle de la rue Caqué) a elle-même sa toiture fortement endommagée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Buirette

Rue Buirette


Cardinal Luçon

Lundi 6 – Nuit tranquille. + 2, neige abondante, mais fondante. Vent nord. Quelques gros coups de canon. Un aéro laisse tomber une bombe sur la maison où logeait M. Pérot, vicaire de St. Jacques. 4 h. 1/2 canonnade. Combiamento.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 6 mars

Au nord de Soissons, nous opérons des tirs sur des ouvrages ennemi . En Argonne, notre artillerie a canonné le nord de la Harazée et la Haute-Chevauchée. Au nord de Verdun, violent bombardement entre Haudremont et Douaumont. Les Allemands ont vainement attaqué nos positions à l’est de Vacherauville. Bombardement en Woëvre, dans la région de Fresnes et à l’est d’Haudremont. Un de nos avions a bombardé la gare de Conflans, en Lorraine. M. Filipesco, qui avait été envoyé en mission auprès du tsar, est rentré à Bucarest. Le prince Henri de Prusse a pris le commandement de la flotte allemande.

 

Share Button

Jeudi 25 novembre 1915

Spahis dans les tranchées

Louis Guédet

Jeudi 25 novembre 1915

439ème et 437ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Journée grise. Parti à 7h du matin à Trigny, arrivé vers 9h. Trouvé le pauvre Trigny de mon cher Maurice Mareschal mis et traité en pays conquis par la (?)ème Division du premier Corps. C’est triste à dire, mais ces messieurs de l’État-major sont des sauvages et des mal-élevés. En arrivant, personne, le vide, en dignes embusqués, jamais personne pour répondre…  J’entre dans la cuisine, où je trouve 3 soldats très affairés autour de 2 langoustes !! pour les présenter selon les règles de l’Art culinaire à ces messieurs pour leur déjeuner, à côté côtelettes, etc…  etc…  Le ventre d’abord et ensuite…  la saleté !!… J’ai trouvé une maison si proprette naguère, si léchée, dans un état de malpropreté sans nom. Je fais mon tour, toujours personne. Tout le monde est fort occupé par un travail (?) fort absorbant !! Je visite leurs chambres !! Style soldat, militaire, rien de rangé, pas de lit de fait, etc…  Bref je vois nos braves serviteurs, Alix Sohier, Grenier femme du gardien, je déjeune et vers 11h3/4 je ne puis m’empêcher de dire aux Vatels de ces seigneurs que tout est sale !! et ma surprise en même temps que mon indignation. Tout le monde comme je m’y attendais rapporte au chef de la Popote, qui d’un ton supérieur déclare à son sous-verge, sous-off veux-je dire, qu’Ils étaient chez eux et que je n’avais pas d’observations à faire…

L’après-midi je règle nos affaires et avant de partir je prie un des « Vatel » de vouloir bien demander au maître de Céans de vouloir bien me recevoir et quand il daignera. S’amène un jeune freluquet de capitaine me demandant ce que je voulais. Alors, en insistant sur mes intentions courtoises, je lui ai mis le nez dans toutes ses ordures…  Nous nous sommes quittés bons princes, mais j’attends mon prochain voyage pour voir ce qui aura été fait…  Tas d’embusqués !!

En rentrant trouvé lettre de ma chère femme enfin, j’avais peur de son silence, croyant à quelque maladie, etc…  Trouvé pas mal de dossiers et surtout un dossier Hayon de réquisitions militaires qui n’est pas sans me préoccuper quoique je sois fixé sur la décision que je dois prendre dans mon jugement mais comme il fera peut-être jurisprudence, je veux écrire ma décision et surtout avoir raison. Je vais me renseigner sur ce point, et enfin, juger, tout bien pesé. Je serais heureux d’être approuvé par ma chambre d’appel, et ma foi assez fier de mon succès. Et puis c’est un point de droit à fixer juridiquement pour toute la France. Ce mérite réflexion et conscience.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

jeudi 25 – Nuit tranquille, sauf canonnade assez forte de 9 h. à 10 h. soir.

Visite de M. le Doyen de Saint-Jacques. Tour en ville ; visite de M. Dalerue.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

jeudi 25 novembre

Matinée calme dans l’ensemble du front, sauf en Woëvre, au bois Brûlé, où l’ennemi a lancé des obus suffocants, sans résultat.
Dans l’après-midi, activité d’artillerie en Artois, où la gare d’Arras a reçu une cinquantaine d’obus; dans la région de Loos et de Souchez; du côté de Soissons et en Champagne; en Lorraine, dans les secteurs de Flirey et de Reillon; dans les Vosges, à la Tête-de-Faux, et à l’Hartmannswillerkopf. Nos batteries ont partout riposté et gardé l’avantage.
Les batteries belges ont dispersé des travailleurs, canonné des tranchées et des postes d’observation.
Les Russes ont remporté des succès sur le Styr, et il se confirme, d’autre part, que les Allemands ont subi de très fortes pertes dans la région de Dwinsk.
Les Italiens ont capturé un certain nombre de prisonniers sur l’Isonzo.
Les Serbes ont quelque peu amélioré leurs positions et les Bulgares ont suspendu leurs attaques dans la région de Monastir.
La Grèce a accueilli favorablement, dans l’ensemble, la remise de la note
des alliés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Jeudi 21 octobre 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf canonnade le soir. Vers 9 h. 1/2 ou 10 h., j’ai entendu siffler trois bombes. Aéroplane l’après-midi. Visite à M. le curé de Saint-Jacques et à l’église.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Jeudi 21 octobre

Combats d’artillerie très violents au nord d’Arras (Loos, bois de Givenchy, abords de la route de Lille).
Les feux de nos batteries ont fait sauter d’importants dépôts de munitions dans les lignes ennemies au nord de l’Aisne et au nord de la ferme Navarin.
Violent bombardement allemand avec des obus de tous calibres et des projectiles suffocants, à l’est de Reims. Notre artillerie riposte énergiquement.
Les Russes ont développé leurs succès sur le Styr, mais les Allemands ont accentué leur offensive en Courlande. Ils ont six corps d’armée de Riga à Dwinsk.
L’Italie a établi toute une série d’impôts nouveaux à percevoir extraordinairement pendant la durée de la guerre.
Les communications télégraphiques sont coupées entre Nisch et Salonique.
La Suisse a protesté auprès du cabinet de Berlin contre la violation de sa frontière commise par l’aviatik qui a bombardé la Chaux-de-Fonds.
Les sous-marins anglais ont torpillé de nouveaux navires allemands dans la Baltique.
La Russie émet
un emprunt intérieur de deux milliards.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Lundi 1er novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

1er NOVEMBRE 1914 – dimanche –

Triste Toussaint. Pauvre messe rue du Couchant ou Dazy le lunatique refuse de jouer un offertoire ! Vêpres minables. Bonne assistance cependant malgré les bombes qui tombaient en ville.

M. le Curé a fort bien parlé à la messe sur le réconfort que la vision de la Toussaint devait nous apporter ! Tous les saints ont passé par la voie de la Tribulation ; celle marquée par le Christ. Marchons dans le même chemin que Dieu nous ouvre en ce moment. Dieu nous impose des détachements que nous n’aurions jamais pratiqués de nous-mêmes, au-devant desquels nous ne serions jamais allés.

Un petit effort de notre part, des vues surnaturelles, et ce seront des heures de précieuses sanctifications…

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Beau temps et journée assez calme. Quelques obus seulement aux extrémités nord et est de la ville.

L’après-midi, sortie en famille dans le quartier Sainte-Geneviève où il y a foule. Beaucoup de monde surtout vers le cimetière de l’Ouest et sur l’avenue d’Épernay. Une demi-douzaine d’aéroplanes évoluent dans le ciel bleu, nous rappelant les semaines d’aviation. Pourtant, les promeneurs sont sur leurs gardes et avancent tous en levant de temps en temps le nez en l’air, afin de surveiller ces oiseaux dont certains peuvent être dangereux.

A notre retour, la nuit est venue, nous remarquons un groupe de personnes stationnant devant un chantier situé entre la rue Boulard et la rue du Jard, chaussée du port, où des artilleurs sont cantonnées et observant quelques chose dans la direction nord-est. La curiosité nous fait nous arrêter ; sur notre question, un soldat nous indique du doigt une lampe électrique fixée à l’extérieur d’une cheminée et qui brille au-dessus d’une maison paraissant distance d’environ 3 à 400 mètres. Elle vient d’attirer l’attention. Nous voyons avec plaisir un sous-officier et quelques hommes en armes partis immédiatement par la rue du Jard ; ils sont convaincus qu’il s’agit d’un signal, mais trouveront-ils, car tandis que nous regardions, la lumière s’est éteinte.De plus, la distance est difficile à évaluer exactement et même la largeur d’une rue latérale peut ne pas permettre de la voir rallumée.

Nous rentrons assez troublés, en faisant des vœux pour que les recherches soient fructueuses, car nous avons peut-être eu là, par hasard, un indice, sinon la preuve que l’ennemi a des espions ou des traîtres travaillant en ville pour le renseigner de toutes manières. Jusqu’à présent, nous ne pouvions que le supposer, car la façon dont certains jours il a mené ses bombardements, nous avait quelquefois causé de telles surprises !

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

696_001


Cardinal Luçon

Canonnade à partir de 8 h environ. Bombes l’après-midi. Vêpres et Matines des Morts à Sainte-Geneviève.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

La nuit passée a été très calme, et on aurait pu reposer en toute quiétude si l’habitude du danger toujours suspendu au-dessus de la ville ne créait une insomnie difficile à vaincre.

Dès le réveil, c‘est dans les journaux locaux que nous cherchons le renseignement officiel qui dit où nous en sommes ; voici, concernant la ville, celui qui précise bien la situation peu enviable dont nous souffrons :

« Le Général de Division, Commandant d’Armes de la place, appelle l’attention de la population de Reims sur le danger qui peut résulter des attroupements, quelle qu’en soit la cause, surtout dans les quartiers rapprochés des lignes de feu.

En se rendant en trop grand nombre pendant les journées des 1er et 2 9bre aux abords des cimetières, les habitants s’exposent à attirer le feu de l’artillerie ennemie tant sur eux que sur les maisons situées dans les quartiers voisins de ces cimetières ».

Par le feu lent, mais continu, du bombardement qui nous a été servi pendant toute la journée, il faut bien reconnaître que cet avis est dicté par la prudence même ; nous le suivons, en nous abstenant de faire à nos morts la pieuse et traditionnelle visite. C’est, pour nos cœurs attristés, une douleur de plus s’ajoutant à toutes celles dont se compose notre vie quotidienne.

Les vêpres des Morts sont chantées à St-Jacques alors que se répercutent lugubrement les détonations de nos grosses pièces de canon, et les nerfs fatigués résistent difficilement à l’impressionnant effet de la cérémonie.

Et pourtant, c’est une journée estivale que celle de ce 1er 8bre 1914 ; un clair soleil nous réchauffe de ses rayons, faisant un saisissant contraste avec la détresse de nos âmes.

À 14H, lettre d’Hélène (29 8bre) passant les nouvelles reçues de Marcel (24 8bre) qui complètent celles qu’il m’a envoyées directement.

Notre brave soldat déplore l’emploi qu’on fait de son arme ; pas de charges, pas de coups de sabre, mais le combat à pied en tirant avec la carabine derrière les arbres ou dans les tranchées, comme un simple fantassin.

Quelle désillusion pour un Cuirassier !

Et avec cela, les pays traversés sont dévastés et n’offrent aucune ressource permettant d’agrémenter d’une douceur quelconque le peu de variété de l’ordinaire.

C’est pourquoi Père, se plaçant au point de vue pratique me fait lui adresser 750 gr de chocolat, que j’entoure d’un cache-nez, et qui s’ajoutant aux divers envois déjà faits par sa chère épouse, lui montreront que tous pensent à lui.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Juliette Breyer

Dimanche 1er Novembre 1914.

Aujourd’hui jour de Toussaint chez Pommery. Il y a eu une messe pour les pauvres soldats morts. Quelle triste cérémonie ! On avait installé un autel avec des flambeaux d’argent et la messe a été dite par un aumônier et servie par un soldat. Je t’assure que cela nous faisait froid au cœur. Beaucoup de soldats étaient là, en tenue de guerre, et tout le monde y a été de sa larme.

Je n’y suis pas restée ; c’était trop triste et touchant. Je pensais trop à toi. Mais je pense que si vraiment tu as été blessé, tu dois commencer à aller mieux et que bientôt peut-être tu pourras me donner de tes nouvelles. J’espère un peu, vois-tu, je t’aime tant. Que je vais te gâter quand tu vas revenir !

Encore un mois de commencé en attendant, et la guerre n’avance pas vite. Pourtant tous nos soldats ont bien du courage. Pour tout, je le vois, il faut de la patience. J’en aurai, du moment que tu me reviennes.

Pauvre crotte, va …

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Share Button